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Flux:: chez Harman, ça barde !

Texte : Ch. Masson - Photos : Ch. Masson, Flux::, divers

Dans le hall de l’ISE 2026 réservé aux présentations live, nous entrons chez Harman. Un système JBL immersif, propulsé par la dernière version de SPAT Revolution, est en action. La démo est impressionnante de clarté, de pertinence, d’impact sonore, au point de se dire … Flux:: c’est une belle histoire.

Que ce soit pour la mesure, avec Pure Analyzer, les traitements dans notre station de travail préférée avec les plug-ins comme EVO Channel, ou pour la spatialisation sonore avec SPAT Revolution, Flux:: délivre depuis toujours des outils de premier ordre, taillés pour répondre exactement aux besoins, tout en ouvrant de grands champs d’action. Cette approche visionnaire n’est sans doute pas le seul argument ayant contribué à son acquisition par Harman Pro en 2023, mais désormais intégrée dans un groupe bénéficiant de puissantes ressources de développement, elle prédit à Flux:: un avenir d’innovations et de performances.

Gaël Martinet (Photo E. Malot)

Deux ans plus tard, c’est le bon moment pour faire le point avec, en avant-première, les nouvelles versions de MIRA et de SPAT Revolution. Et nous avons la chance de le faire avec son fondateur, Gaël Martinet.

SLU : Bonjour Gaël, c’est un long chemin parcouru depuis la création de Flux:: en 2006

Gaël Martinet : Une belle histoire mais qui n’a pas été si simple. J’ai toujours bataillé pour la reconnaissance de ma marque et de mon entreprise. J’ai dû créer des produits innovants pour en garantir leur succès et en permanence trouver les ressources financières pour les développer.

SLU : Donc beaucoup de contraintes ?

Gaël Martinet : Le résultat des ventes n’était pas immédiatement au rendez-vous. La seule solution de financement était pour moi de développer pour des entreprises tierces. Même si ceci concernait des projets qui me plaisaient, ça vampirisait mes propres ressources et freinait la création de produits. Quand tu te bats pour faire émerger ta marque, ce qui était le cas, et que tu vois que d’autres concurrents te passent devant parce qu’ils n’ont pas les mêmes problématiques financières, c’est toujours un peu difficile à vivre.

Solera, l’un des premiers plug-in Flux::

SLU : Flux:: était pourtant déjà une marque reconnue ?

Gaël Martinet : Au bout de 20 ans, nous avions obtenu une espèce de reconnaissance. Mais c’est toujours un challenge d’avoir de la visibilité. Heureusement, nous avions une présence à l’international. Nos produits sont utilisés dans plus de 120 pays. C’est ça la beauté de ce métier. Cela a toujours été une de mes fiertés, quand tu réalises qu’il y a des personnes qui t’ont identifié et qui aiment tes produits n’importe où sur la planète.

SLU : Même avec cette présence, cela restait compliqué ?

Gaël Martinet : Après la crise de 2008, nous avions perdu toute notre trésorerie, comme la plupart des entreprises. Et nous ne l’avions jamais vraiment récupérée. C’était donc un effort permanent de trouver des financements, même si parfois nous avions un peu d’air. Puis, tout à coup, Harman nous propose une offre de rachat !

Flux:: c’est l’A-mé-ri-que !

SLU : Cette acquisition par Harman, qui n’avait pas de solution de spatialisation, semble logique et évidente.

Gaël Martinet : Oui, c’était leur démarche. Nous avons eu soudain l’impression d’être une pépite car ils nous ont présentés comme une évidence à l’ensemble de la profession en nous apportant instantanément la reconnaissance de nos 20 années d’existence. Pendant toute notre histoire, nous n’y étions pas parvenus à ce point-là. Bien sûr, nous avons eu des succès d’estime, heureusement d’ailleurs et c’est ce pourquoi Harman nous a considéré. Mais maintenant au sein du groupe Harman, le facteur d’échelle n’a rien à voir.

SLU : C’est un changement important ?

Gaël Martinet : C’est un énorme changement pour moi. Le fait de faire partie d’un important groupe comme Harman (et donc Samsung) réduit grandement les problématiques de financement. Ce n’est pas une raison pour dépenser à outrance, mais cela m’apporte une parfaite sérénité dans le développement, dont je suis toujours responsable en tant que directeur. J’en profite pour pousser notre équipe à devenir de plus en plus indépendante.

