
Murmuration est un spectacle né d’une idée devenue virale sur les réseaux sociaux. « Le challenge, était de passer de formats de 2 minutes maximum à un spectacle complet d’1h15 et maintenant d’1h30 avec ce qui a été ajouté dans Level 2 » raconte son créateur, Sadeck Berrabah.
Dans son œuvre il fusionne danse, arts martiaux, dessin, peinture, graffiti et mathématiques pour créer un langage qui lui permet de raconter les débuts de murmuration selon une chorégraphie unique. Il explique « J’utilise les avant-bras comme une ligne, et avec ces lignes je peux créer des formes géométriques »

Inspirée également par le nombre d’or et la suite de Fibonacci, la structure même du spectacle suit cette séquence mathématique, tandis que des éléments comme des vestes ou des parapluies s’intègrent à une progression narrative alliant émotion, hommage à la nature et interaction avec le public. Enfin, à son frère T-rex, il formule la demande d’adapter la musique du spectacle en 432 Hz (au lieu du standard 440 Hz), une fréquence alignée sur les vibrations naturelles, en cohérence avec le thème central de Murmuration.
Pour mettre en scène le ballet de danse moderne Murmuration du Chorégraphe Sadeck Berrabah, qui implique jusqu’à 40 danseurs sur scène, Nathalie Couturier, la directrice de production a confié la conception lumière à Dimitri Vassiliu, l’intégration vidéo à Romain Delaplace (Nocturia Studio) et la prestation technique à Dushow.
Ce spectacle a connu un succès fulgurant via les réseaux sociaux avant de devenir une production scénique en tournée théâtres, puis une tournée Zéniths. Nous avons rencontré l’équipe technique et artistique de ce spectacle ou chorégraphie, lumière et vidéo s’associent pour le “Level 2” produit depuis janvier 2025 lors d’une résidence au Théâtre du 13e Art.
L’espace scénique est sobre : un écran de fond de scène utilisé en cyclo et rétro projection avec une patience pour le faire disparaître. Un grill avec 4 ponts jardin cour, 2 latéraux ainsi que 2 ponts motorisés avec des lignes de titan. Au sol une ligne de titan au lointain et des Solar 1050 en avant-scène pour un éclairage en contre plongée. À ceci viennent s’ajouter des latéraux en Mac Aura sur pied à deux hauteurs différentes pour couvrir l’ensemble de la scène et un pont de face. Sadeck a exploré la danse comme un moyen d’expression de ses sentiments
La conception lumière de Dimitri Vassiliu
Nous nous dirigeons vers la régie Lumière à la rencontre de Dimitri Vassiliu et Soline Marchand son assistante.

SLU : Quelle a été votre approche de ce spectacle ?
Dimitri Vassiliu : Le spectacle tournait précédemment sur une conception lumière réalisée par un autre designer. Je suis arrivé en 2025 et nous avons étudié une nouvelle création et toute la construction en simplifiant énormément. Je voulais une implantation très discrète, pas de spots dans tous les sens, pas de design lumière au sens où on l’entend habituellement, afin de ne pas polluer les chorégraphies. Le but était de voir le moins possible de projecteurs.

Les tableaux sont donc épurés, tout est droit et des lignes de lumière s’accordent avec les mouvements des corps. J’aime bien cette linéarité, je trouve qu’elle met bien en valeur les chorégraphies. Il y a très peu d’effets. Quand il y en a, ils sont bien appuyés et ne sont pas pollués par le tableau précédent.

SLU : Vous avez choisi quelles sources pour créer ces lignes de lumière ?
Dimitri Vassiliu : Nous avons installé trois lignes de Titan Tube Astera dont deux sur moteurs asservis prévus par MECAoctet et une au sol à la base du cyclo. Ils sont puissants et autonomes sur batterie. La tournée ayant démarré en théâtres où nous étions sur perche, nous n’avons pas eu de problème de câblage à gérer. C’était plus simple et on le retrouve dans l’installation en Zénith.

