Cette saison à la Philharmonie de Paris, le Festival d’Automne et l’ensemble Le Balcon, dirigé par son co-fondateur et directeur artistique Florent Derex, présentent l’un des projets lyriques les plus ambitieux de notre époque : Montag aus Licht, l’opéra avant-dernier du cycle monumental en sept volets imaginés par Karlheinz Stockhausen.

Pour Le Balcon, reconnu pour son approche pionnière des écritures contemporaines et mixtes, Montag n’est pas simplement un opéra : c’est un sommet artistique et technique. L’œuvre déploie une véritable constellation de forces : six chœurs, plus de deux cents chanteurs, une chorégraphie minutieuse, des processions complexes et un mouvement spatial continu inscrit directement dans la partition.
Florent Derex précise : “Nous avons plus de 200 chanteurs, tous costumés, mis en scène, équipés de microphones HF, avec une chorégraphie très précise… et Stockhausen donne des indications spatiales dans la partition qu’il faut respecter au plus près. ”
L’un des premiers compositeurs à intégrer l’électronique live et la spatialisation au cœur même de son écriture, Stockhausen confère au sound designer un rôle central. Sa musique ne décrit pas seulement des gestes, mais aussi des trajectoires, des placements et des mouvements sonores qui participent pleinement de la dramaturgie.

Pour Florent Derex, à la fois producteur et ingénieur du son, le projet représente une rencontre unique entre vision artistique et innovation technique : “Stockhausen a placé l’ingénieur du son au cœur de son œuvre. Il a écrit cet opéra sur trente années, étant lui-même assis à la console.
” Rendre justice à cette vision en 2025 exige un système d’une grande précision, puissant et subtilement narratif, capable de transposer l’imaginaire sonore de Stockhausen dans l’acoustique et l’architecture d’aujourd’hui.
Un système hybride animé par un moteur agnostique
La salle emblématique de la Philharmonie de Paris, conçue par Jean Nouvel, est un lieu d’exception mais complexe pour l’audio immersif. Ses balcons suspendus, ses nuages acoustiques et sa généreuse réverbération naturelle d’environ 2,5 secondes rendent les approches spatiales traditionnelles presque impossible.
Déployer un système WFS dense et tridimensionnel était impensable : la géométrie du lieu aurait nécessité un nombre démesuré de haut-parleurs. Face à ces contraintes, Florent Derex a imaginé un système hybride dans lequel HOLOPHONIX devient le moteur central : un processeur adaptatif, capable d’unifier plusieurs familles d’enceintes, formats et méthodes de spatialisation au sein d’un ensemble cohérent.

Au cœur du dispositif se trouve une rampe sonore de front-fill développée par Amadeus et déployée sur près de 22 mètres. Cette barre de son grand format est conçue autour du modèle Amadeus SR 790, intégrant un transducteur à membrane de 5,25 pouces, deux radiateurs passifs de 5,25 pouces chacun, ainsi qu’un tweeter à dôme de 1,75 pouce, l’ensemble étant configuré en montage coaxial.
“Le niveau inférieur est une très belle rampe Amadeus avec leur système SR790. Elle est déployée sur toute la longueur du bord de scène et s’intègre parfaitement à la scénographie. Dans notre cas, elle est intégrée dans des éléments tubulaires qui font partie du décor. Cela nous donne près de 22 mètres d’ouverture continue,” évoque Florent Derex.
Au-dessus de cette rampe de front-fill, pilotée en Wave Field Systhesis (WFS) par le processeur HOLOPHONIX, un second niveau de systèmes lignes sources L-Acoustics L2D assure une couverture complète de l’architecture singulière de la salle, tandis que des grappes circulaires de L-Acoustics KIVA II diffusent les trajectoires électroniques et les mouvements des chœurs, créant un tissu spatial à plusieurs niveaux qui s’adapte aux exigences de la partition.

