Si c’est en 1934 que Electro-Voice a fabriqué son premier haut-parleur pour ensuite devenir un acteur incontournable de la sonorisation pendant presque 90 ans, c’est il y a 15 ans que Julien Garcia créait son entreprise Tribal Sound System et rejoignait ainsi la grande liste des professionnels inconditionnels de la marque.

Débutant son activité avec de modestes FE200, il a investi en 2022 dans un line array X2. Puissant et précis, ce nouveau système Electro-Voice l’accompagne dorénavant dans ses plus belles prestations.
Nous le retrouvons, accompagné de Sylvain Croce et Maxime Lefèvre à la Sud de France Arena, fier de montrer les capacités du système lors de la soirée Electro organisée pour fêter les 15 ans de l’établissement.
SLU : Les quinze ans de l’Arena, c’est une date importante ?
Julien Garcia : Nous sommes prestataire officiel du parc expo de Montpellier pour la plupart de ses événements de moyen format. L’acquisition du système X2 permet aujourd’hui de nous positionner sur ce type de prestation grand format que nous n‘aurions pas pu gérer auparavant. Pour nous, c’est une date symbolique et extrêmement importante. Nous avons été particulièrement attentifs à bien la préparer pour assurer sa réussite totale.

SLU : Peux-tu nous décrire le système de diffusion EV que vous avez mis en œuvre ?
Julien Garcia : En diffusion principale, nous avons accroché deux lignes de vingt-quatre enceintes line array X2. Elles ont toutes une directivité horizontale de 90 degrés, sauf les trois boîtes du bas qui ouvrent à 120. Ce système est complété par deux outfills composés chacun de six X2.
SLU : Vu la taille de la salle, le système est plutôt raisonnable en nombre de boîtes ?
Julien Garcia : L’audience sera répartie dans la partie centrale, la fosse et les gradins du fond. Le système X2 est impressionnant en termes de rendu sonore avec un bel impact dans les graves et une parfaite cohérence sur une grande profondeur.

Aucun problème pour nous ici d’aller mettre de la pression jusqu’au dernier rang des gradins de l’Arena. Les outfills sont réduits en taille car les gradins latéraux ne seront que très peu garnis, la soirée électro étant focus sur la fosse et le gradin face à la scène.

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SLU : Un nombre de boîtes raisonnable comme son amplification ?
Julien Garcia : Ces enceintes sont exploitées en bi-amplification via des amplificateurs Dynacord TGX10 qui délivrent 4 x 2 500 W chacun, permettant d’alimenter six enceintes X2. Nous avons donc pour l’ensemble des soixante X2, un rack de trois amplis et un rack de deux par côté, installés dans les passerelles, soit seulement 10 amplis. Nous les attaquons en Dante avec une redondance en analogique.

SLU : Qui dit Electro, dit forcément une configuration de subs performantes ?
Julien Garcia : Ce n’est pas un concert mais une soirée Electro et nous assumons le côté dancefloor avec une forte pression devant. Pour cela, nous avons choisi une configuration de subwoofer en endfire qui s’est avérée adaptée, composée de vingt-quatre X12-128 disposés en deux fois quatre piles de trois.

Les premiers essais ont confirmé que c’était la bonne solution, avec en plus une bonne homogénéité des performances sur toute la profondeur de la salle malgré l’élévation importante de 15 m des gradins. Nos 24 subwoofers sont amplifiés par deux racks de trois amplis TGX20 4 x 5 000 W. Un rack supplémentaire gère l’amplification des front fills et des retours.

