Le groupe Caravan Palace fait partie de nos pépites de la French Touch. Aussi inclassable musicalement qu’implacable avec son public, il le fait danser à peu près durant tout le show. Ses albums étant très produits, le même travail doit être effectué sur scène et pour ça, Ivan Herceg est un bon client. Nous sommes allés lui rendre visite lors d’une date du groupe au Zénith de Paris, équipée de la tête aux pieds par Régietek.

Reconnaissable parmi mille Régis Casu, le directeur opérationnel de Régietek présent sur place prend quelques instants pour répondre à nos questions et faire un rapide point sur ce prestataire en charge de la tournée.
SLU : Il était question de VGt pour ce soir et on a du KSL. Ça reste cardioïde et bon. Vous allez donc rentrer de l’Adamson ?
Régis Casu : Mais on en a, toute la gamme, et on les suit. On va rentrer notre premier kit VGt au deuxième trimestre 2025. Nous avons écouté ce produit à Port Perry chez Adamson et chez DV2. Lors de la présentation à un stade de prototype au Canada, nous avons été impressionnés comme lors de la sortie du E15. Une grosse claque avec un médium de malade et un bas médium comme on l’aime chez cette marque.
SLU : Vous allez remplacer les E15 ?
Régis Casu : A la longue on va tout basculer en VGt mais pas tout de suite, l’investissement est important. On va continuer la formation de nos équipes puisque nous disposons déjà de CS7, CS7P et CS10P avec le Gateway plus les petites boîtes qui marchent du tonnerre en télé et dont on va augmenter le parc. On va aussi passer dans le futur nos S10 en CS10.

SLU : Donc d&b, Coda, Adamson et L-Acoustics…
Régis Casu : …et on fait encore mieux en consoles avec DiGiCo, Midas, Yamaha où l’on vient de recommander des DM7 qui marchent très fort, SSL, Allen & Heath et Avid avec beaucoup de références et d’exemplaires dans chaque marque. Les consoles et Régietek c’est une vieille histoire d’amour. En lumière aussi on suit nos marques. Depuis le début on a misé sur Robe dont on possède toute la gamme et Martin avec qui on vient de rentrer 24 Viper en plus et dont on dispose là aussi de toutes les références. On va sans doute ajouter un peu d’Ayrton parce qu’il y a de beaux produits.
SLU : Et vos nouveaux locaux ?
Régis Casu : Ils sont sortis de terre juste au-dessus de Goussainville à Puiseux-en-France, et on est en plein déménagement. On a construit nos propres locaux car on ne trouvait pas ce dont on a besoin. Notre nouvel entrepôt a une surface de 4 900 m² et est super beau avec 4 quais de chargement pour les gros porteurs, trois quais VL, une zone pour les tournées, une autre pour la prépa des régies et des consoles par les ingés son, avec deux petits studios pour faire de la répète technique son ou lumière.
On a pensé aussi à l’ergonomie des lieux pour NewLoc dont on triple la surface et on a mis le paquet sur l’isolation thermique ce qui nous donnera le label HQE, Haute Qualité Environnementale. On a même une terrasse de 400 m² ! On était vraiment à l’étroit et les équipes faisaient des miracles à certains moments de l’année. Désormais on va avoir de la place, une meilleure organisation et on pourra être encore meilleurs.

SLU : Vous êtes combien maintenant en fixe
Régis Casu : En comptant RégieTek, Newloc, Twelve in a Box et Hocco nous sommes en tout 86. On a récemment fait un colloque RégieTek et NewLoc à Lyon et ça faisait du monde, une sacrée équipe qui a découvert le magasin lyonnais et les personnes qui l’animent.
SLU : On est samedi soir et tu es encore là, tu vas te faire attraper
Régis Casu : Non tout va bien, Céline a l’habitude, ça fait 23 ans que je me balade sur toutes nos opérations. Il faut savoir jongler entre la famille et le boulot ce qui n’est pas toujours facile, mais on a une équipe formidable qui travaille aussi beaucoup et nous soulage quand il le faut !
On quitte le bar du Zénith pour s’aventurer dans une fosse baignée dans un brouillard à couper au couteau et on jette un coup d’œil circulaire au système ou ce qu’on parvient à apercevoir.
Tout là-haut, ce sont bien 12 GSL (10 GSL8 et deux GSL12, mais ça on nous le dira plus tard), 8 Série V en outfill, un renfort central en douche constitué de 5 V et enfin 12 GSL-SUB en arcsub adossés à la scène.


