Expo au Victoria and Albert Museum de Londres

Pink Floyd et Sennheiser, une histoire d’amour multicanale

On avait Ă©tĂ© gĂątĂ© avec Bowie, mais l’exposition des Pink Floyd qui se tient au Victoria and Albert Museum de Londres jusqu’au 1er octobre 2017 est un bijou encore mieux ciselĂ© que la musique du groupe et la participation plus qu’active de Sennheiser et sa technologie Ambeo 3D la rendent irrĂ©sistible.
Que vous soyez ou pas un fan des Floyd, le charme opĂšre et fait de cet Ă©vĂ©nement honorant les 50 ans de la sortie du premier titre du groupe, une excellente raison d’aller en WE chez nos lĂącheurs prĂ©fĂ©rĂ©s ! SLU y Ă©tait, et on vous propose un long reportage truffĂ© d’images et se terminant par une interview trĂšs intĂ©ressante des frĂšres Sennheiser.

Les racks crĂ©Ă©s par Sennheiser afin de pouvoir dĂ©ployer et charger facilement les packs HF et les casques lors d’une manifestation. Classe et pratique.

Des claviers, des guitares, des Ă©lĂ©ments de dĂ©cor, des batteries, des affiches, des films, des sĂ©quences enregistrĂ©es Ă  Abbey Road avec les instruments de toujours mais le son d’aujourd’hui, des maquettes des lĂ©gendaires scĂ©nographies, des costumes, des lettres, les joysticks et les consoles quadriphoniques, le Schoolmaster et sa baguette, tout y est.
MĂȘme sans connaĂźtre l’histoire ou la discographie des Floyd, il est impossible de ne pas plonger dans leur univers artistique remarquablement bien reconstituĂ© malgrĂ© une volontĂ© chronologique qui rend le dĂ©but de l’expo et donc de la carriĂšre du groupe Ă©poque Syd Barrett un peu obscure pour les non experts et ce sera lĂ  ma seule critique artistique. Circulez, il y a tout Ă  voir !

Les GuidePort en train de se faire une beauté aux batteries sous un mur de chargeurs.

Le fil rouge de cette expo et qu’on vous dĂ©livre en le sortant de magnifiques racks verticaux estampillĂ©s Sennheiser, vous le portez autour du cou, et au bout de ce ruban pĂ©tant, un rĂ©cepteur HF GuidePort vous accompagne et dĂ©livre de façon trĂšs qualitative des titres, des extraits de reportages, des interviews et des concerts Ă  un volume que le confortable casque, Sennheiser lui aussi, n’aidera pas Ă  augmenter. Pensez Ă  prendre vos ears, le jack 3,15 est parfaitement accessible et l’immersion en sera encore plus complĂšte !

Une maquette de la scĂšne du Division Bell tour. Pas de line-array Ă  l’époque mais une scĂ©nographie Ă  couper le souffle signĂ©e Mark Fisher. Sur cette tournĂ©e, trois scĂšnes se relayaient, 51 semis, 112 dates en 7 mois


Comme il se doit, un Ă©norme travail de collecte et de masterisation des extraits mais plus encore de programmation des zones de dĂ©clenchement du son a Ă©tĂ© fait. Si vous n’avez pas trop la bougeotte, laissez le systĂšme vous suivre, on rentre et sort trĂšs bien des pĂ©rimĂštres dĂ©limitĂ©s de maniĂšre invisible et c’est justement par le son qu’on dĂ©couvre lĂ  un Ă©cran, lĂ  un instrument, lĂ  encore une maquette due au talent de designer de Mark Fisher, que la musique anime immĂ©diatement.

Rien que de taper ces quelques lignes ravive le souvenir des formes humanoĂŻdes et autres animaux en textile de Frei Otto, et qui vous observent en silence si vous retirez votre casque mais retrouvent toute leur force avec les mĂ©lodies du groupe qui les ont immortalisĂ©s. Aucun dĂ©crochage HF, clic Ă©trange ou boucle arythmique ne viennent troubler l’écoute. Le rapport signal bruit, la bande passante, tout dans cette infrastructure technique respire la qualitĂ© bien au-delĂ  du nĂ©cessaire et le moins que l’on puisse dire c’est que le visiteur est respectĂ© y compris au niveau des oreilles.

