
Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, duo emblématique de Justice, ont orchestré un show mondial époustouflant. Au cœur de ce spectacle produit par Corida / Genesis, le prestataire B-Live, MECAoctet pour la fabrication des pods et un design lumière signé Vincent Lérisson qui a captivé les foules.
Les pods fabriqués par MECAoctet et le MiToB conçu par Sébastien Sacco et B-Live reçoivent chacun un prix de l’innovation SLU.
En décembre dernier, Justice a enflammé l’Accor Arena de Paris avec un spectacle à la scénographie hypnotique, où lumière et vidéo se sont mêlées dans une alchimie parfaitement orchestrée. Dès les premières minutes, le show plonge le spectateur dans une explosion de lumière avec effets stroboscopiques multicolores qui laissent pourtant une sensation de noir et de blanc. Un parti pris qui rappelle l’esthétique des clips du groupe.
« Justice est un dossier particulier » explique Vincent Lérisson, éclairagiste du duo depuis 2007. : « Il n’y a jamais eu d’autre cahier des charges que « on veut que ça rende sourd et que ce soit aveuglant ». Depuis, le brief n’a pas changé, par contre le show s’est affiné et amélioré avec les découvertes de chacun et une confiance qui s’est construite au fil du temps. En vieillissant, on a peut-être envie d’être moins brutal et plus fin. » ajoute-t-il dans un sourire.

A partir des musiques que Xavier et Gaspard lui envoient, Vincent démarre son design. « Au début, je vais avoir plein d’idées et proposer de grosses directions différentes sous la forme de plans. A ce moment, je travaille avec quelques personnes proches en fonction des besoins et notamment avec mon frère » (Gilles Lérisson, directeur d’exploitation à la Cigale ndlr).
Il propose alors un projet aux artistes qui sera le point de départ d’un travail collaboratif. Le show évolue alors, souvent loin des idées initiales mais tout en conservant des influences fortes. La dominante de lumière en noir et blanc chère au duo électro depuis leur première tournée est toujours présente même si elle est aujourd’hui ponctuée de touches de couleurs.
« Justice a une identité visuelle très reconnaissable » explique-t-il, « Xavier et Gaspard sont graphistes de formation, ils ont une culture de l’image et ils anticipent les rendus de la caméra, dans un téléphone ou sur Internet. Ils savent ce qu’ils veulent et surtout ce qu’ils ne veulent pas ». Leur vision artistique est donc claire, et Vincent cherche à la concrétiser par la lumière mais aussi à marquer les temps forts et émouvoir le public. Il explique : « La lumière est comme leur chanteuse, elle parle pour leur musique. »
Cette gestion singulière des couleurs, oscillant entre éclats flamboyants et moments plus sobres, structure véritablement la narration visuelle du concert. Le groupe cherche à créer une interaction émotionnelle et la réflexion est minutieuse pour trouver la formule parfaite. Un exercice de style auquel Vincent est fier de pouvoir contribuer grâce à une expression visuelle puissante.
Vincent Lérisson nous en dit plus dans cette interview vidéo :
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Armand Beraud réalisateur des médias : Une Collaboration Clé sur la Tournée Justice Live
Armand Beraud accompagne Justice depuis plusieurs années, travaillant sur leurs clips et pochettes. L’équipe de graphistes de C14 studio a utilisé les logiciels Smode, After Effects et Unreal Engine pour créer les médias.

SLU : Un des choix majeurs du show était de donner une impression de noir et blanc. Peux-tu nous en parler ?
Armand Beraud : Les artistes voulaient une esthétique monochrome. Le noir et blanc renforce l’impact visuel rock’n’roll qu’ils souhaitent donner quand trop de couleurs peuvent évoquer un effet type disco. L’idée principale était de jouer sur des contrastes radicaux en allumant et en éteignant la lumière, comme un interrupteur, pour marquer les temps forts du spectacle. D’ailleurs, ils font la même chose avec la musique où les breaks servent à redescendre pour mieux réattaquer. Le spectacle doit être comme une sorte de roller-coaster pour créer du relief émotionnellement parlant.
SLU : Un des moments marquants pour moi a été sur le titre One Night/All Night où il y a une forte transition qui fait passer du noir salle à des aplats de couleurs en rampe, particulièrement chaleureux et modernes.
Armand Beraud : C’est une volonté du spectacle que de ne faire que de l’émotion et jamais de la démonstration technique, donc on se concentre ici sur un effet dont l’objectif est d’enlacer le public pour lui dire qu’on pense fort à lui. Personnellement mon approche est plus artistique que technique et mon travail avec Justice a commencé avec des clips minimalistes basés sur des jeux de lumière.

