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Recréer une caverne sur le pont neuf, un défi gonflé imaginé par JR en hommage à Christo et Jeanne-Claude

Texte : Allison Cussigh – Photos : Allison Cussigh, CANAL LED

Il y a 40 ans, le Duo d’artiste Christo et Jeanne-Claude auteur d’œuvres monumentales éphémères empaquetait le Pont Neuf dans plus de 40 000 m2 de toile, retenue par de la corde et des chaînes d’acier.
Pour leur rendre hommage, l’artiste JR a imaginé une sculpture gonflable géante transformée en caverne immersive, avec bande-son de Thomas Bangalter (Daft Punk), diffuseur d’odeur de terre humide et expériences de réalité augmentée Snapchat. Une occasion unique, pour les Parisiens et visiteur du monde entier, de vivre une réinterprétation éphémère du plus vieux pont de la capitale.

Pendant trois semaines, le pont Neuf s’est paré d’une œuvre monumentale imaginée par JR. L’artiste a souhaité offrir une expérience inédite décrite comme une parenthèse dans un univers technologique. La fragilité de cette construction quasiment artisanale, avait pour vocation de ramener les Parisiens et visiteurs du monde entier à eux-mêmes.

Le projet marque par son caractère monumental avec ses 120 mètres de pont support d’une structure gonflable évoquant une caverne aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur avec la possibilité de se balader dans un couloir caverneux et d’interagir avec, via trois points d’animation Snapchat. L’entrée se faisait depuis le quai de l’Horloge, sur l’Île de la Cité, et les visiteurs ressortaient quai du Louvre et ce 7 J/7 et 24h/24, du 6 au 28 juin 2026.

L’éclairage et la distribution électrique sont signés CANAL LED avec le concours d’une équipe de techniciens Magnum. Fabrice « Tom » Azoulay est designer lumière, Antoine Planchais et Basile Leclerc pupitreurs ; Olivier Zaffran et Romain Louvier assistants lumière, et c’est une équipe de techniciens de Dushow qui a installé les projecteurs.

La Caverne JR 2026 Fabrice Tom Azoulay Antoine Planchais Olivier Zaffran
(De gauche à droite) Fabrice ‘Tom’ Azoulay, Directeur de CANAL LED et designer lumière du projet, Antoine Planchais, pupitreur grandMA3, et Olivier Zaffran, assistant lumière.

Les réglages se sont déroulés sur 6 jours et 2 nuits. Tous ont défié les éléments pour assurer un travail remarquable et le succès était au rendez-vous malgré les aléas météo qui ont obligé les équipe à démonter puis remonter le matériel afin de remplacer la toile déchirée par le vent et ensuite refaire les réglages dans un temps record pour que l’œuvre puisse accueillir le public comme prévu.

SLU : Est-ce que cette installation a été bien accueillie par les Parisiens qui peuvent être un peu râleurs parfois ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Par rapport à d’autres projets je pense que ça s’est bien passé.

Une double toile structure la caverne

La Caverne JR 2026 Plan
Le plan de la Caverne

La coque extérieure est une structure en pression positive (gonflée), composée de « boudins » d’air, sur le même principe qu’un château gonflable pour enfant. JR a ensuite habillé cette coque d’un décor en trompe-l’œil représentant des montagnes. Le tunnel intérieur contrairement à la coque, est composé d’une toile qui fonctionne en dépression (l’air est aspiré et non soufflé), ce qui crée une sorte de vide qui lisse et tend la toile pour lui donner des formes arrondies.
Des sacs remplis de sable au sol servent de lest pour ancrer la toile et accentuer ses contours. Quand on entre dans les galeries intermédiaires qui donnent accès aux coulisses, il faut faire vite, car l’ouverture des portes fait rentrer de l’air et la toile se détend. Cette conception est signée Air Toile Concept, une société française située en Bretagne, spécialisée dans la fabrication d’objets gonflables.

Pour l’éclairage, le fabricant s’est coordonné avec CANAL LED. Tom explique : « L’artiste voulaient des rendus contrastés. Certaines salles, spécifiques à Snapchat nécessitent un haut niveau d’intensité lumineuse pour que les effets soient suffisamment visibles à travers les lunettes de réalité augmentée et idem sur les applications pour smartphone. Nous leur avons donc formulé la demande que les toiles côté coulisses soient blanches pour mieux refléter la lumière. »

SLU : Quelle était la difficulté de cette installation ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Nos réglages fonctionnaient pour une installation en tension. Il fallait veiller à ce que la toile reste sous dépression constante pour qu’elle ne crée pas de points chauds en se rapprochant des projecteurs et donc veiller à ce que les portes menant aux galeries attenantes restent fermées.

Une fois la « coque » gonflée et recouverte de sa toile de décor extérieure, l’équipe a monté le couloir intérieur permettant aux visiteurs de se déplacer dans un espace subtilement labyrinthique.

