Ayrton Eurus « S » La nouvelle génération

Ayrton présente l’Eurus, un spot à couteaux de nouvelle génération, celle qui profite des avancées technologiques appliquées sur les derniers luminaires de la marque, d’un nouveau moteur de leds et d’une étude plus poussée pour qu’il soit plus compact, plus léger, plus lumineux, plus silencieux.

Eurus offre pour ses 650 W de leds, un flux censé dépasser de 30 % celui de la plupart des machines de cette catégorie. Loin de remplacer le Ghibli, il est conçu pour les utilisateurs qui souhaitent bénéficier des toutes dernières innovations en matière de machines LED à faisceau net.
SLU a procédé au test complet de la version S. Alors…

L’Eurus bénéficie du design élégant de la marque, reconnaissable entre 1 000. Sa tête fine et épurée se voit juste marquée par quelques prises d’air latérales et quelques autres vers l’arrière. Elle est terminée par le radiateur, et à l’avant montre une large lentille de 170 mm.

L’Eurus utilise un moteur de leds blanches de 650 watts. Sa lentille frontale de 170 mm délivre un faisceau très propre et très malléable. Comme les autres spot/couteaux d’Ayrton, l’Eurus est disponible en version « S » (Stage), (6700 K) énergique avec un IRC natif de 70 et un modèle « TC » (True Colors »), (6000 K), dont l’IRC natif grimpe à 90 au prix d’une petite perte de flux.

Mesures photométriques

Courbe derating

Nous allumons la machine à pleine puissance et mesurons l’éclairement au centre toutes les 5 minutes pour tracer la courbe de derating.
La lumière se stabilise en 5 minute avec une atténuation de 10 %. L’Eurus bénéficie d’un nouveau système de refroidissement efficace.


Le plus petit Net


Faisceau 20°


Le plus grand net

Nos mesures de flux ont confirmé ce que nos yeux ont constaté. La bestiole est puissante, la lumière est belle ! En faisceau de 20°, les 650 W de leds produisent un flux de plus de 29 500 lumens à froid (26 500 après derating) soit une efficacité de 45 lm/W (41 lumens/W après derating).
C’est un résultat vraiment très bon, supérieur à celui du Ghibli (27 lm/W à froid et 25 lm/W après derating) et, à ce jour, aux machines concurrentes de cette catégorie. La courbe d’intensité lumineuse nous montre un faisceau extrêmement homogène. Vous me direz : « comme la plupart des machines à leds haut de gamme ». Et c’est vrai.

Depuis que l’époque des lampes est révolue, ce qui était un gros travail pour tenter de répartir la lumière d’un arc très serré en atténuant un point chaud dont personne ne voulait (ou pas… Maintenant certains commencent à le regretter…), la technologie LED a permis aux fabricants de se concentrer sur d’autres défis techniques, l’homogénéité du faisceau étant un problème très différent. En tout cas, l’étale du faisceau de l’Eurus est remarquable. Voilà !


Dimmer et strobe

Le dimmer est remarquablement linéaire, et le mode « Square Law » lui donne une très belle courbe très proche de celle d’un système de dimmer sur une lampe tungstène classique. Le strobe est efficace, sa vitesse la plus élevée confine avec le scintillement d’un arc électrique, et son canal de contrôle donne accès à une belle variété d’effets « random » et « Pulse ». Rien à dire, ça marche, et très bien !



Zoom

Le zoom au plus petit net est d’environ 4,7°, un peu moins quand on “zouille” un peu avec la netteté absolue. En gros, le faisceau ferme très fort en beam. Par contre, à notre distance de 5 m, la projection d’un gobo net n’est possible qu’aux alentours de 8°/9°. Le faisceau au plus large dépasse sensiblement 50°, et là, on focalise même à des distances très courtes. On regarde tout ça !

Question couleurs

La trichromie, ou plus précisément l’optique (qui a une incidence sur le mélange des couleurs) a été fortement améliorée par rapport au Ghibli car nous ne percevons plus (ou si peu) l’introduction des lames dichroïques dans le faisceau sur une certaine distance après la sortie de lumière. Le positionnement de certains éléments optiques par rapport à la position du système de couleurs dans la machine y est probablement pour beaucoup. Les mélanges même compliqués (les pastels utilisant plusieurs teintes comme des ambrés, des saumons, etc.) sont vraiment très beaux et limpides.

La trichromie CMY est efficace produisant des couleurs profondes, denses et saturées, des pastels subtils, et les transitions sont limpides. Aucune teinte n’est à la ramasse. Même les verts sont tout de même bien lumineux et le rouge est rouge. A grande vitesse les transitions sont immédiates.

Couleurs CMY + CTO.

