Avec APG

Des Uniline Compacts et des T-Rex au Grand Rex

A l’idée d’écouter la BO de Jurassic Park, jouée par un philarmonique de 70 musiciens sur un système Uniline Compact d’APG pendant la diffusion du film, nos tympans en frémissent d’impatience d’autant que ce festin auditif se déroule au Grand Rex à Paris.
Une occasion que nous n’avons pas manquée. Depuis des décennies, John Williams a inondé les écrans et nos oreilles de mélodies hollywoodiennes, qui résonnent encore dans nos mémoires : Star Wars, Les dents de la mer, Indiana Jones, Superman et bien sûr, Jurassic Park.

La fameuse salle aux deux balcons du Grand Rex. Tout en bas au centre, on aperçoit la régie technique

C’est le soir de la seconde représentation de ce film que l’équipe technique de Sextan nous accueille. François Yvernat, régisseur pour les deux jours de l’opération, se fait un plaisir de nous présenter le setup et l’équipe technique en charge de la prestation. Il faut dire que ce n’est pas une première pour lui. Après Indiana Jones et Les Demoiselles de Rochefort, c’est la troisième fois qu’il travaille en partenariat avec l’agence de prod d’Ugo Berardi (U-GO & Play) au Grand Rex.

Aperçu du système mis en place pour la représentation

En plus d’assurer la sonorisation, Sextan fournit l’entièreté du matériel : plateau, micros, backline (en sous-traitance avec Hocco). Les instruments sont, quant à eux, fournis par ARIAM. Sextan n’est pas là que pour sonoriser, la société s’occupe de toute la logistique liée à ce projet. Le suivi a donc commencé par les répétitions (effectuées à la Seine Musicale) en présence d’Allan Cox, responsable de l’envoi des bandes (son/bruitages) du film.

Quentin Fleury, l’homme aux manettes

Quentin Fleury

C’est au pied levé que François Yvernat demande à Quentin Fleury d’assurer le mix de la représentation au Grand Rex. Ce jeune ingénieur du son a effectué trois années de stages chez Sextan avec Vincent Mahey (victoire de la musique Jazz 2017), autant dire qu’il s’y connaît « un peu » en sonorités acoustiques. Sur sa Pro 1 Midas, il nous a concocté un patch relativement simple, en 23 lignes. A cela il faut évidemment ajouter les lignes stéréo envoyées par Allan Cox : dialogues et bruitages.

SLU : Mettre autant de micros devant un philarmonique ça peut être compliqué. Quelle est ta réflexion ? Tu renforces ou tu sonorises ?

Quentin Fleury : Ça dépend. Quand on enlève la face il y a une grande différence. Après, ça pourrait marcher sans mais ça serait compliqué. C’est un peu un mix « le cul entre deux chaises ». J’effectue un mix assez appuyé par moments, mais je mets une priorité à respecter la dynamique de l’orchestre avant tout. Donc, pour répondre à ta question, c’est plus un renforcement qu’une sonorisation. D’autant plus que la scène du grand Rex projette pas mal, j’ai déjà un renforcement acoustique de base.

La Midas Pro1 en régie FOH. Peu de faders mais beaucoup de voies possibles.

SLU : Et tu as des micros pour tout le monde ?

Un des nombreux KM184 utilisés pour la captation du concert, celui-ci ayant particulièrement bourlingué.

Quentin Fleury : J’en ai un par pupitre. Parfois je trouve qu’il m’en manque notamment pour les cordes. C’est une question de choix. Nous, on a voulu que ça reste simple et nous avons choisi de seulement ajouter des appoints par sections.

SLU : A ce que je vois, tu n’as pas besoin d’un grave démentiel non plus ?

Quentin Fleury : Pour la musique non. Mais je récupère les bandes son du film, et je tiens à donner ce côté « cinéma » avec la pression acoustique qui correspond. J’ai corrigé le système pour justement donner ce côté massif.

Les deux UL118B placés sous quatre têtes Uniline, et permettant à Quentin de faire trembler le Grand Rex.

