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L’aventure immersive du Groupe Novelty avec De Préférence et son studio -360-

Texte : Ch. Masson - Photos SLU, De Pref, Novelty

Quand les spectacles et les événements multiplient les expériences immersives avec succès grâce à l’amélioration du confort d’écoute et à une plus grande créativité du contenu, il est tentant pour les créateurs et les producteurs d’y inclure leur futures productions. Mais face à une diversité de solutions et une technologie encore émergente, entrer dans l’aventure immersive n’est pas si simple.
Bien avant la disponibilité des processeurs audio de spatialisation, concevoir des systèmes de multidiffusion sur mesure pour gérer des expériences immersives originales, faisait déjà partie de l’ADN de De Préférence.

Vue du studio Novelty DePref -360-.

Maintenant intégré à Groupe Novelty et sous l’impulsion d’Olivier Gascoin et Sébastien Mançois, il semblait naturel de créer une structure de pré-prod immersive capable de s’adapter aux besoins spécifiques de chaque client, très vite rejoints par Julien Pagnier, responsable du département immersif de Groupe Novelty. En leur compagnie, nous vous proposons de découvrir ce véritable laboratoire technique, le studio -360-.

Olivier Gascoin, directeur du son chez De Préférence et à droite Julien Pagnier, chef de projet et responsable du département immersif du Groupe Novelty.

SLU : Le studio -360-, c’est un laboratoire pour l’immersif ?

Olivier Gascoin : Ici, aucune enceinte n’est installée en fixe, mais sur un tube qui lui-même peut monter ou descendre. Elles se connectent sur des plaques de patch au mur disposant chacune de quatre arrivées Speakon, d’une alimentation en Powercon, d’une connexion réseau et d’une XLR.
C’est un laboratoire où nous pouvons travailler sans aucune restriction en termes de configuration ou de marques. Nous avons déjà utilisé ici du SPAT, du L-ISA, du Soundscape et Holophonix est venu faire des démos et des écoutes. D’autres fabricants sont également venus tester leurs produits ici, l’IRCAM Amplify pour leurs solutions d’upmix, et L-Acoustics avec L-Acoustics DJ pour le spectacle immersif Cercle Odyssey.

Julien Pagnier : C’est un vrai outil de travail qui nous permet de gérer des projets spécifiquement immersifs. Nous pouvons ainsi adapter les configurations, préparer les productions, répondre aux questionnements de nos clients et, de notre côté, l’utiliser comme une unité de recherche et de développement pour maîtriser davantage les prestations avec du son immersif.

SLU : Donc entièrement configurable ?

Julien Pagnier : L’aventure de l’audio immersif réside justement dans le fait de pouvoir installer les enceintes où l’on le souhaite et de réussir à créer une véritable expérience. Nous ne voulions pas d’un studio lié à une technologie ou à un format unique, mais être capables de basculer d’un format à un autre en toute liberté.

Olivier Gascoin : Tout en ayant quand même un studio qui ne soit pas une boîte vide et qui puisse fonctionner tout de suite. Pour ce choix immédiat, nous avons choisi L-Acoustics, avec qui nous partageons une longue histoire, et installé en fixe une solution L-ISA. Idem pour la validation d’un format permanent avec la certification Dolby Atmos.

Tout est variable dans le studio, ici avec des enceintes de plus petit format 5XT + X15 + SB15, Nuendo, SPAT et L-ISA pour la boutique Dior Montaigne. © De Préférence

SLU : En réalité, vous cherchez à adapter les outils proposés aux prestations à réaliser ?

Julien Pagnier : Oui, on peut voir notre travail de cette façon-là. Par exemple, L-ISA est un système très performant pour les animations d’objets parce qu’il permet de réaliser très vite de nombreux effets de déplacements optimisés avec un rendu optimal. Cependant il n’est pas possible de créer ses propres trajectoires. Pour cela il faut commander les objets sonores en OSC par un autre moyen, par exemple à partir d’une tablette avec le logiciel Spacemap Go de Meyersound qui est beaucoup plus pensé pour l’environnement musical.

Une configuration immersive L-ISA pilotée par Space Map Go pour un défilé de Louis Vuitton (Production La Mode en Image). © De Préférence

Olivier Gascoin : C’est une grosse partie de notre travail et surtout celui de Julien. Aller piocher dans toutes les solutions existantes, quitte à les détourner un peu, et en les associant pour créer un système immersif multimarques, de manière à réaliser parfaitement ce qu’une production demande.

SLU : La vision utilisateur reste importante ?