Pas des répliques, non, les vraies créatures de The Wall.

Cela dit n’oubliez pas de restituer votre rĂ©cepteur et casque Ă  la sortie de l’expo, dĂšs qu’il sort de la zone de couverture, une alarme retentit Ă  volume toujours raisonnable mais sans aucune ambiguĂŻtĂ© dans vos oreilles, j’en ai fait l’amĂšre expĂ©rience ;0)

Andreas et Daniel Sennheiser dans la Performance Zone oĂč a eu lieu l’inauguration presse avant qu’on appuie sur
.schuut, vous le dĂ©couvrirez par vous-mĂȘme !

Le bouquet final de l‘expo est une salle de 120 mÂČ dans laquelle Sennheiser a implantĂ© un systĂšme Ambeo 3D qui vous immerge au plus profond de la musique des Floyd, un rendu que le groupe a rĂȘvĂ© et qu’il a Ă©tĂ© possible de rĂ©aliser 40 ans plus tard.
Ce brillant hommage Ă  tout ce que ce groupe a apportĂ© en termes de spatialisation du son, va beaucoup, beaucoup plus loin que la bonne vieille quadriphonie, grĂące au travail effectuĂ© par Simon Rhodes, Simon Franglen et Andy Jackson Ă  Abbey Road 2 oĂč le dĂ©ploiement d’enceintes prĂ©vu pour le musĂ©e a Ă©tĂ© recrĂ©Ă©, permettant le mixage et l’encodage des sources sur l’ensemble des
18 points de diffusion + 1 canal infra.
Le dĂ©ploiement de cette “Performance Zone” est basĂ© sur deux rĂ©fĂ©rences d’enceintes actives, les moniteurs KH420 et les subs KH870, les deux tĂȘtes de gondole de Klein & Hummel que le groupe Sennheiser Ă  rachetĂ© et rebaptisĂ© Neumann.
On vous re-propose pour l’occasion l’explication fournie sur un film en anglais de 4 minutes par cette Ă©quipe de techniciens de choc qui vous plonge dans le studio oĂč, entre autres albums d’une infinitĂ© d’artistes, ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s les deux monuments que sont The Dark Side of the Moon et Whish You Were Here.

Une sorte de « façade » est prĂ©vue avec 3 enceintes placĂ©es Ă  2 mĂštres de hauteur et 3 autres accrochĂ©es entre 4 et 5 mĂštres de haut. A l’arriĂšre on trouve 2 enceintes basses et deux hautes.
Sur les cĂŽtĂ©s et par cĂŽtĂ©, nous avons 2 enceintes en position basse et une en hauteur et enfin deux derniĂšres enceintes sont accrochĂ©es en douche au beau milieu de la salle Ă  six mĂštres de hauteur et portent le sobriquet de Voice of God. Les 7 subs sont installĂ©s 3 Ă  l’avant, 2 Ă  l’arriĂšre et 1 de chaque cĂŽtĂ© au sol. On reviendra sur ce dernier choix.

La KH420, un vrai petit moniteur qui posé sur le sub KH870, devient un moniteur à part entiÚre en gagnant extension du grave et SPL.

Les KH420 sont les gros modĂšles de la marque et comme le reste de la gamme, ils sont amplifiĂ©s, ici en trois vois actives. Le grave est dĂ©livrĂ© par un 10’’ Ă  grand dĂ©battement dans un montage bass reflex et deux Ă©vents de grande taille lui donnent une belle extension dans le grave.

En orange et en haut de ce graphique, la réponse en fréquence de la KH420. Ca se passe vraiment de tout commentaire.

Le mĂ©dium est confiĂ© Ă  un dĂŽme de 3’’ mĂ» par un aimant au NĂ©odyme. L’aigu enfin repose sur un dĂŽme en tissu d’un pouce. Le niveau SPL max atteint 109 dB ce qui est une excellente performance considĂ©rĂ©e la rĂ©ponse en frĂ©quence droite jusqu’à 30 Hz. 18 de ces enceintes sont mises en Ɠuvre.

