Le Théâtre du Temps démocratise le son spatialisé

Comme vous l’avez remarqué, de nombreux lieux et salles de spectacles font depuis quelques mois le choix de s’équiper d’un système de diffusion spatialisé. Un investissement cohérent qui apporte au public une réelle valeur ajoutée, aussi bien technique qu’artistique, mais qui paraît ne concerner que les productions et les salles de grand format.

Ceci réserverait-il la primeur d’offrir au public un son immersif et un plaisir d’écoute uniquement aux structures disposant de lignes budgétaires confortables ? On n’est pas de cet avis. Le son spatialisé a toute sa place dans des salles de petite taille, et peut être parfaitement maîtrisé avec des solutions techniques qui leur sont abordables.


50 places assises et 100 places debout privilégiées par un son immersif au Théâtre du Temps.

Pour vous le démontrer, nous nous retrouvons au Théâtre du Temps, dans le onzième arrondissement de Paris, où les 50 places assises bénéficient désormais d’un son spatialisé sous l’impulsion de son directeur Mickaël Sabbah, de sa programmatrice et coordinatrice artistique Emilie Portant et de son régisseur Tristan Ligen.

SLU : Qu’est-ce qui a motivé votre passage au son spatialisé ?

Tristan Ligen : Par ma formation de scénographe, je m’intéresse naturellement à la création. J’ai commencé à travailler ici il y a huit ans, peu après ma sortie de l’école d’Art et Scénographie de Monaco. Je gère toute la technique, lumière, son et vidéo. Faire la régie m’intéressait si ce lieu devenait un laboratoire de création. Nous voulions aussi l’ouvrir à la production musicale et nous démarquer des autres petits théâtres parisiens.

Nanolink, l’intégrateur audiovisuel qui nous accompagne, nous avait déjà orientés vers le logiciel SPAT et organisait la présentation d’un système de son spatialisé au théâtre Edouard VII. J’y suis allé, et à mon retour j’ai dit à Mickaël : “Aucun doute, c’est effectivement ce qu’il nous faut”.


De gauche à droite, Tristan Ligen, Mickaël Sabbah et Emmanuel Desault (Nanolink).

Mickaël Sabbah : Je suis auteur, acteur, metteur en scène et musicien, spécialisé dans la pluridisciplinarité. Je travaille actuellement et depuis plusieurs années sur le projet théâtral, musical et immersif, Trans_Human_Art. Ce projet est le moteur qui a permis de penser, installer, tester et développer la spatialisation et l’immersion sonore et visuelle dans notre salle. La musique a toujours occupé une place primordiale dans mes œuvres. Depuis toujours, je cherche à atteindre la pureté du son et à envelopper le spectateur afin de rendre le propos le plus puissant et percutant possible.

A l’origine, la musique et le théâtre ne sont pas des arts frontaux. Avant l’amplification, des hommes jouaient dans des grottes, les troubadours se produisaient en plein air, et les auditeurs étaient immergés dans l’expérience sonore. Que ce soit dans un carnaval, un bal ou une cathédrale, l’immersion sonore fait partie de notre expérience naturelle de la vie. Aujourd’hui, nous pouvons recréer cette immersion dans une salle de spectacle. Les possibilités de création deviennent dès lors fulgurantes, que ce soit pour la musique, le théâtre ou encore la danse.

Pour la musique, c’est une nouvelle façon de composer, de penser et de positionner les instruments, de repenser l’écoute. Cela modifie forcément le rapport à la scène. De même, pour le théâtre, l’immersion sonore entraîne la chute du quatrième mur. Le son immersif permet un travail novateur sur les voix, les ambiances et les décors, tout en enrichissant la mise en scène. Cela permet de produire des spectacles extrêmement riches tout en réalisant des économies substantielles, notamment pour les nombreuses compagnies aux budgets limités.


Des gradins modulables pour une salle de plain-pied

SLU : Quelle est la programmation de votre salle ?

Emilie Portant : Notre ouverture d’esprit est vaste et inclusive. Au départ notre activité principale était le théâtre contemporain et les œuvres d’auteurs vivants mais nous avons élargi notre horizon artistique en réponse à l’évolution créative de Mickaël. Aujourd’hui, nous accueillons une grande diversité de genres musicaux : musique contemporaine et classique, électronique, rock progressif, post-punk, techno, jazz, chanson française… ainsi que des spectacles musicaux et de danse.

