Portrait de technicien

Johan Milet, des oreilles en or et de l’or dans les mains

Johan, en pleine action lors de la balance d’un band de Gospel à Mons.

Ses oreilles droit venues de Belgique, ont notamment mixé Stromae, Gims, Lara Fabian, Véronique DiCaire, Garou…
SoundLightUp a eu la chance de croiser Johan entre deux tournées autour d’un bière. Blonde. Il n’a pas résisté à l’appel. Portrait d’un ingé son haut de gamme.

SLU : Et si tu nous expliquais d’où tu viens ?

Johan Milet : Je viens de la petite ville d’Ecaussines, au Sud de Bruxelles. Je suis arrivé dans la capitale il y a 17ans. J’ai fait mes études à l’IAD (l’Institut des arts de diffusion à Louvain-La-Neuve) et me suis spécialisé à l’époque dans le cinéma. En sortant de l’IAD, David Huyvaert m’a amené avec lui sur plusieurs plans et c’est ainsi que j’ai commencé le live. Je suis devenu indépendant et ai beaucoup travaillé en sonorisation pour une société belge nommée Blue Square. Ensuite, j’ai fait un an de post prod, ce qui m’a permis de vraiment maîtriser Pro Tools, mais j’ai préféré arrêter car ce domaine est trop rébarbatif pour moi.

SLU : On te connaît plutôt côté cour. Ça a commencé où ?

Johan Milet : J’ai eu la chance qu’on me propose de mixer les retours de la tournée  » Time of Gypsies « . Je dis  » chance « , mais le terme n’est pas forcément adéquat. J’avais 48 musiciens sur scène, 29 wedges, 3 h de show. J’avais une tranche par musicien et nous ne tournions pas avec notre table de mixage, ce qui fait que j’ai dû mixer le concert sur des Innovason, des Yamaha, des Midas, j’ai même eu l’honneur de mixer sur un mélange de XL3 et de Mackie 1604. A l’époque, les artistes m’avaient donné un surnom dont j’ai vite voulu me débarrasser : Lupo (traduction : loup) parce que j’avais pas mal de Larsen. Quand j’y repense, c’était malgré tout une super première expérience.

SLU : Comment es-tu passé de  » Time of Gypsies  » à des artistes comme Pleymo, Garou, Isabelle Boulay ou encore Lara Fabian ?

David Huyvaert, ami et collègue de Johan. Il a l’air très sérieux, mais rassurez-vous, il a également beaucoup d’humour.

Johan Milet : J’en reviens encore une fois à David Huyvaert. Il formait un excellent duo (FOH/Mon) avec David Wirtgen. Petit à petit David Wirtgen a enchaîné des jobs au Canada et a laissé une place vide en Belgique. David Huyvaert recherchait souvent un mixeur Mon pour le remplacer et je suis arrivé. Je me suis retrouvé à faire beaucoup de jobs avec lui. J’ai ensuite travaillé pour Pleymo avec Charles de Schutter (Pleymo, Superbus, M). Ma carrière commençait…
En revanche, je ne me suis pas limité au mix Mon. Des productions sont venues me demander de jouer deux rôles sur la tournée d’Isabelle Boulay : PA tech au montage et assistant retour pendant le show. C’était très instructif et ça m’a permis de rencontrer Rob Mancuso (mixeur mon) et Robert Meunier (mixeur FOH). Avec cette équipe, nous sommes ensuite partis sur la tournée de Lara Fabian où les rôles étaient identiques. Aux retours, Rob mixait pour Lara et moi, je venais l’assister pour les musiciens. On se partageait une H3000.

SLU : Un peu comme sur un piano : une sorte de mix à 4 mains ?

Johan Milet : C’est exactement ça ! Du coup le routing était sympa, si le musicien avait une demande, j’assignais son auxiliaire sur le master FOH, et avec mon vieux Sony 7506, je pouvais modifier son envoi sans perturber le travail de Rob. Cette tournée m’a appris beaucoup de choses, je comprenais la manière de bosser de Rob puisque, la plupart du temps, j’écoutais la même chose que lui. Il  » ridait  » énormément sur les VCA, avec beaucoup de mouvements de fader.
Cette rencontre m’a vraiment ouvert l’esprit sur le mix retour. En Belgique (ou ailleurs !), la plupart des techniciens engagés comme mixeurs se contentent d’un mix à plat : techniquement suffisant, sans défaut, mais aussi sans âme. Je pense que les techniciens qui font ce genre de mix jouent la carte de la sécurité : ne pas prendre de risque, ne pas créer de Larsen … A y réfléchir, sur un plan artistique, ce n’est probablement pas la meilleure manière de procéder.
Je suis du même avis que Johan, d’ailleurs, sur les bancs de l’école, on nous le disait déjà :  » A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire  » !

Le selfie 75% belge avec de gauche à droite Lionel Capouillez, Nicolas Meynard, Armelle Pignon et Johan Milet.

 

SLU : C’est aussi grâce à Rob que tu as travaillé avec Véronique DiCaire, non ?

Johan Milet : En effet, nous avons eu beaucoup de discussions pendant la tournée avec Lara Fabian. Rob est un vrai pro, très sérieux dans son travail ; il a notamment travaillé avec Céline Dion, Ben Harper et j’en passe. De temps en temps, il me demandait de le remplacer sur des jobs comme Lara Fabian ou surtout Véronique DiCaire. J’ai évidemment sauté sur l’occasion. Pour lui, c’était top car il savait que j’allais avoir la même technique de mix que lui, et cela m’a m’a ouvert des portes, j’ai d’ailleurs tourné pendant plus d’un an avec Véronique DiCaire.

Bon, il vient ce micro Johan ?

