La résurrection du Stadium

Imposant et envoutant malgré les stigmates de 24 années d’abandon, le Stadium a été sorti de l’oubli par la magie de la ville de Vitrolles et du Festival d’Aix avec la complicité de NEXO, Yamaha et le travail de Texen, pour 5 représentations de la Symphonie N°2 Résurrection de Gustav Mahler.

Le Stadium de Vitrolles tel que des milliers de personnes l’ont vu des années durant depuis la voie rapide qui le longe.

On a eu le plaisir d’être invité à en découvrir les coulisses et l’histoire en compagnie de François Deffarges de NEXO, Thomas Goeuriot de Texen et Quentin Delisle qui a tenu fermement les potars le jour de notre venue. Entre autres !

Passons rapidement sur les causes de ce très long hiatus dans l’existence du Stadium, l’idée d’y monter Résurrection de Mahler et ce malgré la somme de difficultés techniques qu’il aura fallu surmonter, sonne comme la meilleure idée de 2022, voire au-delà puisque le partenariat avec le Festival d’Aix va se prolonger quelques années encore.

La structure supportant les 400 tonnes de terre et en réduisant la quantité à cette valeur déjà importante.

Pour les besoins de la mise en scène de Romeo Castellucci, 400 tonnes de terre ont été déversées dans la salle à même un plancher bois surélevé offrant un très grand terrain de jeu aux actrices, acteurs et figurants.
L’extrémité de ce plateau végétal délimite la fosse pour les chœurs et l’orchestre, tous deux placés au niveau 0 à même la dalle du Stadium.

Un mot enfin pour les tribunes qui ont été recomposées via une habile cannibalisation des sièges encore utilisables. Au fil des années où elle a été laissée inoccupée, cette salle a été littéralement curée du moindre objet de valeur, métal, disjoncteur ou fil électrique avec une rare méticulosité, et ce qui n’a pas été volé a été détérioré par les hommes ou le temps.


Une image du Stadium avant que sa rénovation partielle redonne vie à une partie des gradins. La partie mobile du bas a été mise de côté pour créer la fosse de l’orchestre. (photo Mathias Pujade).

Le Stadium qui flotte toujours sur ses résidus rouges de bauxite a donc fait l’objet de travaux indispensables à la sécurité en vue d’accueillir du public, même si à jauge réduite.

Les tonnes de bauxite déversées des années durant entourent toujours le Stadium ce qui n’a pas empêché des centaines de spectateurs de revenir vibrer au son de Résurrection.

Le son a bénéficié de la collaboration entre Yamaha pour le mixage et le matriçage en immersif par objets, NEXO pour la multi diffusion et les retours et Texen pour la fourniture d’une large partie du kit, la mise en œuvre de l’ensemble et l’accueil de l’équipe technique.

Le tout a été imaginé et coordonné par Rémy Bréan qui a su adapter la demande artistique à deux vitesses, celle du Metteur en scène et ensuite du Directeur musical, dans un environnement pour le moins atypique pour un concert de ce type et avec une sonorisation obligatoire. C’est aussi Rémy qui a monté l’équipe technique et formalisé les documents techniques d’installation.

Un visuel de la partie face de la diffusion. Manquent à l’appel les cinq P15 au lointain en haut des gradins. Les subs visibles sur la passerelle ont aussi été redistribués.


Thomas Goeuriot Responsable d’agence de Texen et à droite François Deffarges Engineering Support & Development Strategy Director de NEXO. Aucune complicité entre les deux…

Pour entamer la visite du Stadium, le cube de Rudy Ricciotti son célèbre architecte, rien de mieux que François Deffarges de NEXO…

François Deffarges : On a quelques références importantes. Pour les retours des chœurs qui prennent place dans la fosse à jardin et cour de l’orchestre, on a des ID24 compactes, et des ID14 super compactes.

Cette même référence est disséminée aussi en très grand nombre au sein de l’orchestre en tant que retours complétée par quelques P12 quand il faut plus de pression et d’extension dans le grave.

SLU : Les Geo M6 sur des petites chaises solidaires du « plateau terreux »…

François Deffarges : Servent de front fills, et grâce à notre calage, ils tirent l’image vers le bas. Grâce à leur ouverture verticale très serrée de 10°, ils survolent les micros et l’orchestre sans aucune pollution. De part et d’autre des gradins nous avons six colonnes ID84 posées sur leur sub, et pour compléter la diffusion distribuée il y a tout en haut des gradins au lointain, cinq P15 et enfin au-dessus du public et en douche, six P12. Tout au bout de la scène au lointain et pour un effet ponctuel, on a enfin une paire de P12.