Air Toiles Concept (ATC) est une entreprise bretonne spécialisée dans la fabrication de structures et de décors gonflables et textiles sur mesure pour l’événementiel et le marketing, avec une empreinte « Made in France » revendiquée. Basée à Plougoumelen, dans le Morbihan, tout près de Vannes, la société existe depuis trente ans et accompagne des événements sportifs, culturels et festifs en alliant créativité et expertise technique, avec un engagement pour des matériaux durables et des encres vertes. ATC s’est bâti une solide réputation dans le monde en accompagnant de grandes marques, de la conception du design à la réalisation technique.

Conception lumière Intérieure

Deux expériences constituent la Caverne : Une expérience de réalité augmentée qui fait entrer les spectateurs dans un monde numérique, fantomatique et un peu techno du projet. Et une sculpture de toile imprimée, hors norme avec un rendu massif à l’extérieur qui contraste avec le labyrinthe à l’intérieur. Lors de ma visite la chaleur ambiante est déjà très élevée en ces jours de canicule et sans des projecteurs à source LED ce projet n’aurait certainement jamais pu aboutir.

Des tests à l’échelle 1 ont été réalisés dans un hangar de l’aéroport d’Orly.

 

Fabrice Tom Azoulay
Fabrice ‘Tom’ Azoulay, directeur de CANAL LED et designer lumière du projet.

SLU : Comment s’est passée la préparation de cette sculpture ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Nous, avons réalisé des tests à l’échelle 1 dans un des hangars de l’aéroport d’Orly (ADP). Ce sont des bâtiments qui offrent des volumes immenses car ils sont à la base destinés à remiser les avions. Avec JR et Camille Pajot, son directeur artistique, nous avons choisi un design lumière qui accompagne les visiteurs jusqu’à certaines zones dites « Snapchat ».

Ces points d’attention sont plus éclairés que le reste et on peut y chausser ses lunettes de réalité augmentée ou utiliser son téléphone pour regarder des animations à thème parmi lesquelles une danseuse, des chauves-souris qui s’approchent et un visuel qui décomposait le déplacement des personnes situées autour.


SLU : Qui a développé ces animations ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Elles ont été imaginées par trois équipes différentes basées à Paris, Los Angeles et Londres. Elles permettent aux visiteurs d’avoir un échange avec la grotte.

La Caverne JR 2026 Interieur Snapchat
Trois zones Snapchat valorisées par un petit rocher, permettent aux visiteurs de s’approprier cette expérience en scannant le QR code. Pour ces zones un peu particulières, Fabrice a privilégié un éclairage zénithal.

SLU : Quelle était la demande de l’équipe Snapchat pour l’éclairage des zones dédiées ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Ils m’ont demandé de produire un minimum de 50 lux sur ces sites mais nous avons trouvé que le contraste avec le reste de l’œuvre était trop fort. Par ailleurs, les lunettes ne fonctionnaient plus car les couloirs en arrière-plan étaient trop sombres. Pour trouver un équilibre et créer du contraste, de l’intensité et du relief dans l’ambiance lumière générale, j’ai éclairé aussi par le dessus en rétroprojection. Cette lumière zénithale, plus intense, retombe sur la main pour que les effets soient un minimum visibles.

SLU : Comment as-tu travaillé ta lumière et avec quels projecteurs ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : On joue par touches de lumière pour souligner certaines zones de la toile afin de rendre les stalactites et les stalagmites plus saillantes ou creuser les crevasses peintes sur la toile. Cela demandait un certain niveau de précision et je suis content du résultat car on ne voit aucuns projecteurs ni même leur faisceau grâce au travail de rétro projection que nous avons fait. Pour cela j’utilise des Barres Led Chorus Line (RGBW, zoom 4°-40°, motorisées en tilt), des Wash Rayzor 760 (7 sources RGBW, Zoom 5°-77°, pan-tilt continus) et des Profile Picasso Elation.

Ils sont disponibles en quantité suffisante chez Dushow et c’est une marque que CANAL LED distribue elle-même depuis plusieurs années. De plus nous avons installé 137 Apoled, qui sont des panneaux LED d’éclairage de service tout le long du tunnel et sur demande de la commission de sécurité, pour disposer d’une certaine intensité en cas d’évacuation.

Au centre du pont une salle avec un point un peu moins éclairée, par contraste, excave une crevasse pour la mettre en valeur.

SLU : C’était facile de faire ton plan de feu pour éclairer cette architecture très empirique et difficile à prédire finalement ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : J’ai choisi ces projecteurs et leurs placements à la suite de nos tests à Orly tout en restant flexibles au moment de l’installation quand certaines options étaient plus intéressantes. Par ailleurs nous sommes obligés de garder un passage libre de tout obstacle sur une des deux galeries. En moyenne nous n’avons qu’1 mètres voire 50 cm de recul pour notre kit au sol.

Pour assurer l’éclairage d’un des points Snapchat et optimiser le rendu, Fabrice a prévu des Chorus Line, des Rayzor et des Picasso. Il tape sur la toile supérieure en point chaud pour éclairer la toile du tunnel en réflexion. La surface côté « pile » prévue volontairement blanche l’aide dans ses besoins.

