Pour cette 6e collaboration entre Ben Mazué et le concepteur lumière Philippe Littlejohn, le show qu’il a imaginé et construit selon le thème central de la transparence, évolue entre scène, coulisses et trompe-l’œil vidéo avec choristes et musiciens.
Philippe Littlejohn, l’éclairagiste de la dernière tournée de Ben Mazué raconte : « Nous jouons avec le thème de la transparence en utilisant des écrans semi-transparents. Sinda Tobni, la Co scénographe, a imaginé les pyramides de végétation présentent sur scène et le décor du plan séquence de la Stage B. Elle a aussi imaginé les espaces coulisses du spectacle présents sur les côtés.
Philippe rajoute : « L’atmosphère voulue évoque le théâtre du point de vue de la déco avec des échelles, des flight case en bois et des échafaudages que j’ai ensuite soulignés avec des tubes Astera. Il y a également des spots Astera AX3 pour reprendre certains points et donner de la profondeur. Nous avons aussi ajouté des barres Led Sceptron Martin pour évoquer le néon. »

Le show est donc assez différent de ce que l’artiste a pu proposer à son public par le passé. Par ailleurs il fait le choix d’avoir de nombreux musiciens sur scène avec deux claviers, des percussions, une guitare et le groupe de choristes belges Just Vox participants de la saison 19 de « La France a un incroyable talent », avec qui il est habitué à travailler. Un superbe projet pour lequel le prestataire MPM a géré le son, la lumière et la vidéo.
Trompe-l’œil vidéo : concept et mise en œuvre technique
Par un jeu subtil, un écran central fixe en fond de scène et deux écrans latéraux montés sur patiences qui le prolongent ou le superposent peut diviser l’espace scénique en deux en fonction des besoins. Quand c’est le cas, une vidéo de backstage (B stage) qui remplace la scène réelle, est projetée en trompe-l’œil.
Philippe Littlejohn : Nous créons comme une deuxième scène. La vidéo représente une scène vide avec du matériel qui évoque le théâtre, éclairée par des EclPanel répartis sur le gril, et devant laquelle il parle beaucoup à son public qui est éclairé avec des wash Color Strike M pour créer une continuité avec le trompe-l’œil.
Le contenu vidéo qui donne vie à la scène B a été tourné en résidence en plan-séquence et à taille réelle. Un tour de force rendu possible par D/Lab où travaille Éric Beaupré et Sarah Védie.
Éric Beaupré : Le trompe-l’œil évoque un grand espace vide, comme si les écrans qui le projettent n’existaient pas et que nous étions en backstage. Quand tout s’ouvre, nous retrouvons la scène A avec un deuxième écran en fond de scène.

SLU : Comment s’est passé le tournage en résidence ?
Éric Beaupré : C’était un défi technique car ce sont des plans séquence et donc du one shot en plus d’être en taille réelle. Par exemple on peut voir des violonistes ou des contrebassistes jouer avec lui alors qu’ils ne sont pas réellement présents.
Quand les écrans sur patience s’ouvrent pour laisser place à la scène, Le grand mur de Led en fond de scène intègre un escalier dans sa surface. Florian Didier est à l’intégration de la captation dans le show (régie média serveur). Il explique : « Toute la vidéo est pré-encodée mis à part lors de la descente de Ben Mazué dans le public. Le média serveur Smode est relié en fibre au FOH mais peut être contrôlable à la souris en coulisses derrière la scène.
Pour les dalles LED il y a deux électroniques pour le fond de scène et 4 pour les IMAG (écrans latéraux mobiles) sur tracking, en main et spare pour chacun. Le fond de scène est en coaxial. On sort en fibre ici grâce à une CVT qui renvoie le data dans l’ensemble du mur depuis le haut de l’installation. Pour les IMAG l’équipe utilise un processeur Nova Pro Novastar et part directement en RJ45 en fibre jusqu’aux écrans. »

SLU : D’où est venu l’idée d’intégrer un escalier dans l’écran du fond ?
Florian Didier : Ben monte l’escalier sur certains titres et on voulait qu’il soit intégré au back screen. Là encore, on crée comme un petit trompe-l’œil qui donne l’impression qu’il est en plein milieu de l’image.
SLU : Que projetez-vous sur cet écran ?
Philippe Littlejohn : Il y a des aplats de couleurs choisis en résidence mais aussi des paysages que Ben a travaillés avec Romain Philippon à la Réunion où il a longtemps vécu. Il y a aussi des prises de vues du jardin de son ancienne maison de campagne qu’il a réalisé avec Guillaume Genetet.
SLU : Et qui gère la captation à certains moment du show ?