Une vue de la salle depuis le haut des gradins. Remarquez les subs MSUB18 posés sur la passerelle. 4 au centre et 2 aux deux extrémités. Tout en haut on aperçoit deux des six P12 en douche. Pour info, tous les caillebotis des passerelles ont été refaits.

SLU : Et en frontal…

François Deffarges : Profitant du fait qu’en classique le point central n’est pas critique, on a fait le choix de placer 6 lignes de quatre GEO M12 chacune dont les trois boîtes du haut sont des 1210 (10° verticalement) et celles du bas des 1220 (20° verticalement). Les trois du haut ouvrent à 80° horizontalement, celle du bas à 120°.

C’est donc une couverture optimisée, précise et qui n’interfère jamais dans la scénographie, même au plus haut des gradins. L’ensemble des lignes s’étale sur 40 mètres et la scène est encore un peu plus large. En dehors de la volonté de délivrer un son immersif, la stéréophonie n’était pas une option ici. Le bas du spectre est complété par 8 MSUB18.

Une vue du système depuis un des dégagements techniques latéraux où ont été placés les deux racks NUAR nécessaires à alimenter les boîtes. On voit la largeur de la fosse et la lame métallique qui délimite le bout de la scène en terre et porte les Geo M6.

SLU : La matrice immersive est l’AFC Image de Yamaha ?

François Deffarges : C’est ça, on se sert de la partie mix objet uniquement et pas de Enhance qui est l’algorithme qui augmente l’acoustique. La salle dispose déjà d’une réverbération naturelle assez longue, de l’ordre de 3 secondes et plus encore dans le grave avec une légère dissymétrie et des échos créés par l’absence des absorbeurs et de certains diffracteurs volés ou détériorés. On alimente le processeur en Dante depuis la PM7 Rivage et on ressort toujours par un flux Dante en direction des NXAMP et de la diffusion.

Les réflecteurs, sorte de conque inversée que l’on devine derrière les rambardes en bas de gradin et qui masquent, quasi entièrement, le champ direct des cordes.

SLU : La sonorisation était quoi qu’il en soit requise…

François Deffarges : Bien sûr. Le Stadium n’a pas l’acoustique requise pour du classique, il n’a pas été conçu pour ça et si les réflecteurs en bas du gradin sont utiles à l’orchestre dans la fosse, ils masquent une grande partie des cordes pour les premiers rangs.
Un rééquilibrage était indispensable. Comme tu t’en doutes, ce n’est pas une vraie fosse d’orchestre d’opéra.


L’union faisant la force, nous sommes rejoints par Thomas Goeuriot, Responsable d’agence de Texen avec lequel nous « augmentons » notre visite par son regard et son humour.

SLU : Ça ne sert à rien que je cherche le moteur de la console…

Thomas Goeuriot : Non en effet, c’est une Rivage PM7, c’est le seul modèle de la gamme Rivage qui l’embarque dans son châssis. Aux retours en revanche on a une surface PM5 et un moteur séparé.

La PM5 Rivage des retours avec devant elle la plus belle collection de sacs poubelle et feuilles de polyane jamais vue en salle, 400 tonnes de terre et deux pelleteuses retournant cette dernière en étant la raison.

SLU : Pour AFC ?

Thomas Goeuriot : Nous avons deux processeurs, un en ligne et l’autre déjà connecté en Dante en entrée et qu’un recall de scène permet de router en sortie vers le système en cas de pépin. On a un gros patch, une centaine de micros, qui arrivent sur deux RPio222 et deux Rio3224-D2.

La MS101-4, la nouvelle boîte à tout faire et tout se prendre (mic, ligne etc) sauf la tête.

Les connexions se font en TWINLANe avec de la fibre entre les deux consoles et les deux RPio et enfin en Dante pour les deux Rio et la diffusion face et retours. Le réseau est entièrement redondé.

SLU : Puisqu’on parle de réseau…

Thomas Goeuriot : On a un point de livraison en régie, un point dans la fosse à jardin et un autre à cour, un point en mezzanine pour les amplis du système principal et deux points de livraison réseau en haut des gradins pour toute la diff des colonnes et autres surround.
Le car régie de la captation d’Arte bénéficie d’un AVBx7 Auvitran dans la fosse pour leur passer le Dante en MADI. Ils prennent quelques directs et des prémix spécifiques routés dans le Dante pour eux.