Cette diversification enrichit notre programmation et attire un public varié. Nous sommes également ouverts à une multitude d’autres activités culturelles et éducatives. Notre espace se prête parfaitement à l’organisation d’événements, de formations, de conférences, de débats, d’ateliers et à l’accueil d’écoles de musique.

Grâce à notre système de diffusion spatialisée, nous avons la capacité unique d’accueillir des œuvres et des résidences immersives, offrant ainsi une expérience inédite tant aux artistes qu’aux spectateurs. En somme, notre approche polyvalente et innovante fait du Théâtre du Temps un lieu où les arts se rencontrent et se transforment, un espace dynamique et vivant dédié à l’exploration artistique sous toutes ses formes.

SLU : Comment se compose votre système de diffusion spatialisé ?

Tristan Ligen : Nous avons une première ligne de diffusion, reculée à l’arrière de la scène pour permettre une couverture du plateau afin d’éviter l’utilisation de retours. Elle se compose de quatre ID24T de Nexo avec une directivité de 90×40.


Les enceintes ID de NEXO pour une parfaite discrétion visuelle.


En front de scène, nous avons une ligne supplémentaire avec une ID24T de chaque côté qui prend le relais pour le reste des gradins. En latéral, quatre ID14 sont distribuées sur la profondeur de la salle, de chaque côté.

Des ID14 en latéral.

Toutes les enceintes sont gérées individuellement, un canal par enceinte, sauf les deux ID14 à l’arrière, pour l’instant réunies sur le même canal, faute d’amplification disponible. Nous avons logé un subwoofer IDS110T sous les gradins.
Nous gérons l’intégralité du système spatialisé et le mixage objet avec le logiciel SPAT Revolution de Flux.

SLU : Pourquoi avez-vous choisi le logiciel SPAT ?

Tristan Ligen : Nous avons trouvé que SPAT ouvrait plein de possibilités pour des petits théâtres comme nous. Il met à notre disposition de nombreuses fonctionnalités dont de nombreux algorithmes de spatialisation et nous permet de pousser les murs pour un budget vraiment très raisonnable.


SLU : Et NEXO ?

Tristan Ligen : Nous sommes allés écouter différentes solutions de diffusion à la Boutique du Spectacle. Parmi celles-ci, les enceintes NEXO étaient pour nous celles qui sonnaient le mieux et qui permettaient aussi un bon choix d’angles de diffusion.

Nous avions aussi besoin de petites boîtes. Elles ont en plus un beau design qui permet une bonne intégration dans notre salle. Nous profitons aussi des processeurs et des amplificateurs NEXO qui nous permettent de faire un calage optimal. Le subwoofer est aussi particulièrement performant.


SLU : Le placement de la première ligne en fond de scène est surprenant…

Tristan Ligen : La petite taille et la forme originale de la salle n’ont pas simplifié le placement des enceintes. Nous avons fait ce choix pour donner du son aux artistes sur le plateau. Le seul problème que nous rencontrons est quand les musiciens nous demandent de vrais retours, mais nous arrivons à le gérer correctement. Une grande partie d’entre eux utilise de plus en plus des ears. Dans SPAT, nous gérons une zone de protection sans perte de volume qui nous permet de maîtriser la diffusion à cet endroit.


La première ligne en fond de scène assure ainsi le retour plateau. Trouvez les six iD24, il n’y a rien à gagner !

SLU : Est-ce satisfaisant pour les premiers rangs ?

Mickaël Sabbah : En réalité, les gradins sont rétractables ce qui permet d’utiliser la salle de plain-pied pour certains spectacles ou événements. Dans ce cas, tout est parfait. Quand les gradins sont déployés, nous sommes satisfaits de la couverture, mais nous avons juste un petit souci d’élévation qui pousse les spectateurs des deux premiers rangs à lever la tête. Nous réglerons ce problème prochainement en ajoutant deux sources à niveau pour nous permettre de redescendre l’image sonore.

Processeurs DTD et amplificateurs DTDAMP4x0.7 NEXO plus un NXAMP4x1 MK2.

SLU : Comment avez-vous géré l’amplification ?

Mickaël Sabbah : Pour des petites structures comme la nôtre, l’un des problèmes est le coût de l’amplification. Mais maintenant les fabricants commencent à proposer des modèles multicanaux bien adaptés au spatialisé à un prix beaucoup plus abordable.