Au centre de cet écosystème complexe se trouve HOLOPHONIX, un moteur de spatialisation agnostique, capable de piloter différentes familles d’enceintes au sein d’une même architecture. Il orchestre toutes les décisions spatiales, les transitions et les déplacements d’objets : de la localisation précise des 200 chanteurs sonorisés aux trajectoires méticuleusement chorégraphiées des sources électroniques via les bus KNN et les deux plans frontaux pilotés en WFS. Derex souligne : “HOLOPHONIX est le cœur du réacteur, tout passe par lui. ”

Le processeur gère le positionnement des objets, le routing multi-bus et les transitions entre WFS, KNN et systèmes en ligne source. Florent Derex utilise des objets Max pilotés en OSC, le contrôle positionnel via une Yamaha DM7 et des configurations détaillées scène par scène reflétant les indications méticuleuses de Stockhausen.
“Je n’ai pas une setlist de morceaux”, dit-il. “J’ai des scènes et des actes extrêmement détaillés, et HOLOPHONIX me permet de mettre chaque source exactement où elle doit être. ”
À la différence d’une maison d’opéra traditionnel, où les équipes disposent de plusieurs semaines, la Philharmonie n’offre que quelques jours d’adaptation sur place. HOLOPHONIX permet de passer des répétitions à la pleine exploitation avec une grande fluidité, en traduisant fidèlement les indications spatiales du compositeur. “Tout doit être fait en trois ou quatre jours”, précise Florent Derex. “Il y a beaucoup de monde impliqué, mais ça fonctionne très bien et nous en sommes très heureux.”
Le résultat est un spectacle où le son ne se contente pas d’accompagner la mise en scène : il est la mise en scène. Les trajectoires sonores deviennent chorégraphie, les réseaux d’enceintes deviennent dramaturgie, et la vision de Stockhausen trouve enfin l’ampleur spatiale qu’elle appelait.
Le cycle Licht poursuivra son parcours l’année prochaine à la Deutsche Oper Berlin, marquant avec Mittwoch aus Licht l’achèvement d’un cycle de sept ans mené par Le Balcon et ses partenaires. La Philharmonie, qui a accompagné chaque chapitre, accueillera également la reprise.

Pour HOLOPHONIX, ce projet illustre ce qui devient possible lorsque la technologie se fait instrument artistique, quand le son spatialisé devient architecture narrative plutôt que simple décor.
Florent Derex observe une transformation plus large dans le monde musical : “Beaucoup de directeurs musicaux comprennent désormais que les haut-parleurs font partie de notre histoire musicale et artistique. Et grâce à des technologies comme HOLOPHONIX, il est beaucoup plus simple d’intégrer des systèmes audio de manière élégante dans une scénographie. ”
Alors que Le Balcon prépare ses futures créations, dont une grande production en 2028 réimaginant la Dixième Symphonie de Beethoven de Pierre Henry au Théâtre de Châtelet, HOLOPHONIX demeure au cœur d’une pratique en pleine expansion : une nouvelle manière de mettre en scène le son, où l’enceinte devient outil dramaturgique et où la spatialisation devient performance.
Liste des équipements:
* 1 x HOLOPHONIX Ultra Processeur
* 1 x Yamaha DM7
* 1 x Yamaha CL5
* 2 x DAD AX32
* 7 x MacBook Pro M4 Max
* 5 x L-Acoustics L2D
* 4 x L-Acoustics A10 focus
* 2 x L-Acoustics A10 wide
* 4 x L-Acoustics SB28
* 20 x L-Acoustics KIVA
* 8 x L-Acoustics 5XT
* 22 x Amadeus SR-790 (Module de rampe sonore sur-mesure intégrant un transducteur coaxial (1 x 5.25’’ LF ; 1 x 1.75’’ HF) et deux radiateurs passifs (2 x 5 » PR), longueur : 790 mm, angulation de la façade : 17°)
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