Le Festival d’Avignon innove avec Robe et Dushow et l’arrivée en parc de 20 iForte LTX et 16 iEsprite. Une révolution technologique portée par une équipe technique engagée au service de compagnies du monde entier.

Le Festival d’Avignon est une référence mondialement reconnue avec près de 1 800 spectacles en cumulé qui s’étaleront sur 22 jours du 4 au 25 juillet 2026. Pour assurer un éclairage exceptionnel au Palais des Papes, l’équipe technique s’est tournée vers Robe via son prescripteur Dushow.
Avignon séduit par la beauté de ses paysages et la richesse de son patrimoine. Ses monuments emblématiques, bâtis en pierres claires, offrent une esthétique remarquable de l’autre côté du Rhône. Ses remparts, 6 km de mur de pierre, dessinent une ligne majestueuse jusqu’au célèbre pont d’Avignon. Ils délimitent le terrain de jeu d’artistes du monde entier qui tous les ans, à la même période, rejoignent un des deux plus grands théâtres au monde. Un record européen que la France partage avec l’Ecosse et son Edinburgh International Festival (EIF).

Si le OFF redouble d’inventivité pour imaginer parking, jardin extérieur et cave en salle de spectacle en plus des théâtres de la ville, le IN n’est pas en reste, avec 25 lieux historiques qui se démarquent également par leur caractère atypique. Depuis l’ancienne carrière de roche calcaire de Boulbon en passant par des cours de château, des arènes, des gymnases, des salles des fêtes, des jardins ou des chapelles jusqu’à la Cour d’honneur du Palais des Papes sur les hauteurs de la ville, l’équipe technique résout toutes les équations avec souplesse, respect sécuritaire absolu, le tout dans des espaces inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO comme la Cour d’honneur.
L’art de convaincre pour assurer la sécurité du public, des artistes et des techniciens
Philippe Roussel le nouveau directeur technique du Festival d’Avignon explique : « Le calendrier s’étend sur une période large. L’équipe est actuellement en pleine préparation de la saison prochaine ». Manuella Mangalo quant à elle intervient en intermittence sur la lumière, partageant son temps avec d’autres compagnies, tandis que Philippe, Daniel, Xavier, Stéphane et Marion sont présents à temps plein.
Manuella Mangalo (responsable du service lumière du festival) raconte : « L’équipe lumière s’étoffe à partir de mi-mai où je suis contente de commencer à leur passer le relais sur les différents chantiers. Le reste de l’équipe nous rejoint début juin jusqu’à la fin juillet ce qui fait monter le service lumière à 42 personnes. »
Philippe Roussel : « Au plus fort de l’activité du IN, l’équipe monte à 350 techniciens. Si on ajoute la billetterie, les accueils, l’administration, etc. Ce chiffre monte à 800 personnes et je ne parle pas des compagnies et des acteurs. »

SLU : Est-ce que vous recrutez de nouveaux techniciens chaque année ?
Manuella Mangalo : « Oui mais très peu car les gens sont contents de revenir d’une année sur l’autre. Ils râlent parfois mais en vrai c’est une équipe de bisounours (rire). »
Pendant le Festival, l’architecture et l’urbanisme de la ville se transforment. Le flux des passants augmente considérablement à l’intérieur des remparts. Et lorsque la mairie donne le feu vert pour communiquer, la quantité d’affiches est telle que les rues sont méconnaissables.
Philippe Roussel : « Certaines maisons équipées de grilles aux fenêtres disparaissent sous les affiches. Le SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours) est soucieux de prévenir de potentiels incendies d’autant plus dans une ville où la circulation est difficile derrière les remparts.
Pour y remédier, nos rendez-vous avec les pompiers démarrent dès le 1er décembre afin de discuter des décors et des fiches techniques. Les négociations ont pour objectif de faire passer les besoins des metteurs en scène et en cas de refus de proposer des alternatives aux compagnies. »
SLU : Quelles sont ces alternatives possibles ?