SLU : Le fort gradinage de la salle implique un grand nombre de boîtes?
Julien Garcia : C’est pour ça que nous avons vingt-quatre boîtes par ligne. Les six du haut sonorisent les dix derniers rangs des gradins et nous n’avons que 4 dB d’écart avec la fosse. Ceci illustre parfaitement l’efficacité des X2 malgré leur faible encombrement, une des raisons qui ont motivé notre choix.
Sonoriser une salle comme cette Aréna sans rappels, avec le dernier siège à 66 m de notre ligne de diffusion, c’est plutôt impressionnant.
SLU : Et la scène a été déplacée ?
Julien Garcia : Sur notre premier shoot où la scène était 10 m plus loin, il n’y avait que 3 dB de variation entre la fosse et le haut des gradins, Le fait de rapprocher la scène a entraîné une augmentation de l’angulation pour garder la même homogénéité, ce qui a sacrifié un peu de pression sur le haut du gradin et une légère perte d’aigu sur les quatre derniers rangs.
A cette différence près qui est plutôt dérisoire, le système est ici impressionnant d’efficacité. Il est aussi important de saluer la fiabilité des shoots, le résultat étant totalement conforme à leur prédiction.
SLU : Depuis combien de temps utilisez-vous le X2 ?
Julien Garcia : Il est rentré dans notre parc il y a maintenant trois ans. Nous avons réalisé notre premier Zénith il y a deux ans. C’était une conférence, gérée facilement avec deux fois six têtes et quatre subs. Notre configuration Zénith en pleine salle se compose maintenant, avec un peu plus d’expérience, de deux lignes de neuf X2, plus le nombre de subs en fonction du type d’événement et de musique. Le X2 a un SPL Max exceptionnel de 146 dB. On a un peu de mal à le croire au premier abord, vu la compacité de l’enceinte, mais c’est bien la réalité. Il offre des performances équivalentes à beaucoup d’enceintes de plus grande taille.

SLU : Et avec une cohérence spectrale maintenue sur l’ensemble de l’audience ?
Julien Garcia : Absolument. Ici dans cette configuration, c’est flagrant dans les gradins où il y a moins de réflexions. Quasiment en champ direct, on peut apprécier la propreté des aigus. Dans la fosse, on est un peu plus perturbé par l’acoustique du lieu mais le son reste toutefois cohérent. A tel point que quand tu te déplaces dans la zone d’audience, tu as l’impression que quelqu’un te suit avec l’enceinte.
SLU : Et pour le front de scène ?
Julien Garcia : Nous utilisons six MFX 15 en front fill. Ce sont des enceintes équipées d’un 15” coaxial qui sort 136 dB. Une vraie enceinte de proximité avec une bonne déf qui produit un son précis, jouant parfaitement son rôle sans apporter de perturbations par sa faible portée. Nous utilisons la même tête pour les retours, car elle ouvre à 60 x 60 et ne perturbe pas les autres musiciens. C’est la raison pour laquelle nous l’avons un peu reculée par rapport au front de scène, pour homogénéiser la zone de couverture sur l’audience.

SLU : En fait tu n’utilises qu’un modèle d’ampli ?
Julien Garcia : Oui, cette dernière génération d’amplificateurs Dynacord TGX est vraiment extrêmement performante. Ils travaillent en 96 kHz avec une entrée Dante, AES et analogique.
C’est peut-être mon expérience de studio qui parle, mais je préfère leur conversion analogique 96 kHz à celle du Dante 48 vers 96. Quand je n’ai pas besoin de réseau ou que je ne peux pas sortir en Dante 96 kHz, je les utilise toujours directement en analogique.
SLU : Tu apportes une correction générale sur la diffusion ?
Julien Garcia : Je fais une EQ adaptée à l’Electro, mais extrêmement raisonnable. Le système me donne déjà tout ce que j’attends pour ce style de musique. L’Electro est ma spécialité. Je sais comment la musique doit sonner et ce que le public aime, de quelle façon il ressent cette musique et ce qu’il appelle un bon son. La pression acoustique est importante.
Certains systèmes très répandus sur ce type de concert apportent la pression désirée mais au détriment d’une cohérence spectrale. Ce que j’aime dans ce système Electro-Voice, c’est sa capacité d’allier les deux domaines, avec un bel impact dans le bas médium. Je n’aime pas quand il y a un espace entre le sub qui descend bas et les têtes. Pour éviter cela, je coupe les subs autour de 80 Hz et la diffusion principale ici à 72 Hz, coupe que j’affine ensuite par une légère correction des fréquences gênantes propres à la salle.

