High End TurboRay, l’ami des caméras

Commercialisé depuis quelques mois par ETC France, le TurboRay a fait beaucoup parler de lui en raison de sa sortie de lumière équipée d’ailettes radiales si caractéristiques du légendaire VL5. Là s’arrête la comparaison car les ailettes sont des frosts et sa source utilise des leds RGBW. S’agit-il d’un wash, d’un Beam ? Nous l’avons étudié.

Précision importante, il s’agit de la première machine qui marque le retour pour High-End à une production américaine. L’historique usine d’Austin au Texas a repris son service pour le TurboRay. L’histoire ne dit pas encore si c’est un retour définitif à la production pour l’ensemble des produits de la marque, mais c’est déjà un bel élan.

Quel est donc ce projecteur ?

Pas réellement un Wash, pas du tout un Spot (ou si peu, malgré ses gobos internes), pas non plus un Beam, ce projecteur peut être considéré comme une « machine à effets » destinée à être utilisée pour créer de l’ambiance lumineuse en fond de champ.
Il répond à la demande de différents directeurs-photo américains souhaitant un projecteur à l’apparence sympathique, et reprenant un peu le concept esthétique du bien connu VL5 avec de nouvelles possibilités.

Techniquement, physiquement

La machine ouverte, libérée de tous ses capots.

Le TurboRay est une belle petite machine de 66 cm de haut, dont la tête, qui fait penser à une turbine ou un réacteur d’avion, présente sa large sortie d’une bonne trentaine de centimètres, tel un canon prêt à faire feu.

Le façonnage des plastiques intègre harmonieusement les trappes de ventilation et de circulation d’air. Les bras et la base paraissent presque menus à côté de la tête large et trapue, mais l’ensemble bénéficie d’un design tout à fait élégant.

Pour le transport et la manipulation, notre TurboRay est équipé de deux larges poignées sur la base, et de deux petites poignées repliables (type flight-case) sur le côté des bras.
Un blocage pan et tilt assure une rigidité à toute la machine, et son poids de 22 kg la classe la catégorie des projecteurs très légers.


Le panneau de connecteur.

De manière fort classique, un côté de la base reçoit le panneau de connecteurs, et l’autre l’afficheur du menu avec ses boutons de commande.
Question connecteurs, nous avons une entrée et sortie True1 pour l’alimentation, permettant d’alimenter plusieurs machines sur la même ligne, une entrée et sortie XLR 5 pour le DMX, deux connecteurs Ethernet RJ45 et un port USB permettant les mises à jour du software.


Les camlocks avec oméga.

Sous cette base, 4 fixations camlock reçoivent les deux oméga d’accroche, dans un sens comme dans l’autre (longueur, ou largeur, peu importe).
On peut juste regretter que les omégas ne comportent pas différentes possibilités de déport pour les clamps, ce qui est ultra-pratique pour positionner l’appareil où on veut, sans avoir à se soucier d’une jonction de pont ou d’une entretoise de structure.

Question démontage, simple et efficace

Les deux demi-capots qui entourent la tête sont tenus par 4 vis quart de tour imperdables, les bras par deux vis de chaque côté, la base aussi, seuls les 4 éléments qui couvrent l’intérieur du bras de lyre se démontent via 4 vis qu’il conviendra de ne pas perdre car elles ne sont pas retenues.
Un seul tournevis cruciforme permet de donner accès à la totalité des zones de la machine qui nécessitent un entretien éventuel. Le peu d’éléments internes et la simplicité de fabrication, associés à l’accessibilité de l’ensemble prédisent un entretien et des interventions simples si besoin est. Excellent point !

l’arrière de la tête, ouverte, avec le refroidissement des sources.

Le fond de la tête, comporte un ensemble de 4 sources led Osram Ostar RGBW (Rouge Vert Bleu et blanc) de 60 W. Elles sont associées chacune à un guide de lumière d’environ 10 cm de long. Derrière les sources, 4 gros radiateurs et un ventilateur central assurent le refroidissement.

Il faut bien comprendre que le TurboRay génère 4 faisceaux qui peuvent jouer ensemble ou s’avérer visuellement indépendants. En sortie des 4 guides de lumière, un module comportant deux roues se spécialise dans le modelage des faisceaux. Les deux roues comportent 4 secteurs, disposés en carré et qui vont simultanément agir sur les 4 faisceaux. Le module se démonte via 4 grosses vis cruciformes (ou même à la main si ça n’a pas été serré excessivement) et le débranchement de deux petits connecteurs.

les 4 sorties des guides de lumière.