Manuella Mangalo : « Si un metteur en scène demande à produire du feu, c’est pour une raison précise sinon il aurait déjà choisi des effets moins coûteux et plus simples. C’est le travail de Philippe, Joao (Directeur Technique Adjoint) et du responsable de la sécurité du festival de proposer un autre lieu d’accueil qui ne soit pas en plein centre-ville par exemple, ou encore des mesures compensatoires comme d’augmenter les SSIAP (Service de Sécurité Incendie et d’Assistance à Personnes) présents sur place. Différents leviers existent mais ils reposent tous sur de l’humain ou de la technique pour prévenir les scénarios critiques. »
Philippe Roussel : « La confiance et la présentation du projet jouent un rôle important. De notre côté nous demandons aux compagnies de faire des vidéos de leurs effets feu par exemple pour les montrer aux pompiers et les rassurer sur leur maîtrise totale. Ils ont une approche militaire et de notre côté le souci reste la protection du public et son évacuation instantanée si besoin. »

Philippe Roussel est le directeur technique du Festival d’Avignon. Arrivé dans le spectacle vivant en 1985, il se forme au contact de grandes figures techniques et accompagne très tôt le Festival d’Avignon, où il œuvre sur une vingtaine d’éditions. Son parcours l’amène ensuite au Festival d’Aix-en-Provence pendant douze ans comme régisseur général son, vidéo et surtitrage. Ancien régisseur général de l’ISTS à Avignon, il a également dirigé l’entreprise AEC et participé à de grands projets, dont Carmen au Stade de France. Revenu à Avignon en 2018 à La FabricA et avec 40 ans d’expérience, il s’occupe aujourd’hui du Festival d’Avignon, motivé par le plaisir de travailler en équipe et l’exigence que représente cet événement.
Manuella Mangalo a été formée à l’ENSATT, dont elle sort diplômée en 2000, puis elle rejoint le Festival en 2002. Après plusieurs années de terrain, elle intègre le service bureau lumière et en devient ensuite la responsable. Une collaboration qui, selon Philippe Roussel est « un bonheur ».
La mutualisation régionale du matériel
Pour contourner de multiples contraintes, l’équipe technique privilégie vers un kit polyvalent et tout terrain.

Sébastien Scolari (commercial de Dushow) : « A la Cour d’honneur les projecteurs sont installés à 35 – 40 mètres de hauteur, en plein soleil. Les contraintes sont énormes et lorsque la chaleur frappe, la température peut atteindre 40 °C Voir plus comme à Boulbon où la pierre blanche accumule la chaleur, créant des conditions extrêmes pour les machines. Robe travaille d’ailleurs en partenariat avec le festival afin d’effectuer des relevés de température et analyser précisément le comportement du matériel dans ces conditions. »
Par ailleurs, ces projecteurs sont certifiés IP65 et résistent d’autant mieux à l’humidité qu’ils sont équipés d’un système de capsules filtrantes dans les bras avec une valve d’équilibrage pour assurer les entrée et sortie d’air au sein de la machine.
Pour atteindre ses objectifs ambitieux, trois partenariats clés sont à mettre dans l’équation. Le festival d’Avignon a d’une part touché une subvention à dépenser sur deux ans. L’équipe, sur les prescriptions de Sébastien Scolari, Dushow, a investi dans 20 iForte LTX en 2025 et 16 Robe iEsprite pour la saison 2025.
Un équilibre complexe à tenir vu l’appétence des compagnies pour les gros kits. Pour pallier ce problème, le festival a mis en place deux approches. D’une part envoyer une machine aux compagnies en amont de la saison pour qu’elles le testent. D’autre part une politique basée sur la solidarité avec les Théâtres locaux pour organiser des prêts de machines en saison haute et basse selon l’activité de chacun.
Cela étant dit, certains lieux, comme l’ancienne carrière de calcaire de Boulbon, restent dédiés à de la location pour éviter l’entretien inévitable lié à des conditions extrêmes. Ces décisions peuvent alors ouvrir à plus de flexibilité pour répondre aux demandes des compagnies. Sur ce point, Dushow plutôt orienté concert live s’est positionné comme un partenaire majeur ces dernières années afin de proposer des prestations adaptées aux demandes de location. Manuella nuance « Les méthodes sont différentes car un éclairagiste de concert n’a pas le même langage qu’un éclairagiste de théâtre. Mais cela a beaucoup évolué et des éclairagistes découvrent qu’ils peuvent créer de nouvelles images avec la LED. »
SLU : Pour Dushow Groupe Novelty, c’est important de soutenir un festival comme celui d’Avignon ?
