Situé à deux pas de Paris La Défense et au cœur du Grand Paris, le Centre Événementiel de Courbevoie est un espace impressionnant de 5000 m2 dédiés à l’événementiel et à la culture. Deux très belles salles de spectacles, une de 1000 et une de 300 places, accueillent événements professionnels et de nombreux spectacles : théâtre, humour, concert, danse, musique classique… tout y est représenté. Ce magnifique complexe impressionne par ses beaux volumes.
La qualité des équipements également ne trompe pas sur la maîtrise audiovisuelle des lieux que son régisseur Jean-Philippe Edel gère avec brio. Si nous le retrouvons aujourd’hui, en compagnie de Charlène Lesellier Yver, responsable marketing, c’est dans le but précis de combler notre curiosité. En effet, au sein de ce complexe culturel multisalle, nous apprenons qu’un studio d’enregistrement vient d’y être aménagé, le Studio Saphir. Face à cette démarche intéressante, naturellement, nous voulions en savoir beaucoup plus…
SLU : Pour commencer, pouvez-vous m’expliquer ce qu’est CourbevoiEvent ?
Charlène Lesellier Yver : CourbevoiEvent est une Société Publique Locale dont l’actionnaire principal et unique est la mairie de Courbevoie. Concrètement, nous travaillons directement pour la municipalité en exploitant l’ensemble de ses espaces culturels. Notre mission principale est d’exploiter et de faire vivre ces lieux à travers notamment l’accueil d’événements professionnels et une programmation artistique et cinématographique.
SLU : Quels sont les différents espaces et salles de spectacle que vous gérez au quotidien ?
Charlène Lesellier Yver : Nous exploitons principalement trois pôles événementiels et culturels. L’Espace Carpeaux, qui est le théâtre historique de la ville de Courbevoie. C’est un bâtiment moderne datant des années 1990 qui a été entièrement rénové. Il abrite une salle de théâtre de 500 places, mais aussi un cabaret de jazz très actif. Nous exploitons également le cinéma Abel Gance, un cinéma mono-écran classé Art et Essai. Enfin, le Centre Événementiel, un bâtiment très moderne datant de 2014 dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Ce complexe abrite une grande salle de 1 000 places, une salle de 300 places, ainsi que divers espaces de réception modulaires.

SLU : Nous constatons également une forte concentration d’autres structures culturelles sportives à proximité immédiate. Un peu comme une “Villette en miniature”
Charlène Lesellier Yver : C’est un véritable pôle culturel intégré voulu par la mairie. Par exemple, à l’Espace Carpeaux, nous partageons le bâtiment avec le Conservatoire de musique de la ville de Courbevoie, qui y dispose de ses salles de classe et de son propre auditorium. Les complexes sportifs et le stade sont également situés juste à côté, ce qui crée une magnifique synergie avec les différents publics de la ville.

SLU : Et maintenant avec son studio d’enregistrement ?
Jean-Philippe Edel : Cet espace avait été conçu dès la création du bâtiment comme un espace studio dédié à la musique. Cependant, dans sa première version, c’était principalement un studio de répétition destiné aux musiciens et aux petits groupes locaux, qui pouvaient le louer à l’heure à un tarif extrêmement préférentiel. Il y avait à l’époque une seule pièce de répétition, avec une petite cabine de mixage accolée et très sommaire. Elle intégrait du matériel analogique, avec quelques enceintes de monitoring et un système d’enregistrement basique.
Charlène Lesellier Yver : L’idée de départ était de proposer une offre complète autour de la création et de l’enregistrement de la musique, en lien direct avec nos saisons artistiques. Mais le studio n’avait pas encore l’acoustique ni le niveau d’équipement requis pour attirer une cible de professionnels.

