Spectacul’Art, l’association de chorale fondée par Vincent Fuchs, s’offre Bobino et Orange pour le répertoire de Michel Berger. Gaëtan Seurre y signe une lumière intimiste avec un kit fourni par Régietek. L’association Spectacul’Art existe depuis 20 ans. Fondée par Vincent Fuchs son chef de chœur, président et directeur artistique.
Elle a pour vocation de permettre à des choristes amateurs de se produire dans le cadre de concerts professionnels. Cette formule plaît énormément, en témoigne les 6 200 choristes répartis dans toute la France grâce à une structure multipolaire qui réunit les passionnés de ces différentes antennes de manière ponctuelle.
Nathalie Normand, directrice des affaires financières et trésorière de l’association explique « on est capable, même dans le milieu choral, de faire des concerts grandioses comme aller chanter à Bercy ». De Bercy à Bobino en passant par le Théâtre antique, les jauges sont de plus en plus grosses et les résidences de plus en plus longues. En témoigne la tournée actuelle se déroulant de juin à novembre, avec un stop pour 11 dates à Bobino, et accueillant en cumulé 1 500 choristes d’Ile de France pour interpréter le répertoire de Michel Berger. La tournée a aussi fait une prestation inoubliable en produisant 2000 choristes au Théâtre Antique d’Orange.

SLU : Comment s’est fait votre choix pour Bobino et le Théâtre Antique d’Orange ?
Nathalie Normand : Cela fait 10 ans que nous nous produisons au Théâtre Antique d’Orange. C’est maintenant un passage obligé. Sinon nous choisissons en fonction du nombre de choristes sur le secteur, et donc de notre besoin en ouverture de scène mais aussi de la jauge en salle pour accueillir les proches de chaque chanteur soit entre 3 et 4 personnes. Cette année nous avons prévu des dates au Sébastopol, en Zénith ou dans des centres de congrès voire des Arenas comme en 2025 à l’Accor Arena avec 4 000 choristes sur tout un virage de gradins. Sur scène il y avait 25 musiciens, 12 danseurs plus une association de batucada (percussion traditionnelle brésilienne ndlr) avec laquelle nous avions déjà joué. C’était un challenge et nous nous sommes régalés.
Cette volonté d’amélioration constante est accompagnée par Gaëtan Seurre leur éclairagiste. Il explique « Je cherche à trouver l’équilibre entre les musiciens qui jouent live, la soliste Elodie Frégé, et le niveau des chœurs. Il faut que ce mélange soit harmonieux d’autant plus que nous jouons dans des salles très différentes. »
Nathalie Normand : Cette année pour Michel Berger, c’est plus intimiste avec deux musiciens mais l’année dernière, pour Claude François, il y en avait 25. Ça dépend des thèmes et des répertoires. Par ailleurs, plusieurs chefs de chœur ont fait un travail d’harmonisation des morceaux avec finesses pour que le chœur les interprète subtilement. Le rythme de fin de saison est soutenu d’autant plus que Nathalie nous confie que l’équipe travaille déjà depuis septembre sur le répertoire de la prochaine saison.
Le kit lumière : un plateau Martin avec une poursuite Robert Juliat
Dans le kit on trouve 11 Mac Aura Raven XIP, 16 Mac Viper XIP, il y a 14 Mac Aura XIP et 6 washs MAC Aura PXL fourni par Régietek, « C’est un prestataire qui a l’habitude de travailler avec Bobino et avaient tous les produits Martin que je demandais y compris les nouveautés. » explique Gaëtan qui poursuit avec une des particularités de la salle « A Bobino l’implantation est particulière car la dernière porteuse à droite est plus courte que les autres. Le dernier projecteur devait tomber derrière les choristes mais finalement il est au-dessus ».
SLU : Quelles sont les contraintes liées à l’éclairage d’une chorale ?
Gaétan Seurre : Il faut prévoir une douche en contre sur le chef de chœur pour que les choristes voient ses indications et les paroles qu’il mime avec la bouche. Il est aussi dans les faces avec les musiciens qui ont besoin d’être vus et de voir leur instrument sans ombre et sans être éblouis.
SLU : Par quoi as-tu commencé quand tu as construit ton kit ?
Gaétan Seurre : J’ai d’abord prévu 5 spots à couteaux MAC Viper XIP, pour la face principale des choristes. Ses couteaux précis, et j’apprécie sa trichromie. J’engage par défaut le filtre CRI de la roue de couleur, pour un rendu plus naturel sur les visages. On perd un peu de flux, mais avec 5 machines j’arrive à prendre les 150 choristes facilement, avec même de la marge. Ensuite j’ai posé 6 washs MAC Aura PXL. Ils sont zoomés plus larges pour prendre aussi l’avant-scène avec les musiciens.
Contrairement aux Vipers que j’utilise plutôt en variantes de blanc allant du plus froid au plus chaud, les MAC Aura PXL font de la face colorée. Je mixe ensuite les 2 à la main durant les morceaux et selon les titres qui se succèdent. Enfin il y a 12 MAC Aura XIP en latéraux pour donner du relief sur les corps. Je les utilise aussi en déclinaisons de blancs ou en couleurs saturés, et parfois même avec des couleurs différentes entre jardin et cour.

SLU : Quels sont tes goûts en matière de couleurs entre la face et les latéraux ?
Gaétan Seurre : Je n’ai aucune règle, ça dépend ce que raconte le morceau.
SLU : Et pour les contres ?