Louis De La Guillonnière (chargé d’affaires de Dushow) : « C’est un événement important déjà d’un point de vue local car c’est un acteur incontournable du tissu culturel, économique et social du sud mais c’est aussi un événement national majeur. Nous avons à cœur de mettre en place des équipes et des relations commerciales amicales et ce sur tout le territoire. »
Sébastien Scolari : « Pour Dushow, le théâtre est un monde nouveau car notre âme est plutôt dans le live. Cela fait trois ans que ce partenariat existe. Moi-même je travaille pour le festival depuis de nombreuses années mais j’ai mis un an avant de comprendre comment fonctionne Dushow. Le Festival d’Avignon est un client à part mais nous avons des atomes communs dans cette grande famille de la lumière. »

Sébastien Scolari rejoint Dushow en 2022, après un parcours professionnel qui évolue dans le spectacle vivant et l’audiovisuel. Ayant acquis son expérience au sein de la société Scénic, il a très tôt collaboré avec le Festival d’Avignon, un événement auquel il est profondément attaché depuis son enfance.
Théâtre, télévision, production télévisuelle : il a exploré de nombreux domaines, tout en conservant un lien constant avec Avignon, notamment en tant que régisseur général télévision pour la Compagnie des Indes.

Louis De La Guillonnière est chargé d’affaires prestation. Il démarre chez Novelty à Longjumeau, aux investissements pendant 4 ans puis rejoint leur antenne au Moyen-Orient, à Doha avant de revenir en France, chez Dushow, en 2025. Depuis, il accompagne le festival d’Avignon sur les compléments en matériel lumière.
Il explique : « La succursale de Novelty à Marseille nous permet d’avoir accès au stock de matériel du groupe qui est le premier parc en France. Nous sommes donc en capacité de répondre à toute demande. »
SLU : « Comment sont faits les choix d’investissement de l’équipe du festival ?
Sébastien Scolari : Ils sont basés sur des échanges et du relationnel mais aussi leurs choix privilégient les produits fabriqués en Europe et accompagnés d’un SAV rapide à mobiliser en cas de besoin. Quand on installe du matériel au festival d’Avignon, on garde en tête qu’il peut être acquis par un autre lieu qui le prêtera au festival pendant sa saison basse comme le système HF Spectera de Sennheiser, qui a été testé cette année à la Cour d’honneur puis acquis par le Théâtre de Nîmes. »
Lors de leurs échanges Sébastien n’hésite pas à orienter l’équipe vers du matériel Robe qui lui semble répondre directement à la demande du festival comme il le décrit lui-même : « On essaye d’évaluer les tendances en éclairage à 5, 10, 15 ou 20 ans pour en déduire la nécessité de matériel durable. Puis on fait rentrer ces achats dans un écosystème. Le Festival d’Avignon c’est un événement que l’on gère un peu comme de la RD et on n’hésite pas à faire des tests produits comme l’année passée pour des nez de scène. Dushow a besoin de créer des partenariats qui tiennent compte des besoins de ses clients et leur assure une durabilité du matériel de 10 ans minimum. »
Philippe Roussel : « En effet il y a un accord tacite avec les Théâtres alentour de se prêter du matériel. Mais quand nous investissons, la composition de leurs parcs est prise en compte dans l’équation afin d’avoir un assortiment régional cohérent. »
Manuella Mangalo : « Notre activité s’étend sur deux mois d’exploitation avec une partie moindre qui part en tournée le reste de l’année. Mais comme la période festival concerne 25 lieux, le matériel qui n’est pas utilisé est conséquent. L’idée est de prêter ce matériel quand il est disponible et en échange d’en récupérer pendant la durée du festival qui est en général une période creuse pour les théâtres. »
Une transition progressive vers la LED automatisée, avec Robe

Philippe Roussel : « On a pris du retard sur la LED. Cela étant dit, si on avait acheté des projecteurs à LED il y a 3, 4 ou 5 ans, ils seraient peut-être restés en stock et personne n’en voudrait aujourd’hui. Les éclairagistes peuvent être inflexibles sur leur choix de matériel et on doit rester souple, mais avec Robe, je pense que nous n’avons pas pris d’énormes risques. »
Sébastien Scolari : « Les compagnies viennent du monde entier comme pour la saison 2026 où la Corée du Sud sera à l’honneur. Pour eux les fiches techniques spécifient obligatoirement de la LED automatisée. »
Manuella Mangalo : « Des négociations sont toujours possibles surtout pour les wash automatisés, cependant quand on évoque les lyres à couteaux, ça devient compliqué de passer d’une machine à l’autre car ça impacte leur encodage. Par ailleurs, 2 à 3 spectacles différents peuvent se jouer dans un même lieu et on essaye de mutualiser les kits. Enfin, les lieux étant atypiques par nature, le plafond est parfois plus bas que celui d’un Théâtre classique comme sur Aubanel et Mistral où nous sommes limités à 6 mètres de hauteur. La Cour d’honneur à l’opposé n’a pas de grill. Il faut donc s’adapter à ces spécificités. »
SLU : Vous avez pris la décision d’investir pour la Cour d’honneur mais vous auriez pu continuer à passer en location. Pourquoi ce choix ?