SLU : Vous les rechargez comment ?
Dimitri Vassiliu : Tous les soirs, un technicien les place dans une panière adaptée fabriquée par Dushow. Il les branche et les met en charge. C’est aussi une solution pour le transport.
SLU : Comment gérez-vous la face et les latéraux ?
Dimitri Vassiliu : Avec des Rivale. Il y en a 11 à la face, 2 x 5 pour les latéraux, 14 sur le pont de contre et encore 8 sur le pont milieu. J’aime leur colorimétrie pour la face et leur comportement dans les basses lumières.
SLU : Ils sont assez puissants en Zenith ?
Dimitri Vassiliu : Ils sont parfaitement adaptés et le kit est équilibré. J’en ai quand même un certain nombre car il y en a 43 Rivale au total. Je ne voyais pas l’utilité de projecteurs plus puissants, plus encombrants et plus lourds. Par ailleurs, si on pousse la puissance des spots on doit augmenter la puissance des wash et c’est l’escalade.
SLU : Pouvez-vous préciser leur comportement dans les basses lumières ?
Dimitri Vassiliu : Quand on programme un fade in de très faible intensité sur 20 secondes par exemple pour une arrivée très progressive de la lumière, le Rivale le restitue de façon linéaire et fluide, ce qui n’est pas le cas de tous les asservis. C’est particulièrement important sur un spectacle comme Murmuration. Les Rivale sont très performants. D’une manière générale, je suis un grand fan d’Ayrton. Je les suis depuis leurs débuts.
Éclairée en latéral par les Rivale Ayrton, la troupe de Sadeck Berrabah entraînée dans une chorégraphie inspirée de suite de Fibonacci, sur un fond de ciel étoilé rétro projeté sur l’écran.
SLU : Et les frost, les couteaux, les couleurs ?
Dimitri Vassiliu : La face est très souvent en Frost, les latéraux également et les contres sont la plupart du temps au net. On ne passe pas du net au frost à vue, les frosts sont enclenchés avant. Avec les couteaux, je n’ai eu aucun souci et j’utilise très peu de couleurs, surtout du blanc et le CTO pour restituer la couleur des peaux. Les tableaux sont donc principalement monochromes toujours dans une envie de simplification et de visuels épurés.
Parfois j’ai recours au rouge ou au bleu saturés associés chacun au blanc et j’obtiens un bon niveau de puissance lumineuse et un bon équilibre. J’ai aussi recours une fois ou deux au violet et à l’UV mais il y a très peu de mélanges de couleurs. Pour mes besoins ponctuels de grosse puissance, j’ai choisi d’utiliser des Forte. J’en ai placé 3, un au centre de chaque pont (contre et milieux). C’est un projecteur que je connais par cœur. Sur les derniers concerts de Mylène Farmer je n’avais que des Forte et c’était parfait.
SLU : Sur un ballet comme Murmuration, est-ce que la lumière LED est un avantage qui permet d’explorer de nouveaux territoires ou un inconvénient pour sa texture différente de celle du trad ?
Dimitri Vassiliu : Bien sûr, la LED offre de nouveaux territoires, mais je pense qu’on n’arrivera jamais à remplacer une belle découpe 2 kW ou un PAR, dans leur couleur et dans leur chaleur. J’ai mis du temps à m’adapter à la lumière de LED. J’ai attendu que les produits soient de qualité. Aujourd’hui, que ce soit chez Ayrton ou chez Robe sur ce spectacle, c’est du haut de gamme, la lumière belle, je n’ai pas de soucis. Mais ce qui me manque toujours c’est la sensation de chaleur issue du trad quand on est sur scène…
Pour les spectateurs en salle les tableaux sont très beaux et je pense qu’ils ne ressentent aucune différence, mais quand on est sur scène, on a l’impression d’être dans une gare avec la LED. C’est froid. J’ai toujours ce problème de manque de confort pour les artistes. Mais c’est mon truc à moi, parce que j’ai vécu avec des musiciens et je sais ce que c’est que d’être sur scène. Cette ambiance froide est difficilement compatible avec la sensibilité de l’artiste et du musicien je pense. C’est pour ça que je mets toujours un petit peu de trad quelque part pour réchauffer l’atmosphère sur scène et que les artistes se sentent mieux.