Julien Pagnier : Dans cette aventure immersive, même si les fabricants maîtrisent les technologies, nous déterminons la façon de les utiliser. Ce qui était impossible il y a un an, va être possible aujourd’hui grâce à nos échanges avec les marques. Il y a tout à découvrir.

Le Studio -360- est conçu pour accueillir la régie qui sera exploitée sur la prestation, ici avec une S6L AVID pour la préproduction de la tournée Sylvie Vartan, en liaison fibre avec le showroom de Potar. © De Préférence

SLU : Tout semble encore à inventer au niveau de la commande ?

Olivier Gascoin : Chaque marque développe ses outils de commande en fonction de ses propres choix et préférences. Chacun l’estampille OSC pour se proclamer ouvert, mais en réalité, ce n’est pas si simple que cela.

Julien Pagnier : La console de mixage en tant que telle est-elle encore adaptée pour faire des mix ou est-ce qu’il faut la transformer ? Est-ce qu’il faut créer quelque chose de nouveau ? C’est là où notre travail de conception est pertinent.

SLU : Ceci entraine des configurations sûrement assez complexes à mettre en œuvre ?

Julien Pagnier : Même si le concept de mixage objet est plutôt standard, la mise en œuvre d’un système complet n’est effectivement pas simple. C’est à nous de faire ce chemin technique et d’optimiser notre solution qui peut intégrer un grand nombre d’éléments de commande, ordinateurs, tablettes et contrôleurs, avec toujours une exigence de fiabilité à 100 %. Le studio -360- nous permet l’expérimentation de notre solution et sa validation avant la prestation.

SLU : Un exemple ?

Olivier Gascoin : Nous avions un projet immersif important pour Louis Vuitton, avec le plasticien Philippe Parreno et le sound designer Nicolas Becker. Une verrière de 70 x 70 m où se déroulait un défilé de mode avec un mix stéréo traditionnel complété en ouverture par un énorme sound design son & lumière de 90 minutes, en immersif sur 75 zones d’enceintes. Une SpiderCam dont la caméra avait été remplacée par des lumières, survolait toute l’audience comme un drone extraterrestre.
Bien sûr, les designers nous ont demandé de faire suivre le son. Nous avons récupéré les coordonnées du joystick du caméraman, mais en son immersif, si faire tourner un objet est assez simple et évident, ça l’est beaucoup moins pour le faire traverser l’espace par le milieu. Voilà typiquement le genre de choses que nous devons développer.

Projet immersif pour Louis Vuitton, 75 zones d’enceintes et de nombreux déplacements d’objets sonores. © De Préférence

SLU : Le studio n’est pas forcément utile dans tous les cas ?

Julien Pagnier : Dans le cas des ciné concerts, qui sont une vraie réussite, le studio n’est pas utile. Le mix objet de ces prestations est assuré généralement par du Soundscape et comme il s’agit uniquement d’optimisation de la diffusion liée à la position scénique, il n’y a pas besoin de pré-prod. Le studio et notre département immersif n’est utile que lors de problématiques liées à des déplacements d’objets sonores dans un environnement immersif.

Julien Pagnier à la régie du projet Louis Vuitton.

SLU : La pré-production d’un projet immersif est indispensable ?

Julien Pagnier : Totalement. Notre rôle d’accompagnant est de bien expliquer qu’en immersif, la clé de la réussite est l’artistique, bien plus que les moyens mis en œuvre. À la différence du gauche/droite, il est nécessaire d’anticiper en testant le sujet artistique.

Le Studio -360- est alors le lieu idéal pour se mettre en condition, en simulant la salle et en s’assurant que tout fonctionne. L’immersif ouvre des possibilités créatives importantes qui ne sont pas de notre ressort. La présence d’un directeur artistique ou d’un référent artistique est indispensable.

Olivier Gascoin : L’intention immersive doit venir de l’artistique et être désirée. Si elle est générée par d’autres acteurs, le résultat est très souvent décevant.

Pré-production vs réalité, séance de mix immersif avec Nuendo, SPAT et enceintes 5XT pour la façade de la boutique Dior avenue Montaigne. © De Préférence

SLU : Cela ouvre de nouvelles perspectives à l’activité de prestataire ?

Julien Pagnier : Bien sûr. Groupe Novelty peut être perçu, à tort, comme loueur de matériel, une sorte de grande étagère avec plein de matos, ce qui enlève un peu de passion et renforce une approche purement industrielle. Sa direction a su garder une approche personnalisée et proche de ses partenaires et clients, et a conservé l’ADN de chaque société composant le groupe. Ceci recrée de l’intérêt technique.