Gaétan Seurre : j’ai généralement une base de washs pour contrer les choristes. Pour cette tournée j’ai choisi des Raven XIP qui viennent de sortir chez Martin. Je voulais absolument les tester pour leur côté wash, mais aussi pour leurs effets et c’est une belle découverte. C’est un projecteur qui a une présence sur scène et qui, de par sa dimension et sa puissance, rivalise presque avec un 5 kW halogène. C’est impressionnant. Il y a ensuite 11 MAC Viper XIP, les mêmes que la face. En plus de leur puissance et de leur excellente colorimétrie, j’aime beaucoup le set de gobos originaux qui fonctionnent très bien en volumétrie, ainsi qu’en projections. Parfois je les retourne pour éclairer les rideaux ou le cadre de scène.
Pour ce concert, Vincent Fuchs le directeur artistique voulait une ambiance intimiste et chaleureuse. C’est pourquoi je suis parti sur des blinders (Chauvet Strike Array 2 assemblés par 2) et des Fresnels 5kw. Ils jouent toujours à seuil, pas fort, pour apporter ce côté chaleureux du trad. Le kit joue assez bas, proche des choristes.
Tous ces projecteurs possèdent également une excellente courbe de gradation. Parfois j’utilise les spots en zoom large vers le public pour faire de l’aveuglant (comme des blinders). Bien qu’ils jouent entre 0 et 10%, les dimmers sont très fluides et fins.
SLU : Que penses-tu de la colorimétrie des différents MAC Aura ?
Gaétan Seurre : Les projecteurs MARTIN ont une particularité : bien qu’ils disposent d’une colorimétrie étendue (RGBW ou RGBL), seule la gestion RGB est accessible depuis la console. En effet, leur calibration interne permet de restituer un blanc fidèle sans avoir besoin de contrôler directement les canaux supplémentaires.
Le MAC Aura PXL et le MAC Aura XIP fonctionnent sur le même principe, mais leurs courbes colorimétriques diffèrent légèrement de celles des anciens MAC Aura XB. Leur cyan tire notamment un peu plus vers le peacock.
Le RAVEN, quant à lui, possède une réponse colorimétrique encore différente. Quand je crée mes presets de couleurs, je fais attention de les faire matcher entre eux. Malgré ces différences, tous offrent une très belle qualité de couleur, ce qui en fait d’excellents projecteurs pour éclairer des personnes.
SLU : C’est important pour toi qui travailles en télévision principalement ?
Gaétan Seurre : En télé la colorimétrie est un sujet hypersensible surtout en ce qui concerne les blancs. On utilise beaucoup de Mac Aura XB pour éclairer le public et les décors. C’est un Projecteur qui est petit et puissant, avec des couleurs précises donc un peu couteau suisse.
SLU : Au-dessus des Raven il y a une ligne de Sceptron qui fait toute la longueur des perches et une deuxième en nez de scène.
Gaétan Seurre : Je voulais créer un cadre et j’ai spécifié ces projecteurs sans utiliser le diffusant pour qu’ils soient bien noirs une fois éteints. Malgré cela, ils restent puissants et j’aime la qualité de leur LED. Je les contrôle avec un P3 en régie. C’est un logiciel pour PC dédié aux produits Martin. Il suffit de drag-n-dropper chaque projecteur dans son espace pour les placer selon les besoins et simplement envoyer la vidéo pour la diffuser dans les projos.
SLU : Est-ce que ça passe par la console ?
Gaétan Seurre : Les Sceptron sont en mode hybride DMX + P3, c’est-à-dire que je les contrôle aussi à la console. Le P3 est informé que le kit est patché en Art-Net et un canal permet de basculer entre DMX et P3. Pour les Sceptron c’est On/Off mais ce canal existe aussi dans les Raven où on peut prévoir une transition.
SLU : Et donc finalement tu sembles content du P3 que tu avais découvert sur les CQLP si je me souviens bien.
Gaétan Seurre : Oui, quand on a des kits un peu mixtes avec du Robe, du Claypaky, etc. en général, on les patche dans le MadMapper et il envoie du DMX via Art-Net ou sACN. Mais sur un kit full Martin, le P3 suffit.
SLU : La galette du Raven devient décorative pour les jouer en pastille et dans les basses intensités.
Gaétan Seurre : Oui, avec sa taille on pourrait se dire qu’il est réservé aux stades ou aux Zénith mais on peut aussi les utiliser dans les petites salles comme Bobino et en proximité, parce qu’il est beau et permet de faire la déco. C’est un projecteur qui dimme bien en couleur sans dérives car les puces de leds dimment à la même vitesse. Sur ce show je joue à 20-30 % donc il y a toujours de la marge. Par ailleurs Je trouve intéressant son côté blackface. Quand il est éteint, le fond du projecteur est noir et discret. Il est aussi IP et donc utilisable en extérieur.
SLU : Est-ce que tu as eu du SAV sur certaines machines ?
Gaétan Seurre : Non, zéro panne ! Il y a simplement un MAC Aura PXL qui parfois se fige au démarrage et qu’il faut débrancher/rebrancher mais c’est un bug connu facile à contourner.
À Bobino, Spectacul’Art prouve qu’une aventure chorale amateur peut atteindre le niveau des productions professionnelles sans rien perdre de sa dimension humaine, portée par la vision de Vincent Fuchs, l’organisation de Nathalie Normand et l’expertise technique de Dan Arama.
Pour mettre en valeur 150 choristes dans une ambiance intimiste, Gaëtan Seurre a bâti un plateau 100 % Martin fourni par Régietek : 16 MAC Viper XIP en face, complétés par une poursuite Robert Juliat Manon, 14 MAC Aura XIP et 6 MAC Aura PXL pour sculpter les visages, 11 Raven en contre et des Sceptron de VDO pour encadrer la scène, le tout piloté en DMX et P3.
Après Bercy, l’Accor Arena et Orange, avec 6 200 choristes derrière elle, l’association n’a visiblement pas fini de faire du bruit, et de la lumière.