SLU : Comment est éclairé le cyclo ?
Dimitri Vassiliu : Par une ligne de LEDBeam 350 qui étaient déjà sur la tournée des théâtres. Ils sont puissants et ouvrent large. On crée aussi des effets de vagues avec leur zoom et j’avais besoin d’une très bonne qualité de zoom sans effet de halo en faisceau serré dont souffrent la plupart des wash et qui baverait sur les images projetées. C’est pour cette raison que j’ai choisi spécialement le LEDBeam 350. J’aurais pu aussi travailler avec le Nando 502 Wash que j’ai essayé, mais il n’était pas disponible chez Dushow.


SLU : Pour les latéraux au sol, le Mac Aura est indétrônable ?
Dimitri Vassiliu : Effectivement, parce qu’il est tout petit et ça c’est génial et aussi pour la bonne raison qu’il n’est pas cher, il faut le reconnaître. On a toujours cette question de budget à tenir car le coût plateau est très élevé avec 40 danseurs sur scène. Le Mac Aura, je le connais depuis des années, j’ai fait des shows avec, notamment sur “M”, où on avait fabriqué des lunettes avec. Le Mojo. Et c’était génial.
Il est quelque part indétrônable, mais avec son halo, si je projette un faisceau serré, j’éclaire tout le sol. On a donc caché la partie basse des lentilles avec du gaffeur pour ne pas avoir de trace au sol quand je veux isoler quelqu’un. C’est une pratique courante au théâtre de bricoler des sources à l’aide de petits bouts de gaffeur pour obtenir un résultat.
SLU : En bord de scène, vous avez placé des barres Led…
Dimitri Vassiliu : Je les utilise en bains de pieds pour éclairer les danseurs et coucher leurs ombres sur le cyclo. Ce sont des Solar 1050 Starway. En théâtre, on était parti en Sunstrip maintenant il est vraiment vieux et le Solar est quand même de très, très bonne qualité. Il produit une super lumière.
SLU : A quelle distance des projecteurs sont les danseurs quand vous les utilisez ?
Dimitri Vassiliu : Ils sont à un mètre, ou au fond de la scène, j’ai des ombres de toutes les tailles. C’est effectivement très puissant.
SLU : Avec la projection vidéo, la gestion de la lumière est-elle particulièrement délicate sur ce spectacle ?
Dimitri Vassiliu : Toujours. On est obligé de s’adapter par rapport aux médias. Hier, on avait programmé un tableau où la lumière éclairait trop l’écran. On a refait ce tableau en essayant d’épurer encore un maximum, et doser la lumière pour toujours éclairer suffisamment les danseurs sans délaver les images de la vidéo.
Si on avait eu un mur de leds, on n’aurait pas eu de problème, mais là, en rétroprojection, on est vraiment obligé de doser précisément le niveau de lumière.
Les projecteurs UV Prima Wash Elation révèlent la troupe graduellement : étonnant !
SLU : Vous avez d’autres sources ?
Dimitri Vassiliu : Oui des blinders Chauvet Strike 4 pour éclairer le public et des sources de lumière noire. Je les utilise sur un tableau. Dushow n’avait que des Black Gun à me proposer mais c’est vraiment une vieille machine qui est énorme. On a testé un peu tous les projecteurs possibles et finalement j’ai opté pour le Prisma Wash Elation. Je m’en sers parfois dans des spectacles de magie pour faire des trucages.
Dimitri Vassiliu est considéré comme un des plus grands noms de la conception lumière de concerts live en France. C’est sa grande sensibilité musicale qui lui permet de jouer juste ses faisceaux de lumière comme une ligne supplémentaire de la partition des artistes. Il n’a pas son pareil pour créer des tableaux spectaculaires et épurés avec élégance. Il est un des rares à maîtriser les scènes monumentales de la variété française et quelle que soit la taille des projets, ses artistes sont toujours éclairés dans les règles de l’art. Pour beaucoup de professionnels, il est le top absolu. Toute cette reconnaissance ne lui est pas montée à la tête, Dimitri est discret et amical et se prête toujours avec gentillesse à nos interviews sans langue de bois : à SoundLightUp on est fans !