Un dinosaure qui arrive en marchant, il faut bien que ça fasse tout trembler ! Les 4 subs (2 UL118B par côté) me suffisent amplement pour ça, j’ai juste une perte dans le bas médium à la régie… Mais on ne peut pas dire que je sois le mieux placé. En revanche j’ai pas mal de travail sur les bandes qui ont une sonorité très mauvaise. Ça sature et ça ne sonne jamais pareil… C’est dur à rattraper, je ne peux pas me permettre de rester flat.
Je dois suivre le mix en permanence, rattraper les volumes et j’en passe. Dans tous les cas, ma priorité en termes de niveau est de garder une cohérence entre l’orchestre et les bandes.

Après avoir écouté le système et la salle (avec le titre « Mary Magdalene » de Meshell Ndegeocello), nous reposons quelques questions à Quentin.

SLU : Tu as fait ton mix en ayant égalisé avant ou tu as commencé ton mix en taillant les fréquences qui te dérangeaient dans le système ?

Quentin Fleury : J’ai égalisé principalement avant le mix, sur la base du morceau que l’on vient d’écouter. Puis j’ai fait le reste avec ma voix et un micro, c’est toujours une bonne référence. En plus, il ne faut pas oublier qu’on est parti sur le preset des « Demoiselles de Rochefort », où il y avait déjà un EQ. Au final, mon signal est égalisé en sortie de console, dans l’XTA et dans les processeurs APG. On a été un peu obligé d’agir de la sorte vu le peu de temps de montage et l’avantage qu’on avait de pouvoir repartir d’un setup déjà exploité auparavant.

SLU : Après autant de points d’égalisation, tu as vraiment encore du travail sur tes inputs ?

Quentin Fleury : Très peu. Principalement du volume et du coupe-bas. J’enlève par-ci, par-là les fréquences qui me dérangent, mais pas plus.

Une vue de la salle depuis le plateau.

SLU : Et les retours ?

Quentin Fleury : D’un point de vue retours, on ne peut pas dire que je sois pollué par le plateau. L’orchestre joue à 100% en acoustique, rien n’est envoyé dans leurs retours excepté bien évidemment le clavier. Le chef d’orchestre, Nicolas Simon, a un retour in-ear (pour un click) et un wedge où je lui envoie uniquement des bandes et c’est tout. Il a également un retour vidéo avec une battue qui lui permet de commencer ses partitions au bon moment. Bref, je peux m’occuper de mon mix face sans me soucier de quoi que ce soit point de vue plateau.

Nicolas Servant, l’homme aux presets

Nous libérons Quentin pour parler avec Nicolas Servant, ingé système sur cette presta.

Le PA utilisé pour les balcons, composé de 8 UC206n et 4 UC206w

SLU : Comment s’est déroulé le montage de ce système ?

Nicolas Servant : Le setup a dû être très rapide. Notre get-in sur site commençait à 06h30, les répétitions étant planifiées à 11h. En 4h30 de temps, nous ne pouvions pas nous permettre de descendre le système à de multiples reprises.
J’ai donc entièrement fait confiance à mon shoot et suis reparti principalement du preset des « Demoiselles de Rochefort » qui avait été utilisé une vingtaine de jours auparavant.

SLU : De quoi est composé ton kit ?

Nicolas Servant : 12 boîtes APG Uniline Compact par côté (8 N avec une ouverture à 70° et 4 W qui ouvrent à 105° pour la mezzanine) espacées de 23 m. Cette ouverture est bien évidemment imposée par la largeur de l’écran de projection. Le poids du line-array peut sembler être un argument primordial, mais je ne m’en suis même pas soucié car les boîtes ne pèsent que 16 kg. L’ensemble du système est complété par un stack de deux UL210 posées sur les subs et par côté, le tout pour arroser le parterre.

Les petits MX1 (8 au total) utilisés en front field.

