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On n’avait pas encore vu la Vista X, pas plus que sa mystérieuse unité de calcul Infinity Core. Le voile a été levé le 18 juin dans un restaurant d’Issy les Moulineaux où le staff de Studer et d’Audiopole a mis le paquet question zakouski, nectar et surtout présentation, la première en Europe, avec des monceaux de patience face à l’Infinity de questions que ce nouveau paquebot a suscité.

RIP DSP, C++ rules
Comme nous l’avons déjà évoqué dans ces colonnes il y a à peine un mois, la Vista X est la première console prenant le virage du CPU, abandonnant sans regrets la technologie DSP et plus particulièrement du SHARK d’Analog Devices qui règne sans partage sur l’audio pour lequel il a été spécifiquement conçu depuis deux décennies. La raison en est simple quand on prend d’un côté la fameuse loi de Moore et de l’autre la courbe de performances des DSP.

Jean-Philippe Blanchard, le directeur de la division broadcast d’Audiopole l’a parfaitement démontré avec ce graphique qu’il a projeté durant son excellente présentation. Il illustre la capacité qu’ont les cœurs à traiter des voies.
En ordonnées nous avons le nombre de canaux et en abscisse les années entre 1992 et nos jours.
Les courbes se suffisent à elles-mêmes, la puissance des DSP évolue infiniment plus lentement puisque de 120 millions de FLOPS on en est arrivé à 2700 millions, 22 fois plus, une progression plus qu’honorable et suffisante pour y trouver son bonheur avec des produits comme, entre autres la Vista 1 qui en font grand usage, mais sans commune mesure avec ce que connait le CPU.
En prenant la puissance actuelle d’un Core 800 et en lui appliquant cette fameuse loi qui veut que le nombre de transistors double sur un circuit intégré tous les deux ans et qui depuis 1965 s’est avérée exacte, Studer atteindrait en 6 ans la capacité de traitement de 3720 voies sur un seul CPU à 64 cœurs, là où aujourd’hui il en faut deux de 8 pour atteindre le chiffre déjà superlatif de 840.
En parlant de capacité par chip, le DSP sait aujourd’hui gérer 19 voies en full process là où un CPU de type x86 dépasse les 400.
Tiens…v´la un FPGA !!
Malgré cette débauche de puissance dont on comprendra plus loin comment elle est gérée à même les CPU x86 qui pourtant ne sont en rien conçus pour l’audio, deux opérations échappent à ce processeur, la sommation et le routing. Comme il s’agit de tâches simples et toujours identiques, donc faciles à programmer, Studer a fait le choix du FPGA, donc de la logique câblée reconfigurable, pour les mener à bien tout en prenant de la marge puisque le modèle choisi peut gérer la bagatelle de 10 000 voies.

Le reste des opérations ayant trait à l’audio comme par exemple les traitements de dynamique et les égaliseurs, est calculé par les cœurs de braves Intel Xeon pour lesquels les algorithmes Studer ont été réécrits pour un OS Linux. Sur un processeur type x86, 7 cœurs physiques font le job de l’audio à raison de deux tâches parallèles par cœur, donc 14 cœurs virtuels, et le huitième est réservé au fonctionnement classique d’un PC serveur et de toutes ses servitudes comme la communication ou la maintenance sur laquelle on n’a pas la main.
La déconnexion entre ces tâches et l’ensemble de cœurs composant un CPU x86 est totale et c’est même la clé de voûte du soft compilé par Studer qui évite toute interférence entre les deux car risquant d’interrompre aléatoirement le traitement de l’audio. Cet operating system bâti sur du Linux totalement propriétaire a nécessité plusieurs années de développement. Le résultat est que le « moteur » Infinity revient moins cher et est beaucoup plus flexible car il est bâti sur des composants classiques qui bénéficient d’un renouvellement beaucoup plus rapide que celui des processeurs dévolus au petit monde de l’audio et enfin il bénéficie d’outils de programmation et de personnes aptes à les mettre en œuvre en très grand nombre. Le DSP et même le FPGA ne peuvent pas lutter.