SLU : Les enceintes X2 produisent donc du très bon grave ?
Julien Garcia : Je ne vais pas forcément chercher de l’infra, surtout pour de l’Electro à 135 bpm. Il nous faut un grave extrêmement précis et non pas un grave flatteur. Ici quand tu coupes les subs, tu ne coupes que la vibration, sans pour autant perdre d’efficacité dans les basses fréquences.
Les X2 sont capables de descendre jusqu’à 52 Hz et de fournir une belle pression. Je peux comprendre que ce soit surprenant, au point de se demander comment une petite boîte comme ça peut marcher aussi bien.
SLU : Ceci peut t’éviter de devoir accrocher tes subs ?
Julien Garcia : Oui et cela m’arrange, parce que pour des petites équipes comme nous, c’est vraiment trop de travail de lever les subs. C’est un peu la mode en ce moment. Pour ma part je ne suis pas trop pour, j’ai toujours été à contre-courant. Comme les X2 produisent un grave puissant et propre, je n’ai pas de raison d’accrocher de grosses lignes de subs pour projeter du grave au lointain…et je ne sonorise pas de stade.
SLU : Tu apprécies aussi le X2 pour ses aigus ?
Julien Garcia : Les X2 ont une finesse dans les aigus qui pourrait donner l’impression qu’ils sont générés par des tweeters. Je ne pensais pas l’obtenir avec les moteurs d’un line array. Je viens de l’école des années 80 et des Dynacord FE200, des enceintes trois voies avec des tweeters. Elles ont un son étonnant et je continue à m’en servir. C’est assez impressionnant comme les X2 s’en rapprochent, malgré l’utilisation d’une chambre de compression.
SLU : Le X2 est un système polyvalent ?
Julien Garcia : Il s’adapte à plein de configurations. On devra juste devoir un peu tailler. En fait, c’est une enceinte généreuse dans les basses et les aigus par rapport à d’autres systèmes, que l’on va pouvoir facilement façonner avec le processing intégré aux amplificateurs.

SLU : Ceci s’effectue à l’aide du logiciel SoniCue ?
Julien Garcia : Oui, on charge les presets de référence des enceintes dont les fréquences de coupure, les limiteurs, etc… Ensuite on accède à d’autres traitements totalement paramétrables, de nombreux filtres dont des FIR. On dispose de 10 paramétriques en entrée et en sortie. Mais pour ma part, je préfère des filtres assez doux pour garder du naturel, comme un shelf à maxi 12 dB/octave.
SLU : Ce qui sort de l’enceinte semble déjà très propre ?
Julien Garcia : Pour moi le son, c’est une question d’équilibre. Beaucoup de personnes qui écoutent le système confirment l’impression que le X2 ne semble jamais forcer. C’est encore plus vrai ici dans ce grand espace avec juste ces deux lignes sans rappels. Et je vois que le système en a encore sous le coude.
SLU : En fait, EV et Tribal Sound System, c’est une longue collaboration ?
Julien Garcia : Je n’utilise que du EV depuis toujours et notre parc est 100% EV. Nous avons 16 ZX3, mais aussi 8 ZXA1, 4 ETX 15p, des Evolve, des Everse et toujours des FE200 depuis nos débuts. Nous les remplaçons par des enceintes amplifiées 3 voies ETX 35P. Avec leur directivité de 60 x 60 et couplées deux par deux, ça fonctionne très bien. Le X2 est mon premier line array.

