La Star Academy est une des premières émissions dites « real TV » à avoir fait son apparition en France avec sa grande sœur Loft Story. Le premier épisode de la Star Ac’ est sorti en 2001 et, forte de son succès, a vu fleurir des produits dérivés parmi lesquelles des albums, des lignes de vêtements, des éditions spéciales de voitures (Fiat Punto et Stilo Star Academy) et des tournées live.
Les concerts, fortement inspirés des émissions de télévision, sont un complément logique à l’offre télévisuelle qui attire un public familial. Erwan Champigné designer lumière sur le projet nous raconte comment il a réinterprété les inspirations de l’émission pour construire sa lumière « Il faut contenter tout le monde : la direction artistique de TF1, le producteur Arachnée mais aussi les managers des artistes qui commencent à enregistrer leurs singles au fur et à mesure de la tournée, ce qui augmente la setlist de manière exponentielle ! »

Cette capacité qu’a Erwan de savoir-faire un triple salto avant-arrière grand écart ne s’arrête pas là et grâce au kit hyper flexible et polyvalent qu’il a construit, il peut facilement répondre à la variété stylistique de la setlist. « Avec plus de 60 titres différents qui s’enchaînent en medley, et des styles musicaux qui passent de Lady Gaga à de la chanson française ou de la comédie musicale, j’avais besoin d’un kit flexible pour assurer une continuité dans les décors. »
Le prestataire qui a fourni ce gros kit est Dushow.
Le kit lumière : Dix semi-remorques et la flexibilité pour mot d’ordre
SLU : Quel a été votre brief pour la Star Ac ?
Erwan Champigné : Il n’y a pas eu de brief mais l’équipe créative apprécie certains éléments comme la vidéo qui représente les décors des Prime. Le kit et le design lumière sont donc construits autour d’elle. Je leur présente ensuite deux ou trois propositions de scénographie pour qu’ils choisissent. Le résultat qui répond le mieux à leurs attentes est généralement situé entre plateau télé et live.
SLU : Qui supervise ces médias vidéo ?
Erwan Champigné : C’est D/Lab qui les conçoit pour le prime et les adapte à l’implantation des écrans du kit live, qui est un peu éclatée, pour avoir de l’ampleur et sortir du classique écran de fond de scène.
SLU : Vous avez d’ailleurs prévu des entrées depuis l’écran dont une porte en hauteur.
Erwan Champigné : Oui, en plus de 4 cubes et des 6 tampons. Cela permet de démultiplier les possibilités. Pour l’implantation de Bercy il y a aussi une stage B en tournette près de la régie qui accueille la partie acoustique du show. La volonté était de créer de la profondeur avec d’autres moyens que la vidéo. On voulait apporter de la lumière, de la dynamique et du graphique autrement.
Cet équilibre entre vidéo et lumière créé un show qui sort de l’ordinaire et compense avec le fait que nous n’ayons pas de proscenium pour respecter les jauges de la tournée. Et puis il y a une réalité qui est que certains jours, deux shows se succèdent et il fallait que le montage soit techniquement possible. Cette faisabilité je la vérifie toujours avec Sébastien Rakotozafy et Frédéric Hamounou à la Direction Technique.
SLU : C’est important pour toi de consulter la technique avant toute prise de décision ?
Erwan Champigné : C’est au cœur de mon travail. L’équipe technique n’est pas extensible à l’infini et je vérifie toujours que les temps de montage/démontage rentrent dans le planning d’autant plus que le kit est gros avec dix semi-remorques de matériel.
SLU : Comment aimes-tu la lumière ?
Erwan Champigné : Quand elle est graphique et que le kit prend de l’espace en hauteur pour la laisser respirer et lui donner de l’ampleur. Elle est dirigée vers le public mais sans non plus une volonté assumée de l’éclairer. Aujourd’hui les machines sont dotées d’un flux suffisamment puissant pour obtenir un fort éclairement sans avoir un kit démesurément grand même si le kit de la Star Ac’ est tout de même conséquent. Par ailleurs, je n’aime pas les mouvements de Beam trop répétitifs.
SLU : Est-ce que tu as des projecteurs de prédilection ?