SLU : Un an avec une artiste solo, ce n’est pas un peu long ?

Johan Milet : Non, c’était vraiment amusant. C’était un défi d’arriver à mixer son show car, sur ma Venue SC48, j’avais une voix, des bandes, des ambiances et une réverb. Au bout du compte, je n’utilisais que 12 fader sur ma console. Pourtant mon travail devait être très précis car Véronique avait vraiment besoin de retrouver ses repères grâce à ses in-ears.

SLU : Comment fais-tu en tant que mixeur pour être sûr que ton travail convienne aux oreilles des artistes?

Johan Milet : En fin de concert, je vais toujours discuter avec les artistes de la prestation réalisée afin de repérer ce qui est perfectible. Après, il ne faut pas se leurrer : quand on commence une tournée, personne n’est à l’aise, ni l’artiste, ni le mixeur face, ni les mixeurs retours, ni même les musiciens : il y a toujours un temps d’adaptation. Par la suite, la confiance s’installe, on ne chipote plus. Je fais les ajustements demandés mais le mix de base est toujours le même. L’important c’est d’arriver à placer l’artiste dans sa zone de confort ; une fois qu’on y est arrivé, le tour est joué. Et là, je ne parle pas seulement pour Véronique DiCaire, c’est une constante. En fait, ça peut paraître prétentieux, mais, je n’ai pas souvenir d’un artiste qui n’ait pas eu confiance en mon travail.

Johan, toujours une main sur la console et l’autre sur le micro pour être en permanence en contact avec les artistes.

SLU : On dit toujours que les in-ears coupent les artistes du monde extérieur. Comment se mettent-ils en contact avec toi ?

Johan Milet : Sur chaque production où je travaille, je demande à avoir des pédales de talk-back afin que les artistes puissent se mettre en contact avec moi de manière efficace. Il n’y a rien de plus énervant pour un musicien que de ne pas arriver à contacter son mixeur retour.
C’est primordial pour moi parce que ça me permet de me concentrer sur le mix lead sans pour autant passer à côté des demandes des autres musiciens. Dans le même ordre d’idée, je fais également installer des micros de talk chez les backliners et en façade aussi. Tout le monde doit pouvoir communiquer avec tout le monde en permanence.

La Radial HotShot DM1 utilisée pour router le signal audio soit vers le FOH soit vers les mon.

Si le budget de la production le permet, j’essaye aussi que le patcheur ait un récepteur en permanence sur lui afin d’entendre directement toute information utile.

SLU : Et comment as-tu rejoint l’équipe de Stromae ?

Johan Milet : Tout simplement. La production souhaitait travailler avec un seul ingénieur du son pour l’entièreté de la tournée. Charles de Schutter, qui à l’époque était sur la tournée de M, m’a conseillé et je suis arrivé.

Lionel Capouillez à la face de Gims

SLU : Merci Charles !

Johan Milet : Oui, je lui dois d’ailleurs encore un restaurant (rires) ! D’autant plus que l’ambiance dans l’équipe était vraiment chouette. Lionel Capouillez qui mixe la face est vraiment un ami. C’est un duo qui marche assez bien.

SLU : Au point de continuer à travailler ensemble ?

Johan Milet : Bien sûr ! A la fin de la tournée de Stromae, le scénographe de Maître Gims (Julien Mairesse NDR) est venu demander à une grande partie de l’équipe de continuer sur la tournée de l’artiste. J’ai donc suivi Lionel, mais aussi le directeur technique, le stage manager, une partie des riggers et même le concepteur lumière. Maintenant je tourne avec Loïc Nottet, toujours au retour et Lionel Capouillez, toujours à la face.

SLU : Selon toi, qu’est-ce qui fait de vous un bon duo FOH/Mon ?

Johan Milet : On se connaît. Ca fait tout. Je connais exactement sa manière de travailler, et inversement. On communique énormément. Par exemple, je n’hésiterai pas à lui dire si j’entends un petit départ dans le grave. Il suffirait qu’il soit loin du PA ou occupé sur autre chose et il risquerait de passer à côté.

SLU : Après avoir travaillé avec une telle brochette d’artistes et de techniciens … Tu te vois où dans 10 ans ?

Johan Milet : Alors là, je n’en ai strictement aucune idée. La tournée c’est bien mais à un moment ça devient répétitif, j’ai besoin de challenges professionnels pour m’épanouir donc qui sait ?

Du haut de ses 43 ans, Johan a déjà croisé beaucoup de monde. Il n’en reste pas moins humble et toujours aussi enthousiaste. Ce qui nous frappe dans son parcours, c’est cette part de chance qui a placé sur sa route des personnes qui lui ont mis le pied à l’étrier.
Mais la chance ne suffit pas, Johan est un ingénieur du son doué et rien n’échappe à la vigilance de ses oreilles, c’est un bosseur et surtout un passionné. Sa bonne humeur et son sourire cassent le cliché du technicien râleur, nous comprenons pourquoi les artistes lui accordent si facilement leur confiance.

Toujours Gims. Johan est aux commandes de sa DiGiCo SD10.

Johan a une capacité d’écoute qui lui permet de mixer ses retours avec brio, mais cet atout se double d’une capacité à intégrer les demandes des artistes avec lesquels il travaille, et cette faculté n’est pas donnée au premier venu. La communication est chez lui un maître mot. S’il a réussi à convaincre autant d’oreilles, c’est que ce garçon a de l’or dans les mains et un futur plus que prometteur. C’est ce que l’on appelle dans notre métier un bon client que l’on retrouvera sans aucun doute dans nos colonnes !

Crédits -

Auteur : Brice Coulombier - Crédit photos : Brice Coulombier, Johan Millet, Pixellephoto, SLU.

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