SLU : Un système bien adapté au format de ton entreprise ?
Julien Garcia : La transportabilité d’un système line array est très important pour des prestataires de notre taille. Conditionné sur des chariots de six têtes et des chariots de deux subs, notre système X2 en petite configuration de deux fois six têtes, quatre subs et les amplis nécessaires, rentre dans un fourgon.
Rangés et amplifiés trois par trois, c’est facile à installer par une seule personne. Trois speakON huit points pour un seul rack et tout est câblé. Ce kit me permet de faire une grosse partie de mes prestations de trois à cinq mille personnes.
Quand il y a de la verticalité comme sur un Zénith avec des gradins par exemple, il faut l’étendre à neuf têtes avec un seul ampli en plus. Ma clientèle n’est pas liée aux références des fiches techniques. Je ne suis pas inquiet à proposer du X2 et je n’ai jamais eu de refus catégorique.
Ici, pour cette grosse config, nous avons huit speakON huit points divisées en trois racks pour les Subs et les frontfill, puis dans les passerelles, quatre speakON par ligne et un par outfill.
SLU : Et les nouveaux subwoofers X12-128 de la diffusion ?
Julien Garcia : Ils sont impressionnants. Ils acceptent 4 000 W. De quoi rassurer les productions qui sont sensibles à cet ordre de mesure. Je les amplifie ici avec des TGX20 qui fournissent jusqu’à 4 x 5 000 W. Nous pourrions utiliser les TGX20 aussi pour les têtes, mais pour ma structure raisonnable, j’ai décidé de les amplifier en TGX10. Cela me permet une optimisation du budget et une utilisation des amplis avec d’autres enceintes dans des configurations plus légères comme avec nos anciennes ZX3 et nos subwoofers TX et Phoenix.

SLU : Et pour le retour des DJs ?
Julien Garcia : C’est très simple. Deux MFX et deux subs Phoenix. J’aime beaucoup ce subwoofer qui fonctionne magnifiquement bien avec une amplification de 1 000 W. C’est un double 18” qui supporte 500 W par HP et sort 141 dB. Je l’ai poussé pendant des années avec du P3000, c’était vraiment un son parfait. Ici je l’amplifie avec du TGX20 que je limite bien entendu.

SLU : Tu as assemblé tes propres racks d’amplis ?
Julien Garcia : J’ai fait des flights de TGX10, par 3, par 2 et solo avec des plaques de connexion que j’ai construites. Ceci me donne une grande flexibilité pour les utiliser, soit pour de la façade, des retours ou des subwoofers. Je peux intégrer deux ou trois amplificateurs, en flight solo fixe ou en flight qui roule.
Franchement, je n’étais pas très fan du numérique. Certainement à cause du P3000 analogique, où quand tu mettais à sa place un ampli de puissance moderne « similaire », tu avais l’impression d’avoir changé d’enceinte, avec un son plus froid, plus plat et… moins puissant. Il n’y avait que l’avantage du poids qui passait de 30 à 9 kg. La nouvelle génération des TGX, en revanche, met tout le monde d’accord et m’a clairement réconcilié avec l’ère du numérique !
SLU : Le système X2 n’est pas encore très répandu en France, comment est-il perçu ?
Julien Garcia : EV a gagné ses lettres de noblesse. Dans les années 1990 à 2000, le MT2, le MT4 et le X-Array ont accompagné de grandes tournées internationales de la scène rock comme celles d’AC-DC et des Stones. Nous n’avons jamais de réticences quand nous proposons de l’Electro-Voice en diffusion et l’accueil est toujours positif. Ne pas oublier que Electro-Voice a toujours fabriqué et utilisé ces propres transducteurs. Si maintenant ce n’est plus systématique sur toutes les enceintes de la marque, sûrement pour des raisons économiques, nous retrouvons quand même dans le X2 un 12” Electro-Voice de la série DVX, et deux moteurs HF propriétaire.
Parmi les autres prestataires français équipés en X2, nous retrouvons Objectif Plus à Marseille, qui est aussi en EV depuis 30 ans et avec qui je me suis associé pour gérer cet événement. Trois autres prestataires BYS à Annecy, Eclipse 2000 à Sorgues et Codiflight dans l’Est proposent aussi des amplis TGX et des X12. De quoi donner une bonne crédibilité à mon choix.
SLU : Quel était le but de cet investissement ?
Julien Garcia : Il m’a ouvert de nouvelles opportunités de marché sur des prestations que je ne pouvais pas traiter auparavant, comme des fêtes de village par exemple, où il faut impérativement installer un système cardio. Pour de nombreuses demandes de sonorisation de 800 à 1 000 personnes, que nous pourrions sans aucun souci réaliser avec du point source, le line array X2 rassure certains de mes clients, même s’il est un peu surdimensionné pour cela. C’est donc aussi une approche commerciale.