Le KH870. Un vrai petit sub avec ses deux 10’’ capables de gĂ©nĂ©rer Ă  pression raisonnable de l’infra.

Le KH870 est aussi le gros sub de Neumann. Embarquant deux 10’’ Ă  grand dĂ©battement dans une Ă©bĂ©nisterie trĂšs inerte et ouverte via des ports Ă  faible turbulence, il passe les 18 Hz Ă  -3dB et dĂ©livre un SPL Max de 116 dB grĂące Ă  son ampli de 400 W. Il dispose par ailleurs d’une connectique trĂšs poussĂ©e lui donnant comme souvent le rĂŽle de chef d’orchestre dans le cas d’un dĂ©ploiement allant jusqu’au 7+1.
Le rĂ©sultat Ă  l’oreille est trĂšs bon avec un rendu spectaculaire et Ă  la fois doux et prĂ©cis malgrĂ© une spatialisation trĂšs large. L’absence de moteurs dans les enceintes ne permet pas des niveaux trĂšs importants, ce qui n’est pas le but recherchĂ©, mais offre un confort garantissant une Ă©coute prolongĂ©e, une qualitĂ© recherchĂ©e en studio. Il ne fait aucun doute que les visiteurs de l’exposition apprĂ©cieront au plus haut point cette immersion sonore et
 on ne vous en dira pas plus.
Sachez simplement que vous en prendrez plein la vue et les oreilles. Je n’ai en revanche pas Ă©tĂ© totalement convaincu par le placement des subs qui, en grand nombre et trĂšs distribuĂ©s, se rĂ©vĂšlent ĂȘtre par endroits un peu interfĂ©rents. Peut-ĂȘtre aurait-il fallu ne les placer que d’un cĂŽtĂ© et les stacker par deux afin de rĂ©duire le nombre de points d’émission voire faire le choix de ne placer qu’un seul gros sub de sonorisation de marque allemande, il y en a des bons ;0)

Interview de Daniel et Andreas Sennheiser

GrĂące Ă  la collaboration trĂšs efficace de Stephanie Schmidt, la responsable de communication des produits pro de Sennheiser et de l’équipe de relations presse Marie Antoinette, nous avons pu interviewer Daniel et Andreas Sennheiser, tous deux CEO du groupe familial Ă©ponyme et prĂ©sents sur place pour l’inauguration, afin de faire un point dĂ©bordant largement l’exposition Pink Floyd.

Une des nombreuses salles de l’expo avec ici, une mise en scĂšne rappelant la pochette de Delicate Sound of Thunder, le lieux idĂ©al pour immortaliser Ă  gauche Daniel et Ă  droite Andreas Sennheiser.

SLU : Bonjour et merci de nous accorder cette interview. Pouvez-vous nous dire qui fait quoi au sein du groupe ?

Daniel Sennheiser : Nous sommes tous les deux CEO. Nous avons eu des parcours diffĂ©rents mais cela ne nous empĂȘche pas de partager complĂštement la direction du groupe.

SLU : Peut-ĂȘtre que vous Andreas avez plus d’appĂ©tence pour la technique


Andreas Sennheiser : Je suis ingĂ©nieur et Daniel est designer, donc nous avons une approche diffĂ©rente des choses, mais nous faisons bien le mĂȘme mĂ©tier et traitons les mĂȘme problĂ©matiques ensemble, sans trop rester cantonnĂ©s dans nos domaines de prĂ©dilection.

Daniel Sennheiser : Et au final nous devons tous les deux nous intĂ©resser Ă  l’aspect financier des choses. (rires).

En grand Ă©cran, une des photos prises lors de la sĂ©ance pour la pochette de Whish You Were Here. Mais pas celle retenue…

SLU : Un événement comme celui des Floyd est important pour Sennheiser, son image et sa stratégie commerciale ?