Manuella Mangalo : « La location des projecteurs de la Cour d’honneur est ce qui nous coûtait le plus cher car c’est la durée d’exploitation la plus longue. Pour diminuer les coûts, nous avons décidé d’acheter et Sébastien et Jean-Marc (Farré de Robe ndlr) nous ont orientés vers ce projecteur. Suite à une démo comparative entre le iForte et le iForte LTX, nous avons constaté que ce dernier était plus adapté pour le Palais des Papes. Une subvention de l’État et de la région afin d’entamer une transition vers la LED et diminuer la consommation électrique était également un des arguments importants qui nous a fait aller dans ce sens. »
20 Robe iForte LTX intègrent le parc matériel. Ce projecteur longue portée marque une évolution significative des projecteurs LED, avec une source blanche 1 000 W un zoom motorisé (3,5°– 52° en mode standard, 2-52° en mode poursuite avec iris, et 0,7 – 2° en mode poursuite longue portée) et un système de découpe motorisé. Il est donc idéal pour les grandes scènes et les installations en plein air. Ses dimensions (904 × 480 × 335 mm) et son poids (49 kg) en font un appareil relativement compact et léger, conçu pour résister aux conditions les plus extrêmes grâce à sa certification IP65. Il produit un flux lumineux impressionnant de 55 000 lumens à 6 700 K, avec un rendu des couleurs optimisé (CRI 70+ ou 80+ en option).
Cet investissement a été suivi par celui de 16 iEsprite, un profile doté d’un moteur LED 650 W capable de produire un flux lumineux de 34 000 lumens à 6 000 K. Son zoom motorisé 5,5°– 50°, couplé à un système d’animation complet (CMY, deux roues de couleurs dichroïques, 7 gobos rotatifs, 9 gobos fixes, couteaux motorisés, prisme et frost), en fait un outil polyvalent pour toutes applications. Avec des dimensions réduites (733 × 443 × 264 mm) et un poids plume de 28,2 kg, l’iEsprite se manipule et s’intègre aisément dans tous les espaces, quelle que soit leur taille.
Robe met en avant, pour quasiment tous ses projecteurs mono source à leds blanches, spots, profiles et washs dont la référence se termine par TE, l’interchangeabilité rapide de leur bloc LED, une solution économique et durable qui permet de remplacer uniquement la source lumineuse si besoin, ce qui réduit les investissements sur le long terme.
L’année dernière, l’équipe du festival a également pris la décision d’acheter des Symphonia chez Claypaky, des tubes Astera Titan et des Fresnel LED chez Ovation. A cela s’ajoute le matériel traditionnel et les découpes LED Source 4 de chez ETC.
SLU : Avez-vous un message à faire passer Philippe ?
Philippe Roussel : « Je trouve que Robe a de la chance de travailler avec des intermédiaires du festival d’Avignon comme Sébastien et Louis. Dushow n’était pas un acteur implanté dans le milieu du théâtre mais nous avons fait la connaissance de Louis par leur intermédiaire et hormis le fait que Robe produise des projecteurs au top, l’humain est très important et fait parti de nos échanges. De la même manière, les échanges avec Bruno Garros (directeur général de Robe France) ont considérablement facilité notre travail. »
Sébastien Scolari : « Effectivement Bruno s’est beaucoup impliqué dans le projet. Il était capable de se rendre disponible très vite en cas de besoin et nous l’en remercions. »
Robe, retour d’expérience sur les iForte LTX
Contrôlés par une console EOS ETC, les projecteurs installés à la Cour d’honneur sont soumis à des conditions climatiques qui peuvent être extrêmes. Pendant deux mois, ils ont supporté la pluie, la poussière et le soleil mais le kit n’a pas bronché !