SLU : Tout est relié en réseau bien entendu ?
Maxime Lefèvre : C’est vraiment simple pour cette prestation. Nous avons deux réseaux fibrés, un primaire et un secondaire, déployé chacun sur trois switches Netgear, un en régie, un en passerelle et un au plateau. La distribution vers l’ensemble des amplis est en Dante.
Pour la console Midas, on part en snake sur des convertisseurs AS80 pour créer un réseau fibré indépendant et redondant Hypermac 192 canaux bidirectionnels à 96 kHz, sur lequel les racks de scène sont connectés via un DN9680.
SLU : La conception du système se fait dans PREVIEW ?
Julien Garcia : Oui, c’est le logiciel que nous utilisons pour faire les shoots et les simulations. Il permet de visualiser la couverture, le niveau de pression acoustique et la réponse en fréquence des systèmes de diffusion EV. Son interface 3D en couleur et ses nombreux outils facilitent la construction du système à partir d’une feuille vierge, avec un accès direct aux bibliothèques d’enceintes et des assistants d’importation et de construction pour la géométrie de la salle.


Une fois le système et l’environnement renseigné, nous pouvons positionner des micros virtuels pour contrôler notre réponse en fréquences n’importe où dans la salle. Nous validons bien ici, sur notre dernier shoot intégrant la dernière modification de la position de la scène, une réponse en fréquence et un niveau de pression cohérents sur toute la profondeur de l’Aréna, avec juste une perte sur les derniers rangs des gradins qui sont à 66 m de notre diffusion.

SLU : Cela confirme la possibilité avec le X2 de sonoriser la salle sans rappels ?
Julien Garcia : C’était notre volonté initiale car, dans cette salle, l’utilisation de rappels est complexe à gérer. Le logiciel nous a permis de valider cette faisabilité dans cette configuration du système X2.
Et honnêtement le résultat est là, avec des mesures réelles similaires à la prédiction. Ici, nous n’utilisons les outfills que pour déboucher les gradins latéraux. Le logiciel Preview nous a permis de les intégrer et de les positionner pour éviter tout problème de phase.

SLU : Une fois la prédiction faite, PREVIEW vous donne toutes les informations pour l’installation mécaniques des enceintes ?
Julien Garcia : Il fait tous les calculs de charge mécanique et de position dont nous avons besoin pour installer le système. On a une ligne d’une taille de 8,40 m, pesant 1 060 kg répartie sur deux moteurs et comportant 24 enceintes accrochées avec un angle positif sur le bumper, dont le bas est positionné à 7,73 m du sol. Une fois satisfait du shoot, tu fais ton export et tu obtiens une vue 3D, un rapport pour les points d’accroche, le DSP et la réponse en fréquence où nous retrouvons les différentes courbes pour chaque position de nos micros virtuels. Nous obtenons ainsi un dossier complet qui nous permet de monter le système exactement comme il est dans le shoot.
SLU : Le système X2 est facile à monter ?
Julien Garcia : Sur des petits systèmes avec deux fois six têtes, un seul technicien suffit. Sur des systèmes plus importants comme celui-là, deux techniciens s’imposent pour manipuler les enceintes et rentrer les angulations, Un bumper de compression existe pour poser les enceintes au sol, et dans ce cas les angles peuvent être présélectionnés avant leur mise en compression. Mais nous n’avons pas l’utilité de ce type de configuration dans nos prestations.
SLU : La prédiction était-elle fiable ?
Julien Garcia : Franchement, le logiciel PREVIEW est très efficace. Les calculs de rendus sont rapides et effectivement fiables. J’utilise aussi ma propre méthode. Pour le shoot, je sélectionne un preset avec une coupure à 80 Hz parce que cela n’a pas d’intérêt de mettre des basses dans les têtes pour la simulation. Cependant, en exploitation, j’exploite toujours les enceintes avec un preset full range et j’effectue moi-même le coupe bas avec un peu plus de douceur dans le signal que je leur envoie selon le type de musique et le niveau sonore.