SLU : Je vois que rien n’est en accroche

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : Il y a des arches anti-effondrement formées par des structures métalliques qui assurent la sécurité pour évacuer au cas où la toile extérieure devait s’effondrer. Mais nos interlocuteurs : les commissions de sécurité, la mairie et les quais ne nous autorisaient pas à y accrocher quoi que ce soit.


Présentation vidéo

 

Conception lumière extérieure

SLU : Sur quel logiciel avez-vous fait vos prédictions ?

Antoine Planchais : Un travail de modélisation 3D a été fait sur Depence pour vérifier l’éclairage extérieur à partir d’un scan du pont et des fichiers 3D de la structure. Cela nous a permis d’obtenir les bonnes photométries à partir de la texture du prototype et de vérifier si les angles et la position des tours étaient bons. Malheureusement les tours sont à 150 mètres ce qui est loin et cela nous a fait perdre en intensité surtout lors de l’utilisation de prisme.

La Caverne JR 2026 Exterieur Alcove Tour
A l’extérieur, 3 Rayzor 760 placés dans les niches du pont et deux tours de 10 mètres supportant chacune 8 Proteus Maximus, éclairent l’œuvre la nuit.

SLU : Comment éclaires-tu le pont ?

Fabrice ‘Tom’ Azoulay : On ne fait que du décrochage car on ne pouvait pas atteindre les extrémités, les faisceaux étant bloqués par les arbres. Sur certaines zones je joue avec le prisme mais globalement nous avons fait attention de ne pas dépasser le haut des cimes ou de passer sur les signalétiques de navigation en utilisant le module couteau pour qu’il n’y ait pas de pollution lumineuse dans cet environnement dense en habitations et en circulation sur la Seine.

En utilisant le module couteau, l’éclairage prend soin de ne taper ni sur la Samaritaine ou les habitations, ni sur la signalétique fluviale situées dans le champ de projection.

Pupitre, électricité et infrastructure

SLU : Le show est contrôlé en GrandMA3 soft 3, que penses-tu de cette console ?

Antoine Planchais : Nous sommes en version 2.3 du soft. La dernière mise à jour est arrivée tard mais c’était suffisant pour maîtriser les fonctionnalités avancées de la console qui permettent de travailler en même temps sur les mêmes mémoires mais et sans se gêner l’un l’autre.

La Caverne JR 2026
Deux consoles grandMA 3 soft 3 en réseau ont permis aux équipes d’encoder le design en multi user. Une souplesse de travail rendue possible grâce à une des nouvelles fonctionnalités du soft 3 qui offre aux opérateurs un gain de temps considérable.

SLU : Qu’en as-tu pensé ?

Antoine Planchais : On est sur un travail collaboratif et MA Lighting est le seul système qui le permet. Si une console se déconnecte du réseau, l’autre a déjà enregistré le show en cours dans son backup car il est commun et qu’elles dialoguent ensemble en permanence. Ça permet aux pupitreurs de travailler ou d’isoler une partie des projecteurs sans se gêner. Ça a aussi l’avantage de permettre d’utiliser sa propre interface de contrôle, c’est-à-dire son user, avec lequel on a ses habitudes et franchement c’était très plaisant.

CANAL LED a également géré la distribution électrique de l’installation : les armoires électriques dans chaque alcôve du pont, réparties sur cinq TGBT, les liaisons avec Enedis, ainsi que la communication technique avec la mairie de Paris concernant l’électricité et la puissance nécessaire, via le prestataire Magnum. En plus de l’installation, le courant alimente les souffleries présentes tout du long pour gonfler la coque, alimenter le système son, les alarmes, le désenfumage en cas d’incendie, les compteurs d’entrée/sortie de visiteurs et les portiques de sécurité.
Fabrice explique : « Nous avons réussi à trouver du courant avec l’aide de Patrick Cécile qui avait eu cette expérience d’en apporter sur le pont neuf pour les Jeux Olympiques. ».


Pour les 40 ans du Pont Neuf Wrapped de Christo et Jeanne-Claude, JR accompagné de Camille Pajot ont signé une installation à la mesure de l’œuvre originale : une caverne gonflable de 120 mètres conçue par les Bretons d’Air Toiles Concept, entre prouesse textile et immersion technologique, sans perdre la fragilité artisanale voulue par l’artiste. Côté lumière, Fabrice « Tom » Azoulay de CANAL LED, assisté d’Olivier Zaffran et de Romain Louvier ont composé avec une architecture souple et imprévisible, les besoins des animations Snapchat et les contraintes de sécurité exigées par la ville.

Rétroprojection de Chorus Line, Rayzor 760 et Picasso d’Elation à l’intérieur, tours de Proteus Maximus pour l’éclairage de nuit. Des équipements portés par une chaîne technique orchestrée par Dushow. La lumière aura sculpté la toile sans fausses notes grâce à l’encodage sur grandMA 3 soft 3 d’Antoine Planchais et de Basile Leclerc. Une caverne en plein Paris, un coup de génie artistique qui aura fait rayonner la ville de Paris pendant trois semaines.

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