En guise de infill et outfill on retrouve des vieilles gloires de d&b, une paire de C7-Top empilés sur des C7-Sub (muets, juste là pour surélever les Top en évitant le fly et le coton gratté…). Enfin 4 Y10 soufflent dans le nez des lécheurs de crash depuis le nez de scène et rééquilibrent la puissance des GSL-SUB.

Nous retrouvons Giani Mansard l’ingé système de cette date pour avoir confirmation.
Giani Mansard : Oui, les outfills sont du V8. Le gauche / droite c’est du GSL dont les deux boîtes du bas sont des GSL12 et le renfort central en douche est composé de cinq V12. Le choix du C7 en in et out est pour garder du premier plan sans que ce soit agressif et du bas quand on sort de l’antenne des 14” du GSL.
Et puis en proximité il faut travailler avec des points source. Enfin c’est bien de garder ce type d’enceinte dans son parc car elle marche toujours et pour des petites diffs, des sides ou comme ici des renforts de proximité, c’est cool, il n’y a besoin de rien d’autre.
SLU : Pourquoi le choix de l’arc sub ? La dispersion et l’homogénéité que l’on obtient se paie en peu en SPL et attaque.
Giani Mansard : C’est une demande de Ivan qui souhaite placer les subs au sol pour avoir un tapis dans la fosse. On n’a pas trop besoin de leur renfort dans les gradins vu la projection et la qualité du bas de GSL. J’ai un arc qui ouvre à 45°.
SLU : Pour l’array Processing ?
Giani Mansard : J’ai fait le choix d’avoir une décroissance max de 5 dB entre le 1er rang et le fond de salle ce qui fait que je maintiens l’énergie jusqu’à 15 mètres du système et puis je laisse décroitre naturellement jusqu’au bout de la salle qui est réduite de 10 mètres environ. A la régie on est à 37 mètres des boîtes, le mur du fond de salle est à 55 mètres. La régie est dans la 7è boîte.



SLU : Comment véhicules-tu le mix des deux consoles aux contrôleurs amplifiés ?
Giani Mansard : Je reçois le mix d’Ivan et celui de la console de la 1ère partie dans un LM44 qui me sert aussi à générer le Dante et le flux secondaire qui partent vers la scène ou une paire de DS10 alimente en AES/EBU les amplis à cour et jardin.
On exploite deux réseaux séparés avec Ivan. Je ne descends qu’un gauche/droite, Ivan n’a pas voulu de départ séparé. Le travail est donc fait dans les D80.
SLU : Quel est ton parcours Giani. Tu as tout appris à la Réunion y compris d&b ?
Giani Mansard : Il commence à y avoir un peu de d&b et toujours beaucoup de Meyer sur l’île, mais peu de line-array. J’ai commencé sur du MSL4 et un peu de Milo en tant que stagiaire bénévole. Je suis arrivé en métropole en 2007 à la fin de mes études et j’ai découvert à ce moment-là d&b en étant embauché chez On-Off et plus tard B Live et j’en ai beaucoup utilisé depuis. Je me suis auto-formé et j’ai complété avec des modules à l’INA.
Aujourd’hui je suis intermittent car j’ai envie de prendre la route et bosser sur des tournées et ça se passe bien. Je suis toujours en bons termes avec les gens auprès de qui j’ai appris le métier et quand je rentre à la Réunion, j’essaie de passer les voir. Cela a été mon premier terrain de jeu (sourire)