Florian Didier : Nos Imag sont des médias particuliers car nous ne sommes pas sur une projection de la captation de l’artiste en direct. Nous les appelons comme tel parce qu’ils sont diffusés sur les écrans latéraux mais ils n’en sont pas au sens traditionnel du terme mis à part à certains moments du spectacle où un cadreur suit l’artiste dans la foule. A la réal, tout est déjà encodé pour l’intégrer dans les médias. L’Installation technique spécifie des Dalle Led YesTech MT 3.9/7.8 et un média serveur Smode. L’écran de fond quant à lui est du Polaris Pro 3.9 Absen.
SLU : Comment sont-ils installés ?
Florian Didier : Les écrans arrivent en pièces détachées et sont assemblés sur place. Une partie reste sur ses chariots pour faciliter le montage de la première ligne d’IPN sur roulettes, du câblage et des bumpers. Nous branchons les dalles une fois que l’équipe rig a assemblé les ponts et fait les réglages moteurs. Sur le bas nous avons aussi prévu des bumpers et nous faisons des tests de fermeture pour nous assurer que l’image est complète.
Le design lumière : accompagner l’image sans la dénaturer
Le design lumière de Philippe a pour objectif, entre autres, d’accompagner les paysages projetés dans les écrans. Il explique : « Nous avons choisi d’être sur des couleurs monochromes car il y a de nombreux paysages représentés avec de la verdure présente sur scène. Nous voulions donc rester réaliste et naturel.
SLU : Pour évoquer ces couleurs naturelles, qu’as-tu choisi en lumière ?
Philippe Littlejohn : Je pars souvent sur un sépia dans les tonalités rosées orangées qui donne une teinte à la verdure que je qualifierai de « champs ». J’utilise aussi du jaune pastel qui tire vers le vert.
Sur le pont de face, on trouve des strobe/wash Color Strike M Chauvet dirigés vers le public et des Robe Forte LTX contrôlés par RoboSpot pour la face. Au manteau du Forte et du Color Strike M mais aussi 2 pods avec des soft light EclPanel Prolights qui ne bougent pas en automation. Sur le LX3 il y a du Zonda FX. Pour accompagner les représentations de nature en vidéo, Philippe s’est tout de suite tourné vers les Ayrton Zonda. Ils sont en version FX (Liquid Effect) mais il n’utilise pas cet effet sur ce show.
Il explique : « Le Zonda a une colorimétrie incroyable comparé à de nombreux autres projecteurs à synthèse de couleur additive et je l’adore pour ça. Ce projet avait besoin d’une belle colorimétrie car j’utilise souvent des pastels. Par ailleurs, ce sont des projecteurs puissants et je n’ai pas connaissance de wash plus puissants, et avec un tel diamètre, que le Zonda. C’était un point important pour pouvoir passer au-dessus des écrans vidéo sans dénaturer ou écraser la vidéo. Nous avons fait des tests à de faibles valeurs de gradation et j’étais déjà surpris par sa luminosité. D’ailleurs à 2 %, en bleu UV, ça passait déjà à travers les écrans. »
SLU : Tu as prévu de passer sur l’Argo 6 en festival.
Philippe Littlejohn : Oui, il est plus compact et léger ce qui est adapté en configuration festival. L’écran de fond de scène sera plus petit et ce kit adapté nous permettra de réduire le poids de l’installation PRT tout en conservant la colorimétrie Ayrton qui est magnifique.
Le Zonda est un projecteur wash multisource à LED reconnu pour sa large surface de lentilles de 384 mm de diamètre et sa colorimétrie particulièrement fine, capable de restituer des teintes pastel avec précision tout en développant un flux suffisamment puissant pour rivaliser avec un écran vidéo grâce à ses 37 sources LED RGB+W de 40 W pouvant produire jusqu’à 25 000 lumens. L’Argo 6, décliné dans un format plus compact et plus léger avec 19 sources RGB+W, reprend cette même signature colorimétrique Ayrton tout en facilitant le transport et le rig, un atout recherché en configuration festival.
SLU : Enfin, on trouve des profiles Forte pour assurer les latéraux.
Philippe Littlejohn : Ben est éclairé assez simplement avec sa poursuite et parfois avec les latéraux en Forte.
SLU : Tu as choisi le Robe RoboSpot associé à des Forte LTX pour assurer la poursuite.
Philippe Littlejohn : Pour éclairer une ou deux personnes, le RoboSpot associé à des iForte LTX me paraissait plus adapté qu’un système de poursuite automatisé qui peut décrocher si l’artiste passe derrière des mottes sur scène par exemple. J’ai eu de mauvaises expériences avec ce type de système, même si je reconnais que c’est préférable pour éclairer une dizaine de personnes sur scène.