Erwan Champigné : J’aime le Forte qui a fait ses preuves et qui est polyvalent. Dans notre kit on trouve aussi du MegaPointe, du Pixel Line IP et du Kyalami que je trouve intéressant car ils apportent de la dynamique ; du JDC1 et des Gemini que j’aime bien. Quant aux Proteus, ils sont là pour la puissance car les écrans et le brouillard dense en demandent beaucoup. Je travaille aussi avec de l’Ovation CYC3 FC tout le long du plateau pour créer des bains de pieds. Avec je peux décrocher les artistes sans devoir être toujours un peu en dessous avec la face. Le bain de pieds a été une solution pour faire ressortir les chanteurs et danseurs cela alors que ce sont des projecteurs plutôt orientés cyclorama.

SLU : Il y a neuf chanteurs en tout, comment gères-tu la face ?
Erwan Champigné : Pendant ce qu’on appelle « les collégiales », le nombre de personnes sur scène peut même monter à 21. Sur ces moments, je demande aux poursuiteurs d’assurer sur certaines zones où il n’y a pas de bains de pieds. Pour le reste nous sommes en face classique avec bain de pieds ou bien les chanteurs et danseurs se regroupent.
SLU : Vous n’avez pas voulu passer sur un système de poursuites automatisées ?
Erwan Champigné : Je ne suis pas contre mais nous n’y avons pas pensé par manque de temps en pré-prod. Par contre, je l’envisage pour d’autres types de projets avec moins d’entrées/sorties. Ici le RoboSpot nous permet d’avoir de la puissance avec des Robe Forte LTX et surtout d’éviter d’envoyer des techniciens dans les passerelles…
SLU : Que penses-tu du PXL Curve ?
Erwan Champigné : Le mouvement de ce projecteur dépend de son implantation. Si on le met à l’horizontale, je trouve qu’il y a un risque de tourner en rond même si cette machine offre de nombreuses possibilités en plus d’être graphique et d’apporter une touche nouvelle sur les effets de courbe que l’on n’arrivait pas à produire de manière aussi réussi à cause des angles morts créés par l’espacement des machines. En le mettant à la verticale, je trouve que ça crée une autre géométrie qui sort de la vague « classique » que l’on commence à voir partout. Sinon je trouve que c’est une très bonne machine.
SLU : Et au niveau des couleurs ?
Erwan Champigné : Je suis souvent en monochrome. Parfois sur deux teintes mais c’est le maximum. Je ne suis pas fan des couleurs saturées, mis à part pour un beau rouge profond, et je n’aime pas les UV. J’apprécie de travailler en blanc et qu’il soit le même partout. D’ailleurs cela revient souvent dans mes designs, voir même c’est un reproche (rire). J’évolue beaucoup dans les pastels et les corrections CTO, CTB. Cela dit parfois je dois répondre à une demande et donc ça change.
Erwan Champigné évolue dans la lumière depuis près de trente ans. Poursuite, montage, événementiel, blocker, chef de chantier, puis opérateur, avant de se consacrer exclusivement au design depuis une quinzaine d’années, il a acquis une connaissance de terrain variée qui nourrit sa vision de créateur car, pour lui, la scénographie ne peut être dissociée d’une réelle maîtrise technique. Sur les tournées, il assure la création et leurs démarrage puis passe la main à un pupitreur tout en suivant la tournée sur certaines dates.
Actuellement en charge du design de la Star Academy pour la troisième année consécutive, il propose chaque saison un nouveau kit, avec une forte dimension vidéo et des volumes pensés pour les danseurs. Il attache une grande importance à la dimension humaine du métier, et est toujours en concertation étroite avec ses équipes techniques afin de proposer des projets réalisables pour tous les corps de métiers.
Forte, Proteus, Kyalami… Le bilan matériel sans filtre de Thibault Morin
Le retour d’expérience matériel, projecteur par projecteur, avec les vrais bémols, selon Thibault Morin pupitreur M-Light sur grandMA3 pour le show.

Thibault Morin : Le kit du festival et de la tournée ne sont pas les mêmes mais en ce qui concerne ce dernier, au grill on trouve du Forte et du Proteus Maximus pour faire du bâton, du gobos et du pointage en douche. A la face et aux latéraux, on trouve des iForte LTX et des iForte. Nous les avons choisis car ils sont étanches. Ils sont installés en PRT pour que le matériel ne soit pas soumis à la météo lors des chargements / déchargements. Ils fonctionnent très bien avec des gobos intéressants. Parmi ces iForte , quatre sont contrôlés en RoboSpot sur le pont de face. Vu la distance et le besoin de puissance pour Bercy et par rapport au reste du kit avec les écrans Led, la version LTX était indispensable. Ici j’utilise le filtre correcteur d’IRC pour l’améliorer contre un peu de flux.