SLU : …avec la particularité d’être conçu pour l’immersif ?
Jean-Philippe Edel : Quand je suis arrivé en 2023, l’ancien directeur technique s’apprêtait à prendre sa retraite. Avant son départ, il m’a confié une mission : intégrer un système immersif 5.1 au sein du studio. En tant qu’ingé son issu de l’enregistrement, cette demande m’a semblé assez complexe à mettre en œuvre. Le monde de l’audio immersif en studio et celui du spectacle vivant reposent sur des compétences, des profils techniques et des logiques de diffusion très différents. Je me suis demandé s’il existait une technologie capable de créer un pont entre les deux. C’est au cours de mes recherches que j’ai découvert la technologie L-ISA de L-Acoustics, qui offrait précisément cette possibilité de faire dialoguer ces deux univers.
J’ai consacré de nombreuses nuits à étudier la faisabilité technique d’un tel projet hybride : architecture du système, infrastructure, acoustique, diffusion et montée en compétences des équipes. Le projet a finalement été validé par la direction de CourbevoiEvent. Sa mise en œuvre s’est étalée sur deux années d’investissements, avec plusieurs volets complémentaires : conception et traitement acoustiques, acquisition des équipements, déploiement et câblage, mais aussi formation de notre personnel en interne. L’objectif était de créer un environnement capable de réunir les exigences du mixage immersif studio et live, en faisant de cette complémentarité un outil au service de nos productions.

SLU : Décrivons les lieux. Le studio est divisé en trois espaces distincts, avec une continuité visuelle entre tous ?
Jean-Philippe Edel : Oui c’est une de ses particularités très agréables. Le studio de prise ”live room” fait environ 40 m². C’est une pièce de taille très confortable qui peut accueillir un groupe entier. L’une de ses grandes qualités est sa généreuse hauteur sous plafond, ce qui est rare pour un studio d’enregistrement moderne. Nous y avons installé un backline très qualitatif à disposition des artistes. Comme nous gérons également la programmation du cabaret jazz de l’Espace Carpeaux, nous disposons d’un excellent parc d’instruments : des amplis guitare et basse, des claviers et plusieurs batteries complètes de grande marque et des caisses claires de qualité.
SLU : Dans le studio, les musiciens bénéficient du confort des retours personnels ?
Jean-Philippe Edel : Nous avons banni les configurations complexes et chronophages. Nous utilisons un système Behringer P16. C’est une solution totalement « plug and play ». Depuis notre système Pro Tools, nous envoyons des sous-groupes ou des « stems » (jusqu’à 16 canaux indépendants, configurables en stéréo si besoin) directement dans le réseau. Chaque musicien fait ensuite sa propre balance sur son boîtier, sans déranger l’ingénieur du son. Tout est précâblé et prêt à l’emploi.

SLU : Passons au deuxième espace physique, qui se situe au centre : la cabine voix …
Jean-Philippe Edel : C’est une cabine très chaleureuse et cosy, avec des éclairages à intensité réglable pour créer des ambiances de travail détendues. Elle dispose d’un sas de passage parfaitement isolé et surtout de vitrages de chaque côté vers le studio et la cabine de mix. L’artiste voit ainsi l’ingénieur du son d’un côté, et les autres musiciens de l’autre. C’est fondamental pour le confort de jeu et la complicité artistique. Elle est conçue pour des prises de voix très mates, mais sa polyvalence acoustique lui permet aussi d’enregistrer une batterie isolée avec du punch ou une guitare acoustique.

SLU : Et la cabine de mixage, avec des choix particuliers en termes d’aménagement mobilier et d’ergonomie ?
Jean-Philippe Edel : La “Control Room » est le cœur du studio et a été conçue pour être ultra-modulaire. Tout le mobilier est entièrement monté sur roulettes. Le poste principal, réalisé par le fabricant spécialisé Keoda, intègre une surface de contrôle Avid S3, un Avid Dock. Enfin une petite baie de périphériques en rack 500, peut être déplacée à volonté.
Il en va de même pour notre rack de périphériques analogiques qui se trouve à côté : il est mobile et nous pouvons le positionner à gauche ou à droite de la console. Le câblage a été spécialement pensé à cet effet. Rien n’est figé, à l’exception du système d’écoute afin de préserver les angles imposés par la configuration immersive. Des repères sont présents au sol pour repositionner les meubles dans la position idéale d’écoute.