En ce qui nous concerne, nous mélangeons des amplificateurs classiques et d’autres avec processeurs intégrés. Nous devions composer avec le matériel existant et nous avons complété en fonction des besoins du spatialisé.

Nous avons deux amplificateurs DTDAMP 4×0.7 et 4 processeurs DTD-T, dont chacun gère deux canaux, plus un contrôleur amplifié NXAMP4X01 MKII.
Nous utilisons une baie de brassage sur un réseau Dante, qui permet la distribution des signaux aux amplis à partir de notre console Soundcraft Si Impact équipée d’une carte Dante, via l’ordinateur du SPAT équipé en Dante Virtual Soundcard.


Boîtier magique Dante AVIO pour insérer des sources analogiques sur le réseau.

SLU : Et sur le plateau ?

Tristan Ligen : Nous avons des boîtiers de scène en XLR et nous utilisons des interfaces 2 canaux Dante AVIO pour permettre d’injecter sur le réseau des entrées et des sorties ponctuelles à partir du plateau.

SLU : Avoir installé du Dante vous apporte de nombreux avantages ?

Tristan Ligen : Le réseau Dante me permet de brancher mon ordinateur sur la scène ou dans le théâtre, du moins hors régie. Il m’arrive donc souvent pour les concerts de gérer le mix objet depuis le fond des gradins. Pour des événements ou du corporate, un boitier AVIO permet tout simplement de connecter une source stéréo externe depuis le plateau.

Mickaël Sabbah : Et pour ma part, je travaille sur la Divine Comédie depuis des années donc je connais bien le logiciel Dante Alighieri ! J’ai appris à décoder son langage ?? Rires

SLU : Vous avez fait vous-même l’installation ?

Mickaël Sabbah : Nous avons réalisé le câblage audio et réseau. Cela minimise les coûts et nous permet de connaître l’installation mieux que n’importe qui. C’est l’avantage du fait maison. Pour le système de sonorisation, nous avons participé au choix de la conception. Nous avons bien sûr été accompagnés sur l’installation par Jérôme Lelay et Emmanuel Desault de Nanolink et par Alain Roy qui nous a conseillés et a réalisé le calage du système.

Des gradins amovibles pour plus de polyvalence.

La même salle sans une partie des gradins.


SLU : Comment s’est déroulé l’évolution vers le son spatialisé ?

Mickaël Sabbah : En cherchant constamment à optimiser la circulation du son dans l’espace, l’acoustique a toujours été au cœur de notre réflexion. Nous avons rapidement constaté les avantages d’entourer le spectateur et d’abolir les murs de notre salle, tant par le son que par l’image. L’idée du son spatialisé s’est imposée en 2012, après une réflexion sur la création d’un acousmonium dans cet espace. Inspirés par notre sensibilité à la musique concrète, nous avons commencé avec un petit système artisanal, espérant produire un son immersif.
En 2017, grâce à des efforts considérables et au soutien de la Région Île-de-France, de la mairie de Paris et du Centre National de la Musique, nous avons lancé les premiers travaux pour concrétiser notre vision. La première étape consistait à isoler correctement la salle, à traiter son acoustique et à la rendre modulable pour faciliter les nouvelles interactions entre scène et immersion. Malgré les défis techniques, nous avons respecté l’histoire, le patrimoine et l’architecture du lieu, ce qui a finalement permis d’obtenir une acoustique presque parfaite.
En 2019, nous avons commencé le câblage. Le confinement de 2020 a marqué un tournant, nous offrant l’opportunité de finaliser cette transformation. Nous avons investi dans des enceintes NEXO et adopté le système FLUX pour la spatialisation sonore. Nous avons également installé un nouveau plafond technique pour accueillir les enceintes, suivi du câblage son et réseau. Grâce à notre création en résidence, « Trans_Human_Art », qui a servi de cobaye, nous avons pu tester, stabiliser la technologie et développer l’aspect artistique.

SLU : Comment gères-tu le mix objet ?

Tristan Ligen : Quand il s’agit de musique en direct ou de bandes sons, j’utilise les bus de la console, mono et stéréo, comme envoi dans le logiciel SPAT. Ils alimentent respectivement des objets mono et stéréo.


La régie condense tous les contrôles dans un espace ultra réduit.


SLU : Et pour le théâtre ?