Daniel Sennheiser : Je ne pense pas que l’on puisse parler de collaboration commerciale autour de cet Ă©vĂ©nement. Sennheiser et les Floyd, c’est une aventure qui dure depuis 50 ans et l’exemple du MD409 que le groupe a rendu cĂ©lĂšbre est symptomatique de cela.
De plus nous collaborons beaucoup avec le V&A (l’abrĂ©viation du musĂ©e londonien NDR) puisque nous avons fourni notre assistance technique sur deux autres expositions et cela contribue Ă  rendre populaire ce type d’évĂ©nement mĂȘlant objets et musique en mettant cette derniĂšre au premier plan.
Sennheiser est prĂ©sent sur les marchĂ©s de l’enregistrement, du mixage et de la reproduction, apporter notre contribution est le moins que l’on puisse faire !

SLU : Avez-vous apprĂ©ciĂ© le choix d’aller Ă  Abbey Road pour retravailler le son des Floyd pour l’expo (sourire) ?

Andreas Sennheiser : C’était bien entendu parfait car c’est dans ce studio que le groupe a enregistrĂ© nombre de ses succĂšs et nous avons pu voir tous les appareils d’époque qui s’y trouvent encore (hĂ©las la console EMI 12345 MKIV du Studio 2 a Ă©tĂ© vendue fin mars 2017 aux enchĂšres NDR). Bien entendu nous avons travaillĂ© avec des ordinateurs et pas avec des tables aux faders analogiques mais l’atmosphĂšre des lieux et la prĂ©sence active d’Andy Jackson qui a Ă©tĂ© aux cĂŽtĂ©s des Floyd pendant trente ans, a ajoutĂ© au plaisir et au rĂ©sultat final.

ExposĂ©e dans le hall d’entrĂ©e du V&A, la cĂ©lĂšbre console construite sur mesure et Ă  la demande spĂ©cifique d’Abbey Road par EMI, sur laquelle Alan Parsons a crĂ©Ă© avec les Floyd sans doute leur chef d’Ɠuvre Dark Side Of The Moon. Elle a Ă©tĂ© vendue aux enchĂšres Ă  Pie Studios de New York, un lieu de plus en plus mythique et oĂč nombre de bijoux Ă  la fois instruments et Ă©lĂ©ments de studio, continuent leur brillante et vintage carriĂšre. Elle a Ă©tĂ© cĂ©dĂ©e pour 1 600 000 € en parfait Ă©tat de fonctionnement et prendra la direction des USA pour reprendre du service Ă  la fin de l’expo en octobre.

SLU : Ce n’est un secret pour personne, en tous cas pas pour les lecteurs de SLU, que vous avez employĂ© des Ă©lĂ©ments du Live 8 de 2005 pour avoir des pistes sĂ©parĂ©es


Andreas Sennheiser : Oui c’est exact. Ce n’est pas nous qui avons choisi, mais c’est Ă©vident que cela a satisfait tout le monde, d’autant que c’était la derniĂšre fois que les 4 membres historiques ont jouĂ© ensemble (Gilmour, Waters, Wright & Mason NDR) et que nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une excellente captation multipiste pour notre remix Ambeo.

Daniel Sennheiser : Et en plus ce concert a été enregistré en numérique.

Sennheiser, la stratégie et quelques chiffres

SLU : Pouvez-vous nous dĂ©tailler votre stratĂ©gie, en tous cas celle qui concerne le dĂ©partement pro. Nous avons le sentiment, partagĂ© par nombre de professionnels, que Sennheiser semble parfois s’intĂ©resser plus au tout public.

Daniel Sennheiser : Non, nous sommes intimement liĂ©s aux professionnels de l’industrie musicale parce que c’est par le biais des meilleurs outils de capture, mixage et reproduction, qu’il sera aisĂ© de par exemple crĂ©er des bandes sonores immersives, quelque chose que le tout public apprĂ©cie et adopte de plus en plus. Nous sommes Ă  100 % attachĂ©s aux professionnels du son comme nous l’avons toujours Ă©tĂ©.