A tout cela, j’ai ajouté des MX1 en front field. Discrets et efficaces, ces coaxiaux ont déjà fait leurs preuves à de maintes reprises en installation fixe, et chez Sextan, on adore travailler avec ces boîtes.

SLU : Tu processes le tout à la console ?

Nicolas Servant : On processe partout ! Le processing du système se fait via un XTA à la console et des DMS-48 en coulisses. Le XTA nous permet aussi de muter le système à distance.

Nicolas Servant, en train de parler de son système son.

SLU : Au final, tu es content du résultat ?

Nicolas Servant : Oui, je juge le système cohérent. Les boîtes sont petites et me permettent d’avoir beaucoup de couplage dans le bas médium. Je trouve que l’Uniline Compact est une très bonne alternative à d’autres systèmes plus connus.
Pour la prochaine fois, je mettrais bien un système Compact en stack au sol à la place de l’Uniline, mais il faut voir ce que les simulations m’annoncent. Comme l’espace entre les stacks est grand, j’ai peur que le compact n’ouvre pas assez. A méditer.

On l’a compris, Sextan est un grand fan d’APG. Le système compact leur convient à merveille, et le réseau de location qu’APG a mis en place leur permet très facilement de compléter leur kit lors de demandes spécifiques. Quelques années après avoir craqué pour l’Uniline et à la sortie du Compact, Sextan a revendu son ancien système pour investir dans le dernier projet de la marque qui, comme son nom l’indique, offre compacité et performances.
Aujourd’hui, le concept modulaire d’APG convient parfaitement aux nombreux domaines d’exploitation de Sextan. François et Nicolas, sur la même longueur d’onde, insistent cependant tous les deux : Sextan n’est pas uniquement une société de location de matériel, ils ont pour habitude de suivre les projets de A à Z, et s’ils doivent travailler avec un autre système pour un autre job, ils n’hésiteront pas. La relation que Sextan crée avec ses clients est saine, basée sur la confiance. Pas étonnant qu’ils se soient tournés vers APG, qui partage les mêmes valeurs.

Grégory Dapsanse, l’homme derrière les boîtes.

Nous rencontrons ensuite Grégory Dapsanse, développeur commercial de la société APG.

SLU : De quand date l’Uniline et l’Uniline Compact ?

Ugo Berardi et Gregory Dapsanse en pleine discussion.

Grégory Dapsanse : L’Uniline est sorti en 2009, mais il a été globalement abouti en 2012. Entre 2009 et 2012, on a développé les subs, quelques frames, des preset pour le processing mais surtout, afin d’optimiser le système, on a écouté les avis des prestataires concernant par exemple le son ou le rigging.
Le DMS48, dernier processeur d’APG, est sorti en 2012/2013 et c’est ce dernier qui, pour moi, a permis de mener à son point d’aboutissement le système Uniline. Le Compact quant à lui est sorti en 2016, il a en quelque sorte, bénéficié de notre expérience avec le gros modèle.

SLU : En termes de SPL quelle est la différence entre l’Uniline et le Compact ?

Une UC 206 en version narrow donc N

Grégory Dapsanse : Très bonne question. Théoriquement, je répondrais 6 dB, mais cette donnée est assez réductrice car elle a tendance à mettre tous les systèmes sur un même et unique point de comparaison, alors qu’il y a beaucoup d’autres facettes à explorer.
Les deux sujets qui sont moins abordés sont la réserve dynamique que procure un système et l’index de directivité de ce système. Le contrôle de directivité de l’enceinte va en effet influencer directement sur la distance critique et allonger celle-ci. Chez APG, à la sortie de l’Uniline compact, nous pensions que ce système serait réservé aux petites jauges et aux salles de maximum 35 mètres. Ce sont les prestataires qui nous ont montré que le système pouvait en fait convenir pour des distances allant jusqu’à 55 mètres.

On ne les voit pas souvent côté pile, quatre UL210 et deux UL118B.

SLU : Une directivité à 70° pour une enceinte de cette taille, est-ce une bonne idée ?