Cette roue est positionnée d’office sur le premier segment d’effets qui est un frost pour homogénéiser le mixage des 4 couleurs des sources, et projeter 4 jolis « bâtons » de lumière.
Le deuxième segment de la roue sans frost, permet à la lumière d’évoluer directement vers la suite des effets, ou tout simplement aux lentilles de focaliser les sources, ce qui aura pour effet de projeter des petites figures carrées des puces led et de s’en servir comme d’un effet.

Sans frost et avec frost : en haut faisceau 21°, en bas faisceau 5°.

Aspects de faisceaux avec texture par focalisation des sources LED, et avec gobos.

Le module gobos / frost / couleurs.

Les deux autres segments de cette roue, à mi-chemin entre des gobos et une roue d’animation (puisqu’il s’agit de gobos qui disposent d’une certaine longueur) vont texturer le faisceau avec un effet « passoire » et un effet « stries ».

La seconde roue, est une roue de couleurs présentant, de façon identique pour les 4 faisceaux, 3 couleurs : bleu, rouge, et une sorte de CTO plutôt rosé. Leur combinaison avec la gestion RGBW des leds assure des effets bien sympathiques.

Effet « flower en focalisant les sources led et en jouant avec les couleurs.

Suite à ce module de roues d’effets, un énorme bloc de 4 lentilles, un peu comme une lentille convexe qui aurait été coupée en 4 parts égales, occupe la totalité du diamètre de la tête. Ce sont de très belles pièces d’optique.

Les 4 grosses lentilles focus / zoom en quartiers sur leur chariot qui les motorise d’avant en arrière.

L’ensemble circule d’avant en arrière, emmené par une tringlerie et une motorisation de chaque côté de la tête. Elles vont faire office de focus et de zoom.

En tout dernier, juste avant que le faisceau ne sorte de la tête, nous trouvons les fameuses ailettes radiales qui donnent ce look si particulier au TurboRay.
Elles sont maintenues au centre par des pivots libres, implantés sur le pourtour d’un petit cylindre noir axial.

Le frost de sortie, avec ses ailettes et sa couronne crantée.

Celui-ci est maintenu dans sa position centrale par 4 tiges de métal, juste derrière les ailettes de frost.
L’animation des ailettes se fait par le côté extérieur, par un jeu d’engrenages, dont le mouvement est donné à toutes les ailettes simultanément par une courroie latérale.
La réalisation mécanique semble simple. Tous les choix techniques permettent d’envisager une fiabilité mécanique plutôt bonne.

Fonctionnement du frost de sortie. Ouvert / fermé.

Les motorisations PAN et TILT se font de manière tout à fait classique, avec un gros moteur micro-pas pour chaque axe, tous deux montés dans la base de la lyre, et avec une transmission de mouvement par courroies crantées.

La base et le bas de la lyre. On distingue les moteurs PAN et TILT.

Le Tilt nécessitera un peu de démontage, notamment du socle de la poignée latérale, mais comme il n’y a aucun passage de câblage par l’axe, le remplacement de la courroie paraît assez simple.

Pour le PAN, le principe est à peu près le même, mais ce sera plus long car la courroie est emmurée dans le bas du bras de la lyre, et avec un passage de câblage à l’axe.

Les bras avec la motorisation.

Contrôle de la machine

Dans le menu, vous pouvez choisir le mode de pilotage du projecteur : soit en DMX suivant deux modes (Reduced 25 canaux, ou Standard 53 canaux), soit directement en Art-Net.
Vous pouvez évidemment configurer tout un tas d’options, comme l’inversion pan, tilt, différentes courbes de dimmer (au nombre de 4, dont la « Square-law », qui est particulièrement lissée et qui est représenté ci-dessous).
Et aussi différentes fréquences d’émission des sources LED, option particulièrement intéressante pour s’accorder au jeu des caméras. Une autre option appelée « Red Shift » simule le rougissement et l’inertie au fade-out d’une ampoule à filament.

Couleurs RGB + blanc

Canaux de commande en DMX

Le mode réduit, 25 canaux, pilote la machine de façon globale en RGB, sans tirer parti de la quadruple source sinon par l’utilisation de quelques macros d’animation simples.
En mode étendu, avec 53 canaux, vous avez en plus accès à une commande indépendante des diodes RGBW, du dimmer et du shutter de chaque source. A la console, vous contrôlez donc virtuellement 5 machines : les 4 « quartiers » du faisceau et la machine « main » avec les fonctions pan / tilt / zoom / dimmer général, roue de gobos, roue de couleurs, etc.
Ce mode de fonctionnement, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas du tout fastidieux, et permet très facilement de faire des effets vraiment originaux.

