Prestataires et développement durable

Le Label Prestadd, pour anticiper

Alors que le Label social fête son 15e anniversaire et compte 450 membres, le Synpase (SYndicat National des Prestataires de l’Audiovisuel Scénique et Evénementiel) propose, depuis une année le label Prestadd, un outil de valorisation du comportement environnemental, social et économique des sociétés de prestation.

Ces questions, dont on sait à quel point elles sont déterminantes dans la prise de marchés publics, commencent à être posées aussi par les donneurs d’ordre du spectacle et de l’événementiel. Prestadd pourrait bien devenir très vite le ”Pass” partout des prestataires.

Mais avant de valoriser le comportement éco responsable et social d’une société qui en a la démarche, il faut le mesurer en répondant à un certain nombre de critères. Le Synpase fait l’inventaire de toutes les questions relatives à ces sujets, un travail énorme, presque deux ans de réflexion, pour tout mettre à plat et proposer un questionnaire très complet.
Y a plus qu’à…pour les sociétés de prestation, répondre à ce référentiel, documents justificatifs à l’appui. C’est aussi un gros travail, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle !

Interview de Philippe Abergel,
délégué général du Synpase.

SLU : Philippe, qui a eu l’idée de ce nouveau label ?

Philippe Abergel : Le Synpase a commencé à travailler le sujet en 2005 en signant la charte d’Eco-événement, un collectif de sept associations et syndicats de l’événement. La démarche était positive mais avançait lentement. C’est difficile d’être rapide quand on est sept à se réunir. C’est Stanislas Surun (Magnum), qui nous représentait à Eco Evénement, qui a donné l’impulsion. C’est Stan le moteur. On l’appelle l’homme vert (rire) !

Nous avons donc vite engagé une personne formée au développement durable qui, pendant un an et demi, a constitué un référentiel bien complet de trente pages sur les trois volets concernés: environnemental, social et économique.
Ce label a été lancé en juin 2011, la première commission d’attribution de Prestadd a eu lieu en octobre 2011 et a décerné le label à sept entreprises.
Nous sommes liés à de nombreux partenaires du spectacle et de l’événement et Ecocert, organisme de contrôle et de certification en matière de développement durable, certifie le référentiel et sa grille de notation.

SLU : De qui est constituée la commission d’attribution du label Prestadd ?

Philippe Abergel : Elle est constituée d’un collège de donneurs d’ordre aussi bien côté événement que spectacle, d’un collège d’entreprises labellisées, et d’un collège d’experts.

Pour les donneurs d’ordre : l’ANAé (association des agences de communication événementielles), le SNES (syndicat des entrepreneurs de spectacles), la ffm2e (Fédération Française des Métiers de l’Exposition et de l’Événement), Les Eco Maires (association des maires pour l’environnement et le développement durable) et AACC (syndicat des agences conseil en communication).

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Les partenaires Prestadd

 

Les entreprises labellisées sont celles qui ont composé la commission du Synpase quand on a commencé à travailler sur les questions de développement durable: Magnum, Contact, Lumière & Son, Côté Cour, L’Usine à 5 Pattes, Scène de Nuit.
Et les experts interviennent dans les domaines couverts par le référentiel : Recyclum (recyclage des lampes), Screlec et Batribox (recyclage des piles) CMB (santé au travail) Good Planet (action carbone), le festival We Love Green, l’association Les Amis du Vent (à l’origine du Festival du Vent), Audiens (protection sociale) et l’Afdas parce que l’on parle aussi formation professionnelle.

SLU : Donc, supposons que je représente une société de prestation et que j’ai bien envie de ce label, comment dois-je procéder ?

Philippe Abergel : Il faut d’abord se rendre sur le site www.prestadd.fr, cliquer sur l’onglet ”je souhaite obtenir la marque Prestadd” et se laisser guider.