Ce joystick s’appelle l’Azimuth Co-ordinator et il a Ă©tĂ© employĂ© la premiĂšre fois en 1967 au Queen Elisabeth Hall de Londres. Celui que vous voyez est la version de 1969 dĂ»e au talent de Bernard Speight, un ingĂ©nieur de maintenance des studios Abbey Road.

SLU : Quel est le pourcentage du chiffre d’affaires de Sennheiser Pro vis-Ă -vis des autres activitĂ©s du groupe ?

Daniel Sennheiser : C’est à peu de chose prùs 50/50 et ça l’est depuis au moins 10 ans. Les gens voient toute la communication que nous faisons pour la branche tout public et en tirent des conclusions fausses.
C’est vrai que pour le Pro, nos actions sont plus discrĂštes et consistent par exemple dans l’accompagnement des Ă©vĂ©nements musicaux du V&A, dans la mise Ă  disposition de matĂ©riel pour des tournĂ©es ou des productions musicales.

Andreas Sennheiser : Nous sommes convaincus que cet Ă©quilibre de 50/50 est bon pour le groupe. Ce qui est aussi intĂ©ressant c’est qu’avec Ambeo nous rĂ©unissons ces deux mondes, le consumer et le pro, puisqu’il faut enregistrer, mixer, matricer et enfin reproduire, soit au travers de haut-parleurs, soit grĂące Ă  des casques. Ambeo est donc le meilleur moyen de satisfaire les deux marchĂ©s de Sennheiser.

SLU : Ambeo est intĂ©ressant comme procĂ©dĂ© multicanal mais quel marchĂ© souhaitez-vous toucher ? Comme vous l’avez dit vous-mĂȘme durant l’inauguration, ce n’est pas Ă  la portĂ©e de tout le monde de disposer de 18 tĂȘtes et 7 subs


Daniel Sennheiser : Bien sĂ»r ici nous montrons l’exploitation la meilleure, celle qui dĂ©montre le mieux ce qui peut ĂȘtre fait avec Ambeo en de bonnes mains, mais nous travaillons aussi Ă  recrĂ©er cette expĂ©rience sonore, cette immersion en binaural afin de permettre au plus grand nombre d’utilisateurs d’en profiter avec un simple casque. On peut imaginer que bientĂŽt le mix binaural 3D fera partie des formats standard de reproduction du son des majors et des rĂ©seaux de distribution comme Universal, Warner ou Disney, un format qui sera une sorte de rĂ©duction qualitative du procĂ©dĂ© Ambeo qui aura Ă©tĂ© par ailleurs utilisĂ© tout du long de la production des contenus.

Loin du numĂ©rique et des plugs, la Strat, LA Black Strat achetĂ©e par David Gilmour en 1970 et utilisĂ©e sur un nombre important de soli dont celui d’Another brick in the wall, entre autres. Approchez-vous d’elle et de l’écran oĂč l’on devine David Gilmour ; ce dernier est retournĂ© Ă  Abbey Road avec amplis et pĂ©dales et a Ă©tĂ© filmĂ© et enregistrĂ© en jouant. Seul. Inutile de vous dire Ă  quel point entre instrument, effets et jeu, sa sonoritĂ© change. Les poils
C’est Kourou, Cape Canaveral et BaĂŻkonour rĂ©unis.

SLU : Vous faites du son avec beaucoup de modernitĂ© et semblez avoir trouvĂ© la passerelle entre pro et grand public avec Ambeo. C’est une stratĂ©gie choisie et capable d’assurer des revenus ou alors le besoin de suivre une certaine mode et d’y placer votre savoir-faire ?

Andreas Sennheiser : Le son Ă©volue et nous accompagnons cette Ă©volution depuis la crĂ©ation de Sennheiser. Ce dont nous sommes certains, c’est que la sĂ©paration entre l’univers professionnel et consumer n’a plus lieu d’ĂȘtre, mais comme nous sommes avant tout au service des professionnels et nous savons que tout commence par un enregistrement, on dĂ©die Ă©normĂ©ment de ressources aux pros.

SLU : On vit quand mĂȘme Ă  une Ă©poque oĂč la consommation de la musique se fait en MP3 et via des enceintes en plastique. Il n’y a pas une certaine ambiguĂŻtĂ© Ă  promouvoir une telle qualité ?