Sébastien Scolari : « Les machines montent bien en température. L’idée est de les laisser allumées pour qu’elles se ventilent et se tempèrent pendant la journée. Pour se protéger des rayons du soleil, leur nez se baisse automatiquement pour éviter la dégradation de l’optique. Cela évite de les couvrir d’une bâche comme à l’ancienne. Par ailleurs Il y a certaines choses à respecter avec la LED. Il faut dimensionner correctement le disjoncteur en fonction de la tension nécessaire lors de la mise sous tension des machines. Ce sont plus de paramètres à prendre en compte et ça demande une évolution des pratiques. »
SLU : Avez-vous eu des problèmes avec ces projecteurs ?
Manuella Mangalo : « Un des iForte LTX faisait des mouvements bizarres à l’allumage mais finalement on a pu s’en servir pendant toute la durée du festival. Ces machines sortaient d’usine quand on les a reçues et donc sur 20 machines, ça arrive. D’autant plus que Jean-Marc et Sébastien nous avaient fourni du spare en cas de problème. En revanche il n’y a eu aucuns soucis d’étanchéité. Un des appareils avait l’optique recouverte d’une gélatine qui s’est remplie d’eau et rien n’est passé au travers. Un point me semble perfectible, ce sont les Frosts qui sont essentiels pour du théâtre « à la française ». L’entrée des frosts intégrés en standard manque un peu de finesse. »
Dans l’éclairage scénique, chaque détail compte. Robe Lighting l’a bien compris en développant le MagFrost™, un système de frost interchangeable à l’intérieur de la machine pour les projecteurs FORTE, T1 Profile, iFORTE ou ESPRITE. Une collection optionnelle de 7 filtres (0,5°, 1°, 3,5°, 5°, 10°, 20° et 30°) permet à l’éclairagiste de placer celui dont la densité correspond à son besoin. Ces filtres à fixation magnétique s’installent et se retirent instantanément ce qui facilite le travail des techniciens.
D’autre part, la technologie L3™ (Low Light Linearity system), courbe de gradation affinée à 18 bits, garantit des fondus au noir imperceptibles même à très faible intensité, un atout majeur pour le théâtre.
La LED en complément du traditionnel
Les plans de feu du festival d’Avignon sont encore mixtes entre projecteurs traditionnels et luminaires à LED.

SLU : Quels projecteurs les Robe iForte LTX remplacent-ils ?
Manuella Mangalo : « A la Cour d’honneur cela fait 10 ans qu’il y a des projecteurs automatiques en location. En fonction de notre budget, des demandes et des disponibilités, nous n’avions pas les mêmes d’une année sur l’autre. Le fait de pouvoir en acheter nous a permis de passer de 8 à 20 projecteurs ce qui est confortable. Sur un autre registre, les éclairagistes n’étaient pas forcément fans des couleurs de l’éclairage à LED, ni du rendu de leur lumière sur la peau.
L’évolution de la qualité des LED a joué en sa faveur. En 2009 j’ai accueilli un des premiers plans de feu tout LED pour Montfavet par Claude Régis. Le décor était une grosse vague un peu métallisée avec un ponton. Jean-Quentin Chatelain était debout à réciter des poèmes de Fernando Pessoa, éclairé en LED. C’était innovant mais pas encore convaincant. »
SLU : Comment a évolué l’approche des éclairagistes que vous accueillez ?
Manuella Mangalo : « Il y a 10-15 ans ils demandaient plutôt des Pars et de la découpe en quantité. Aujourd’hui les éclairagistes envisagent la LED pour les possibilités énormes qu’offre cette technologie mais en général l’halogène est toujours présent dans les mêmes quantités et on ajoute de la LED pour avoir accès à d’autres types d’effets. Les éclairagistes qui viennent ici sont souvent reconnus dans leur domaine et leur approche évolue mais ils ont toujours une affection pour la qualité et la chaleur de l’halogène. Finalement ce qui a changé, c’est que grâce aux évolutions technologiques de la LED, on arrive à mélanger les deux qualités de lumière ce qui était impossible il y a quelques années. »

SLU : A ton avis, pourquoi les éclairagistes ne retrouvent-ils pas encore la sensation de l’halogène ?