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En cliquant sur l’onglet ”Je souhaite obtenir le label Prestadd”, juste un formulaire à remplir pour obtenir de charlotte les codes d’accès à l’espace membre : facile !

 

Charlotte Haroug, le référent Prestadd, communique ses codes d’accès à l’entreprise afin qu’elle puisse accéder à son espace membre où elle trouvera le référentiel qu’il faudra renseigner en ligne de la façon la plus complète possible.

On a fait un site zéro papier et chaque entreprise qui s’inscrit charge tous ses justificatifs en ligne.

SLU : Peux-tu me donner un avant-goût de ce formulaire ?

Philippe Abergel : On a voulu que le référentiel soit vraiment un outil pédagogique – car nos chefs d’entreprise ne sont pas tous des pros en développement durable – et qu’il aborde tous les sujets. Il intègre une partie sociale qui est aussi importante que l’environnement et une partie économique plus light. En gros la répartition est de 40% pour l’environnement, 40% pour le social et 20% l’économie.

En première partie, des questions sur le fonctionnement de la société, afin de savoir par exemple si l’entreprise est propriétaire ou locataire (ce qui forcément va jouer sur ses investissements). Puis des questions sur les consommations énergétiques, car pour l’instant on n’a aucune donnée sur les consos de ce secteur d’activités. Le but c’est que d’ici trois à quatre ans on puisse faire des moyennes ou avoir des idées de consommation par métier.

On rentre ensuite dans le cœur du référentiel de trente pages avec, à chaque réponse, l’ajout d’un justificatif. Il y a aussi des questions sur les transports et pour chaque question une aide assez complète qui liste toutes les filières et options possibles, les informations légales sur tel ou tel point, Il y a aussi des documents de sensibilisation mis à la disposition de l’entreprise.

Une page du référentiel, volet environnemental avec des questions relatives au transport. Notez à droite, la flèche verte pour charger en ligne les justificatif suivant une démarche écologique !

 

Sur le social on essaie d’aller encore plus loin que ce que l’on demande pour le label ”prestataires de services”. On parle de formation, de prévention des risques, de confort des salariés, accidents du travail, exposition aux risques sonores, parité homme/femme, promotion de la diversité avec une charte, politique des ressources humaines, handicap seniors, apprentis, stagiaires.

Une page du volet social. Ici il est question de confort des salariés et de prévention des risques.
L’économie représente 20% du référentiel/ Ici les achats responsables.

Comme c’est un pdf dynamique, l’entreprise peut remplir le formulaire et joindre des pièces au fur et à mesure, et quand elle estime que son dossier est complet, le soumettre à la commission d’attribution.
Charlotte fait alors une pré-notation et identifie les points à soumettre à la commission pour avoir son avis et ensuite la commission majore ou minore la notation par rapport aux discussions.

Le principe pour avoir le label c’est obtenir 50% au moins sur chacun des trois volets.
Si l’entreprise obtient 80% en environnement mais 20% en social, ça ne va pas.

SLU : Quelle est la durée de validité de ce label ?

Philippe Abergel : Le label est attribué pour trois ans, au terme desquels il est renouvelable à condition d’augmenter son score de 10 points, le but étant de s’améliorer.
Sachant qu’après chaque commission, Charlotte fait une feuille de route pour les trois ans à venir où elle identifie les points faciles à améliorer pour aller dans le bon sens.
Donc l’entreprise reçoit son diplôme de labellisé et en même temps la feuille de route qui lui permettra d’avancer.
Le but est vraiment d’amener toute la branche dans la bonne direction.

SLU : Et le coût ?

Philippe Abergel : Nous avons voulu créer un outil abordable et le coût est uniquement destiné à couvrir les frais administratifs. Les frais de dossier, au dépôt de la candidature, s’élèvent à 150 € et le droit d’usage de la marque est fonction du CA de l’entreprise.
Le mini est à 150 € par an jusqu’à un CA de 300 000 €.