Après avoir débuté auprès de Laurent Chapot dont il était assistant, la liste des artistes avec lesquels il a travaillé est longue comme un fleuve, avec les quelques méandres inévitables dans cette profession challengée : Zazie, Pascal Obispo, Calogero, David Hallyday, William Sheller, Julien Clerc, Matthieu Chedid, Vanessa Paradis, Yodelys, Johnny Hallyday sur sa dernière tournée, Mylène Farmer… « J’ai travaillé avec beaucoup d’artistes, nous raconte-t-il, parfois sur une seule tournée, certains restent avec moi, d’autres ont fait appel à moi sur deux ou trois tournées, et parfois reviennent. C’est ce qui s’est passé avec Calogero qui revient 15 ans après, donc c’est sympa. » Il a également signé la lumière de Comédies musicales comme : Adam et Eve, Molière et récemment Cher Evan Hansen, la comédie musicale de Broadway, …
SLU : Qu’est-ce qui vous tient à cœur quand vous faites une création ?
Dimitri Vassiliu : Faire de la lumière qui met en valeur les chansons, la musique et le texte. Si je fais une lumière, c’est pour une chanson, pas pour une autre. Je trouve qu’aujourd’hui souvent dans l’éclairage que font mes collègues, la lumière d’un titre pourrait aller sur un autre. Mais c’est normal, ils sont plus jeunes et les artistes aussi d’ailleurs. Et je suis un peu anti synchro au time code. Le seul show que j’ai fait au Time Code, c’était pour la tournée du ciné-concert du Grand Bleu. J’y étais obligé car il fallait suivre le montage du film, donc ça représentait trop de mémoires. Mais que ce soit sur Farmer ou Johnny ou d’autres artistes, il n’y avait pas de TC. Si j’ai les moyens, je préfère avoir trois pupitreurs qu’un seul pupitre au TC.
SLU : pourquoi ?
Dimitri Vassiliu : Parce qu’on ne peut rien modifier. Les tableaux sont figés pendant toute la tournée. S’il y a une panne c’est compliqué. Et puis avoir le contrôle du pupitre laisse la main libre à tester des choses pendant le show et à le faire évoluer. Sur Murmuration, on ne change rien pendant le spectacle parce que l’éclairage est trop précis, mais sur un show de Mylène ou Obispo, chaque jour, on modifie un tout petit truc, on en discute après et on valide ou pas pour le lendemain. Et puis les petites erreurs, ça aide aussi. Il m’est arrivé d’en faire pendant un spectacle et c’était super.
SLU : Il n’y a pas d’erreur possible avec le TC
Dimitri Vassiliu : J’ai vu des spectacles au TC qui étaient à mon sens trop propres, trop en place et ça me gêne même si la lumière est très belle. Je préfère être un tout petit peu en retard en lumière, que ça frotte, plutôt que d’être trop propre… Je trouve qu’au TC, on est souvent tellement tight que la lumière paraît un petit peu en avance. C’est sensible quand on est loin de la scène, à Bercy par exemple. A mon avis il y a plein d’artistes français qui devraient oublier le TC pour le bien de leur concert et le bien de leur éclairagiste aussi qui restent les bras croisés pendant tout le spectacle alors que ce sont de bons pupitreurs.
SLU : D’où vient cette tendance à la synchro à votre avis ?
Dimitri Vassiliu : Il y a la crainte de certains artistes que l’éclairagiste ne soit pas en place.
C’est vrai que quand il y a vraiment des cues très précises il faut avoir un pupitreur solide.
SLU : Ça se trouve, apparemment
Dimitri Vassiliu : Oui, J’en ai plein qui sont très en place et c’est essentiel. Le pupitreur amène sa pâte aussi. C’est important d’avoir quelqu’un près de soi avec un autre regard, une autre façon d’envoyer une mémoire. J’ai peut-être une façon un peu dépassée de voir les choses, mais je trouve que ça marche.