Grégory Dapsanse : Oui, et c’est assumé. En plus de ça, le système compact assure une directivité constante à partir de 250 Hz. Notre objectif a clairement été d’assumer une directivité étroite afin d’allonger la distance critique par rapport à un autre système qui ouvre à 110°. C’est ce choix qui permet d’utiliser l’Uniline Compact dans des espaces plus importants.

SLU : Tu n’as pas peur que l’on te reproche cette directivité étroite ? Que l’on te dise qu’un petit système se doit d’ouvrir large car utilisé dans de petits espaces ?

Grégory Dapsanse : C’est exactement pour ça que nous avons développé deux gammes de compacts : les 206 N à 70° et les 206 W qui ouvrent à 105°.

SLU : Nous te sentons très amoureux de ton Uniline Compact. Est-ce à dire que l’Uniline approche de la retraite ?

Grégory Dapsanse : Justement pas, d’autant que nous avons remarqué que le Compact a reboosté les ventes d’Uniline. Nous avons dû créer des brochures d’explications pour rappeler l’utilité du système modulaire, ce qui a permis d’arriver à des critères plus objectifs et mesurables. Du coup, les prestataires se basent principalement sur les jauges de leurs projets pour décider entre les deux.

L’équipe présente au Grand Rex avec de gauche à droite et de haut en bas : Laura, Pierrick Le Rille, Nicolas Servant, Gregory Dapsanse, Quentin Fleury, François Yvernat et Ugo Berardi.

La salle se remplit rapidement d’un public de fans dont certains déguisements ajoutent au spectacle à proprement parler. Dès les premières notes on est séduit. Ca sonne bien, d’autant que la production nous a obtenu la meilleure place possible, dans le carré d’or. On ressent une réelle amplification qui garde une grande cohérence dynamique. Aucun instrument ne semble avoir une couleur modifiée ou dénaturée.

Et le silence se fait dans la salle.

Le système bénéficie d’une réserve suffisante pour encaisser les grognements du T-Rex ou l’énergie de l’orchestre, et la charge des subs offre aux fameuses basses du 7e art qui n’en finissent pas, ce qu’il faut de gras et d’endurance. La bande son (bruitage et voix), comme nous l’avons indiqué précédemment, est d’une très, très faible qualité. Cela ne permet malheureusement pas de suffisamment mettre en avant le système ou la qualité du travail de l’ingé FOH.

On est geek ou on ne l’est pas. Au grand Rex, tout est mis en place pour mettre le spectateur dans l’ambiance.

A l’entracte, nous changeons de place pour aller au pire endroit possible, sous la casquette. Mauvaise idée. Nous ne voyons ni l’écran, ni les haut-parleurs … Dans ces conditions, difficile d’être dans le système. La salle a beau être jolie, elle n’en souffre pas moins de certains défauts insolubles.

L’impression est donc positive. Certes, nous avons apprécié l’Uniline Compact mais nous n’avons pas pu bénéficier de cet atout qu’APG met en avant, la modularité, pas plus que de sources de qualité comme des belles voix ou une batterie pour bien cerner sa personnalité. Pour cela, il faudra sans aucun doute profiter d’une seconde écoute dans d’autres conditions, comme un plein air par exemple, histoire de bien ressentir le système et jauger de sa portée réelle et de son intelligibilité au lointain.

Et d’autres informations sur le site APG

 

Crédits - Brice Coulombier et Ludo Monchat - Photos : Ludo Monchat et APG

2 réflexions au sujet de « Des Uniline Compacts et des T-Rex au Grand Rex »

    • Bonjour Bernard et merci pour votre commentaire qui a retenu toute notre attention et que nous publions avec plaisir. Il ne vous aura pas échappé que ce reportage s’insère dans une ligne éditoriale très claire où toutes les marques, tous les styles et toutes les tailles de prestations sont mises à l’honneur (accord sur le féminin dominant car en fin de phrase), que le prestataire ou les éléments déployés lors de cette dernière soient français ou pas.

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