Les balances durant un peu plus que d’habitude en tournée (et ça nous arrange NDR) on fait le tour de la fosse et des gradins pour écouter, certes à salle vide, le système. Le raccord entre les fills et la diff principale se fait autour des 12 mètres du nez de scène très proprement par l’arrivée d’un grave bien articulé et précis qui fleure bon le système « large format ». Les subs assez directifs nourrissent la fosse mais s’aventurent moins dans les gradins. L’ouverture de 18 mètres est bien rattrapée par les quatre Y10, les deux C7 et la douche des cinq V12, le tout ne se marchant pas trop sur les pieds temporellement. Bravo Giani, le public de Caravan Palace qui adore danser, ne va pas se priver.
Les balances terminées, on part à la rencontre d’Ivan Herceg à la face, sa SSL L100+ et ses traitements console, LiveProcessor, racks 19”, demi racks 19”, pédale, table et Lunch Box 500. Les questions vont fuser. Ehhh Ohhhh Ivan tu es oùùùù…
SLU : Il faut partir bien habillé question effets avec Caravan Palace, c’est très produit…
Ivan Herceg : Oui il faut bien écouter les albums et trouver les équivalents à ce qui a été employé en studio ou en phase de création des morceaux. Les boucles rythmiques sont livrées toutes prêtes et servies morceau après morceau, tout le reste et l’esprit même du groupe, il faut le recréer.
Le public connaît par cœur les morceaux, on ne peut pas ne pas reproduire le son vintage de certains micros voix et pour ça il faut appliquer une certaine quantité de distorsion. Il en va de même avec les délais courts où les effets ponctuels et très travaillés sur la voix de Sonia, la chanteuse du groupe.

SLU : Sa voix paraît assez travaillée…
Ivan Herceg : Oui, il y a des effets très brefs, et un travail sur sa voix au sens large du terme pour qu’elle soit toujours agréable même passée dans une simulation de téléphone ou une disto bien trash. Pour ça en plus des traitements dynamiques, j’utilise l’égaliseur dynamique Vocal EQ d’Antares inséré au bout du groupe voix Lead. Son avantage c’est de suivre la voix à la façon d’un « trackeur » et d’intervenir via un potentiel de 6 cellules actives à chaque fois qu’une fréquence se manifeste par un niveau excessif.
C’est un garde-fou d’une puissance et d’une polyvalence absolue. Par exemple l’effet radio garde son timbre mais n’arrache pas les oreilles quelle que soit la note chantée. Ce système en plus peut intervenir sur la fondamentale sans toucher aux harmoniques ce qui apporte une meilleure définition.
SLU : Comment tu arrives à avoir autant d’effets, de stems, de DCA, d’inserts, de départs et de retours avec les ressources assez limitées de la L100+ ?
Ivan Herceg : Je suis aux taquets des ressources de ma L100 (rires) Il doit rester 2 ou trois Paths disponibles au grand maximum. En plus d’une soixantaine de sources venant du plateau, j’utilise une armada d’effets internes et externes à quoi viennent s’ajouter de nombreux stems mono ou stéréo qui servent un bussing classique, au traitements parallèles ou au pumping via side-chain. Donc oui, la L100+ est un peu à l’agonie mais elle tient le coup ! Il y a bien moins de ressources et de faders qu’avec la L550 et ce manque de faders oblige à une certaine rigueur dans l’organisation des layers, mais aussi dans la méthodologie de mixage.

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SLU : Et en termes d’effets internes, avec la L100 tu n’es pas un peu serré ?
Ivan Herceg : Oui, et pourtant j’ai la version + de la L100 avec plus d’effets. Je suis rendu au même potentiel que la L200 de base. De là le besoin d’avoir des effets externes dont le LiveProfessor pour avoir entre autres le Blackhole, la réverbération très, très longue d’Eventide dont je me sers sur le sax pour deux petits effets « spatiaux ».
SLU : Tu as aussi des Lexicon, des Bricasti…
Ivan Herceg : En plug oui, ça sonne bien et c’est pratique. J’utilise une 480 à double moteur de chez Relab et différents programmes d’une M7 quasi parfaite de chez Liquidsonics. Il s’agit de réverbérations ayant des personnalités différentes. J’arrive au bout du bout a 6 ms de latence, c’est acceptable
SLU : Tu as d’autres pédales…
Ivan Herceg : Oui, la Golden UAFX. A la base c’est issu de plugins UAD qu’ils ont mis dans une pédale avec les boutons sous la main et notamment le pré-délai ce qui est très intuitif, et elle fait de jolies Plates. Je m’en sers ponctuellement assez ponctuellement mais elle sonne bien. C’est comme le Space Echo Boss. Il existe en plug, mais il est beaucoup moins pratique à utiliser qu’avec des boutons où je tape mon tempo, je coupe à la volée, du coup, je me trimbale la pédale.