Soline Marchand au pupitre lumière
SLU : Comment vous organisez-vous avec Dimitri ?
Soline Marchand : Il a travaillé les tableaux de son côté sur WYSIWYG en m’envoyant les captures écran de son visualiseur. Donc ça m’a permis de préparer un peu ma console. Comme le spectacle existait avant nous avons pu regarder le show et ensuite nous avons travaillé la lumière pendant une petite semaine dans une des salles de l’Espace Carpeaux à Courbevoie avec les AID (les danseurs qui allaient reprendre le spectacle). Nous avons alors travaillé sur les positions des danseurs.
Plus tard, nous avons fini la création au 13e Art avec les danseurs qui avaient appris la chorégraphie Nous sommes ensuite partis 15 jours à Londres au Peacock Théâtre avant la tournée des théâtres en France. Ici, pour le démarrage de la tournée zéniths, Dimitri reprend la base du show qui tournait en théâtres mais avec un kit upgradé : plus de projecteurs asservis à leds et surtout la vidéo.

SLU : Qu’est ce qui a changé en dehors des quantités ?
Soline Marchand : On a remplacé des projecteurs à lampe comme les blinders, les Sunstrip en bord de scène, les latéraux Rush entre pendrillons par des projecteurs à leds (Chauvet Strike 4, Elation Solar 1050, Mac Aura XB) qui sont finalement plus puissants avec un rendu identique et l’avantage d’une plus faible consommation.
En théâtre on spécifiait 4 Rivale, 23 PC et 4 découpes dans la fiche technique que l’on a remplacés par 43 Rivale qui nous suivent sur toute la tournée. C’est un avantage d’avoir des automatiques car ça donne accès à plus de possibilités. On s’en sert, pour la plupart, comme du trad, principalement en blanc, avec le CTO, les couteaux. On aime beaucoup le gobo cône (Conical Tunnel effect) et les couteaux sont indispensables pour ne pas baver sur l’écran.
SLU : Et en théâtre on te fournissait toujours des Rivale ?
Soline Marchand : J’ai eu plein de projecteurs différents. J’ai eu des Diablo, des Ghibli… un peu toute la gamme Ayrton entre autres.
La chorégraphie, miroir de la vidéo dans cette suite de figures géométriques éclairée en bleu par les LEDBeam 350 Robe avec un travail de leur zoom en fonction de la proximité du couple de danseurs et les Rivale Ayrton pour la face et la projection du gobo “Line Dot” sur scène.
SLU : Comment tu faisais, du coup, pour retaper ton show d’une salle à l’autre ?
Soline Marchand : Je fais des presets. Dans mon preset je vais chercher le gobo qui va bien. Entre Rivale et Ghibli je retrouve mon gobo mais il n’est pas au même endroit sur la roue. Sinon pour d’autres projecteurs j’en cherche un qui va me convenir ou je n’en mets pas… Ce sont les aléas du théâtre.
SLU : Dimitri me disait que le Rivale est performant dans les basses lumières…
Soline Marchand : Oui le dimmer est très bien. Pour le coup, j’ai eu d’autres machines en théâtre qui vraiment me donnaient envie de pleurer. Il y a des projecteurs, sur de longues montées d’intensité, qui n’envoient rien au début et la lumière arrive soudain brusquement. Le dimmer du Rivale est fluide et justement pour la danse, on a besoin de cette fluidité, de pouvoir jouer à de très faibles intensités, sinon ça casse complètement l’intention.
SLU : Et dans ce cas ?
Soline Marchand : Je subis, je n’ai pas le choix. Je peux juste réduire le temps de fade in pour que la lumière monte plus vite ou je change d’intensité.