Daniel Sennheiser : On a vu l’apparition du MP3 d’un bon Ɠil chez Sennheiser car il a donnĂ© Ă  la musique le don d’ubiquitĂ©, il l’a rendue facile Ă  transporter et l’a enfin beaucoup dĂ©mocratisĂ©e.
Cela dit, on constate depuis quelques annĂ©es une certaine appĂ©tence pour le non compressĂ©, un retour vers la qualitĂ© par le biais de sites vendant des fichiers HR ou mĂȘme via le renouveau du vinyle. Cette prise de conscience, quant Ă  la qualitĂ© du son, est importante car elle gĂ©nĂšre aussi de l’intĂ©rĂȘt pour nos casques au travers desquels la diffĂ©rence entre MP3 et FLAC est clairement audible.

SLU : Pour revenir à l‘une de vos branches au travers de vos marques Sennheiser et Neumann, allez-vous continuer à sortir des nouveaux micros traditionnels ou bien allez-vous mettre l’accent sur des capteurs comme le VR Mic ?

Daniel Sennheiser : Nous allons dĂ©velopper en parallĂšle des micros comme le VR pour Ambeo mais aussi des modĂšles plus traditionnels. Nous allons aussi travailler sur des modĂšles plus anciens qui n’existent plus.

Le VR Mic, pas loin de 2000 € en prix public mais la garantie d’avoir 4 tĂȘtes de grande qualitĂ©, parfaitement azimutĂ©es et une grande facilitĂ© d’emploi, sans oublier que ce capteur hors norme est vendu avec son logiciel de conversion de format A en format B.

On a aussi constatĂ© qu’aujourd’hui beaucoup d’enregistrements se passent en dehors des studios d’enregistrement et un peu n’importe oĂč, lĂ  oĂč les idĂ©es surgissent. Nous rĂ©flĂ©chissons donc Ă  des micros qui dĂ©livrent autre chose qu’un signal micro standard. Cela pourrait ĂȘtre un flux numĂ©rique, un flux rĂ©seau qui par ailleurs sert beaucoup en broadcast.

Pour toutes celles et ceux qui ont connu l’HD414, il a rĂ©volutionnĂ© l’écoute au casque qui pour la premiĂšre fois a pu durer plus de 10 minutes sans dĂ©gouliner et avoir mal au crane ;0)

SLU : Sennheiser suit au plus prÚs le trend ou bien le créé ?

Daniel Sennheiser : Sennheiser veut clairement inventer et continuer Ă  produire le futur de l’audio, quelque chose que nous avons toujours fait, j’en veux pour preuve le premier micro sans fil ou les premiers Ă©couteurs conçus spĂ©cifiquement pour la musique, les HD414, avec un rendu et une lĂ©gĂšretĂ© sans commune mesure avec les standards de l’époque, on parle ici de 1968.
Nous avons aussi inventĂ© le micro canon et maintenant le VR. Il y a aussi le premier micro sans fil, numĂ©rique et sans aucune compression, le D9000. On nous dit qu’il est cher, mais nombre d’utilisateurs en sont ravis car sur certaines sources trĂšs sensibles comme une guitare folk, son absolue neutralitĂ© fait la diffĂ©rence.

SLU : Quand pourrons nous considĂ©rer qu’Ambeo est un succĂšs. Le jour oĂč nous aurons des micros pour ce format chez Neumann (sourire) ?

Andreas Sennheiser : Il faut savoir oĂč se place la notion de succĂšs. Si c’est d’obtenir qu’un long frisson traverse l’échine de nos utilisateurs quand ils Ă©coutent le rendu d’Ambeo, cela nous suffit. Offrir Ă  l’expo des Floyd une salle Ambeo est aussi un succĂšs car cela correspond exactement Ă  notre dĂ©sir de faire Ă©voluer le son encore et toujours. Certes la “Performance Zone” est une installation hors norme, mais cela passe aussi par des produits beaucoup plus abordables comme notre casque Ă  la fois Ă©couteur et micro binaural dont nous sommes certains qu’il sera trĂšs apprĂ©ciĂ© et trĂšs vendu. Ambeo peut donc ĂȘtre innovant et rentable en mĂȘme temps. Il faudra un peu de temps pour que cela rentre dans les mƓurs, comme cela s’est passĂ© entre la mono et la stĂ©rĂ©o, mais quand on a pu Ă©couter l’infinie richesse d’un rendu Ambeo et tout ce qu’il apporte Ă  la musique, on ne peut pas revenir en arriĂšre.