SLU : Il est temps maintenant de passer au contrôle des amplis, avec SONICUE ?
Sylvain Cross : Ce logiciel gère l’intégralité des amplificateurs et des matrices Dynacord. C’est vraiment un très bel outil pour la mise en œuvre de notre système de diffusion, très simple à manipuler.
Tout commence par le choix des enceintes dans la bibliothèque, pour ensuite les connecter aux canaux d’amplis et leur appliquer les presets choisis. Tu pourras ensuite créer des groupes en sélectionnant simplement leurs éléments, sur lesquels tu pourras appliquer des traitements sélectifs.

SLU : Là, on voit bien le filtrage à 72 Hz sur la face ?
Julien Garcia : Oui c’est ici, sur l’EQ du groupe correspondant à la face, et non par les presets, que je préfère le faire. Je peux l’ajuster finement pour optimiser mon rendu de projection des graves.
En fait j’aime beaucoup ce type de filtre qu’on pourrait qualifier de résonant. Il permet d’amplifier légèrement le signal à la fréquence de coupure, une méthode que j’affectionne pour raccorder avec précision aux subwoofers.

SLU : C’est ce que tu recherches dans l’Electro, du bas qui sort des têtes ?
Julien Garcia : C’est exactement ça. Donner l’impression que tout le son sort des têtes avec un véritable impact sonore dans le bas. Cela supprime cette sensation peu agréable d’entendre du grave dissocié. Le réglage de la résonance de ce filtre me permet de finaliser correctement ce rendu.
Bien sûr ce n’est pas que le filtre. Les enceintes X2 descendent jusqu’à 52 Hz. Avec 72 Hz, je suis absolument tranquille. Si j’ai peu de boites ou si elles sont actives pendant une très longue période, je pourrais monter un peu cette fréquence vers 76 Hz pour économiser de l’énergie afin de protéger davantage la diffusion.

SLU : Et pour la correction générale ?
Julien Garcia : Je préfère la faire en dehors de SONICUE. En accueil festival, nous avons l’habitude d’utiliser un Lake LM48, la toute dernière génération dont nous utilisons la connexion AES50 en entrée pour la liaison console et Dante en sortie vers les amplis.
Nous pourrions la faire aussi à la console, mais c’est encore plus pratique dans le Lake, avec la possibilité de faire les réglages en nous déplaçant dans la salle. Le système X2 sonne naturellement bien dans le haut dès sa mise en œuvre. Nous avons ici juste trois légers points de correction pour gérer les problèmes acoustiques de la salle.