Tristan Ligen : Pour le théâtre, j’utilise QLab pour la gestion des sons. Dans ce cas-là, je ne passe même pas par la console, J’envoie directement de Qlab dans SPAT.

SPAT de Flux pour le process du son spatialisé.

Comme il est dans le même ordinateur, j’utilise le plug-in SPAT Send qui permet de relier directement en audio les deux logiciels. Je retrouve mes sources Qlab dans SPAT où je réalise mon mix objet.

Plus besoin de console dans ce cas, les outils de Qlab et du SPAT suffisent. Quand nous faisons de la création, j’utilise aussi le logiciel Reaper dont j’envoie directement les pistes dans des objets de SPAT.


SLU : Le mix objet est débrayable ?

Tristan Ligen : Oui, je me suis fait une sécurité en cas de soucis sur le mix objet. Les sorties gauche droite et mono de la console sont routées vers les deux enceintes latérales et le sub ce qui permet de repasser tout de suite sur une stéréo en cas de problème.

SLU : Vous incitez les productions à utiliser le son spatialisé ?

Mickaël Sabbah : Si nous avons juste des événements comme par exemple des cours de chant, dans ce cas la stéréo est peut-être plus simple, Mais sur pratiquement tous les spectacles, nous sommes en son spatialisé et cela ne pose aucun souci.

Tristan Ligen : Pour l’instant, la plupart des spectacles hors résidence arrivent encore avec juste une simple bande son. Je me retrouve avec un simple objet stéréo dans SPAT, toutefois ceci suffit à améliorer sa diffusion.


En théâtre, c’est QLab qui commande !

SLU : Et pour du théâtre avec différentes sources ?

Tristan Ligen : La plupart des compagnies arrivent avec des sons mono et stéréo. Prenons cet exemple, une scène où les comédiens devaient être face à la mer. Nous mettons en place un éclairage de salle type mer et nous diffusons l’ambiance de mer proposée à l’arrière, puis tous les autres sons en frontal ou en latéral. Cette simple distribution immersive des sons apporte déjà beaucoup plus qu’une simple diffusion gauche-droite, sans avoir besoin d’aucun travail supplémentaire de production.

SLU : C’est un plus indéniable pour une petite structure comme la vôtre ?

Tristan Ligen : Ce qui est intéressant dans l’accueil avec du son spatialisé, c’est que même avec de la mono et de la stéréo, nous allons pouvoir exploiter l’immersif. Ce n’est pas difficile à mettre en œuvre et les productions peuvent ainsi bénéficier d’une diffusion vraiment améliorée de leurs illustrations sonores.
Nous leur proposons différentes options de spatialisation et ça fonctionne rapidement. Sur une représentation de Ionesco, nous avons fait rentrer les sons du Rhinocéros par la porte de la salle, c’était simple à faire et le résultat était impressionnant. Et tout cela sans rien avoir à préparer, en utilisant simplement le matériel sonore existant.

SLU : Quel type d’algorithme de spatialisation utilises-tu ?

Tristan Ligen : J’utilise essentiellement du KNN. Nous n’utilisons pas de WFS. Avec le KNN dans SPAT, je peux quantifier la proportion d’enceintes affectées par le panoramique pour un contrôle parfait de la spatialisation. Ce type d’algorithme ne dépend pas d’un emplacement idéal, ce qui permet d’offrir une cohérence d’image sonore pour l’ensemble du public.

SLU : Comment cela se passe-t-il, maintenant, avec les compagnies de théâtre ?

Tristan Ligen : C’est très simple. Avant la mise en place de notre système spatialisé, les compagnies souhaitant travailler une spatialisation sonore arrivaient avec leurs propres enceintes de multidiffusion, nous les mettions en place et on faisait le spectacle. Maintenant nous les rappelons et les invitons à venir sans leurs enceintes.
Nous avons tout ce qu’il leur faut et nous sommes prêts. Elles sont, bien entendu, ravies. En revanche en musique, l’utilisation de l’immersif, uniquement s’il y a intégration de mouvement, doit passer par un temps de conception.


Les sources mono et stéréo attaquent la “room” de SPAT, pour ressortir vers la diffusion.

SLU : Cela change-t-il ta façon de travailler ?