Emulation CMY.

Les mesures

Le Turbo étant essentiellement destiné à et à produire des effets à contre, nous ne l’avons pas soumis aux tests complets des machines d’éclairage principal.
Nous l’avons soumis cependant à la mesure d’éclairement. Faisceau au plus serré de 5,6°, toutes leds allumées à pleine puissance, nous mesurons 23 000 lux au centre à 5 mètres. Au plus large, 22°, nous obtenons 2500 lux.
Autre paramètre important à contre, la linéarité du dimmer est excellente, dès les premiers pourcentages.

La lumière

Le TurboRay, comme nous l’avons vu, est avant tout une machine d’effet, dont l’intérêt est constitué autant par l’effet volumétrique de la lumière projetée que par l’aspect de sa sortie. Il ne s’agit pas d’une machine extrêmement puissante aveuglant tout le monde d’une lumière monumentale.

Projection des gobos.

Mais c’est un projecteur astucieux et très sympathique qui offre des effets uniques en leur genre, un projecteur destiné à être montré comme un élément de décor.
Pour cela, les 4 sources 60 W délivrent ensemble très efficace et suffisamment pêchu pour les effets volumétriques dont il est capable.

La lumière est constituée par un « bâton » de lumière aux bords doux, qui peut être animé par le jeu des 4 faisceaux qui le constitue, mais aussi par tous les effets que l’on peut envisager pour le sculpter et lui donner des aspects différents.

Différents aspects…

…de l’effet du TurboRay.

Tout d’abord, le zoom

Le zoom va permettre à la fois de serrer et d’ouvrir le faisceau de 5° à 21°, mais aussi de le faire jouer sur différentes focales pour obtenir des textures différentes, déjà suivant que l’on utilise ou pas le frost de base, et ensuite, avec l’adjonction des « gobos » ou non.
Les aspects peuvent aller du simple bâton, à un wash tout à fait joli, en passant par un aspect genre « flower » très serré ou même des faisceaux « éclatés ». Je vous laisse jeter un coup d’œil aux photos pour vous faire une idée.

Aspect de la machine en mouvement avec un faisceau serré et découpé.

Chaque source étant indépendante, il est bien sûr possible d’obtenir 4 faisceaux de couleur différente (ou même de les animer avec un générateur d’effet, tant en dimmer qu’en couleurs), pour créer un faisceau aux caractéristiques très spéciales et dont la quadruple naissance indépendante offre des possibilités spectaculaires. Tout sera une question de dosage.
Bref, on a vite fait le tour des fonctions, mais on peut passer un certain temps à bricoler d’innombrables combinaisons. Le jeu de la roue de couleurs, combinée aux couleurs natives peut également révéler de très jolis effets. C’est une machine que l’opérateur devra apprivoiser et avec laquelle il devra passer du temps pour se créer des « bibliothèques » d’états et de combinaisons d’effets prêts à jouer. On peut faire tellement de choses amusantes avec, que l’exploration est un vrai plaisir.

Je me suis moi-même bien amusé à bidouiller toutes ces possibilités sans trop voir le temps passer (jusqu’à ce qu’on vienne limite me dire « voilà les clefs, vous n’oublierez pas d’éteindre en sortant… »). Je sais que certains sont blasés de tout à force de tout faire et tout voir, mais j’ai fort heureusement encore cette capacité à m’émerveiller devant une machine super-sympa et originale.


En conclusion

Le TurboRay a bien des atouts, et ne se contente pas de jouer les « Sois belle et tais-toi » derrière des artistes sur un plateau de télé… Capable de jolis effets à contre-jours, il a des capacités de lumière tout à fait singulières et intéressantes, un vrai vecteur de nouveaux effets. Particulièrement dédié aux « petits » lieux, aux scènes de taille raisonnable, ou plateaux de télévision, il est absolument génialissime en proximité. J’ai presque envie de dire que plus le lieu sera petit, et plus cette large lentille si particulière va savoir prendre place comme élément esthétique remarquable.

C’est un mouton à 5 pattes, unique en son genre, dont le prix public est relativement modeste pour un appareil de cette qualité et de cette gamme. Il répond à des applications bien spécifiques, en télé ou sur scène nécessitant une lumière crée avec des projecteurs qui « existent ». C’est aussi un projecteur « coups de cœur » auquel ne pourront pas résister certains directeurs photo qui feront avec des tas de choses vraiment chouettes.
Personnellement, j’adore.

D’autres information sur le site ETC

 

Crédits -

Texte & photos : Jocelyn Morel

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