Une partie de l’équipe Flux:: lors de visites chez Harman © Flux::

SLU : L’équipe de Flux:: est restée la même ?

Gaël Martinet : Oui, exactement la même. Et j’avoue que j’ai beaucoup travaillé pour ça. Dans beaucoup de cas, le rachat d’entreprise s’avère compliqué à gérer au sein des équipes.
Certaines personnes peuvent être bouleversées, ne pas se sentir à leur place, ne pas aimer faire partie d’une grosse corporation comme dans notre cas et perdre de l’agilité sur certaines choses.
Heureusement, Harman nous a laissé beaucoup de liberté sans nous imposer de processus extrêmement contraignant.

Ce qui fait que tout s’est bien passé. Tout le monde a touché sa part lors de l’acquisition et s’est vu proposer un poste et des perspectives d’évolution chez Harman avec une augmentation. Nos sous-traitants ont pu, s’ils le désiraient, rejoindre notre équipe à plein temps. Depuis ces deux ans chez Harman, personne n’a quitté l’entreprise. C’est bien sûr une autre de mes grandes fiertés.

SLU : Ce qui ouvre de belles perspectives d’évolution ?

Gaël Martinet : Il faut y aller step by step. Lors de l’acquisition, nous avons défini quatre objectifs. Nous en avons réalisé trois et nous sommes en train de finaliser le quatrième. Nous avions un but et nous y sommes arrivés. Nous avons même fait un peu plus avec MIRA, qui n’était pas prévu.

SLU : MIRA est en effet une belle surprise…

Gaël Martinet : J’ai vraiment poussé cette initiative. Pour moi, il était important de montrer qu’on n’oublie pas nos utilisateurs. Notre logiciel Pure Analyzer n’avait pas été mis à jour depuis dix ans, et je ne voulais pas qu’ils pensent, après l’acquisition, que c’en était terminé pour ce soft. J’ai donc proposé à Harman d’envoyer le bon message à nos utilisateurs de longue date en mettant au goût du jour notre analyseur et en en faisant l’outil immersif et l’outil JBL. C’était pour moi une manière d’amener du “cool” chez Harman. Tout le monde a bien compris et nous l’avons fait.

MIRA dans la démo room JBL Flux:: © Flux::

SLU : Vous en avez aussi profité pour le renommer MIRA ?

Gaël Martinet : C’était l’occasion de rattraper le temps perdu. En réalité, il était mal nommé depuis ses débuts. Nous en avons profité pour refondre l’interface et l’ouvrir vers l’avenir avec l’immersif et vers JBL aussi… Il faut se rappeler qu’en 1995, JBL présentait au 99ème AES de New-York son logiciel de mesure JBL-Smaart. 30 ans plus tard, JBL retrouve dans son offre un outil de mesure. Je trouve ça tout simplement fabuleux.

SLU : La nouvelle version de MIRA fait le plein de nouvelles fonctionnalités ?

Gaël Martinet : Nous y avons intégré un certain nombre de fonctions qui sont vraiment intéressantes. C’est aussi un des rares outils d’analyse et de mesures audio à la fois pour le studio, le broadcast et le live. Son interface est intégralement personnalisable ce qui permet par exemple de créer des systèmes de mesure qui vont être connectés sur des streams différents et tous les monitorer en temps réel dans une même fenêtre. Ce sera très utile par exemple en broadcast pour contrôler 24 streams stéréo différents, ou pour un show où l’ingénieur pourra surveiller son départ immersif en même temps que sa réduction binaural.

MIRA permet d’effectuer une grande partie des calibrations offline, un gain de temps et de productivité important.

SLU : Parmi les nombreux avantages de MIRA, celui de pouvoir travailler offline ?

Gaël Martinet : Oui, c’est un point très important. Surtout pour le live. Le processus est alors très souple. L’ingénieur système fait ses mesures sur site et peut ensuite se déconnecter du système pour travailler offline. Aucun problème pour calibrer, refaire les délais, les moyennes, bref faire tout le travail pour préparer son calage en dehors du site.

SLU : Et d’ajouter des EQs ?

Gaël Martinet : La nouvelle version de MIRA offre la possibilité d’intégrer des EQs. L’ingénieur système peut ainsi égaliser ses mesures et une fois satisfait, les exporter pour les recharger sur site. Nous les envoyons directement aux processeurs que nous connaissons, comme le SPAT Revolution et peut-être à terme certains autres processeurs de chez Harman. Il est aussi possible d’exporter les valeurs en fichiers texte pour les reproduire dans d’autres systèmes.