Olivier Gascoin : Ce n’est pas un hasard que ce studio soit géré par De Préférence. Cette valeur ajoutée d’accompagner les clients et de trouver des solutions sur mesures, nous ne l’avons jamais perdue, c’est même notre ADN. Nous n’avons pas de parc propre, ce qui nous permet de choisir la technologie la plus adaptée au projet.

SLU : Et vous bénéficiez d’un large choix de matériel ?

Olivier Gascoin : Le studio est au cœur du parc du Groupe, c’est un avantage considérable. Nous pouvons l’équiper immédiatement avec enceintes et processeurs de marques différentes pour développer nos projets immersifs.

Une certification ATMOS en 9.1.4 avec une diffusion en X8, 5XT et SYVA LOW, indispensable pour établir le lien créatif. © De Préférence

SLU : Le format Dolby Atmos, bien que propriétaire et adapté au studio, peut-il être un format de départ pour un spectacle immersif ?

Olivier Gascoin : C’est la raison de notre certification Atmos, ici en 9.1.4 dans le studio. Les musiciens ont accès facilement à ce format dans leurs logiciels de création. Il est donc intéressant de pouvoir partir de cette base. Bien que capable de s’adapter au nombre d’enceintes du système de diffusion, le convertir à d’autres formats pour le live n’est pas si simple, mais nous pouvons néanmoins reprendre facilement dans notre station de travail les beds, les objets, tout ce qu’il contient. Nous travaillons avec Nuendo qui est, à notre avis, le logiciel de production le plus adapté à l’immersif.

Julien Pagnier : Quand un artiste a travaillé un format immersif, il est impensable de lui dire qu’il va devoir, pour la partie live, tout recommencer à zéro. Concevoir la musique en immersif, c’est déjà un grand pas en avant, et Dolby contribue à sa démocratisation avec Apple Music. Notre rôle sur la partie live est de récupérer au moins une partie de de cette matière-là et de la faire converger vers un résultat de plus grande ampleur. Avec le système de diffusion certifié Atmos installé en fixe dans le studio, nous pouvons basculer l’écoute entre le système immersif live et l’Atmos pour permettre au client d’évaluer la portabilité de sa création originale en live.

SLU : Ceci est valable aussi pour l’événementiel ?

Julien Pagnier : Nos clients qui ont l’habitude de faire de l’événementiel conçoivent déjà des bande sons en stéréo liées à la vidéo. Quand ils nous demandent un projet immersif, nous les invitons à garder la même méthode de travail et à travailler dans un studio Dolby Atmos. Nous adaptons ensuite ce projet à la configuration d’enceintes qui sera utilisé en live. La taille de la salle dans laquelle il sera diffusé est le plus gros piège auquel nous devons faire face.

Finalisation calage et écoute Dolby atmos 9.1.6 avec Dolby France, plus déploiement L-ISA. © De Préférence

SLU : Pouvez-vous simuler dans le studio ce qui se passe dans une grande salle ?

Julien Pagnier : Pas sur le plan acoustique, mais en problématique de délai oui. Nous utilisons pour ça les fonctions de mise à l’échelle du système L-ISA. Il ne s’agit pas seulement de mettre des délais sur les enceintes, ce qui reviendrait juste à ajouter de la latence. Ce qui est intéressant c’est de pouvoir déplacer la position d’écoute et se mettre dans la position du spectateur qui n’est pas assis à la meilleure place. Cette fonction “scaling” est unique au processeur L-ISA et c’est une des raisons de l’avoir en fixe dans le studio.

Diffusion principale en L2/L2D (Défilé Louis Vuitton Pont Neuf, production : Villa Eugénie). © De Préférence

SLU : L-ISA utilise essentiellement une algorithme en vbap sans délai ; avons-nous une bonne sensation de localisation ?

Julien Pagnier : L-ISA exploite des délais sur les front fills pour optimiser la diffusion et la localisation sur les premiers rangs. Mais dans une grande partie de nos exploitations, nous n’utilisons pas de délai mais uniquement le vbap. Il repose sur une topologie d’enceintes particulière et optimisée pour un rendu efficace et une bonne localisation.
En Atmos, les enceintes sont positionnées sur un arc de cercle, en L-ISA, les enceintes sont plus angulées vers l’intérieur pour permettre à l’auditeur, qu’importe sa place dans la salle de percevoir le son en provenance de toutes les enceintes.

SLU : D’où l’importance de choisir le bon système de spatialisation pour un projet donné ?

Julien Pagnier : Notre rôle est de pouvoir associer la technologie immersive qui correspond au projet, en fonction de son appétence technique à être exploité, mais aussi du budget, des disponibilités et des technologies utilisées. Nous parvenons à faire le bon choix de façon transparente pour le client.