De bas en haut le processeur AFC Image principal de Résurrection. Un second processeur prend place dans la régie. Tout en haut, la paire de switches Cisco350-28 de la régie.

SLU : Vous travaillez avec des switches Cisco pour le Dante…

Thomas Goeuriot : Ça marche très bien comme ça. On a mis en place une stratégie où, en cas de problème, tout technicien peut réagir en trois coups de cuillère à pot. On a un réseau de switches primaires SW1 qui livre le primaire partout.

On double les machines et par défaut on a un réseau pour le secondaire où tout le monde est trunké. Cela prend un peu de temps à configurer mais ça marche bien.
On a juste choisi de ne pas se servir de la connectique propre au réseau informatique en transférant tout sur des prises plus sûres.
Le cahier des charges de Texen étant de livrer au Festival qui l’exploite durant un mois, une installation fiable et fonctionnelle, on a fait le nécessaire.

Le réseau de Résurrection. Le Dante ne s’est jamais si bien porté !


La baie provisoire ramenant la puissance du transfo au sein de la salle.

SLU : La salle a été retrouvée totalement vidée de tout son cuivre. Il a fallu tout recâbler ?

Thomas Goeuriot : Exactement, cela a été fait de telle sorte à pouvoir donner les 5 dates, effectuer l’ensemble des répétitions et garantir la sécurité du public, sans pour autant que ce câblage ne soit pérenne.
Une certaine crainte quant à la mise en sécurité du Stadium à la fin du Festival a poussé vers ce choix. Rappelons que tout avait disparu au point que dans un premier temps l’alimentation a été effectué grâce à des groupes électrogènes avant qu’EDF n’installe un nouveau transformateur pour la salle.

SLU : C’est quoi le petit Barnum à l’entrée avec des timbales. On dirait un orchestre en miniature

Thomas Goeuriot : C’est le cas. C’est une des particularités de cette symphonie. Mahler a écrit des passages spécifiques qui doivent être interprétés comme s’ils parvenaient des coulisses.

Comme nous n’en avons pas ici et que placer cet ensemble dans la fosse n’aurait pas été fidèle à l’œuvre ni donné l’effet voulu, il a été placé dans l’enceinte du Stadium mais en dehors de la salle, côté accès aux gradins et c’est AFC Image qui donne l’impression que ça joue « ailleurs »


Le dais en dehors de la salle, accueillant et repiquant l’ensemble d’instruments voulu par Gustav Mahler. Magie de l’immersif, l’effet « rupture d’espace » et « banda » est parfait tout en gardant la matière des cuivres.


Le jour de notre reportage c’est Quentin Delisle qui tient la PM7 et le mixage par objets conçu par Rémy. Il nous précise cette partie spécifique.

Quentin Delisle.

SLU : C’est la première fois que tu travailles en immersif en classique ?

Quentin Delisle : Presque, mais pas tout à fait (sourire)

SLU : Comment est gérée la réverbération de l’orchestre. Par la salle essentiellement ou bien il y a un ajout par AFC ?

Quentin Delisle : La réverbération d’AFC Image englobe le public. Les sources sont spatialisées par le système frontal et « mouillées » par la réverbération mais le reste de la diffusion, c’est-à-dire l’ensemble des enceintes latérales, en douche et arrière complète le dispositif immersif en ne jouant que de la réverbération. Ce qui sort de la console est sec.

SLU : Comment est créée la réverbération ?

Quentin Delisle : On décide quelle source, donc quel objet va dans le générateur de réverbération d’Image. Pour l’algorithme en tant que tel on a travaillé sur la taille de salle, son type, le placement et ensuite on a équilibré son niveau pour que cela reste naturel.


Pour englober le public, rien de tel que des latéraux, ici trois ID84 sur leurs renforts de grave et à la fois supports IDS312. Regardez en haut à gauche. C’est bien une P12 suspendue par sa lyre et il y en a cinq autres. Pour compléter le quadrilatère, cinq P15 en haut des gradins couvrent les arrières.

SLU : L’acoustique assez « sonore » de la salle à qui il manque en plus un peu de traitement acoustique est difficile à travailler ?

Quentin Delisle : Non, elle a son TR et ses caractéristiques sonores, mais par rapport à ce que nous générons avec AFC, c’est un complément.


Intervient alors Sébastien Noly, binôme du mixeur et interprète entre la technique et l’artistique ou l’inverse, un personnage aux compétences transversales et un élément important dans cette opération.