SLU : Quand tu ouvres dans une salle, tu le fais avec ta chaîne de traitements sur le master et tu t’adaptes à ce que te rend le lieu ou bien c’est inséré nativement et cela fait partie du mix ?
Ivan Herceg : J’ouvre avec. Je ne peux pas faire autrement puisque le mix a été créé avec cette chaîne et en couper une partie, signifierait devoir changer 60 signaux en amont. Si j’enlève ne serait-ce qu’un shelf sur l’aigu, cela influera sur énormément de sons.

SLU : Mais tu pourrais travailler ton mix et le conformer à ton goût sans avoir besoin de le finaliser ainsi.
Ivan Herceg : Bien sûr, mais en studio on est toujours à la recherche de la console ou de l’étage qui sonne le mieux, de l’effet qui apporte, du compresseur le plus musical, des effets induits par la bande magnétique ou des générateurs de brillance ou de distorsion et autres élargisseurs. On aime aussi de l’air dans l’aigu, un peu de pompage sur les transitoires, de chaleur sur le tout…

On est à la recherche de tout ça car nous vivons à une époque où le son se fait et s’enregistre différemment et il faut lui redonner ce qui faisait le charme des disques d’une époque où tout sonnait, ou plutôt, avait un son et apportait sa touche.
SLU : Tu penses que le public se rend compte et entend dans une salle toutes les subtilités que tu apportes ?
Ivan Herceg : J’espère, mais c’est important de donner de l’air et une couleur au son pour ne pas se contenter d’un gros bas. Je fais attention aussi à ne pas utiliser des CD pour découvrir une salle mais bien le virtual du show.
Noir Salle
Rien nouveau sous le soleil d’Elidy. Une salle pleine et surtout l’immense fosse, absorbe par les viscères des spectateurs, une part non négligeable de l’infra et du SPL des subs. Cela redonne au GSL la tâche de construire le bas du spectre, chose que le navire amiral de Backnang réalise avec impact et ampleur. Le haut du spectre s’assagit aussi un peu malgré une pression…virile.
Précis, créatif, méticuleux, inventif voire foisonnant et connaissant les SSL comme personne, Ivan cumule les talents, et le fruit de son travail est très intéressant avec une mise en avant des plus petits détails du show grâce à des sonorités sorties de nulle part et, pour avoir écouté les titres originaux, fidèles à l’esprit.
On note aussi chez lui comme chez nombre de ses collègues mixeurs, une légère tendance à l’inflation de traitements dynamiques y compris sur les généraux en vue de masteriser le son salle et lui donner un côté analogique, bien glamour et massif, réduisant d’autant la dynamique et apportant, à bon escient, une distorsion « musicale » au tout, d’autant que le projet le demande. Il est vrai que les serveurs de plugs, les effets incorporés dans les consoles et les bons vieux racks à papa sont terriblement tentants, pire qu’un buffet de Club Med le premier soir !
Alors que les nouveaux systèmes de diffusion disposent d’une capacité d’analyse, de dynamique et une fidélité certaine, sans perdre en SPL, on leur envoie un son travaillé, parfois à l’excès où le C et le A peuvent se toucher en tendant le bras. Les amplis offrent de plus en plus de crêtes et nous de moins en moins de dynamique pour les exploiter, avouez que c’est ballot. Il faudrait tirer parti du côté nerveux, précis et presque brutal des derniers transducteurs pour ajouter une nouvelle dimension au mix, tout en ciblant 95 A et 105 C.
Cela étant, ne boudons pas notre plaisir. Caravan Palace envoie le bois et Ivan est un très bon charpentier. À l’heure où vous lisez ces lignes, tout ce petit monde dont Yann Garnier aux retours est parti eu Mexique, États-Unis et Canada pour 24 dates où ça va tronçonner de la morosité et donner la French Gouache à everybody, ce que l’on appelle couramment la French Touch. Il va devenir tout colère MadDonald. Vite, de la laque et du fond de teint !
Enfin si vous trouvez les photos du show réussies, le mérite en revient aussi et surtout à Paul Durozey, le drésseur de photons de cette tournée car pas de belle lumière, pas de belles images !
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