SLU : Le terme “immersif” est devenu très générique ?

Olivier Gascoin : Oui, ce manque de précision est pénible. Comme dans la démo à laquelle tu viens d’assister, il y a plein de manières de faire de l’immersif, en frontal, en 360, sur des sources acoustiques, sur de la musique électronique, en sound design…

Julien Pagnier : Le cas très courant est celui du client qui veut avoir une expérience immersive, et ne pense qu’à la vidéo. S’il ne nous en parle pas au niveau du brief et que nous ne l’accompagnons pas, dans la majorité des cas il se retrouve avec une expression immersive vidéo, sans le son qui va avec. Le résultat est plutôt décevant et le public le remarque. D’où l’importance de décoder les besoins et de proposer à nos clients les bonnes solutions.

Délai et réverbération en SYVA via L-ISA (Défilé Louis Vuitton Pont Neuf). © De Préférence

SLU : Et de fixer des limites à son déploiement, s’il y en a ?

Olivier Gascoin : Techniquement, pas vraiment. Pour moi, il n’y a que la taille des lieux qui impose des contraintes à prendre en compte à la création. Il est possible d’utiliser les systèmes de spatialisation de mille façons différentes, même pour des projets non immersifs. La première fois où nous avons exploité le processeur L-ISA, c’était pour le premier défilé de Pharrell Williams pour Vuitton sur le Pont Neuf. Il n’y avait pas du tout d’immersif, nous diffusions un mix stéréo.

Mais le cahier des charges était plutôt complexe : sonoriser un pont avec une scène à un bout, un orchestre classique, une chorale et un mix stéréo qu’il fallait diffuser partout. Plus l’arrivée d’un DJ qui jouant live depuis le milieu du pont et qui doit être en “temps zéro”, c’est à dire sans délai. Nous avons utilisé le processeur L-ISA pour diffuser l’ensemble des différents programmes, plus la stéréo en deux objets gauche et droite que nous pouvions délayer en fonction de la distance à la scène, avec la réverbération du processeur pour créer de l’espace.

SLU : Ceci permet de diffuser différents programmes en fonction de leur type ?

Julien Pagnier : Oui, en prenant en compte l’aspect temporel entre la diffusion d’un programme musical et d’un sound design. Si c’est bien pensé, on peut, dans de très grands lieux, diffuser une partie musicale uniquement en frontal, et l’habillage sonore sur l’ensemble de l’espace immersif. Et même à l’intérieur du programme musical, la distinction peut être faite en fonction du caractère rythmique des sons, pour ne pas générer de perturbations sonores.

SLU : En réalité l’immersif n’est pas exclusif ?

Julien Pagnier : Absolument pas. Il faut pouvoir lancer des séquences immersives et être capable de revenir à une bonne vieille mono ou pouvoir éventuellement jouer un signal stéréo.

Olivier Gascoin : L’enceinte doit servir à plusieurs choses, servir un design immersif très avancé et à certains moments être aussi capable de reproduire le son très impactant d’un système traditionnel.

SLU : Que se passe-t-il quand vous passez du studio à la réalité, donc dans une salle plus grande, avec sûrement plus de puissance et d’espace sonore ?

Olivier Gascoin : C’est différent, mais pas tant que ça. Ici, nous ne sommes pas dans un studio de mixage traditionnel, son acoustique a été travaillée pour rester live. Nous essayons toujours d’utiliser en préproduction la même marque d’enceintes que celles qui seront exploitées pendant la représentation. Nous n’avons jamais eu de très mauvaises surprises, ni de très bonnes non plus d’ailleurs… ;0)

Julien Pagnier : La différence dans une grande salle se ressentira plus au niveau du timbre. Le travail immersif ici dans le studio concerne la mise en espace, donc essentiellement les déplacements, les animations, les automations, mais pas directement la couleur sonore qui dépend de l’ingénieur du son ou de l’ingénieur système sur place.

Préproduction du concert Rwayana pour le Cercle Odyssey à Mexico avec une DIGICO Q338 et L-ISA. © De Préférence

SLU : Dans certains cas, la réverbération de la salle peut être problématique ?

Julien Pagnier : C’était le cas sur un de nos premiers projets immersifs, dans une salle entièrement en béton et en verre avec une réverbération très gênante. Pour nous rapprocher en studio de cet environnement, j’ai capturé la réponse impulsionnelle du lieu pour l’intégrer ensuite à nos outils de production. Le compositeur a créé tous ses sons en les écoutant avec cette réverbération. Nous avons en fait ramené la salle dans le studio. Le jour J, nous avons bien entendu supprimé cette réverbération. Il est difficile de généraliser, mais sur ce projet, c’était la solution gagnante.