Cette trichromie CMY est complétée par un CTO progressif qui produit un ambré très doux et dont la densité peut devenir assez importante. Il abaisse la température de couleur jusqu’à 2960 K. Une roue propose une série de 6 couleurs saturées qui peuvent se positionner soit en couleur pleine soit en demi-couleurs pour des effets bicolores très sympas avec certains gobos. Cette roue de couleurs est focalisable.

Ainsi, en effet bicolore, vous pouvez choisir un faisceau net, avec juste une petite barre métallique (focalisée elle aussi pour le coup…) séparant les deux teintes, ou un fondu entre les deux couleurs dans le faisceau. Sur cette roue, en septième position, se trouve un filtre quart de CTB pour l’usage des gobos dont on parlera plus loin. Surpriiiise !

Roue de couleurs avec demi-couleurs. Floues et nettes.

Un canal dédié permet d’engager deux filtres « minus green » chacun de densité différente, tirant sur le rose donc, pour éliminer la dominante verte d’une captation. Ces filtres permettent aussi de faire remonter l’IRC. Le plus léger passe l’IRC à 76, et le plus intense à 84 et il descend la température de couleur à 6100 K. Ces deux filtres, montés sur une guillotine coulissante, peuvent s’actionner indépendamment des systèmes de couleurs.

Gobos

L’Eurus dispose d’une roue de 7 gobos tournants indexables, une roue de 11 gobos fixes, et une roue d’animation, dont l’effet peut se résumer à celui d’un gobo strié qui bénéficierait d’un défilement continu.

Les gobos tournants.

Les gobos fixes.

Le kit de gobos reprend la plupart des standards de la gamme Ayrton (Ghibli / Mistral / Diablo / Khamsin etc.), dont le cône jaune et blanc, les triangles entrecroisés, et le mélange multicolore psychédélique rappelant un peu les anciens effets à huile en mouvement sans oublier les indispensables : un vrai beau cône lisse, une barre de points, une passoire, etc.

La roue d’animation.

La roue d’animation striée circule dans le sens vertical, hélas l’effet le moins impressif dans un faisceau volumétrique, alors que dans le sens horizontal, on pourrait voir défiler le ciselage du rayon de lumière en continu…
Les plans de gobos sont suffisamment éloignés pour offrir de beaux effets de « morphing » d’un gobo à un autre par jeu de focus. Idem sur la roue d’animation. En superposition, l’un des deux est vraiment très flou mais leur mélange n’est pas compromis pour autant.

Faisons une petite pause sur un point important. Les machines spot à LED ont toutes plus ou moins le même souci que l’on appelle le « yellow shift » au passage de gobo.
Il s’agit d’une teinte légèrement jaunâtre qui vient colorer plus ou moins sensiblement le faisceau à l’introduction d’un gobo. Ce phénomène est dû à une réflexion interne entre le traitement optique du moteur de LED et la surface en verre du gobo.

Pour y remédier, Ayrton a choisi, depuis le Ghibli ; l’enclenchement automatique d’un filtre ¼ de CTB, placé sur la roue de couleurs dès l’introduction d’un gobo dans le faisceau. Et le léger bleuté du correcteur vient neutraliser la petite teinte jaunâtre problématique. Alors évidemment, ça vole un peu de lumière au passage (ce n’est pas non plus si sensible que ça) mais ça garantit le joli blanc d’origine au gobo. Ce dispositif est débrayable pour qui ne souhaiterait pas l’utiliser, soit en DMX par le canal « control », soit en RDM, soit dans le menu « options » de la machine. Et ça marche.

Effets de gobos.

Effets de gobos avec prismes.

Prismes

L’Eurus dispose de deux prismes rotatifs et insérables simultanément dans le faisceau. Le premier est linéaire x4, le second est circulaire x5. Lorsque les deux prismes sont superposés, on obtient grosso modo un prisme à « 20 facettes » dans un gros mélange d’images multiples un peu confuses. L’introduction des prismes ne peut pas se faire sur la totalité de la course du zoom (surtout le mélange des deux) mais sur une plage suffisamment large et confortable.

Les prismes permettent d’étaler le faisceau de façon importante, évitant des images fortement « ratatinées » les unes sur les autres, et leur qualité offre de belles projections sur la totalité des images dupliquées. Sur un faisceau au plus large, ça permet d’envoyer au moins 70° de projections ! Un très beau résultat et un des points sur lesquels cette machine flirte avec l’excellence.

Les prismes.

Frosts

Les deux frosts sont progressifs. Le premier « léger » permet tout de même de flouter assez fortement un gobo ou un cadrage aux couteaux. Le second, « heavy » est extrêmement intense. La linéarité de l’engagement des filtres est régulière mais le « fondu » du frost n’est vraiment progressif que sur le premier. Avec le second frost, un halo s’intensifie progressivement devant l’image qui garde un contour net jusqu’à environ 90 % de la course, puis elle disparaît. Le mixage est délicat et très beau.