Quentin Delisle et Sébastien Noly derrière leur PM7 Rivage à quelques minutes de la dernière représentation.

Sébastien Noly : On excite peu la partie arrière, le côté scène de la salle, donc ce n’est pas gênant. Avant que la terre ne soit déversée on a mesuré un TR de 3 secondes avec une remontée à 5” jusqu’à 125 Hz liée à la forme cubique avec ses modes propres.
Avec la terre en revanche l’absorption est très importante compte tenu de sa surface et cela nous a donné la possibilité d’ajouter une réverbération pertinente et créative qui se marie bien à ce que la salle nous offre.

François Deffarges : Yamaha a pioché dans des salles réelles avec des formats et des couleurs différents et vous avez choisi les réponses impulsionnelles d’une salle symphonique large en reparamétrant nombre de valeurs pour créer cette complémentarité.

Quentin Delisle : Le plus gros du travail de Rémy a été de caler la réverbération, ensuite le mixage s’est fait presque naturellement.

Le placement des objets dans l’AFC Image Editor avec pour chacune des paires comme Cuiv-L et Cuiv-R, un placement dans l’espace et, tout à droite, un niveau de départ vers la réverbération du processeur AFC. On y découvre par exemple que les contrebasses, du fait de la longueur du TR de la salle dans le bas du spectre, y vont moins que les violons.

SLU : Comment avez-vous pris la mesure de cette salle vis-à-vis de l’œuvre ?

Sébastien Noly : Il y a eu un gros travail de préparation et il y a la confiance que l’on a dans le talent de Rémy (Bréan) Il a fait une implantation en 3D et François l’a validée sur le plan de la couverture.
Il y a aussi eu un repérage sur site fin avril avec le Chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen et son assistante Aliisa Neige Barrière.
On a fait jouer l’Orchestre de Méditerranée afin d’entendre les déséquilibres propres à l’acoustique du lieu et on a pu intégrer la quantité d’énergie qu’allait devoir donner l’Orchestre de Paris, les Chœurs de l’Orchestre de Paris et le Jeune Chœur de Paris.

François Deffarges : On a fait en sorte que l’électroacoustique se marie au lieu et à l’œuvre, et surtout convienne au Chef.

Un gros plan d‘une ligne de M12. Les 3 boîtes du haut sont des 1210 et ouvrent à 80° et celle du bas une 1220 qui ouvre à 20° verticalement et dans laquelle un flange élargit la couverture horizontale à 120°. Remarquez la propreté du câblage et de l’accroche.

SLU : Cet apport électroacoustique est total ou bien l’orchestre parvient à donner suffisamment pour ne nécessiter que d’être «complétée»

Quentin Delisle : Je créé un équilibre complet de l’orchestre dans la diffusion spatialisée. Les violons sont les instruments qui exigent un maximum de soutien amplifié, beaucoup plus que les cuivres ou les percussions, mais tous nécessitent d’alimenter la réverbération d’AFC et de prendre leur place dans le système frontal pour être localisables par le public.

SLU : Comment gères-tu la dynamique des fortissimi ?

Quentin Delisle : Notre rôle consiste à fournir une acoustique au Chef, à lui ensuite de se l’approprier et de travailler comme s’il était dans une salle. Je joue assez peu sur la dynamique. J’utilise seulement la compression multibande pour garder justement l’équilibre spectral lors des fortissimi.

Sébastien Noly : On ne modifie rien et le degré de liberté que se permet Quentin est de l’ordre du dB. Le démasquage spatial lié à la diffusion par objets apporte en revanche beaucoup de précision au son.

François Deffarges : La proximité du repiquage de l’orchestre restitue une dynamique supérieure à celle que l’on aurait en laissant plus d’air entre instruments et capteurs…


L’Orchestre de Paris en place. Les micros sont volontairement proches des instruments.

Quentin Delisle : Exactement, et c’est là qu’on intervient pour atténuer certains défauts liés à la prise de son et ce uniquement lorsque des niveaux très importants sont générés, mais ce travail se fait en accord avec le Chef d’orchestre. Il a des repères qui ont été établis avec son assistante qui a suivi toutes les répétitions en salle, et le mix final reste dans sa baguette.

SLU : Il y a combien de micros dans la fosse ?

Quentin Delisle : Environ 90 et chaque famille d’instruments donne lieu à des groupes de plusieurs pupitres. On en a huit sur les violons 1, sept sur les violons 2, six sur les alti, quatre sur les celli, huit contrebasses individuelles etc. Chaque groupe de pupitres est un objet stéréo dans Image.