L’Auto EQ dans MIRA pour faciliter le calage système.

SLU : Avec une fonction d’Auto EQ ?

Gaël Martinet : Cela marche super bien. Notre approche n’est pas juste de générer une courbe d’EQ mais de générer directement les paramètres nécessaires à sa réalisation, ce qui permet à l’opérateur de les reproduire et de les personnaliser dans n’importe quel système.
Beaucoup de solutions de correction, par exemple en studio, permettent de calibrer son écoute, mais il est généralement impossible de modifier leur courbe de correction.
L’idée avec l’auto EQ de MIRA est de donner aux ingénieurs une base de travail pour aller plus vite. Nous leur donnons le choix de choisir la courbe de contour qu’ils désirent, dans des presets ou en la dessinant, et MIRA générera la correction nécessaire pour s’en approcher au mieux.

La fonction d’auto EQ de MIRA exploite des correcteurs totalement accessibles et modifiables par l’ingénieur.

SLU : Une aide précieuse au calage système ?

Gaël Martinet : Notre idée c’est d’essayer de faire gagner du temps à l’ingénieur pour qu’il puisse être plus détendu et plus concentré sur ses shows. Moins galérer avec toute la partie technique tout en valorisant son savoir-faire.

SLU : Cette approche de valorisation du savoir-faire est propre à l’ensemble de vos développements ?

Gaël Martinet : C’est la philosophie que nous avons développée depuis quelques années. Nous aidons nos utilisateurs à mieux maitriser nos outils ce qui leur permet de mieux mettre en valeur leur savoir-faire. Par exemple, dans SPAT Révolution, nous essayons de montrer les incohérences et les problèmes en fonction du setup de haut-parleurs choisis et de la position des sources.
Quand un vecteur rouge apparaît, l’ingénieur comprend que ce qu’il veut faire ne vas pas marcher. Nous essayons de lui montrer pourquoi, en lui donnant les outils pédagogiques pour qu’il puisse s’améliorer. Nous ne voulons pas tout faire pour lui, mais lui permettre de le faire facilement en apprenant.

Nouvelle version de SPAT, toujours améliorer la visualisation et les indications pour permettre à l’ingénieur de comprendre.

SLU : C’est louable à une époque où on est plutôt à la simplification des process ?

Gaël Martinet : C’est un sujet qui me tient à cœur et qui m’effraie, tu le sais bien, on se connait depuis longtemps. Quand nous avions nos locaux à Orléans, mon voisin était un luthier et son atelier communiquait avec nos bureaux. Il disait toujours que passer de chez lui à Flux:: c’était comme passer du XVIIème au XXIème siècle. Nous avions de bonnes discussions pour comprendre ce qui c’était passé dans la facture instrumentale pour que nous ne soyons plus capable de faire un Stradivarius ou un Guarneri et que nous n’arrivions plus à comprendre ce qui faisait leur sonorité.
Nous sommes arrivés à la conclusion que cette perte de savoir était principalement due à un enchaînement de simplifications dans la fabrication, par paresse. C’est pour cela que je dis souvent, je ne veux pas reproduire les problèmes de la lutherie du 17eme, ce serait si stupide. Il faut que les ingénieurs du son continuent à maîtriser leur savoir-faire et à s’améliorer. Donc pour moi, l’outil doit être au service du professionnel et non pas faire le travail à sa place.

SLU : Tu as cette vision et tu connais le métier d’ingénieur du son ?

Gaël Martinet : J’ai été ingénieur du son, j’ai perdu les réflexes depuis que je me consacre à Flux:: et quand tu développes, il y a des moments où il faut une certitude pour pouvoir prendre les bonnes décisions. Comment faire si tu ne pratiques plus. Sans cette certitude, tu tâtonnes. C’est pour cela que nous faisons appel à des product managers ou des consultants. Il m’arrive aussi de faire appel à des copains qui sont sur le terrain.

SLU : Les logiciels de Flux:: adressent des domaines pointus de l’ingénierie audio, souvent peu maîtrisés par une grande partie des ingénieurs du son…

Gaël Martinet : L’éducation est une part importante de notre mission. Au début de notre activité, nous n’avions pas beaucoup de ressources pour la développer. Maintenant j’espère que nous allons pouvoir produire une meilleure documentation, des trainings et du e-learning. Nous faisons aussi beaucoup d’efforts pour aider la compréhension à l’intérieur du logiciel. Non par la simplification mais en définissant la hiérarchie de l’information telle qu’elle est organisée dans le logiciel de manière que des choses plus faciles à utiliser et plus évidentes soient mises en valeur par rapport à des informations plus complexes.