SLU : Ce mobilier s’inspire de configurations de studios de renommée mondiale. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Jean-Philippe Edel : Je me suis beaucoup inspiré du travail d’un studio anglais nommé « Such Sweet Thunder » et de ses ingénieurs du son chevronnés, Peter Cobbin et Kirsty Whalley, qui ont conçu le mobilier ergonomique « Thunder Desk ». Ce meuble intègre magnifiquement les claviers de contrôle, les écrans et le monitoring. Travailler sur un meuble de cette qualité esthétique et ergonomique donne immédiatement envie de créer, cela apporte une âme et nous éloigne des régies froides et grises que l’on voit souvent.
De plus, ayant été assistant pendant 3 ans à Guillaume Tell, j’ai voulu retrouver un élément de confort fondamental pour moi : un large bandeau de console. C’est un détail qui peut paraître anecdotique, mais lors de séances difficiles et fatigantes, pouvoir s’appuyer physiquement sur un vrai bandeau, change complètement la donne pour l’ingénieur du son.

SLU : Je suppose que le studio est relié au reste du complexe ?
Jean-Philippe Edel : Oui, Installé dans un écosystème de 5 000 m² dédié à l’événementiel, au spectacle vivant et à la création artistique, le studio Saphir bénéficie d’une connexion directe avec les autres espaces du site grâce à un réseau audio-vidéo sur fibre OM3. Il exploite cette architecture réseau extrêmement moderne, entièrement en Dante.

Nous disposons d’un local technique situé juste derrière la cabine de mixage, qui abrite notre baie de brassage principale. Toutes les salles de spectacle de CourbevoiEvent, qu’il s’agisse de la grande salle de 1 000 places, du théâtre de 500 places ou des espaces de réception, sont reliées en fibre optique à cette baie de brassage sur un switch réseau Aruba 2930M et Aruba 2540-24G, nous allons évoluer vers les switch Netgear AV M4350-16M4V.
Au niveau du studio, nous profitons de trois prises réseau RJ45 sur chaque pan de mur dans les trois pièces qui toutes renvoient vers la baie de brassage principale. Je peux configurer des réseaux locaux virtuels à la demande pour isoler les flux Dante ou vidéo, créer des flux très haut débit en fibre et gérer les signaux propriétaires Behringer P16 des retours musiciens. Tout est désolidarisable et interconnectable instantanément. Cette configuration permet notamment d’enregistrer un concert ou un spectacle, de réaliser une captation live, d’enregistrer un contenu pendant un événement ou encore d’assurer des retransmissions en direct.
SLU : L’une des plus grandes surprises en entrant dans ce studio est son acoustique, et notamment ce design unique fait de milliers de livres.
Jean-Philippe Edel : L’acoustique a été confiée à un acousticien externe, Antoine Hurtado, qui est aucu le vice-président de l’AES France. La contrainte principale était de concevoir un traitement d’un rapport qualité-prix extrêmement intéressant pour de grands volumes, tout en apportant une véritable identité visuelle et humaine au lieu. C’est de là qu’est née l’idée géniale d’utiliser des milliers de livres de formats différents disposés dans des rayonnages sur mesure en contreplaqué.
SLU : Quel est l’impact physique et acoustique réel de ces milliers de livres ?
Jean-Philippe Edel : C’est tout simplement la meilleure idée acoustique possible. Les livres, par leurs formats variés, l’épaisseur de leurs papiers et leur disposition irrégulière, agissent comme d’excellents diffuseurs. Ils coupent très efficacement les fréquences aiguës et cassent les réflexions dures de la pièce sans pour autant étouffer l’air. On obtient un son de pièce à la fois très matifié, chaleureux, mais extrêmement vivant et équilibré. De plus, cela apporte une dimension culturelle, poétique et humaine. Un artiste a besoin de se sentir inspiré, d’oublier la technique froide pour donner le meilleur de lui-même, et cette présence massive de livres crée une atmosphère conviviale, propice à la creation.