Les frosts.

iris

L’iris est tout à fait correct et permettra, combiné au zoom, d’obtenir un faisceau extrêmement serré au plus petit net, et de beaux effets de « pulse » et d’ouverture / fermeture.

Ouverture / fermeture à l’iris.

Les couteaux

Ce système de 4 couteaux à fermeture totale donc positionnés sur 4 plans, n’offrira pas un net absolu de l’ensemble. Classique me direz-vous. Et on est vraiment dans la moyenne de ce qui se fait sur la plupart des machines haut de gamme. Le compromis choisi par Ayrton permet de positionner les couteaux avec le moins de limites mécaniques possible.

Les couteaux.

Le problème du net absolu recherché comme un saint Graal est d’ailleurs finalement assez secondaire lorsque l’on sait que dans la plupart des cas, on va chercher à adoucir les bords d’un cadrage soit par une légère défocalisation ou, plus académiquement, par adjonction d’un peu de frost…
L’orientation de la frame se fait sur une amplitude large de ± 60°.

Vidéo de présentation


Construction et mécanique

L’Eurus inaugure certaines techniques de construction visant à réduire le poids et le volume externe. Tout est optimisé aussi pour ne pas devoir réduire les éléments optiques. En ce sens c’est une vraie réussite. Millimètre par millimètre, et gramme par gramme, l’Eurus gagne ainsi en compacité et en légèreté tout en gardant la rigidité de son berceau et d’excellentes qualités optiques.

Le panneau de connecteur. On remarque la trappe pour la batterie.

Les bras comportent des loquets de blocage pan et tilt.
La base est toute fine avec ses poignées, son afficheur et son panneau de connecteurs : entrée / sortie DMX en XLR 5, double connecteur réseau RJ45, port USB pour les mises à jour du software, et PowerCon True 1 pour l’alimentation.
Une trappe enferme la batterie de l’afficheur qui permet de configurer la machine hors secteur.

Le menu de l’Eurus, comme la plupart des machines AYRTON, se contrôle à l’aide d’une « jog-wheel ». Alors à chaque fois ça me déroute un peu mais ça fonctionne bien.

Sous les jupes de l’Eurus.

Sous la base, les trous offrent deux possibilités d’écartement des oméga d’accroche sur la largeur pour envisager différentes combinaisons de positionnements et éviter les problèmes d’entretoise ou de jonction de pont gênant l’accroche. Même si ça n’est pas aussi souple que des oméga déportables, ça peut suffire dans bien des cas.
On peut aussi fixer les oméga perpendiculairement, dans le sens étroit de la base, mais sur un seul plan. 2 points d’encrage pour élingue de sécu sont disposés entre les fixations d’oméga.

L’Eurus avec les tripes à l’air.

Les capots de la tête se démontent chacun en desserrant 2 vis plates quart de tour imperdables. Ils sont retenus par une petite élingue de sécu. Les capots de bras sont fixés par 4 vis BTR imperdables également.

Pour accéder à la partie interne centrale de la lyre mobile, il faudra encore retirer deux carters (8 vis), pour dégager totalement le mécanisme et l’accès au passage de câble de l’axe PAN. En 20 minutes vous pouvez tout désosser et remplacer une courroie de pan.
Détail de fabrication, sur les capots de bras, on trouve des petits silent blocs en caoutchouc qui évitent les bruits de vibration ou de craquements quand la lyre est en mouvement. Astucieux.

Les plaques de la base sont tenues par 2 x 4 vis BTR et donnent accès au-dessus de la partie alimentation de la machine. Chose rare, on a une belle visibilité du contenu de la base. Si intervention il doit y avoir, c’est tout de même assez simple d’accès.

Vue arrière avec les trappes de ventilation et le radiateur.

Dans la tête, on ne compte pas moins de 17 ventilateurs ! Ils sont positionnés pour cibler les endroits critiques et leur fonctionnement est optimisé par une électronique qui analyse les données des capteurs répartis dans la machine aux endroits stratégiques.
L’Eurus offre différentes options de ventilation jusqu’au mode ultra-silencieux (toujours au prix d’une atténuation de la lumière of course !) quasiment sans ventilation.

En mode automatique, on mesure 45 dB à 1 mètre en fonctionnement le plus bruyant (en mouvement, avec toutes les fonctions mécaniques internes qui remuent, etc.), comparé aux 30 dB de bruit ambiant du Studio d’Impact Evénement où nous faisons nos tests. Bravo.