La puissance de paramétrage offerte par SPAT est facilement accessible par une interface utilisateur encore plus évidente.

SLU : Cette simplification de la hiérarchie de l’information fait son apparition dans la nouvelle version de SPAT ?

Gaël Martinet : Oui, nous introduisons une nouvelle organisation des fenêtres de paramètres, avec un affichage immédiat des plus importants et un déploiement secondaire des autres paramètres. L’idée est de donner la bonne information au bon moment. Le choix des algorithmes de panoramique dans SPAT en est un bon exemple. Le logiciel en proposait un grand nombre tous rassemblés dans un seul menu combo.

La méthode pouvait sembler compliquée pour certains utilisateurs. Maintenant nous avons modifié l’interface vers une proposition simple regroupant trois algorithmes principaux, vbap, dbap, wfs et un bouton “other” pour obtenir toute la liste. La complexité et la puissance du logiciel sont toujours là, mais le mode d’accès les rend plus évidents. Nous essayons de repenser toute l’interface comme ça. Et c’est d’autant plus important que nous rajoutons dans SPAT beaucoup de nouvelles fonctionnalités.

Parmi les nombreuses évolutions de SPAT, le lecteur multi timeline.

SLU : En effet, on peut dire que la nouvelle version de SPAT est une vraie révolution?

Gaël Martinet : Vraiment. La nouvelle version de SPAT Revolution intègre un show control, un cue séquencer, un multi time line playack recorder, des processing audio, des animations de trajectoire, une nouvelle approche de zone de protection et tout cela en synchro LTC, MTC, et Ableton Link.

SLU : La gestion des trajectoires permet un gain de temps important ?

Gaël Martinet : Il est bien sûr possible de dessiner ses propres trajectoires ou d’en sélectionner dans une bibliothèque d’effets, mais nous allons essayer de fournir un maximum de templates pour faire gagner du temps aux concepteurs de projets immersifs. Ces trajectoire sont contrôlables par différentes sources dont des LFO.

SLU : Intégrer l’IA dans SPAT permettrait d’optimiser son exploitation ?

Gaël Martinet : Un des axes de développement pour le futur est clairement d’intégrer un serveur MCP (Model Context Protocol) qui permet aux agents IA d’utiliser le logiciel. Ainsi, un chatGPT, un code cloud, pourra se connecter à SPAT Révolution et accéder à ses paramètres. L’opérateur pourra lui demander par exemple de dessiner une trajectoire en spirale et il le fera à sa place, directement.
C’est intéressant pour le gain de temps sur le plan créatif. Par exemple faire un setup en indiquant tout simplement le nombre de speakers dont tu as besoin, avec quel écartements ou autres particularités qu’elle pourra créer elle-même. Et de plus en plus d’agents IA s’interconnectent, ce que je trouve très intéressant. Nous supportons déjà les protocoles OSC, H Control, MIDI, etc… Ajouter le MCP nous permet de garder la même philosophie d’être connecté aux autres.

SLU : Vous utilisez aussi l’IA au niveau du développement ?

Gaël Martinet : Sur ce plan, l’IA nous permet de développer plus vite. Nous produisons un code de meilleure qualité parce qu’elle nous permet de le documenter beaucoup plus facilement et surtout de maintenir à jour la documentation quand nous faisons des modifications. Les tests sur le code sont extrêmement chronophages. L’IA nous permet d’en faire beaucoup plus et de gagner du temps. Idem pour nous aider dans les tâches répétitives qui justifient totalement d’utiliser l’IA. Ceci nous libère des tâches ingrates et nous permet de nous focaliser sur l’architecture et sur les fonctionnalités propres du logiciel. l’IA nous permet aussi de faire des prototypes assez facilement.
Nous avons ainsi beaucoup plus le droit de nous tromper. Nous pouvons essayer plusieurs topologies beaucoup plus facilement qu’auparavant, ce qui nous permet d’aller plus vite là où nous voulons aller, tout en gardant le contrôle. En revanche dans notre équipe, il est interdit d’utiliser l’IA pour faire quelque chose que nous ne savons pas faire, que nous ne sommes pas capables de valider et d’évaluer. C’est trop problématique en termes de développement et de sécurité. Il faut être raisonnable et utiliser l’IA pour les bonnes raisons. Avec cette nouvelle façon de travailler, tu te sens surboosté, comme si on t’enlevait un plafond de verre. D’un coup, c’est la liberté. Ceci nous a permis de développer en masse de nouvelles fonctionnalités que nous avons montré à l’ISE 2026.