On ne résiste pas non plus au plaisir d’interroger Philippe Delcroix, le Directeur technique du Festival d’Aix de passage dans la salle.

Philippe Delcroix.

SLU : Comment en êtes-vous venus à choisir le Stadium pour y donner Résurrection ?

Philippe Delcroix : En 2018 on a accueilli un nouveau patron, Pierre Audi, et ce dernier nous a demandé de trouver des lieux atypiques pour produire des œuvres qui le sont tout autant. Je connaissais l’existence et la triste histoire du Stadium, on est donc allé le visiter en sa compagnie sans trop y croire et il a été séduit par cette salle. Je rappelle que nous sommes en 2018.

La mairie de Vitrolles est assez vite OK, on part donc ensemble à la recherche de financements avec comme idée d’investir une friche industrielle pour éviter des coûts incompatibles à la fois pour la ville comme pour le Festival. Notre intention est de rendre la salle accessible et sécure. Comme souvent on a été au-delà avec la complicité de la ville de Vitrolles et, même si tout est loin d’avoir été remis en état, le Stadium a repris vie.

Une corniste de l’Orchestre de Paris profite de l’espace surplombant l’escalier d’entrée du Stadium pour s’échauffer les pistons. Qu’elle nous excuse pour cette photo volée, l’image était trop belle…

SLU : Vous avez été interrompu par le Covid ?

Philippe Delcroix : Bien sûr, et quand on reprend le projet Résurrection, je me rends compte que le volume de la salle et le projet nécessitent de ne pas y aller seul. Il a donc fallu s’associer à un certain nombre de collaborateurs, de prestataires et de marques.
J’appelle donc pour le son Rémy Bréan qu’on connait depuis longtemps et qui pour moi est l’un des meilleurs, puis Texen : « vous nous suivez les gars ? » et enfin Nexo et Yamaha avec lesquels on collabore de longue date pour Parades. Et les planètes s’alignent même si on ne sait pas encore que ça va être plus compliqué que prévu.

SLU : Mais tout se passe bien et on se retrouve ce soir pour le dernier des 5 concerts…

Philippe Delcroix : Et ça sonne de manière incroyable parce que l’Orchestre de Paris et Esa-Pekka Salonen ça sonne d’emblée, Rémy a encore fait des siennes et la technologie déployée par Yamaha et Nexo est au top. Plus que 5 concerts, Résurrection c’est une vraie expérience car le Stadium et Castellucci c’est au-delà d’un spectacle, tu es happé, enveloppé aussi par un son d’une subtilité rare.

SLU : Aix devient un festival à la technique omniprésente tout en restant discrète.

Philippe Delcroix : Ce n’est pas possible autrement, on parle de classique et encore plus d’Opéra et l’acoustique augmentée c’est un sujet fragile dont les Chefs d’orchestre s’emparent de plus en plus. À nous de nous entourer de techniciens, de fabricants et de prestataires de qualité pour que cet accompagnement technique soit subtil.

SLU : Que va-t-il rester de cette belle aventure du Stadium…

Philippe Delcroix : Déjà pour moi la satisfaction personnelle d’être parvenu à redonner vie à un lieu fermé depuis plus de 20 ans, et puis la certitude d’être encore là en 2023, 24 et peut-être 25.

Dulcis in fundo

Le spectacle commence et on découvre que les hirondelles, ou mieux encore, les martinets qui tournent dans la salle depuis quelques minutes et que je cherche du regard, ne sont en fait que des échantillons criants de réalisme.

Le Mac à martinets avec la complicité de Nuendo…

Les cigales, des vraies, profitent des portes ouvertes en fond de scène et un peu par les côtés, pour s’immiscer elles aussi dans Résurrection. La suite est un véritable clair-obscur de sentiments magnifiquement portés par la salle, l’odeur de terre, la musique et la puissance de la mise en son.

Sans réellement pouvoir parler d’enveloppement, l’orchestre et les chœurs s’ouvrent et s’offrent infiniment mieux qu’avec un gauche/droite. La logique spatiale est respectée, le son est frontal avec un positionnement cohérent avec ce que l’on voit. Les M6 tirent bien vers le bas l’image et on oublie très vite la présence de 6 lignes accrochées.

Une des cinq P15 en charge d’ambiancer par l’arrière le public. La régie lumière et les tops partent par la régie qu’on devine derrière le dernier rang de sièges.