Tristan Ligen : Je me suis approprié le mixage spatialisé petit à petit. L’accompagnement des compagnies en résidence ici permet aussi d’acquérir une très bonne maîtrise de l’outil car nous avons le temps de répondre à de nombreux cas de figures et sollicitations des créateurs. Je trouve qu’avec une sonorisation spatialisée, nous ramenons le son à des concepts d’espaces proches de lumière. Je trouve des similitudes à faire du son comme je fais de la lumière.

SLU : Comment organises-tu ton mix objet dans SPAT ?

Tristan Ligen : Il n’y a pas d’exception, tout passe par SPAT (sauf si on me demande des retours de scène). J’utilise deux configurations de base. Pour la musique, il me paraît important de garder la console dans le processus.
Je route donc tous mes bus mono et stéréo de la console vers des objets de SPAT et je gère ainsi l’envoi de mes différentes sources dans la spatialisation, tout en gardant le mixage au fader disponible, pour moi ou pour l’ingénieur en accueil.

En configuration théâtre, j’utilise le logiciel QLab pour la lecture des éléments sonores et route directement les sons depuis QLab dans SPAT en utilisant le plugin d’envoi de SPAT sur la même machine. Pour le théâtre je n’utilise donc plus la console sauf quelques cas particuliers, une pièce de théâtre nécessitant un micro par exemple.


Les trajectoires de déplacement sont facilement programmables en OSC dans QLab.

SLU : Comment contrôles-tu le déplacement des objets ?

Tristan Ligen : C’est très simple, je rajoute des lignes OSC dans ma programmation. Cela me permet de définir très facilement un placement ou un déplacement depuis QLab.
Je me suis créé des petits scripts en OSC que je peux réutiliser très rapidement pour commander le SPAT.
Par exemple je peux couper une réverbération ou effectuer des mouvements basiques. Je crée aussi des snapshot du SPAT dans QLab que je peux rappeler. Je me suis ainsi fait ma propre boîte à outils.

SLU : Quel procédure de création immersive proposez-vous aux artistes

Tristan Ligen : Nous leur proposons d’utiliser SPAT qui leur permet de préparer leur spectacle en amont grâce à une réduction en binaural, tout en prenant en compte la configuration d’enceintes du théâtre que nous leur fournissons. Nous faisons ensuite des ajustements pour exploiter directement leur spatialisation sur notre système.


Le son spatialisé permet une meilleure maîtrise de la pression.

SLU : Le spatialisé a-t-il une incidence sur le niveau sonore dans la salle ?

Tristan Ligen : Dans la salle nous n’avons jamais de forts niveaux, mais je remarque que j’ai tendance à la faire diminuer, Ce qui est flagrant, c’est le gain en intelligibilité sur les voix et c’est important pour notre activité.

L’incidence sur le temps de travail est aussi incomparable. Nous réduisons le temps de répétition. Nous diminuons aussi, et c’est important pour notre voisinage, de manière importante les émergences et les nuisances sonores.

SLU : Comment gères-tu les espaces réverbérés ?

Tristan Ligen : Utiliser les réverbes de la console ou des modules externes peut être intéressant dans le cadre d’une production musicale. Mais dans le cadre d’une prestation live et de représentations théâtrales comme ici, ce n’est pas toujours nécessaire.
J’utilise de plus en plus la réverbération de SPAT à la place de celle de la console, parce qu’elle est cohérente et extrêmement fine. Je la fais varier si nécessaire et je peux créer de très beaux espaces. Les presets des différentes réverbérations de SPAT me permettent de répondre parfaitement aux demandes du théâtre.

SLU : La couleur est-elle respectée pendant des mouvements d’objets ?

Tristan Ligen : Entre les ID24 et les ID14, nous n’avons pas tout à fait la même réponse en fréquence. On peut le sentir dans les déplacements mais ce n’est pas extrêmement flagrant. Dans une petite salle comme ici, nous ne sommes pas trop confrontés à ce problème.

SLU : As-tu remarqué une différence sur la dynamique ?

Tristan Ligen : C’est difficile de répondre car nous avons installé en même temps le SPAT et nos nouvelles enceintes NEXO. Ce que je peux affirmer, c’est que je ressens très peu le besoin de traiter la dynamique.

SLU : En situation d’accueil, comment cela se passe-t-il avec l’ingénieur ?