Deux puissances sont disponibles, le Core 400 avec un CPU et le Core 800 qui en dispose de deux, les chiffres indiquant le nombre de voies potentielles en full processing mais avec un bémol, on parle ici de voies en 48kHz et 24 bits, en 96 kHz il faut le diviser par deux. Précisons aussi que, pour le moment, la Vista X ne tourne qu’en 48kHz mais on nous a affirmé que la fréquence double sera rapidement disponible voire sans doute plus, la carte A-Link du D23 affiche en face avant aussi le 192kHz.
Y’a quoi sous le capot ??

Aussi étrange que cela puisse paraître, la vraie trouvaille de Studer est le logiciel propriétaire capable de gérer individuellement chaque cœur d’un processeur x86. Résultat des courses, quand on regarde l’Infinity Code de plus près, on est presque déçu par ce qu’on y trouve, habitués que nous sommes aux cartes DSP bien chargées.
Une fois tiré par l’avant, le tiroir d’un Core 800, contenant toute l’électronique, apparaît comme une carte mère serveur recevant les deux Xeon 8 cœurs, la RAM, deux alimentations extractibles et un disque SSD ; jusque-là, rien de bien novateur.
En revanche Studer a personnellement développé la carte PCI Express centrale.

Outre les douze ports entrées / sorties pour les liaisons en fibre optique avec les interfaces, elle comporte aussi le FPGA caché derrière un ventilateur. Cette carte PCI peut véhiculer vers la carte mère jusqu’à 5000 voies. Le gros avantage de Studer est poussé encore plus loin dans la Vista X avec une liberté totale de configurer sa console comme bon vous semble en termes de voies d’entrées, de sorties, d’auxiliaires.
Tout est possible à concurrence de la capacité offerte par le Core, la fréquence d’échantillonnage, et les éventuels plugs insérés sans même perdre de ressources à cause du routing puisque cette dernière tâche est prise en compte par le FPGA très musclé.
A-Link A-Link A-Link maïa !!

Ces douze ports bidirectionnels véhiculent les données selon un nouveau langage développé par Studer, le A-Link, une sorte de pendant au Blacklight II de SSL permettant d’entrelacer beaucoup plus de canaux que le simple MADI qui paraît d’un coup bien rikiki.
Standard dérivé de la vidéo 3G, le A-Link autorise le transport de 1536 canaux en 48kHz et 24 bits, la moitié sans doute en 96. L’interface étant optique avec une cage SFP, cela permet de facilement basculer de mono mode à multi mode, les liens sont redondés en standard et c’est par ce même lien qu’est véhiculée l’horloge verrouillant la console et les interfaces d’entrées et de sorties.
La danse du Redon
Broadcast par essence et mondialement appréciée pour cela, la dernière Vista va encore plus loin pour ce qui est de sa capacité à assurer en toutes circonstances. Si la connexion entre la console et le Core s’effectue classiquement à l’aide de câbles réseau, ils sont doublés sur deux réseaux. Deux brins relient les racks d’interface et le CPU. Toutes les alimentations sont doublées de même que le ventilateur dans le Core. Pour une sécurité maximale il est possible de mettre en parallèle deux Core reliés aux mêmes interfaces D23 en A-Link.