SLU : Le logiciel SONICUE permet une parfaite surveillance du système ?
Sylvain Cross : Il est possible de tout checker. Un générateur de signal peut être envoyé à n’importe quel endroit du système. Le mode d’édition Flyup est aussi très pratique. Une fois la fonction désirée sélectionnée, tu la déplaces simplement à l’écran où tu veux l’activer.
L’onglet Operate permet de rentrer dans des modes extrêmement utiles pendant l’exploitation comme la vue Metering qui donne des informations sur chaque ampli.
L’activité des limiteurs est aussi contrôlable dans une fenêtre flottante toujours visible. Une autre fenêtre permet de contrôler leur consommation électrique. Tout ceci via le réseau Dante grâce au protocole OCA.
SLU : C’est une première pour vous d’utiliser autant de X2 ?
Sylvain Cross : 24 boîtes par côté, c’est en effet la plus grosse configuration que nous ayons déployé. La couverture est parfaite sur la zone d’audience que nous devons sonoriser. SI nous avions dû prendre en compte l’intégralité des gradins, des outfills plus musclés auraient été indispensables.
SLU : Quand on enlève sa grille, on s’aperçoit en effet que l’enceinte X2 a une conception particulière ?
Sylvain Cross : C’est un design unique à Electro-Voice. Il est asymétrique. Nous n’avons qu’un 12” et un double moteur avec son guide d’onde. Le 12” rayonne dans une pièce spécifique, appelée Mid-Band Hydra (MBH). Ce dispositif acoustique propriétaire couple le haut-parleur grave/médium 12” à une structure qui émule le comportement acoustique d’une double ligne de quatre sources ponctuelles de 3”.

Il transforme ainsi le rayonnement d’un gros 12” en plusieurs sources virtuelles. Même si ceci agit surtout aux fréquences médium car dans le grave le 12” se comporte normalement, cela permet d’optimiser le couplage des boîtes et la linéarité de la directivité, tout en conservant la puissance du 12” voire même de l’améliorer. Si ce n’est bien sûr pas comparable à un double 15”, on lutte sans problème avec un double 12”.
Julien Garcia : Ici, on a vraiment l’impression que tout le grave vient des deux lignes d’enceintes, les subwoofers ne générant que l’infra. Ce procédé fonctionne aussi parfaitement bien dans des petites configurations. Dans nos prestations avec seulement deux fois six X2, il suffit de booster légèrement vers 56 Hz et le système répond. Évidemment pas à des pressions extrêmement élevées, mais pour un grand nombre de nos prestations, c’est très confortable.
SLU : La console MIDAS HD est un peu démesurée non ?
Julien Garcia : Nous avons décidé de l’utiliser pour la qualité de ses préamplis et les traitements propres à cette console. Les Djs sont d’ailleurs connectés en analogue. Je préfère car quand ils tapent vraiment dedans, je ne suis pas certain de ce qui se passe sur leurs sorties numériques.

SLU : Le X2 est pour vous le bon choix ?
Julien Garcia : Pour ma part, oui. Je peux faire le son que je veux pour tout type de prestations sans crainte d’être sous performant, avec une belle richesse dans les bas médium ce qui est un paramètre important à mon goût. Il est en plus humainement manipulable. Pour un prestataire comme nous, que je classerais en dehors des gros circuits, c’est un système totalement adapté. Et en plus, je ne suis pas dépendant de la mode.
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Obtenir un résultat sonore plus que satisfaisant avec un nombre réduit de boîtes dans une salle aussi imposante que la Sud de France Arena révèle tout l’intérêt de X2. Que ce soit pour répondre aux nouvelles préoccupations écologiques en matière de transport et de productivité, ou pour s’adapter aux réalités actuelles d’une économie budgétaire culturelle, de nombreux prestataires sont sensibles à l’exploitation de systèmes raisonnés et performants.
Choisir une signature sonore différente des standards pour se différencier et opter pour un système capable d’être exploité sur pratiquement l’intégralité de ses prestations, est une démarche qui peut s’avérer gagnante pour un grand nombre d’entre eux. Le X2 d’Electro-Voice s’inscrit parfaitement dans cette démarche sans décevoir, du moins Tribal Sound System nous l’a confirmé.
En savoir plus sur X2 sur le site EVI Audio et sur Tribal Sound System