Olivier Gascoin : Avec les systèmes actuels de diffusion qui permettent de très bien gérer la couverture sonore, nous ne sommes pas pollués tant que ça par la réverbération des salles. Nous la percevons de manière flagrante uniquement quand l’audio s’arrête.

SLU : Tout commence donc par le choix du système de diffusion ?

Julien Pagnier : Oui bien sûr. Les premières questions quant à un projet immersif concernent l’audience et sa taille, dans quelle salle et avec quelles contraintes physiques. Est-ce possible d’accrocher, de poser ? Le système peut-il être visible ou au contraire totalement effacé. La clé reste toujours la couverture. Certaines marques proposent aussi des outils de prédiction très performants, comme l’Array Calc de d&b qui indique, pour son système de spatialisation Soundscape, en plus de la couverture SPL, la performance de la localisation, ce qui est très utile quand tu mélange différentes zones de diffusion. Une fois le système de diffusion défini, nous le reproduisons ici dans le studio.

Le set-up final de Rwayana. © Dushow

SLU : Certaines solutions immersives sont techniquement plus faciles d’accès ?

Julien Pagnier : Certains fabricants comme L-Acoustics, avec la sortie de L2 qui s’installe très facilement, ont la volonté de proposer un format et un environnement global cohérent pour faire de l’immersif. Dans la philosophie L-ISA, un utilisateur ne peut pas se tromper. Avec Spat Revolution, on a plus facilement accès à cet outil à la maison pour essayer des choses comme les types de décodage, ou déplacer des sons en 3D « visuellement » avec Nebula de Flux:: par exemple. Pour Soundscape, le workflow est également maîtrisé de A à Z pour proposer un rendu rapide, grâce au Delay Mode entre toutes les enceintes. Vous l’avez compris, elles ont toutes un point fort pour obtenir un résultat optimal.

SLU : Peut-on faire de l’immersif à faible coût ?

Olivier Gascoin : Faire de l’immersif avec peu de budget, ça ne sera peut-être pas vraiment de l’immersif. On peut transformer la stéréo frontale en trois ou cinq points. Les budgets sont maîtrisés et cela a une vraie incidence positive sur le rendu du concert. Si tu veux faire du mixage objet et déplacer avec précision et réalisme des objets sonores, cela coûtera forcément beaucoup plus cher car tu dois installer un nombre d’enceintes qui permet de couvrir intégralement le lieu sans perte de définition. En revanche, si le projet requiert juste quelques effets ponctuels en dehors de la scène, un frontal basique de trois points avec quatre enceintes sur les côtés peuvent suffire et ce n’est pas très onéreux.

L’élévation, un paramètre important d’une installation immersive. © Novelty

SLU : L’élévation est aussi un paramètre important d’une installation immersive ?

Julien Pagnier : Je l’exploite très souvent. C’est bluffant de voir à quel point envoyer un son au-dessus de l’audience, participe à mettre en valeur une prestation à 360°. Même un frontal sur plusieurs niveaux en WFS donne un résultat très intéressant car notre écoute naturelle est immersive en trois dimensions.

Olivier Gascoin : Quand les salles sont mates, avoir un son zénithal ne s’entend pas vraiment en termes d’effet sonore, mais améliore significativement l’expérience immersive, ça décolle le son des enceintes. Gérer du son venant de dessous est plus compliqué mais ça peut marcher. Pour l’un de nos projets avec un défilé sur un runway, Nicolas Becker a fait venir des mannequins et enregistré leur pas avec un micro tous les 1m20.

Diffusion sous le runway.

Nous avons reproduit cette captation dans une configuration d’enceintes intégrées sous le runway, pour que le son soit diffusé à l’identique avec une phase parfaite. Pendant l’encodage, même après deux jours, nous nous écartions toujours pour laisser passer la personne que nous croyions arriver derrière nous. Notre cerveau utilise l’audition de manière permanente, inconsciente et automatique bien plus efficacement que nous ne l’imaginons, et là, il se faisait régulièrement « berner » …

SLU : Comment votre studio s’inscrit-il au sein du Groupe Novelty ?

Julien Pagnier : Il est exploité par De Préférence et mis à disposition des différentes entités du groupe en fonction des projets. Notre département immersif joue un rôle de coordinateur pour nos 600 collaborateurs à travers Novelty, Magnum, Dushow, Potar, Alabama, etc… qui peuvent être amenés à traiter une demande de projet immersif. C’est un point de référence et un espace de travail transversal.

SLU : Le studio est accessible à tout le monde ?