SLU : C’est toujours toi qui écris beaucoup de code ?

Gaël Martinet : Tu es curieux. Mais pour être tout à fait honnête, j’ai fait des statistiques sur les deux dernières années et il s’avère que je suis toujours le premier contributeur sur le code source. Mais cela se réduit et mes autres collègues sont vraiment très proches. Bientôt, ils vont me passer devant, ce que je souhaite de tout cœur et je fais tout pour ça, pour qu’ils prennent même de l’autonomie et qu’ils apportent leurs propres idées.

SLU : L’équipe technique regroupe combien de personnes ?

Gaël Martinet : L’équipe au complet regroupe 18 personnes, 15 lors de l’acquisition. Je la trouve formidable ! Je leur suis reconnaissant d’être venus travailler avec moi, ils sont toutes et tous super. Au niveau développement nous sommes dix ingénieurs, deux personnes pour le support technique et le reste c’est l’administration, le business développement et l’application support. En ce moment ça pulse et on bosse comme des dingues, on prépare des choses incroyables.

Le nouveau player / recorder de SPAT qui est multi timeline permet de jouer plusieurs fichiers simultanément.

SLU : Parmi celles-ci, le multi timeline player recorder intégré dans SPAT ?

Gaël Martinet : Le nouveau multi timeline player recorder, enregistre et lit l’audio et l’automation. Nous importons des fichiers ADM. Pour le moment, il n’est pas question de lui intégrer des fonctions de montage car nous ne voulons pas faire une station de travail audionumérique.

Cependant, pouvoir faire des éditions simples permettant de suivre l’évolution d’un projet est envisagé, par exemple pour gérer des passes multiples d’automation. Comme ceci fonctionne en multi-timeline, aucun souci pour jouer plusieurs fichier simultanément comme un mix stéréo et pourquoi pas un ADM complet de 120 pistes etc.

Le nouveau Cue Sequencer intégré dans SPAT.

SLU : Plus un Cue Sequencer ?

Gaël Martinet : Le Cue Sequencer que nous avons intégré permet de trigger plusieurs timelines afin de créer un show complet. Les cues peuvent être déclenchée par de l’OSC, par du MIDI, par une séquence, tout en leur affectant des actions et des options d’enchaînement pour rappeler des objets, des snapshots, contrôler des paramètres. Ils ne gèrent que de l’audio. Bien sûr, aucun problème pour le synchroniser avec un autre Cue Séquenceur externe pour gérer les autres médias. SPAT est maintenant une bonne solution pour créer un système autonome de show control.

SLU : Et en plus le processing ?

Gaël Martinet : Oui, nous avons ajouté du traitement audio sur les objets et les sorties. Tous les modules de l’EVO Channel, drive, phase, compresseur, transient designer, EQ sont ordonnables et activables à volonté sur les objets.

Nouveau Audio FX sur les objets avec tous les traitements de l’EVO Channel.
Nouveaux EQs sur les sorties de SPAT. Ils peuvent reprendre directement les valeurs de correction des calibrations réalisées avec MIRA.

Les EQs sont aussi disponibles sur les sorties et sur les speakers, pour corriger le système immersif. Cette nouvelle option est très intéressante car elle permet d’affecter automatiquement dans SPAT les EQs calculés par la fonction Auto EQ de MIRA. Je pense que ça va aider un peu…

SLU : Et ce n’est pas terminé, je vois maintenant dans SPAT un module d’animation ?

Gaël Martinet : Utiliser un autre logiciel pour gérer des trajectoires d’objets dans SPAT était plutôt complexe et nous avons décidé d’intégrer cette fonctionnalité avec un module d’animation.

Visualisation et édition des paramètres des nouvelles fonctionnalités d’animations et de trajectoires dans SPAT.

Il permet de créer des trajectoires, de les contrôler par des LFOs et bien sûr de les déclencher, les arrêter, avec ou sans conditions par l’intermédiaire du Cue Sequencer.

SLU : Et cerise sur le gâteau, du morphing sur la zone de protection?