SLU : Il faut compter combien de temps en moyenne pour constituer le dossier ?

Philippe Abergel : Constituer le dossier prend du temps car il faut justifier tout le questionnaire.
Magnum a par exemple mobilisé pendant trois semaines à temps plein une personne dédiée à ce projet.

SLU : Vous pouvez proposer une aide à ceux qui le souhaitent.

Philippe Abergel : Oui, le référent Prestadd est là pour les aider, et nous comptons organiser des journées de sensibilisation au cours desquelles ceux qui on demandé l’accès, peuvent venir se faire expliquer les différents points.

SLU :SLU : Prestadd est-il réservé aux titulaires du Label prestataire de service du spectacle vivant ?

Philippe Abergel : Non, ce n’est pas lié et on est assez surpris car il y a des sociétés vraiment hors champ qui nous le demandent. On l’a attribué par exemple à la Compagnie du Mobilier, qui n’est pas vraiment chez nous car elle fait de la location de mobilier pour l’événementiel, mais le référentiel s’adapte bien. Il est large.

SLU : C’est quoi le retour des entreprises qui ont mené la démarche à son terme ?

Philippe Abergel : Un des retours que l’on a porte sur le temps. Mais ça a surtout permis de remettre à plat pas mal de choses en interne, de faire participer tous les salariés car chacun dans son domaine a des choses à dire sur le développement durable. Ca a permis aussi de remettre du lien entre les équipes.

On a des retours supers, sachant que les premiers inscrits – par exemple pour ce qui concerne les flottes de véhicules, les plans de formation – nous ont envoyé leurs tableurs Excel et ont accepté qu’on les mette en ligne pour tout le monde.

Il y a pleins de docs Excel tout fait que les entreprises peuvent télécharger et utiliser pour leurs propres besoins.

Donc long, certes, mais ça remet du lien et ça remet un certain nombre de process à plat.

SLU : Penses-tu que ce label puisse devenir un jour incontournable ?

Philippe Abergel : Ce n’est pas la volonté mais clairement, notre démarche est d’anticiper.

Il n’y a plus un appel d’offre sans dossier de développement durable à remplir. Et dans ce cas, le chef d’entreprise d’une petite société est vraiment perdu.

Du coup, avoir le label Prestadd permettra d’éviter de remplir le dossier développement durable en cas de réponse à un appel d’offre public.

SLU : Que mettez-vous en place pour cela ?

Philippe Abergel : Notre démarche évidemment est de le faire connaître en participant à tous les salons liés à nos enjeux.

Le fait d’avoir les producteurs et les agences d’événement autour de la table permet d’être reconnus par les donneurs d’ordres, c’est important. Nous avons rencontré le ministère du développement durable qui était très intéressé par notre démarche car à ma connaissance nous sommes le premier label sur la prestation de service qui traite vraiment des trois sujets. Le volet social est souvent mis de côté. Il était pour nous incontournable, compte tenu de notre engagement à travers le label social ”prestataires de services”.

Le Grenelle de l’Environnement encourageait les branches professionnelles à créer des labels sur le développement durable, le problème c’est qu’ils sont en retard sur leur planning de lancement de soutien.

SLU : Vous avez prévu une évolution du référentiel ?

Philippe Abergel : Dans ce domaine, il est important de suivre toutes sortes d’évolutions, qu’elles soient technologiques, règlementaires, etc.

Nous réunissons une fois par an un comité d’éthique pour faire le point sur ces éventuelles évolutions et adapter critères et barème de notation.


Si vous êtes sensible à la responsabilité sociale et environnementale de votre entreprise de prestation, si vous pressentez qu’une remise à plat de toutes ces questions peut redonner du lien à vos équipes, vous faire réaliser des économies et préparer l’avenir sereinement, connectez-vous sur le site www.prestadd.fr.

Les entreprises déjà labellisées Prestadd

Crédits -

Texte : Monique Cussigh

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