Plus besoin d’avoir des cartes spécifiques ou des routines spéciales, les D23 basculent automatiquement en moins d’un échantillon si l’un des deux processeurs vient à défaillir, autant dire qu’il vaut mieux avoir l’œil sur les écrans pour savoir où vous en êtes, vos oreilles n’y verront que du son !!
La surface elle aussi dispose d’une redondance améliorée. Là où sur les modèles précédents elle tournait grâce à un PC redondé, la Vista X est désormais équipée de deux PC redondés qui tournent en parallèle, ce que Studer appelle le Vista Quad Star. Quatre CPU donc dont un s’occupe de la surface, un second de l’affichage et les deux autres sont prêts à prendre la relève en cas de plantage.
Auf Wiedersehen D21, place au D23
Pourtant très répandu, le D21 est forcé de tirer sa révérence puisqu’incapable d’accepter les liaisons A-Link, c’est donc le D23 et ses 384 canaux d’entrées et sorties qui prend sa place, le double de son prédécesseur et carrément beaucoup pour un rack 3U. Une autre amélioration de cette interface réside dans la présence d’un petit CPU embarqué qui lui permet localement de gérer du routing et du process audio de manière indépendante.
La compatibilité avec le passé existe tout de même puisque les cartes du D21 peuvent être utilisées dans le D23. Le DANTE n’est pas oublié non plus : une carte existe déjà qui accepte 64 in et out sur son réseau Ethernet grâce à une simple prise RJ45. Une dernière carte est proposée afin d’interfacer deux liaisons MADI, chacune étant complètement redondée et en mesure de véhiculer 64 canaux. Deux ports sont offerts avec la cage SFP et pour des liaisons plus courtes, le bon vieux coax sur BNC.
Pluggue-moi du Studer
Face à une telle débauche de puissance, la question s’est posée immédiatement. Sera-t-il possible d’en garder sous le coude pour faire tourner des Plug-ins et qui plus est des VST ou bien d’avoir recours au même Studer Vista FX du reste de la gamme Vista et ses deux moteurs de Lexicon PCM96 ?

Nous avons profité de la présence de nombreux membres d’Audiopole mais aussi de Studer Regensdorf avec le Chef de produit Vista Roger Heiniger, pour en avoir le cœur net.
Pour ce qui est du rack 2U d’effets maison, la réponse est non, les liaisons HD ne sont pas présentes sur le nouvel Infinity Core. Concernant les plugs VST, même si tout est théoriquement possible, le risque paraît trop grand de faire tourner des dll « étrangères » au sein du CPU Studer à l’aide d’un wrapper, le plantage d’un plug risquant de compromettre le fonctionnement même du Core et donc de la console.
Comme le précise Roger, quelques plugs VST sont très stables, d’autres parfois moins, ce qui impliquerait des sélections serrées et des périodes de tests intensifs. Il faudra donc se satisfaire de l’offre labellisée Studer en BSS, DBX ou Lexicon qui va bientôt faire son apparition et garantira un fonctionnement serein et validé, d’autant que Studer va abandonner les racks d’effets externes et déléguer au Core la totalité du travail.
Infinity de modèles & marques
La grande nouveauté étant le mode calcul en CPU et le hardware qui va avec, Studer a adopté un nom affichant le potentiel futur et la puissance actuelle : Infinity.
Andrew Hill, le directeur du développement de Studer, affirme que cette technologie du CPU sera valable pour les 10 à 20 prochaines années et que l’ensemble des autres fabricants vont rapidement prendre le même chemin. Jean-Philippe Blanchard comme Roger Heiniger, le Chef Produit Vista chez Studer, ne cachent pas le fait que cette technologie CPU sera bientôt exploitée par d’autres marques du groupe Harman plus axées vers le marché du live, d’autant qu’une version Vista X SR n’est pas à l’ordre du jour. Il est en revanche possible d’upgrader une Vista 5 ou 9 avec un Infinity Core, mais pas la 8 du fait de son circuit de monitoring analogique.

Le café et l’addition s’il vous plait
La première console sera livrée courant de l’été à Euromedia qui a dégainé son chéquier le plus vite, plus vite que quiconque d’autre en France et même en Europe et a donc mérité une salve nourrie d’applaudissements lors de la présentation.
Interrogé par nos soins, Jean-Philippe Blanchard a donné comme ordre de grandeur 200 K€ pour une Vista X 40 faders, un Core 800 et trois D23 : un positionnement clairement broadcast et haut de gamme.