SLU : Et avec le Forte ?
Soline Marchand : Je n’ai pas fait la comparaison, vu qu’ils ne jouent pas de la même manière. Les Rivale, font mes faces, donc elles sont souvent douces, alors que les Forte jouent en contre.
SLU : Vous utilisez quel protocole réseau ?
Soline Marchand : On est en sACN classique avec GigaCore en haut à la régie et GigaCore en bas, GPU en haut et en bas, ma Console est une grandMA3 et il y a une grandMA3 de spare en bas qui sert aussi pour les tests au montage. Nous avons aussi un transmetteur Stardust LumenRadio pour envoyer les datas sans fil aux Titan Tubes. Je dispose des 4 univers en DMX HF nécessaires au contrôle de tous les tubes (jusqu’à 8 univers possibles).
Soline Marchand fait partie de ces techniciennes capables de naviguer entre lumière, et vidéo. Formée au théâtre il y a plus de vingt ans sur les consoles Presto et Pronto, elle découvre très tôt les incontournables grandMA1 puis grandMA2 et même Jands Vista. Pendant près de huit ans, elle enchaîne les prestations lumière avant de prendre la route des tournées grâce à la vidéo.
En 2015, elle se forme à l’utilisation des média serveurs et rejoint la tournée de Johnny Hallyday en opératrice Catalyst. Elle y rencontre Dimitri Vassiliu. Leur collaboration démarre réellement sur la tournée des Insus, où elle officie en cheffe poursuite au Stade de France.
Depuis 2016, Soline accompagne Dimitri comme assistante sur les gros projets : émissions télévisées, Mylène Farmer, Les Molières, Paradis Latin… Sur Murmuration, elle revient à la console lumière avec enthousiasme, ravie de travailler avec Dimitri Vassiliu.
La conception vidéo de Romain Delaplace
Le concept vidéo du Level 2 est né en octobre 2025 lors d’une représentation à l’Ancien Théâtre d’Athènes. C’est à ce moment que Romain Delaplace est intervenu dans l’équipe créative de Sadeck Berrabah.

Romain Delaplace : La vidéo est arrivée au Théâtre Antique d’Athènes car il n’offrait pas de possibilités d’accroche pour la lumière. En revanche, il y avait un très grand mur de 35 mètres de large par 16 mètres de haut à exploiter. Et donc la question s’est posée, d’y projeter de la vidéo. C’est à ce moment que Nathalie Couturier, la directrice de production m’a fait venir sur le projet pour essayer d’accompagner les danseurs. Ici, on transforme l’essai, on affine les idées que j’avais proposées à Athènes en faisant cette fois un vrai travail avec la lumière, ce qui n’avait pas été possible.
SLU : Tu interviens pour l’artistique et aussi la technique ?
Romain Delaplace : Les deux. Je propose aussi la réflexion autour de l’idée de la production. Comment projeter la vidéo, quels besoins techniques à mettre en place pour y arriver, faire des plans, et des études de projection. J’assure cette étape préparatoire.
SLU : Quelles ont été tes propositions artistiques ?
Romain Delaplace : Notamment que la vidéo fonctionne en synchro avec les danseurs. Soit elle est en réaction à leur mouvement, soit carrément synchronisée.

SLU : Avec des contraintes ?
Romain Delaplace : La consigne était que l’image projetée ne prenne pas trop le dessus, bien évidemment, par rapport à la danse, qu’elle n’attire pas trop le regard, ce qui n’est pas évident car la vidéo ça a toujours tendance à monopoliser l’attention. Donc le but du jeu était d’accompagner la danse, la chorégraphie, le mouvement, de le sublimer sans prendre le dessus.