Attaquons donc le démontage : Deux modules se démontent. Tout ce qui peut être démonté à l’intérieur pour la maintenance courante nécessite un simple tournevis cruciforme Philips.

Le module couteaux

Le module découpe côté recto.

Le module couteaux est maintenu par 4 vis et un système de connecteur DB9 classique.
Il est assez semblable aux modules couteaux qu’on connaît sur le reste de la gamme, à ceci près que la rotation du support passe des ±45° habituels à ± 60° pour plus de liberté d’angles. Sur ce module se trouve également l’iris.

Le module effets / couleurs comporte la trichromie, le CTO, la roue de couleurs, les roues de gobos, et la roue d’animation. Il se démonte à peu près comme le module couteaux, à ceci près que le desserrage de 4 vis débloque des petites plaques qui maintiennent le module en place. La fabrication est remplie d’astuces.
Détail sympa, sur la roue de gobos fixes (qui sont remplaçables par simple clipsage), un petit détrompeur permet de toujours positionner les gobos fixes de la même façon. Ils seront donc toujours « indexés » de la même manière en cas de remplacement. Si ça n’a pas une grosse importance pour un cône, par contre pour une barre ou une grille carrée, ça peut être très intéressant !

Le module est très compact et un simple nettoyage des filtres de couleur sera de toute évidence une opération délicate, même si le module se démonte en deux pour justement accéder au cœur de la trichromie. On distingue, entre la roue de couleur et la partie trichromie, la petite guillotine coulissante équipée des deux filtres « minus green / IRC » qui peut circuler dans le faisceau, avec l’ouverture pleine en son milieu.

Le module d’effets.Au centre à gauche, on distingue un côté de la petite guillotine avec les filtres « minus green / IRC ».

Le module d’effets côté trichromie.


Avantage tout de même avec ces nouvelles générations de lyres à leds, les opérations de nettoyage nécessaires sont de moins en moins fréquentes. On ne voit que très rarement des machines dont l’intérieur de la tête est très encrassé comme c’était le cas du temps des asservis à lampes dont des puissantes ventilations généraient des flux d’air dans toute la tête tous azimuts. Les conceptions de ce type, très compactes, sont donc plutôt rationnelles à l’usage.

A l’arrière, le module de LEDs

Le module de leds démontable avec sa lentille.

Celui-ci se distingue des systèmes généralement observés sur les machines concurrentes. Déjà, tout l’arrière de l’Eurus n’est pas occupé par une grosse « boîte à lumière » constituée d’énormes radiateurs bardés de caloducs.
Ici, 6 petits ventilateurs dissipent, en haut et en bas, les calories d’une plaque sur laquelle est fixé le circuit de leds. Il y a toujours évidemment un radiateur mais il est ici de taille très réduite : quelques centimètres d’épaisseur.

Chose sympathique bien que sa nécessité soit encore aujourd’hui à considérer comme un fait rare, le module de LED se démonte très facilement pour un remplacement éventuel, en moins de 10 minutes, optiques comprises. On le sort par l’avant, côté effets.
Le module est au centre de la plaque, et se présente sous la forme d’un petit carré de moins de 10 cm de côté, surmonté de son système optique de parallélisation des faisceaux (ces petits « alvéoles » qui surmontent chaque led), lui-même couronné d’une grosse lentille condenseur. Tout est accessible et se démonte avec un petit tournevis type « tom-pouce » (un petit cruciforme court) et hop !

Frosts et prismes prennent place entre les lentilles de zoom et focus.

Dans la partie avant de la machine, les deux chariots de 13 lentilles (focus et zoom) circulent sur des rails de guidage linéaire, tels que ceux qu’on retrouve dans l’électromécanique de haute précision industrielle.
Les deux chariots comportent aussi chacun un prisme et un frost avec leur système de motorisation qui les insère dans le faisceau, et qui entraîne leur rotation (pour les prismes).

Conclusion

L’Eurus se présente comme une superbe machine, et une fois de plus Ayrton a su montrer sa force et ses capacités à concevoir de très beaux projecteurs asservis. Celui-ci pousse très loin certains détails techniques pour offrir un appareil optiquement et mécaniquement remarquable.
Sa conception le rend parfaitement compatible avec l’ensemble de la gamme Ayrton qui malgré les évolutions a su garantir aux utilisateurs et aux clients de la marque une certaine constance et continuité quand il s’agit d’envisager un investissement. Rien à dire, sinon s’incliner.

D’autres informations sur le site Axente et sur le site Ayrton

On aime :

  • La qualité de la lumière
  • Le prix
  • Le côté machine à tout faire compacte

On regrette :

  • De ne pas l’avoir tous les jours dans mon kit !

Tableau général

 

Crédits -

Texte & photos / Jocelyn Morel – Vidéo : Allison Cussigh

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