Gaël Martinet : Pour cela nous avons réalisé un dépôt de brevet. En immersif, on distingue deux catégories de systèmes : ceux qui gèrent un modèle d’atténuation avec la distance et ceux qui ne le font pas. Pour réaliser cette atténuation et définir la présence d’un objet sonore, on calcule ce qu’on appelle son facteur de présence. Il représente un cumul de paramètres dont le gain, le départ de réverbe, l’absorption de l’air et le mix entre le son direct et réverbéré.

Suivant la position de l’objet, on modifie ce facteur de présence avec le modèle d’atténuation défini entre la source et ce que nous appelons la zone de protection autour de l’auditeur. Cette zone de protection, elle sert à deux choses. En premier lieu, elle permet d’éviter qu’une source rentre à l’intérieur de cette zone, soit en la faisant passer au-dessus ou en la bloquant. Et en deuxième, elle sert à déterminer une surface pour calculer l’atténuation. Comme dans la vraie vie, cette zone est sphérique, C’est donc parfait si on fait tourner une source autour de toi en azimut, elle aura une présence constante.

En revanche en live avec une scène frontale où l’artiste est suivi en train de se déplacer de gauche à droite sur l’axe des X, ce modèle d’atténuation sphérique, générant une atténuation calculée par rapport à une sphère, ne permettra pas d’avoir une présence constante. L’auditeur aura l’impression que l’artiste s’éloigne alors qu’il reste au bord de la scène. La solution dans ce cas est d’appliquer un modèle cartésien pour calculer l’atténuation.

Le nouveau morphing sur la zone de protection permet de doser entre un modèle sphérique ou cartésien pour créer une zone de protection adaptée au plan de scène.

Si certaines solutions permettent de choisir entre ces deux modèles sphérique et cartésien, cela ne gère pas le problème. Pour le résoudre, nous proposons une solution de morphing de la zone de protection, Pour se la représenter, il suffit d’imaginer une sphère et de la couper devant pour déterminer le plan de scène. Il est possible de doser le morphing pour avoir des transitions douces sur les coins et sur les côtés.

Ceci permet de maintenir une translation linéaire cartésienne sur le devant de la scène et sur les côtés et derrière garder quelque chose de sphérique. Et donc avec un seul paramètre d’azimut, de passer en cartésien devant et sphérique à l’arrière. Ceci va résoudre un grand nombre de problèmes que les concepteurs de projets immersifs rencontrent habituellement en live.

SLU : Des brevets pour Flux:: c’est une nouvelle étape ?

Gaël Martinet : Avant, je n’ai jamais pris la décision de déposer des brevets parce que ce n’était ni dans ma culture, ni dans mes moyens. Et en plus, une fois le brevet déposé, le plus important est de pouvoir le défendre. Maintenant grâce à Harman, nous en avons déposé deux en deux ans. Celui du morphing de la zone de protection de SPAT et celui de l’appairage des microphones de mesure pour MIRA.

SLU : Une aubaine pour ton côté visionnaire ?

Gaël Martinet : Avant de créer Flux::, j’ai eu la chance de travailler avec les meilleurs ingénieurs du son, dont Yves Jaget qui m’a appris beaucoup. Il était impossible de ne pas être visionnaire après cette expérience. Je lui dois énormément. Avec Yves, on a le droit de tout faire, de tout tester, de créer… Et c’est même une obligation de le faire. Il me disait toujours, « quand tu n’es pas satisfait, tu as le droit de tout faire. » C’est comme ça que j’ai commencé à créer mes propres logiciels. Désormais c’est un énorme plaisir de pouvoir accéder aux opportunités que le groupe Harman et Samsung met à notre disposition, et cela me donnei plein d’idées. Je suis comme un gamin dans un magasin de jouets, je m’éclate.

Conclusion

Avec Flux:: Harman a définitivement fait le bon choix. Ses logiciels renferment, en plus d’une grande expertise technique, toutes les valeurs d’une approche humaine du métier d’ingénieur du son et de l’imagination visionnaire de son créateur. Ils nous permettent d’aller plus loin, de nous surpasser, de créer, d’inventer et de maîtriser des domaines encore complexes et plein d’incertitudes comme la diffusion sonore spatialisée et immersive.
Pour conclure, je me permettrai tout simplement de reprendre le titre de cet article, une expression qui fera sûrement sourire notre interlocuteur ainsi que bon nombre d’ingés son qui l’ont côtoyé pendant ces nombreuses années : “Flux:: chez Harman, ça barde.“

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