Manuella Mangalo : « J’insiste sur le fait que j’interviens davantage sur la planification et la gestion du matériel que sur son utilisation et j’ai de bons retours sur les Robe iForte. Mais à mon avis, qui est très personnel, cette technologie ne chauffe pas l’air comme l’halogène ce qui nous prive d’une texture assez particulière. D’ailleurs sur quasiment tous les plans de feu, j’ai des demandes de machines à brouillard pour retrouver cette texture vivante des faisceaux, un effet de la chaleur sur la poussière dans les théâtres où l’air devient visible.
Mais il faut rester souple et apprendre à faire autrement. En concert cela fait des années qu’ils font ce travail avec un plan de feu et des faisceaux nourris d’images complètement différentes. Je pense par exemple aux jeux olympiques où la terre entière a vu ces images de projecteurs qui bougent dans tous les sens avec des faisceaux énormes ou encore le Starmania du même metteur en scène, Thomas Jolly, éclairé par Thomas Dechandon. C’est entré dans un imaginaire de références. »
Philippe Roussel : « En Théâtre les spectateurs sont proches du plateau on crée donc une intimité, ce qui est moins nécessaire en musique live. »
SLU : Pour poursuivre sur ce dernier point, le module couleur du Forte intégré assure des transitions quasi invisibles, ou permet de projeter plusieurs couleurs via des gobos. Ces effets sont-ils utilisés en Théâtre ?
Manuella Mangalo : « Pour l’instant les éclairagistes sont encore frileux sur la couleur. On utilise toujours des correcteurs mais cela ne date pas d’hier. A Broadway, ou aux Etats-Unis plus généralement, on avait l’habitude d’utiliser de la gélatine de couleur quand en France où nous avons été élevés avec André Diot, quand tu mettais du 200 (CT blue, utilisé pour convertir la lumière tungstène en lumière du jour), c’était déjà un gros sujet ! Mais Avignon est un festival international et donc susceptible d’accueillir des compagnies du monde entier. Il y a deux ans une équipe argentine avait assumé d’utiliser la couleur par exemple. »
2026 : Vers un réseau commun lumière, son et vidéo
SLU : La consommation électrique entre dans ton champ d’action ?
Manuella Mangalo : « À la Cour d’honneur la distribution électrique est généreuse et nous ne sommes pas limités. Par contre il faut la dispatcher et ça, c’est plus compliqué quand par exemple il faut la monter dans des escaliers en colimaçon jusqu’à 30 mètres de haut. »
SLU : En matière de réseau, avez-vous envisagé une rénovation ?
Manuella Mangalo : « Oui, L’idée serait de faire un ring pour assurer une redondance et donc plus de sécurité. Pour l’instant les datas lumière transitent par des switches Luminex en cinq points stratégiques pour les redistribuer ensuite sur un réseau DMX. En revanche nous n’avons pas de retour d’info des machines et mon objectif serait de faire arriver le réseau jusqu’aux machines.
Le cœur de notre réflexion est de mettre en place un réseau facile à dépanner et en un coup de vélo c’est-à-dire sans matériel lourd à transporter. Mais aussi en gardant en tête qu’il y a 15 ans, la foudre était tombée sur une des tours de la Cour d’honneur et avait cramé tous les gradateurs. Notre Daniel Bardou, responsable du SAV insiste depuis pour que l’on déploie un réseau en étoile sans redondance pour limiter les dégâts à une machine si cela devait se reproduire. »
Philippe Roussel : « On pense à mettre en place un réseau commun, pour la lumière, le son et la vidéo ce qui permettrait de tirer moins de câbles. C’est un projet qui va se faire par étapes pour étaler les coûts. Maxence Pesanti, vidéaste et spécialiste réseau du festival depuis des années, travaille avec nous sur ce sujet. »
En 2026, le Festival d’Avignon confirme son engagement pour une technique toujours plus performante et adaptée. Entre l’intégration de projecteurs automatisés à LED Robe iForte LTX et iEsprite, la mutualisation du matériel avec les acteurs culturels locaux, et l’optimisation du réseau, chaque détail est pensé pour répondre aux besoins des 25 lieux historiques et des artistes du monde entier participant à cet événement hors du commun.
Le partenariat Robe / Dushow du groupe Novelty illustrent cette dynamique d’amélioration continue. Une logistique bien huilée, des solutions sur mesure et une équipe technique aguerrie permettent de concilier sécurité, flexibilité et qualité pour atteindre le niveau que le Festival d’Avignon s’est toujours appliqué à préserver et offrir au spectacle vivant. On admire sans retenue.