SLU : Comment avez-vous réussi à collecter une telle quantité de livres ?
Charlène Lesellier Yver : C’était une belle aventure humaine qui a duré près de deux ans. Nous avons mobilisé notre base de données de spectateurs, de publics et d’abonnés en faisant des appels aux dons. Le public a magnifiquement joué le jeu ! Les bibliothèques de la ville nous ont également fourni d’importants quantités de livres retirés de leurs collections. Nous avons également récupéré l’intégralité de la bibliothèque personnelle d’un de nos régisseurs qui déménageait et nous avons complété le tout par d’énormes lots achetés pour quelques euros sur les sites d’occasion. C’est un travail de fourmi, mais le résultat est spectaculaire.

SLU : Quels autres dispositifs de traitement acoustique ont été mis en œuvre ?
Jean-Philippe Édel : Antoine Hurtado a effectué des mesures acoustiques extrêmement précises, avant et après les travaux, avec des diagrammes de décroissance temporelle très rigoureux. Pour traiter les moyennes et basses fréquences, nous avons installé des résonateurs sur les murs. Ce sont des cadres en bois remplis d’une laine spécifique, recouverts d’un tissu acoustique, et installés avec une lame d’air calculée par rapport au mur.
Cela permet de gérer les résonances et les ondes stationnaires. Au plafond, nous avons installé un faux-plafond tendu acoustique, derrière lequel se trouve un mètre d’air et un absorbant identique à celui des murs. Le résultat est une réponse en fréquence remarquablement équilibrée, sans aucun mode de résonance gênant dans la zone d’écoute.
SLU : Avec je suppose une isolation vis-à-vis des salles de spectacles ?
Jean-Philippe Édel : L’isolation est parfaite. Nous avons fait des tests avec les systèmes de diffusion des salles adjacentes au maximum de pression acoustique et nous n’entendons strictement rien dans la cabine du studio.
SLU : Abordons la partie technique pure et le choix du système d’écoute. Comment s’organise l’infrastructure d’enceintes dans le studio ?
Jean-Philippe Edel : Nous avons choisi d’installer un système très haut de gamme s’appuyant sur les préconisations du système L-ISA. Pour le frontal immersif, nous avons installé cinq X8i. Ces enceintes coaxiales sont exceptionnelles car elles descendent à 40 Hz ce qui est la limite basse requise pour calibrer un système immersif de qualité. Pour les latéraux surround et pour le plafond, nous avons huit X6i, qui sont plus compactes mais utilisent les mêmes composants coaxiaux pour garantir une cohérence de timbre.
Et pour le canal LFE nous avons installé deux caissons Syva Sub L-Acoustics. Toute l’écoute immersive est alimentée par un ampli multicanal LA7.16i et un LA2Xi pour les frontales extrêmes. Ces amplis ont été intégrés dans la régie, car ils ne génèrent aucun bruit de ventilation. Le système immersif est complété par une paire de coaxiales Genelec 8341A pour l’écoute stéréo de proximité.
SLU : Je ne vois pas de processeur L-ISA ?
Jean-Philippe Edel : Nous n’utilisons pas la version matérielle du processeur L-ISA pour réaliser notre mixage objet mais la version native du logiciel L-ISA qui permet de gérer 96 objets sur 16 canaux de sorties, parfait dans notre configuration d’écoute.