Julien Pagnier : C’est un espace que nous réservons en premier à nos clients mais il est ouvert à la location pour permettre à des entités extérieures au groupe de pouvoir y travailler. On ne peut pas vraiment parler de location pure comme dans un studio classique.

SLU : Avec votre accompagnement par la connaissance du sujet immersif ?

Julien Pagnier : Le but est d’être à la bonne place pour accompagner un créateur ou un designer juste sur la partie dont il a besoin. Celui qui est 100 % autonome sur la partie immersive, pas de problème, il connaît les outils, il peut créer seul son projet. Nous nous positionnons toujours comme prestataire technique et loueur de matériel. Nous ne sommes pas en concurrence avec les autres concepteurs de projet immersif et nous souhaitons également les accueillir et travailler ensemble.

SLU : Le maillage en France des entreprises de Groupe Novelty est un avantage important ?

Julien Pagnier : Oui, c’est mon rôle de pouvoir accompagner une agence à Bordeaux, par exemple, sur un projet local avec cette expertise. Nous sommes capables de déployer un studio immersif adapté à la prestation, mais aussi compatible Dolby Atmos, n’importe où en France, pour étendre cette méthode de travail à nos collaborateurs.

L’équipe technique pour le Cercle Odyssey à Mexico. © Novelty

SLU : C’était le bon moment pour Groupe Novelty de créer ce service ?

Olivier Gascoin : À la suite du départ de nos anciens locaux de Wissous, nous avions besoin d’un studio dans ce nouveau site de Longjumeau et j’étais convaincu que l’immersif allait être la norme. Il nous fallait un endroit pour maîtriser cette technique. Groupe Novelty est certainement le seul prestataire de service technique et intégrateur à avoir son département immersif. L’avance que nous prenons déterminera aussi le retard des autres.

SLU : Et le nombre de prestations immersives augmentent ?

Olivier Gascoin : Il y en a de plus en plus. Elles sont concentrées dans des domaines dédiés comme la muséo ou la scénographie mais cela va devenir la norme. En plus, les fabricants de systèmes de diffusion ne nous laissent pas trop le choix. Nous travaillons déjà pour déployer l’immersif sur les plus beaux défilés du monde et les plus grosses prestations. Tous les jeunes écoutent leur musique en Dolby Atmos sur des iPhone ou autres, pour beaucoup d’entre eux sans même le savoir.

SLU : Le surcoût est important ?

Olivier Gascoin : Il ne faut pas le sous-estimer même si passer de deux à cinq enceintes en frontal reste accessible. Nous faisons face à la problématique du son dans l’économie du spectacle. Quand un designer lumière exploite 500 projecteurs, l’impact visuel est évident, ce qui facilite sa budgétisation. L’audio immersif, c’est beaucoup moins concret, ça se ressent et c’est souvent plus subtil. Un producteur qui accepte un surcoût pour de l’immersif a envie que cela s’entende. Attention donc à ne pas tomber dans la caricature, qui peut être totalement contre-productif.

SLU : L’immersif est aussi de plus en plus présent en fixe dans les salles ?

Julien Pagnier : Le concept des SMACs est très intéressant. Elles offrent un maillage sur toute la France et ont un budget pour s’équiper. Depuis que le Temps Machine à Tours s’est équipé en spatialisé, de nombreuses autres salles sont prêtes à emboîter le pas et ainsi créer un réseau de salles « immersives ». Le public ne s’y trompe pas, il est sensible au confort et à la qualité d’écoute dans ces salles.

SLU : Comment voyez-vous le futur de l’immersif ?

Olivier Gascoin : Le métier est encore dans une phase de progression technique qui peut déstabiliser l’artistique. L’important c’est que la démarche immersive suive une volonté artistique assumée. J’aime faire le parallèle, quand la stéréo est née, avec les productions des Beatles ou de Sinatra en dual mono, avec la voix, la guitare, de chaque côté. Pareil pour les premiers concerts des Beatles et des Stones dans les stades.
Les groupes n’avaient que des amplis pour chaque instrument avec une sorte de mix-objet. Et cela fonctionnait parce qu’on revenait aux fondamentaux : une source, un ampli, une enceinte, une vraie diffusion sans interférences ni masquages. J’aime bien ce pied de nez parce qu’avec l’immersif, on revient à la source. Pour moi la question de son avenir ne se pose pas. C’est plutôt la fermeture d’une mauvaise parenthèse “stéréo électrique” par un retour au mixage “multisources acoustiques”.

SLU : Cela change aussi le métier d’ingé son ?