SLU : Cette perte de flux n’est pas un soucis ?
Thibault Morin : Le iForte dispose d’un flux suffisamment important pour les engager sans soucis. Ce filtre est engagé en permanence par défaut sur mes machines de face et les LTX des poursuites, ce qui me permet d’avoir un rendu bien calibré. En revanche sur les latéraux je ne les engage pas pour conserver du flux.
SLU : Comment se passe le contrôle de ces projecteurs ?
Thibault Morin : Avec la grandMA 3 il me suffit de recaler l’offset à chaque date sans toucher aux positions. Robe a maximisé l’utilisation de cette fonctionnalité sur ses projecteurs et cela fait économiser du temps. Sur grandMA2 c’était apporté par un plug in, mais la grandMA 3 l’intègre en natif et fait automatiquement la différence entre un preset de position et les valeurs ajustées du programmer.
Avec chaque machine on vise un objet, comme ici une bouteille d’eau en plein centre. Comme il y a toujours des micro-changements quand on monte le kit, en faisant store offset sur la grandMA3, la console fait une soustraction entre les valeurs modifiées du programmeur et la valeur de base du preset qu’elle affecte à l’offset de la machine pour décaler les positions. On peut même le faire à la volée en live.
SLU : Les Chauvet Ovation CYC3 FC sont utilisés en bain de pieds et des Acme Pixel Line IP, situés en douche et en latéraux, soulignent les rangées verticales de Proteus. Qu’en penses-tu ?
Thibault Morin : Ils sont orientés à l’aide d’une cale pour obtenir l’angle qui permet de bien éclairer les danseurs en fonction du recul. On obtient un étal équilibré. Sur 3 tableaux, ils sont en couleur UV, cyan et CTB mais le reste du temps ils projettent un blanc calibré par la réal. Les Pixel Line sont aussi une belle découverte. C’est une machine à multi-instances qui permet de nombreux effets graphiques avec une ligne de strobe matriçable au centre pratique pour des pêches puissantes, ou des scintillements.
SLU : Que penses-tu des Proteus Maximus positionnés en douche ?
Thibault Morin : J’ai un avis partagé sur ces projecteurs…Malheureusement ils sont peu précis sur le recall des positions et plusieurs machines sont parties en SAV pour des soucis de frost et de zoom entrainant des remplacements. C’est une machine lourde, qui n’a pas une colorimétrie incroyable mais qui a du flux quand on joue en faisceau serré. Je les utilise souvent en extérieur pour des one shot, mais en tournée c’est compliqué car il faut prendre le temps d’homogénéiser leur colorimétrie avec celles des autres projecteurs.
SLU : Et que penses-tu du Pixel Curve ?
Thibault Morin : C’est un projecteur polyvalent et robuste. Les machines sont très sollicitées pendant le show et en montage et certaines sont tombées par terre mais ont survécu. Globalement nous avons eu peu de pannes. J’ai un petit bémol à formuler sur la gestion des couleurs et des paramètres de calibration du blanc ; quand on est sur des UV, du cyan ou des pastels, on est obligé d’activer des paramètres pour accéder à certaines fonctionnalités de couleur.
Ces paramètres ont une restitution en cut alors qu’aucun “snap” n’est activé. Malheureusement, quand on a un allumage de 0 à full en 20 secondes avec un délai, aller vers un cyan fait que la LED fait un passage en UV avant d’attraper la bonne couleur. Sur une captation, c’est un détail que je pourrais trouver gênant mais pas sur du live comme ici. Sinon j’apprécie le fait d’avoir des possibilités presque illimitées dans les effets, notamment avec la grandMA3, qui me permets une ergonomie d’utilisation optimisée de ce projecteur, ce qui est pratique sur un show qui comporte près de 40 tableaux différents.
SLU : Trois Ayrton Kyalami en contre éclairent les entrées et sorties au milieu du tampon numéro 3.
Thibault Morin : Ce projecteur permet de créer un joli contre sous le tampon central. Ils sont utilisés en prisme ou frost. Sa source laser a l’avantage de tirer loin pour un bel effet et Erwan tenait à ce qu’on les spécifie dans le kit.