SLU : Avec cette solution logicielle, quel workflow utilises-tu pour le mixage objet ?
Jean-Philippe Edel : Dans Pro Tools, les pistes audio sont acheminées vers L-ISA via le L-ISA Audio Bridge ou des départs auxiliaires. Un plugin inséré dans Pro Tools permet de piloter directement la position et le mouvement des objets virtuels au sein du logiciel L-ISA Controller. Je privilégie le positionnement spatial dans L-ISA car ses préréglages et son ergonomie sont beaucoup plus rapides et intuitifs que le panner natif de Dolby Atmos. Les canaux audio traités par L-ISA sont redirigés vers le Dolby Renderer si besoin pour enregistrer et exporter le fichier master final au format ADM (Audio Definition Model) requis pour les plateformes de streaming comme Apple Music. Pro Tools ici joue essentiellement le rôle de lecteur/enregistreur. Je trouve toujours surprenant d’avoir autant de puissance de travail dans un simple Mac Studio.
SLU : Quels sont les formats immersifs proposés ?
Jean-Philippe Edel : Nous pouvons basculer instantanément entre deux configurations distinctes d’écoute immersive : une en L-ISA 11.1.4 où nous utilisons l’ensemble de notre système frontal composé des cinq X8i disposées selon les angles de scène préconisés par L-Acoustics. C’est un système de diffusion de type « front de scène » linéaire. Et une seconde configuration Dolby Atmos en 9.1.4 ou 7.1.4. Dans ce mode de mixage par objets Dolby, nous désactivons les deux enceintes frontales extrêmes de la ligne L-ISA pour ne conserver que les trois enceintes centrales (gauche, centre, droite) conformes aux normes Dolby, tout en gérant les surrounds et les quatre élévations au plafond.

SLU : L’interface audio de votre station de travail Pro Tools est une Antelope Goliath. est-elle bien adaptée à cette configuration ?
Jean-Philippe Edel : La Goliath a été acquise bien avant le projet immersif. C’est une excellente interface audio avec un routing analogique interne exceptionnel et 16 préamplis intégrés de grande qualité, mais elle ne possède que des sorties audionumériques au format MADI ou ADAT, pas de Dante ni d’AVB natif. Or, le processeur de mixage L-ISA fonctionne exclusivement en réseau AVB, et toutes nos connexions vers les salles de spectacle se font en Dante.
SLU : Quelle solution avez-vous trouvé pour marier les trois formats MADI, Dante et AVB ?
Jean-Philippe Edel : Nous utilisons un convertisseur AuviTran AVBx3 comme passerelle universelle. Nous sortons de l’Antelope Goliath en MADI, et l’Auvitran convertit ce signal en Dante pour communiquer avec les autres salles de spectacle, et en format AVB pour attaquer directement les contrôleurs amplifiés L-Acoustics. Même si c’est un peu complexe sur le papier, la solution est d’une stabilité et d’une fluidité irréprochables une fois mise en place. Nous travaillons principalement à 48 kHz pour tous nos projets immersifs, ce qui est le standard requis pour les formats Dolby Atmos ou Apple Music.
SLU : Gérer tous ses différents systèmes d’écoutes est sûrement très complexe. Utilises-tu un contrôleur de monitoring autonome ?
Jean-Philippe Edel : J’ai trouvé la solution avec le logiciel Sphere de Ginger Audio. Sans lui, la gestion du monitoring multicanal dans une configuration hybride comme la nôtre aurait été un vrai cauchemar technique. Sphere est un logiciel autonome installé sur notre Mac Studio M2 Pro. Il est entièrement compatible et pilotable physiquement par notre surface de contrôle Avid S3 et notre Avid Dock.
Concrètement, le logiciel agit comme un périphérique d’interface audio virtuel pour le Mac. Dans notre session Pro Tools, nous ne sortons pas directement vers l’interface audio Goliath, nous envoyons tous nos bus master directement dans Sphere. C’est ensuite Sphere qui route les signaux vers les sorties physiques de la Goliath ou vers le réseau d’enceintes de manière transparente.