Tristan Ligen : Cela dépend de ce qu’il veut faire. S’il veut travailler sur le SPAT, je dois lui faire une formation rapide et lui mettre à disposition les outils nécessaires. Mais la plupart du temps, l’ingénieur préfère être derrière la console son, et je m’occupe des objets.
Nous pouvons aussi rajouter des enceintes si nécessaire sur un spectacle, suite à des besoins particuliers. C’est une manipulation facile à faire dans SPAT, avec en plus la souplesse de pouvoir exploiter toute type et marque d’enceintes.

SLU : Et avec le metteur en scène ?

Mickaël Sabbah : Le concept du son immersif transcende les frontières traditionnelles de la création artistique en offrant une véritable révolution dans la manière dont nous percevons l’espace sonore. En effaçant les barrières physiques du décor, le son devient une force motrice, permettant de redéfinir les limites de l’expérience théâtrale. Désormais, l’auteur ou le metteur en scène n’est plus tenu par les contraintes matérielles du plateau ; il peut concevoir des univers sonores infinis, peuplés de personnages et de paysages sonores riches et évocateurs.

Pour mieux saisir l’ampleur de cette transformation, il suffit de se tourner vers les pièces radiophoniques, où chaque bruit, chaque souffle, chaque murmure contribue à créer une atmosphère immersive et captivante. Dans ce contexte, le rôle du metteur en son devient crucial, car c’est lui qui donne vie à ces univers sonores complexes et enchanteurs.
Ainsi, le son immersif, en libérant l’imagination des créateurs et en offrant aux spectateurs une expérience théâtrale totalement immersive, ouvre de nouvelles perspectives artistiques.


Le bar du Théâtre du Temps passera sûrement lui aussi en immersif.

SLU : Quelles sont vos prochaine évolutions ?

Mickaël Sabbah : Ce qui me manque le plus maintenant, c’est la notion d’élévation. Nous allons travailler sur l’ajout d’un dôme sonore pour le haut et trouver une solution pour donner l’impression d’un son qui vient de dessous. Nous allons aussi améliorer l’arrière en ajoutant deux autres enceintes prochainement.

Tristan Ligen : J’aimerais bien pouvoir expérimenter, si on sonorise les comédiens sur scène et leur déplacement dans le SPAT, la possibilité de faire des captations en binaural et de recréer la diffusion du théâtre en pièces radiophoniques. Cela donnera encore plus l’envie d’écouter des pièces de théâtre. J’ai aussi écouté des configurations Dolby Atmos converties pour le binaural, ce qui peut être une solution vraiment performante.

SLU : Avez-vous entrevu des limites au système ?

Mickaël Sabbah : En plus de la spatialisation, nous aimerions pouvoir simuler une cathédrale, une grotte, etc… Il nous faudrait encore un peu plus d’enceintes et avancer sur la notion de captation avec des micros fixes pour faire de l’acoustique active. On voudrait également activer la licence supérieure de SPAT pour disposer de plusieurs rooms. Enfin ce serait bien de pousser le concept jusqu’à spatialiser aussi notre bar au sous-sol et notre accueil. Mais là encore, il va falloir attendre un peu.

SLU : D’autres idées d’immersions ?

Tristan Ligen : Oui, par la vidéo. Nous avons testé de la multi projection sur tous les murs, notamment pour la pièce immersive Trans_Human_Art. Nous arrivons à le faire en bricolant. Nous jouons les vidéos par QLab et nous lions SPAT par de l’OSC ce qui nous permet de spatialiser nos objets sonores par rapport à la vidéo. Si le résultat est correct, nous étudions bien sûr des systèmes beaucoup plus performants et intégrés.

Immersion conclusive

Le son spatialisé, en ouvrant de nouveaux périmètres artistiques, est un apport considérable pour une salle, même de format réduit. Le Théâtre du Temps nous démontre qu’il est possible de mener progressivement cette évolution technique, avec une mise en œuvre qui reste simple et un budget bien maîtrisé.

Pionnier de sa catégorie en proposant un système de spatialisation sonore dédié au spectacle vivant dans une structure de production économiquement abordable, il affirme encore plus son charme inclassable associé à la démarche créative et visionnaire de ses animateurs, dont il revient de saluer la volonté de rendre populaire et accessible le meilleure de la technologie aux artistes et créateurs émergents.

D’autres informations sur :

– Nanolink
– Theatre du Temps
– NEXO
– Flux

Crédits -

Texte et Photos : C. Masson

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