SLU : Sur les échelles en fond de scène, on trouve 12 MegaPointe qui alternent avec des Acme Gemini.
Thibault Morin : Le MegaPointe est un best-seller qui a fait ses preuves et les Acme Gemini qui s’intercalent sont des appareils « double face » principalement utilisés en faisceaux serrés et qui complètent parfois les JDC1 situés au sol et sur les tampons avec leur strobe. C’est une belle surprise pour les effets, mais leur colorimétrie est à travailler ce qui peut poser problème à l’allumage. La fonctionnalité strobe à l’arrière est très bien mais on ne peut pas l’activer plus de 3 secondes sans perte d’intensité. Par contre, point important, nous n’avons eu aucune panne sur tout le show et le recall à l’offset fonctionnait très bien.
Enfin, on trouve aussi des blinders Acme Thunder sur le pont de face et des KL Panels, au-dessus des IMAG à jardin et cours, qui avaient pour mission de faire du wash vers le public.
54 univers, deux GPU et direction grandMA 3 soft 3 toute !
Les machines sont souvent en mode étendu et 54 univers sont utilisés pour contrôler le kit de tournée. Thibault ajoute « Nous devons avoir deux GPU M en régie pour compléter le calcul de la GrandMA3 Light. Au total 19479 paramètres sont patchés sur ce show »
SLU : Le show est en Time code déclenché par des signaux MIDI.
Thibault Morin : Oui, le signal Timecode transite à travers le patch son est récupéré en Régie FOH via un Stage Rack de la DiGiCo. L’équipe son nous envoie du timecode à la lumière et à la vidéo pour nous synchroniser. Le Pro Tools au plateau contient la piste Timecode, c’est le Protools qui nous donne le go.

SLU : Tu es formateur grandMA chez Oliverdy, as-tu utilisé certaines des nouvelles fonctionnalités du soft 3 de la grandMA 3 pour encoder ?
Thibault Morin : On a beaucoup de types de machines différents avec des wash et des spots. Et par exemple, c’est super pratique d’utiliser les Recipes pour faire un allumage et extinction en delay, que ce soit pour le dimmer, la couleur ou les positions. Il suffit de faire un groupe bien placé dans le grid, puis un 0 à 5 en delay avec un fade et le tableau se place comme il faut. C’est un énorme gain de temps je trouve car on peut ajuster facilement sur une seule ligne visuelle dans l’interface de la GRANDMA3.
SLU : Tu encourages les gens à passer sur la 3 ?
Thibault Morin : Aujourd’hui je suis plus sur un « faites-le ! » J’entends que la philosophie de la meilleure console est celle qu’on connaît le mieux. En revanche quand on met un peu le nez dans le soft 3, on se rend compte que tout prend moins de temps à encoder. Multiplié par des semaines d’encodage ce sont des journées entières qui se libèrent pour peaufiner le show et l’automation. Le show de la Star Academy en est un bon exemple et grâce à la grandMA 3, on est plus serein derrière la console. Il existe encore certains bugs mineurs dans le software mais on arrive à les contourner facilement. L’époque du FATAL CRASH en plein show est derrière nous maintenant.
SLU : Comment ?
Thibault Morin : Il y a la MA University sur leur site Internet. On peut s’inscrire via le site de leur distributeur Axente. Ça permet de dégrossir les fonctionnalités, mais ce n’est pas ce qui fera de toi un pupitreur. Ce que j’encourage par contre c’est une vraie formation grandMA3.
Pour sa troisième année consécutive à la tête du design lumière de la Star Academy, Erwan Champigné a construit un kit polyvalent capable de couvrir plus de 60 titres au style musical très hétéroclite, pour un résultat à mi-chemin entre plateau télé et live.
Un travail mené en étroite collaboration avec Sébastien Amounou, directeur technique, et adossé à une conception vidéo signée D-Lab pour les décors. Au pupitre, Thibault Morin a assuré la conduite du show en grandMA3, pour coordonner la lumière d’un kit déployé sur près de 64 univers lors de son étape à Bercy. Il spécifiait des iForte, Proteus Maximus, PXL Curve, MegaPointe, Gemini, Ovation C3 et KL Panel.
Cette tournée qui a emporté un fort engouement auprès de son public illustre, une fois de plus, l’exigence de dialogue entre création lumière et faisabilité technique qui caractérise le travail d’Erwan Champigné et de son équipe.