SLU : Quelles sont les fonctionnalités concrètes apportées par Sphere pour le monitoring ?
Jean-Philippe Edel : Ce puissant logiciel propose des formats d’entrées et sorties préimplantés pour le multicanal. Il gère plusieurs sources d’entrées : nous pouvons écouter la sortie multipiste du Pro Tools ou basculer sur un morceau en Dolby Atmos lu sur Apple Music. D’un simple clic sur notre écran tactile ou via l’Avid Dock, nous pouvons remapper les sorties de Sphere pour envoyer le son vers les Genelec ou le système immersif de notre choix, L-ISA ou Atmos. En plus il intègre des filtres de Bass Management très précis.
Nous pouvons aussi appliquer des rotations de phase, des délais millimétriques ou insérer n’importe quel plugin tiers d’égalisation corrective ou de calibration sur un canal spécifique. Et pour le confort de mixage, Sphere crée des groupes de mutes ou de solos d’un simple geste sur l’écran tactile : nous pouvons ainsi écouter uniquement les enceintes du plafond, les surrounds arrière ou isoler le frontal.
SLU : Ginger Audio propose également des solutions intégrées pour le travail à distance avec vos clients. Vous les utilisez ?
Jean-Philippe Edel : Oui, c’est un atout commercial exceptionnel. Sphere nous permet de streamer en direct notre mixage de studio (qu’il soit stéréo ou immersif binaural) sur internet. Le client, qu’il soit un producteur resté à Paris ou à l’étranger, se connecte simplement sur une page internet ou une application dédiée depuis son ordinateur ou son téléphone portable. Il peut ainsi écouter en temps réel et avec une qualité optimale le résultat de notre session de mixage Pro Tools, participer à un tchat vidéo et nous faire ses retours instantanément
SLU : Et si nous parlions prise de son ? Je crois que vous disposez d’un parc de micros assez exceptionnel …
Jean-Philippe Edel : Notre armoire magique recèle en effet de beaux spécimens. Ce parc a été confectionné avec beaucoup de soin avant mon arrivée par Fabien Aumeunier et Alexandre Chaigne, deux professionnels très aguerris. Notre pièce maîtresse est un Neumann M149 Tube. Nous proposons aussi un magnifique Flea 47, une réplique haut de gamme à lampe du légendaire Neumann U47 et deux Brauner Phantom-V. Nous possédons également d’autres micros très spécifiques et originaux comme les Ear Trumpet Labs.

SLU : Qu’en est-il des micros à ruban et de leur couleur sonore particulière ?
Jean-Philippe Edel : Nous avons la chance de posséder une paire de Coles 4038. Ce sont des classiques absolus et leur son est instantanément reconnaissable. Ils apportent une grande douceur et profondeur harmonique, sans aucune agressivité dans les aigus. Nous les utilisons beaucoup en overhead ou room de batterie ou en complément d’autres micros pour donner de l’espace et de la texture.

SLU : Et bien sûr d’autres modèles plus classiques ?
Jean-Philippe Edel : Notre parc compte de nombreux statiques de chez Neumann, notamment des séries KM, mais aussi des dynamiques vintage très recherchés comme les Sennheiser 421. Nous disposons également d’une série de DPA 4099 pour la proximité, de l’indispensable Shure SM7B pour les voix narratives et d’autres Shure habituels pour la scène ou les prises d’instruments électriques. Comme nous pouvons aussi piocher dans le parc de nos salles de concerts, nous avons une flexibilité totale et une large palette de solutions de captation.
SLU : Tous ces micros méritent de très bons préamplis micro ?
Jean-Philippe Edel : Bien que les préamplis de notre interface Antelope soient excellents, nous aimons toujours pouvoir offrir des couleurs et des comportements différents en fonction des styles de musique et de types de prises de son. Pour cela, nous disposons de préamplis API, Millenia, Shadow Hill, Neve, plus EQ SSL et compresseur IGS ONE LA.