Julien Pagnier : Tout dépend du mode de diffusion exploité et c’est là que les termes sont importants. Si on parle d’une diffusion spatialisée en frontal, c’est de l’optimisation par la localisation et c’est normal que ce soit l’ingé son en régie qui se charge du mix objet. En revanche si on parle de son immersif avec des enceintes à 360°, je n’ai aucune légitimité en tant qu’ingé son à choisir de faire tourner la guitare au moment où ça me chante. C’est le rôle de l’artiste ou de son équipe technique, même si les fabricants ont déporté les outils de spatialisation à la face. Et l’artistique en live, c’est quand même sur scène que ça se passe, non ??

Kit immersif mobile en Neumann KH150 et KH120, full AES67. © Novelty

SLU : Ce qui génère de nouvelles problématiques ?

Olivier Gascoin : Comme fournir à l’artiste un enregistrement live d’un concert immersif. Comme le mix objet ne se fait pas dans la console mais dans l’acoustique de la salle, cela pose un problème que nous commençons à résoudre. Le binaural marche à peu près. Une solution en Atmos serait intéressante mais difficile à donner rapidement en sortie de prestation. Et si l’idée de l’immersif ne vient pas du créateur lui-même, cela peut causer de gros problèmes d’appréciation.

SLU : Ce qui réanime l’éternelle confrontation stéréo contre Atmos ?

Julien Pagnier : Même si le mix stéréo reste encore majoritaire dans la prod audio, il faut maintenant privilégier l’Atmos. Sa force c’est qu’il ne propose pas que du mix objet, mais aussi du downmix. Il y a différentes façons de le faire, soit par downmix 5.1 vers stéréo, soit par objets vers stéréo. Dans notre cas, il est impossible en termes de ressources et de temps de remixer à différents formats. Nous devons utiliser des solution de downmix, qui vont surement s’améliorer rapidement. Pour cela il est indispensable que l’industrie de la production musicale travaille à cette réadaptation des formats.

Olivier Gascoin : Aujourd’hui, l’aplat stéréo d’un mix objet n’est pas très concluant, en revanche le binaural, même si toujours un peu éloigné de la réalité immersive, est écoutable. C’est pour moi la bonne solution pour générer rapidement un mix d’un spectacle immersif.

SLU : Le mixage objet supprime aussi certaines pratiques de mixage ?

Olivier Gascoin : Le principal écueil, c’est qu’en mix objet, tu n’as plus de bus stéréo ni de sous-groupes. Ceci élimine toutes les habitudes qui étaient liées au traitement des bus comme les retouches dynamiques ou de premastering. Si pour tout ce qui est acoustique, ceci ne pose pas de problème, c’est plus complexe pour la musique produite comme la pop ou le rock. Holophonix propose la notion de groupe d’objets qui traverse un plug. Ce sont les seuls aujourd’hui en live. Waves propose l’immersive wrapper qui permet de rendre les plugs immersifs. Les outils commencent à arriver.

SLU : Il faut dire que la musique produite a été pensée jusqu’à présent en stéréo ?

Julien Pagnier : Si la musique est produite en stéréo, il faudra veiller à rester fidèle au rendu de la production, tout en permettant à l’ensemble du public d’en profiter au maximum dans la salle. Il en est de même pour la dynamique, qui diffère dans sa gestion dans un système immersif par rapport à un gauche/droite. C’est pourquoi la mise en place des éléments de diffusion, en fonction des technologies utilisées, est essentielle.

Certains fabricants ont d’ailleurs défini des guidelines de mise en œuvre technique pour la restitution sonore. Dans le système L-ISA, le mode Focus permet de concentrer les objets sonores sur les enceintes les plus proches des subs afin d’obtenir une sensation de masse sonore centrale, tout en restant précis en termes de phase et de localisation. Avec Soundscape, l’approche est différente. L’ensemble des arrays joue de manière cohérente et se couple de façon optimale grâce à l’algorithme.

Séance de travail autour de la solution d’upmix Stereo to spatial avec Ircam Amplify. © De Préférence

SLU : Que pensez-vous des solutions d’upmix pour gérer des sources stéréo ?

Julien Pagnier : Cela permet de gérer rapidement et de remplir l’espace à sonoriser. Nous travaillons avec plusieurs solutions d’upmix, dont une que nous continuons de développer. Parfois, on n’a pas le choix : il faut upmixer. La technologie utilisant l’intelligence artificielle mise en place par L-Acoustics est un vrai bond en avant.
On sépare en temps réel la stéréo en différents stems que nous pouvons ensuite exploiter dans le mixage objet. Ce n’est pas encore parfait, mais c’est technologiquement intéressant. On travaille aussi avec l’IRCAM qui développe des solutions liées à l’algorithmie comme Stereo-to-Spatial. En tant qu’utilisateur, rien ne m’interdit d’utiliser les deux, c’est ce que j’ai fait sur Cercle Odyssey. En assemblant les différentes solutions, on crée l’outil qui convient au projet.