Le Forte embarque un moteur LED de 1 000 W pour un flux de 50 000 lumens avec une plage de zoom de 5° à 55°. Le iForte LTX, version longue portée, IP65, avec lentille de sortie de 245 mm de diamètre, étend son zoom de 3,5° à 52° (jusqu’à 0,7° en longue portée) et produit un flux de 55 000 lumens.
SLU : Tu utilises les Color Strike M derrière les mottes de végétation sur scène pour les mettre en valeur.
Philippe Littlejohn : J’ai mis beaucoup de contres pour éclairer les mottes. Les Color strike M produisent une lumière diffuse que je trouvais adaptée. Je m’en sers uniquement en wash, jamais en strobe.
SLU : Tu as aussi spécifié un des projecteurs phare du moment, Le PXL Curve Chauvet accrochés en ligne continue à contre.
Philippe Littlejohn : C’est un bon projecteur dont je me sers avec parcimonie sur des moments précis pour éviter un effet « kermesse ». Ils sont utilisés quand cela apporte quelque chose au texte. Ben écrit très bien et nous prenons soin de l’accompagner avec une lumière discrète.
Le PXL Curve 12 Chauvet est une barre LED motorisée composée de 12 têtes RGBW de 45 W indépendamment motorisées en tilt, avec un zoom allant de 5,7° à 36,3° pour un flux total de 5 807 lumens.
Pupitre et workflow créatif : le passage à grandMA3
Pour ce projet, Philippe s’est posé la question de basculer du soft2 au soft3 de la grandMA3 et malgré une certaine appréhension, il s’est lancé, accompagné par Michael Dedi Vierzon (Alien studio). Il a finalement passé le cap sans regrets.
SLU : Comment as-tu vécu le passage du soft 2 au soft 3 ?
Philippe Littlejohn : Pour moi ça a été compliqué de faire ce choix mais grâce à Michael avec qui j’ai encodé le show et qui m’a encouragé à le faire, j’ai passé le cap. Je me suis gardé une porte de sortie mais après une journée ou deux et grâce à ses explications, j’étais assez à l’aise pour continuer et finalement ça s’est très bien passé.
SLU : Quelle est ton impression générale aujourd’hui ?
Philippe Littlejohn : J’ai bizarrement plus mes repères sur la 3 que la 2. Elle possède de nombreuses fonctionnalités très utiles comme la construction des effets qui est totalement différente du soft 2 mais que je trouve plus logique en 3.
SLU : Quelles nouvelles fonctionnalités t’ont particulièrement plu ?
Philippe Littlejohn : Il y a les Recipes qui sont très intéressantes pour retravailler ses tableaux et séquences en festivals et qui font gagner du temps grâce aux groupes.
SLU : Est-ce que ça t’a aussi aidé dans ton processus créatif ?
Philippe Littlejohn : Dans le cas où un titre est encodé sur une séquence mais que quelque chose ne convient pas, on peut changer la couleur, la position, le zoom beaucoup plus facilement que sur la 2. Nous avons eu besoin d’enlever des projecteurs pour jouer au Liberté à Rennes parce qu’on était trop lourds ; et la réadaptation du show était simple avec ces Recipes.

Ce quatrième projet mené avec Ben Mazué confirme le dialogue artistique qui s’est créé avec son concepteur lumière Philippe Littlejohn, pour marier subtilement lumière et vidéo. Autour de lui, une équipe passionnée a donné corps à cette scénographie entre théâtre et trompe-l’œil : Éric Beaupré à la direction artistique et Sarah Védie en gestion de projet ont orchestré le tournage en résidence d’une partie des séquences vidéo, tandis que Florian Didier, en régie média serveur, a assuré leur intégration millimétrée au show, jusqu’à cet escalier en trompe-l’œil qui semble happer l’artiste dans l’écran.
Côté matériel, le prestataire MPM a fourni un plateau technique à la hauteur des ambitions du projet : les Ayrton Zonda, choisis pour leur colorimétrie et leur puissance, enveloppent la scène sans jamais écraser l’image vidéo, épaulés par les Robe iForte LTX pilotés en RoboSpot pour les poursuites, les Color Strike M en contre, quelques touches de PXL Curve, ainsi que les Astera Titan Tube et les Martin Sceptron qui soulignent échafaudages et flight case en bois.
Pour l’image, les dalles Yes Tech montées sur patience et pilotées par un média serveur Smode offrent une modularité précieuse entre scène A et B tout en s’associant très bien avec les dalles Polaris de chez Absen en backscreen. Un habillage technique au diapason de l’écriture sensible de Ben Mazué, où chaque outil, de la grandMA3 nouvellement adoptée par Philippe Littlejohn aux paysages tournés à la Réunion, sert avant tout l’émotion et la transparence recherchées par l’artiste et son équipe.