Les voix sortent idéalement bien avec un naturel et une précision que seul un très bon système matricé par objets et un bon mixage peuvent donner.
L’acoustique propre à la salle est bien masquée, complétée par celle très belle et dense d’AFC Image. Du coup on en vient à être gourmand et se demander ce qu’aurait donné un peu plus de douche, d’arrière et de latéraux et une discrimination encore plus poussée des objets.

La dynamique du final, déconcertant par les percussions et l’orgue qui va chercher sa note la plus basse dans les huit MSUB18, conclut magistralement ce spectacle aussi inclassable que réussi.

L’alchimie entre l’œuvre, ses interprètes, la scénographie et le lieu a été rendue possible par des choix techniques forts, innovants et maitrisés. Bravo aux équipes d’Aix de Texen et de Rémy Bréan et au couple Yamaha & NEXO.


Equipe son :

Rémy Bréan : Conception du design sonore et mix FOH
Sébastien Nolly : Conseiller musical
Quentin Delisle : Mixage son FOH
Séverine Gallou : Mixage MON

Equipe NEXO / Yamaha en support et équipe Festival en exploitation


On ne pouvait pas se quitter sans s’intéresser à Thomas Goeuriot et Texen, trop de bonnes ondes, de compétence et de truculence émanent de cet homme ; voici donc l’encadré de Thomas !

SLU : Mais d’abord, comment es-tu rentré chez Texen…

Thomas Goeuriot : Ça nous renvoie à 1998 où je me suis installé dans la région en tant qu’intermittent, sortant de trois ans de Zingaro à la belle époque où l’on avait carte blanche à la technique. La première rencontre avec Texen est due à un devis pour une extension de patch FRB au Jeu de Paume où je travaillais, un théâtre qui avait été installé par cette même boîte.

SLU : Et ?…

Thomas Goeuriot : On a fini par la faire tout seul. (rires) Quelques années plus tard en 2007 on me propose de rejoindre le Grand Théâtre de Provence qui venait de sortir de terre et disposait de tout ce dont un technicien pouvait rêver pour l’époque : PM5D, AD8 HR, Ethersound, Auvitran… J’ai bien sûr dit oui et en ai profité pour retisser des liens avec Texen avec qui on a par la suite beaucoup travaillé pour faire que cette technique très novatrice soit opérationnelle pour les premiers gros projets du théâtre.

SLU : La compétence de terrain étant recherchée…

Thomas Goeuriot : … J’ai fini par basculer côté Texen en 2016 comme Chargé d’affaire son, et trois ans plus tard j’ai remplacé un dirigeant qui a quitté le navire.

SLU : Ça monte vite chez vous !

Thomas Goeuriot : Texen est une SCOP, ceci explique en partie cela. Les salariés sont les associés majoritaires et le pouvoir y est exercé démocratiquement.

SLU : Et NEXO dans tout ça ?

Thomas Goeuriot : La collaboration avec Nexo a commencé dès la naissance de Texen en 1981. Enfin…moi j’étais au collège (rires !)

SLU : (Son téléphone sonne…) Tu cours pas mal !

Thomas Goeuriot : Avec le poste que j’occupe, je ne devrais même pas être ici, mais nous sommes une société à taille humaine où l’on fait énormément de choses et je ne souhaite vraiment pas arrêter d’être sur le terrain même si parfois ça me joue des tours.

SLU : Texen est essentiellement un intégrateur ?

Thomas Goeuriot : On en fait beaucoup et ce depuis toujours, même avant le Covid (sourires) On ne fait pas de prestation sèche, ce n’est pas notre boulot.
Nous avons des clients, on leur installe du matériel, on leur en vend, on complète leur parc par de la location et quand le fit est total comme avec le Festival d’Aix, on fait des grosses prestations du niveau de Parades sur le Cours Mirabeau qui ouvre chaque année le Festival ou le Stadium qui est pour nous une très grosse opé.
Et je le dis avec plaisir, sans l’aide de NEXO, ce ne serait pas possible. Ajoutons aussi MKPlus un prestataire de la région Lyonnaise (Brignais), réactif et qui dispose d’un chouette parc NEXO. Depuis 2016 on s’échange pas mal de matos.


Des liens pour :

– Visionner la captation d’Arte de Résurrection
– Découvrir un excellent sujet sur le Stadium disponible sur YouTube
– Plus d’infos sur Texen
– Visiter le site NEXO
– Visiter le site Yamaha
– Visiter le site AFC Image

 

Crédits - Texte : Ludovic Monchat - Photos : SLU, Texen, Festival d’Aix, Mathias Pujade

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