SLU : L’IA peut-elle contribuer à l’évolution du son immersif ?

Julien Pagnier : Je rêverais de pouvoir faire des prompts pour décrire techniquement ce que j’ai a faire : “ une session avec 64 entrées et 24 sorties avec …” ainsi que lui décrire des déplacements. Cela nous ferait gagner tellement de temps, et vous savez quoi ? Je suis sûr que c’est déjà prévu ??

Olivier Gascoin : Actuellement nous devons développer des outils, des passerelles, produire du code pour réaliser nos projets immersifs. On peut tout à fait penser que dans trois ans une grande partie de nos développements se feront de manière autonome Nous sommes dans une transition et l’immersif va devenir infiniment plus simple.

Stream Deck, très utile pour rappeler des configurations ou des snapshots.

SLU : Des outils vous manquent ?

Olivier Gascoin : On est beaucoup face à des écrans, tablettes, ordinateurs. On utilise des stream decks aussi pour du rappel de configurations ou de snapshot. En réalité, comme les équipements sont assez ouverts, nous arrivons sans trop de problème à construire un système de commande satisfaisant et adapté au projet.

Julien Pagnier : Ce qui me gêne le plus, c’est la variété de formats audio que nous devons convertir en permanence : Dante, AVB, MADI, AES67. Tout ça doit cohabiter sereinement, et peut mettre en péril une installation immersive pour un simple problème d’horloge.

SLU : Quels moyens l’artiste sur scène a-t-il pour contrôler les objets sonores ?

Julien Pagnier : Il peut facilement déclencher des animations, envoyer des snapshots et même contrôler des paramètres précis en temps réel. S’il est au milieu de la salle, il entend très bien la spatialisation. S’il est sur scène, nous intégrons pour lui dans notre sound design un monitoring qui lui permet d’entendre en immersif et de contrôler ses objets en fonction. C’est possible aussi avec des ears et du head tracking.

Artiste en immersif sur scène, Vogue La Nuit 2022 © Novelty – Voir la video https://www.youtube.com/watch?v=d8dpuRpMUh8 à écouter avec un casque pour le mix binaural.

C’est l’un des avantages de SPAT qui permet d’utiliser plusieurs rooms en même temps, ce qu’on peut maintenant faire dans plein d’autres systèmes. L’artiste peut utiliser un fader, un bouton, une tablette. Par exemple jouer du synthé d’une main et faire tourner le son de l’autre. On met en place la bonne commande en OSC, on la sécurise pour n’être opérationnelle qu’à un moment précis et ainsi de suite avec des enchaînements de snapshots. C’est une des parties du travail que nous préparons ici en dans le studio.

Une installation immersive avec un système de tracking Naostage. © Novelty

SLU : Et bien entendu le tracking est un outil indispensable pour le live ?

Julien Pagnier : Il prend tout son intérêt surtout en frontal dès qu’un artiste bouge sur scène. Si ce n’est pas le cas, on perdra l’avantage de la localisation, à moins de le suivre manuellement.

Nous préconisons l’utilisation d’un système de tracking, indispensable aussi pour la lumière. Nous avons adopté au sein de Groupe Novelty Naostage qui est compatible dans les deux domaines.

SLU : Pour conclure, arrivez-vous toujours à réaliser l’immersif qu’on vous demande ?

Julien Pagnier : On touche du bois, mais oui. Par exemple, pour Cercle Odyssey, on m’a demandé de concevoir une diffusion immersive dans une salle de 50 m par 50 m avec une scène centrale. J’ai dit oui immédiatement. La clé a été de mettre un système de diffusion au-dessus de la scène. Pour cela, les systèmes de spatialisation ont été utilisés d’une autre façon. Sur des projets complexes, la force est d’être à plusieurs car personne n’a la science infuse et ne jamais craindre de tenter quelque chose qui n’a jamais été fait !

L’audio immersif n’est plus une simple arabesque technologique, mais une véritable révolution qui est en train de redéfinir les standards de l’industrie musicale et événementielle. Une réalité bien perçue par Groupe Novelty pour accompagner les productions et la technique dans cette transition, afin de dépasser les limites historiques du gauche/droite et offrir toujours de plus belles expériences au public. En plaçant l’intention artistique au cœur du processus tout en maîtrisant l’évolution technologique.

En savoir plus sur le studio -360-

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