SLU : Tu as choisi quelle solution ?
Romain Delaplace : La rétroprojection sur le cyclo qui est la solution la plus adaptée à ce projet pour la douceur de l’image. Nous avons placé derrière l’écran trois vidéoprojecteurs, chacun pour sa partie de l’image. Ensuite viennent toutes les étapes de programmation/création de l’image. Je travaille pour la partie operating en binôme avec Romain Labat.
Pour capter les danseurs, nous avons une caméra de face et une caméra zénithale motorisée dont on contrôle le zoom, le focus, le pan et le tilt. On peut apporter ainsi deux niveaux de lecture des chorégraphies : une vue du ciel et une vue de face.
SLU : Comment s’est déroulée la cohabitation avec la lumière ?
Romain Delaplace : C’était justement une de nos contraintes, parce qu’en effet, qui dit vidéo projection par rapport à la lumière, dit que tu peux très facilement te faire écraser et perdre l’image. Il a fallu trouver la puissance adéquate des vidéoprojecteurs pour que l’image survive dans un environnement qui peut être très lumineux. Dimitri et Soline avaient la contrainte de ne pas taper dans le cyclo exploité en vidéo. Trouver les bons dosages, surtout pour un spectacle de danse, et presque oublier l’aspect technique des choses pour sublimer les artistes et ne surtout pas prendre le dessus.
Romain Delaplace a une expérience de dix-sept ans dans le spectacle, pour le théâtre, l’événementiel, les concerts et tournées. Avant de devenir spécialiste de la vidéo live, il a pratiquement fait tous les métiers techniques : machiniste, électricien, technicien lumière, régisseur lumière puis pupitreur. Un jour, par hasard, il a l’idée de contrôler de la vidéo avec son pupitre lumière, ce qui attire immédiatement l’attention. Très vite, il est sollicité pour sa double fonction de contrôleur lumière/vidéo.
Romain a travaillé un peu partout à travers le monde. Installé un temps au Canada, il a développé une activité importante en Amérique du Nord et travaillé régulièrement aux États-Unis. Revenu en France il y a seulement deux ans, il a créé sa société d’intégration multimédia Nocturia Studio qui intervient à toutes les étapes de la chaîne de création. Il exerce désormais son activité entre l’Europe et l’Amérique du Nord.
Romain Labat et Ianis Mangin à la régie Vidéo
A la régie vidéo je retrouve Romain Labat et Ianis Mangin, respectivement opérateur SMODE et technicien vidéo sur cette tournée.
SLU : Quels sont les vidéoprojecteurs et le media serveur qui ont été sélectionnés ?
Ianis Mangin : Des UDM 4K30 de chacun 30 000 lumens. La plupart des contenus ont été fabriqués et sont géré par SMODE en temps réel. Certains sont déclenchés par des caméras, notamment la zénithale, soit on restitue des captations en mémoire. Ce sont les mouvements de danseurs qui interagissent dans des champs de particules, dans des effets de rayons ou de lumière. Et Romain Delaplace s’est servi aussi de captations qui ont été faites de face pour récupérer des mouvements de chorégraphie et les refaire interagir dans la vidéo avec la chorégraphie filmée en live.
Et c’est en temps réel dans Smode. C’est calculé à la seconde, et c’est différent tous les soirs car il n’y a jamais exactement les mêmes particules qui partent au même moment. On peut facilement ajuster en répétition, ou alors interagir avec ce qui se passe sur scène, parce que ce ne sont pas des vidéos précalculées, elles sont construites en temps réel. Et la vidéo est synchronisée avec la musique au time code.

SLU : Vous avez rencontré des difficultés sur cette d’installation ?
Romain Labat : Vu qu’on est sur la tranche, on a des vidéoprojecteurs qui visent vers le haut avec une optique coudée qui fonctionne comme un périscope. C’est un peu compliqué à installer parce que généralement avec ce genre d’optique on a des points chauds ou des bords, entre deux vidéoprojecteurs, qui peuvent être un peu francs. Mais le cyclorama étale bien la lumière et les optiques sont de bonne qualité. On est plutôt contents du résultat.

Murmuration Level 2, spectacle hypnotique né d’un défi viral sur les réseaux sociaux, est le fruit de la collaboration entre Sadeck Berrabah et une équipe technique de haut vol. Dimitri Vassiliu, assisté de Soline Marchand, a conçu un éclairage épuré avec 43 Rivale, 3 Forte, 3 lignes de Titan Tube (2 motorisés MECAoctet), des LEDBeam 350 et Mac Aura XB, le tout piloté depuis une grandMA3.
Romain Delaplace créateur de contenu, secondé par Ianis Mangin et Romain Labat, utilise 3 Barco UDM 4K30 en rétroprojection sur cyclo et SMODE pour un traitement de la captation du spectacle en temps réel. Avec Dushow comme prestataire, ce spectacle prouve que lumière et vidéo subliment la danse dans un équilibre subtile. Le public adore et nous aussi !