Regardez bien cet assemblage de piĂšces et rĂ©Ă©coutez Money
Ehh oui, une expo ça sert Ă  ça. A sa façon, cette percu est passĂ©e Ă  la postĂ©ritĂ© !

Daniel Sennheiser : Nous essayons Ă  la fois de redonner ses lettres de noblesse au son qui, gĂ©nĂ©ralement lorsqu’il est raccordĂ© Ă  une image, est moins bien loti que cette derniĂšre et in fine, nous voulons tendre vers le meilleur son possible. La question n’est pas de savoir si on va sortir un micro Neumann pour Ambeo, il suffit d’en avoir 8 et de bien les placer pour obtenir des prises 3D de trĂšs grande qualitĂ©. Ambeo est un process de travail plus qu’un appareil Ă  proprement parler ou un flux spĂ©cifique encodĂ©. C’est avant tout une mĂ©thode qu’il faut apprendre Ă  maitriser et Ă  exploiter.

SLU : Mais cela passe par des logiciels pour l’exploitation des nombreux canaux. En dĂ©veloppez-vous certains ?

Andreas Sennheiser : Absolument ! Avec le VR Mic nous livrons A-B Ambeo, un soft qui convertir le format A issu de la captation du son via notre micro en format B qui, ambisonique, permet de placer exactement le son oĂč l’on veut dans le champ sonore entourant le capteur via des rĂ©glages qui s’appellent W, la somme des 4 tĂȘtes, X qui rĂšgle entre avant et arriĂšre, Y qui le fait entre gauche et droite et enfin Z qui le fait entre haut et bas.

Un graphique expliquant assez bien le rĂŽle du plug A-B Ambeo.

Daniel Sennheiser : Nous sommes aussi ouverts Ă  la collaboration de dĂ©veloppeurs extĂ©rieurs de plugs, mais aussi avec les crĂ©ateurs de contenus et les Ă©diteurs et distributeurs de ces mĂȘmes contenus qui peuvent par exemple ĂȘtre sportifs. Tous ensemble, nous crĂ©ons l’écosystĂšme d’Ambeo sans avoir besoin de possĂ©der quoi que ce soit de notre cĂŽtĂ©. Toute marque de micro ou de console peut ĂȘtre utilisĂ©e pour crĂ©er du contenu Ambeo sans aucune restriction.

FabriquĂ©e par Britannia Row, cette console de matriçage quadriphonique a accompagnĂ© les 197 dates du Momentary Lapse Of Reason Tour, effectuĂ© sans Roger Waters qui avait quittĂ© le groupe peu avant. Une de ces dates s’est dĂ©roulĂ©e dans le ChĂąteau de Versailles. Souvenirs


SLU : Vous avez parlĂ© de contenus sportifs, c’est une de vos cibles ?

Andreas Sennheiser : Oui. Le sport se filme de plus en plus en mouvement et le son nous semble trĂšs en retard sur cette Ă©volution. Nous collaborons Ă©troitement avec des producteurs pour leur permettre d’offrir des programmes infiniment plus immersifs que le simple rendu TV qui vous laisse un peu sur place.