SLU : Comment expliques-tu les différences de philosophie et de calibration entre les deux systèmes Dolby Atmos et L-Acoustics L-ISA que vous faites cohabiter dans le studio ?
Jean-Philippe Edel : C’est une question absolument passionnante. Ces deux systèmes sont opposés en termes de gestion de l’espace acoustique. Le Dolby Atmos est conçu pour une écoute centrée sur un point unique, ce qu’on appelle un « sweet spot » en studio. Pour calibrer une pièce en Dolby Atmos, nous devons mesurer précisément la distance de chaque enceinte par rapport aux oreilles de l’auditeur au centre, et appliquer des délais millimétriques pour s’assurer que toutes les ondes arrivent exactement en phase au même point. Le système L-ISA en revanche, est issu du monde du live. Sa philosophie n’est pas de viser un point unique, mais de couvrir une zone d’écoute très large. Chaque enceinte reproduit la source de l’objet sonore dans l’acoustique de la pièce.
SLU : Comment cette différence de philosophie se traduit-elle concrètement sur la calibration des écoutes ?
Jean-Philippe Edel : Pour le système L-ISA, nous n’appliquons aucun délai d’enceinte en calibration. L’important est de garantir que toutes nos enceintes possèdent exactement la même linéarité en fréquence et le même niveau de pression. C’est le logiciel L-ISA qui gère lui-même la spatialisation de l’objet dans l’espace. Cette gymnastique intellectuelle est très perturbante pour les ingés son habitués au mixage stéréo traditionnel ou Dolby. Pour passer d’un monde à l’autre, nous chargeons les profils de calibration dédiés (le profil Dolby Atmos ou le profil L-ISA). Toutes les calibrations sont réalisées par le DSP des amplificateurs L-Acoustics.

SLU : Le studio Saphir représente un magnifique outil de création. Quelle est la stratégie commerciale de CourbevoiEvent pour valoriser cette infrastructure ?
Charlène Lesellier Yver : Nous entrons dans une phase active de commercialisation et de promotion. Notre premier objectif est de capitaliser sur nos synergies internes et artistiques. Nous accueillons de nombreuses compagnies et artistes en résidence de création tout au long de l’année…Un artiste qui vient faire un concert dans notre grande salle pourra repartir avec un enregistrement multipiste complet ou un mixage de sa soirée, ce qui est une offre unique et extrêmement attractive. Bien entendu, le studio est aussi dès à présent ouvert à toute demande extérieure, pour l’enregistrement et le mixage dans tous les domaines et la préproduction de spectacle immersif.
SLU : Quels autres types de clients ou de partenariats ciblez-vous en dehors des artistes en résidence ?
Charlène Lesellier Yver : Le monde des agences de communication et les entreprises pour la réalisation de contenus audio de type podcasts d’entreprise, voix-off, interviews ou bandes-annonces. De plus, nous souhaitons développer des partenariats académiques très étroits avec des écoles de son et des universités de formation audiovisuelle. Lorsque le studio est moins occupé, nous voulons mettre notre remarquable outil à disposition des étudiants pour qu’ils puissent venir y pratiquer l’audio immersif, le mixage d’objets ou les techniques de calibration.

Jean-Philippe Edel : Les possibilités techniques sont infinies. Grâce à notre réseau fibré et à la puissance du logiciel Sphere, nous sommes prêts à proposer des prestations de streaming audio immersif ou stéréo en direct de très haute qualité vers les réseaux broadcast ou des plateformes de diffusion.
L’audio immersif n’est plus une technologie lointaine et coûteuse, elle s’est démocratisée et fait désormais partie du quotidien des auditeurs. Nous sommes fiers d’être l’un des rares complexes événementiels et culturels français à s’être doté d’un tel outil. Nous sommes impatients d’y accueillir nos premiers projets artistiques et de faire vivre ce lieu unique.

Une approche intelligente, un équipement bien maîtrisé et une démarche visionnaire dans un cadre extrêmement agréable et créatif, le Studio Saphir de CourbevoiEvent révèle les tendances actuelles des studios d’enregistrement nouvelle génération. Les deux mondes du live et du studio, autrefois opposés et hermétiques, s’unissent maintenant dans des configurations où les technologies et les méthodes s’imbriquent. Nous entrons dans l’ère du studio hybride, où l’on passe du live au studio comme du studio au live, et même où on allie les deux pour concevoir les nouvelles créations immersives, de plus en plus fréquentes dans le spectacle vivant.
Plus d’informations
Studio Saphir – CourbevoiEvent – 7 boulevard Aristide Briand à Courbevoie
Contact : [email protected] – www.courbevoievent.com