Daniel Sennheiser : C’est qui est intĂ©ressant c’est que des producteurs de films et les personnes en charge de la partie sonore des long mĂ©trages vont rapidement l’adopter car ils ont dĂ©jĂ  l’habitude de gĂ©rer du son immersif. Simon Franglen qui a travaillĂ© sur Titanic ou Avatar et a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© d’un Grammy et nominĂ© aux Golden Globes, a particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© de collaborer au remix Ambeo du contenu exploitĂ© Ă  l’exposition des Floyd. L’énorme avantage de notre procĂ©dĂ© c’est qu’il ne demande pas d’encodage et peut donc ĂȘtre par exemple exploitĂ© dans toute salle de cinĂ©ma. L’avantage est que la rĂ©duction binaurale le rend facilement compatible avec toute installation stĂ©rĂ©o et spĂ©cialement les casques.

SLU : Qui a eu l’idĂ©e d’Ambeo chez vous ?

Daniel Sennheiser : On ne peut pas appeler cela une idĂ©e. C’est un programme derriĂšre lequel se cachent 15 annĂ©es de recherches dans le cadre de l’audio immersif. DiffĂ©rentes Ă©quipes ont travaillĂ© de leur cĂŽtĂ© sur l’audio immersif et il y a environ deux ans, nous avons fait le choix avec Andreas de capitaliser sur ces recherches et d’exploiter nos dĂ©couvertes sous un nom commercial : Ambeo. On peut donc considĂ©rer que c’est une somme d’idĂ©es plus qu’une seule et unique idĂ©e et c’est ce qui lui donne sa grande polyvalence.

The Wall dans toute sa crĂ©ativitĂ©. Oui c’est le vrai prof, le Schoolmaster avec sa baguette et ses yeux lumineux.

D’un autre cĂŽtĂ©, on observe que le marchĂ© semble prĂȘt Ă  absorber une innovation. Des artistes nous ont fait part de la relative pauvretĂ© des formats de reproduction musicale. Pas moyen de donner de la profondeur et de la hauteur Ă  une performance quelle qu’elle soit.
L’avĂšnement de la VR, qui apporte un grand progrĂšs Ă  l’image, semble avoir oubliĂ© le son en chemin qui reste banalement stĂ©rĂ©o et n’apporte pas sa pierre Ă  l’édifice de la rĂ©alitĂ© virtuelle et augmentĂ©e, voire dilue l’expĂ©rience. Nous avons vraiment ressenti le besoin de nous lancer et apporter au marchĂ© le son en 3D.

SLU : Etes-vous prĂȘt Ă  vous rapprocher de certains artistes qui ont le besoin et plus encore l’habitude d’aller au-delĂ  de la simple stĂ©rĂ©o sur scĂšne et recherchent de quoi offrir une expĂ©rience plus rĂ©aliste Ă  leurs fans ?

Daniel Sennheiser : Bien sĂ»r, et nous venons de le faire avec les Floyd. C’est sans doute plus facile en un premier temps de penser Ă  des contenus enregistrĂ©s que du live, mais tout est possible, nous n’en sommes qu’au tout dĂ©but d’Ambeo.

Le temps passe, je tape cette conclusion et mes poils semblent vouloir rester bloquĂ©s en position dressĂ©e. Le souvenir du cocktail d’inauguration oĂč l’ensemble des organisateurs a pris la parole et oĂč, au dĂ©tour d’une salle, on a croisĂ© Nick Mason, Brian May ou Jimmy Page y est sans doute pour quelque chose, mais pas que.
Their Mortal Remains est comme un bon Asterix, chacun y trouve son bonheur et on n’en Ă©puise jamais vraiment toutes les trouvailles. Plongez-vous dans la version remasterisĂ©e de Dark Side of the Moon, prenez votre billet de train et ne ratez pas ce bain de jouvence et de sensations aussi indĂ©finissables que le groupe qui en est Ă  l’origine.

Last but certainly not least, monsieur Nick Mason, le batteur et membre permanent du groupe, celui qui a passĂ© toutes les Ă©tapes, toutes les pĂ©riodes et a Ă©tĂ© aussi propre et mĂ©tronomique dans son jeu que fiable et disponible vis-Ă -vis du groupe et mĂȘme des organisateurs et producteurs de l’expo qui tous ont saluĂ© sa collaboration et son infinie gentillesse. Il monte prendre la parole lors du cocktail d’inauguration.

Crédits - Texte & photos : Ludovic Monchat

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