SLU : Vous jouez donc avec la perception visuelle ?
Armand Beraud : Toujours. Sur « One Night/All Night », on alterne couleur et blanc très rapidement, et en amenant de la couleur, c’était intéressant car on avait encore plus la perception d’une scène en noir et blanc.
De plus cette tournée est très axée techno avec des inspirations Thunderdome et donc à la différence de la tournée précédente où les gens regardaient ébahis, là ils sont très actifs et dansent.
Ce n’est pas la même façon de penser un spectacle. Ici on est axé sur la lumière plus que sur la vidéo qui est quasi invisible mais qui prolonge la lumière. C’est une intention qui fait partie de la collaboration que j’ai eue avec Lewis (Vincent Lérisson).
SLU : Comment avez-vous travaillé avec Vincent ?
Armand Beraud : La musique arrivait au fur et à mesure, et on s’adaptait en temps réel. Lewis sait comment structurer le spectacle et maintenir l’intérêt du public. Nous avons donc créé les motifs visuels qui accompagnent la mélodie, en utilisant des chorégraphies de pixels et des éléments visuels qui s’intègrent dans l’ensemble. L’urgence en résidence a servi le spectacle en le rendant un peu brut. Souvent, je soulignais la boucle pendant que Lewis fabriquait le tableau et donc la partie dynamique du titre.
On peut avoir des discussions sur le placement de la vidéo dans la scénographie et bien sûr on prend en compte le brief de Xavier et Gaspard qui peuvent nous dire par exemple « Ce titre c’est une boule à facette » et donc Lewis va se servir des miroirs et je vais essayer de donner le goût de ce qu’est une boule à facettes en vidéo en créant des bords RGBW autour des lumières blanches par exemple. D’une manière générale les artistes adorent la poudre de Perlimpinpin c’est-à-dire une espèce de scintillement crépitant, une dynamique que Lewis ne peut pas créer seul avec les lumières. C’est par contre une rémanence que je peux apporter en vidéo quand il éteint ses lumières.

Armand Beraud est un artiste et réalisateur français, spécialisé dans le domaine de l’animation. Il a commencé sa carrière dans les années 2000, période où la technologie 3D devient accessible grâce à la puissance des ordinateurs personnels.
Il travaille sur divers projets, notamment des clips musicaux et des publicités puis pour le duo Justice, en 2007, à l’occasion de la réalisation du clip DVNO présent sur leur premier album. Son approche qui met l’accent sur la simplicité et l’émotion plutôt que sur la technique plaît au duo qui le fera intervenir sur plusieurs de leurs créations, y compris leurs deux dernières tournées.
Comme il le décrit lui-même « J’aimais les vidéos d’artistes qui travaillaient sur les primitifs de la vidéo et où les gars peignaient sur des pellicules. Ce sont des aspects que je trouve complètement abstraits et extrêmement émotionnels dans des œuvres qui sont presque des vidéos de laboratoires mais qui donne des rendus hyper beaux ».
Les Pods par MECAoctet
Pour l’ingénierie des Pods, MECAoctet reçoit un prix de l’innovation SLU. Les éléments scéniques ne sont pas cachés, au contraire : les mouvements du matériel et de la scénographie font partie du spectacle, donnant un aspect presque mécanique et robotique, parfaitement en phase avec la musique électronique du duo. Les barres lumineuses et les écrans vidéo sculptent l’espace avec précision, jouant avec des motifs géométriques et un usage malin du stroboscope.

Créer ces objets scéniques tout en gardant une certaine ergonomie est un défi relevé par l’équipe de MECAoctet qui réalise pour cette tournée des ponts intégrés, conçus pour être installés en moins d’une heure et demie sur des scènes de festivals, de Zénith et d’Aréna. Un gain de temps très utile dont bénéficie aussi l’étape de
démontage.

Philippe « L’Ecu » Ducouret faisant partie de l’équipe de fabrication des pods chez MECAoctet explique : « Un pod comprend un pont avec les projecteurs et un support avec les moteurs d’automatisation.
L’équipe monte d’abord les lignes de pont, puis déclipse deux éléments et lève l’ensemble qui se retourne pour passer de la position transport (avec roulettes) à la position show. Une fois à la bonne hauteur selon les salles, il suffit de câbler et tout est prêt.
Une échelle permet d’étendre les ponts pour acheminer les « câbles pick » plus loin pour une installation propre ».

Ce projet a été réalisé en partenariat avec Vincent Lérisson, Sébastien Sacco de B-Live, Manu Mouton et l’équipe motion. Tous ont contribué à l’optimisation du processus pour concevoir 14 pods de 250 kg chacun.
Deux kits existent : le kit US, testé en premier, a permis d’améliorer le kit européen, notamment en optimisant la position des tubes Led Martin Sceptron et en renforçant la sécurité pour le transport.
Philippe « L’écu » Ducouret : « Nous avons aussi travaillé sur le mur de fond de scène, développé de deux manières différentes. L’accent a été mis sur l’ergonomie, la facilité de montage et la rapidité, permettant à l’équipe de se concentrer davantage sur la qualité du show. Cela rend le travail beaucoup plus fluide et moins stressant. L’équipe peut arriver plus tard, installer plus rapidement, et accéder à des scènes avec des limites de poids, ce qui est un avantage. »
SLU : Et pour la sécurité ?
Philippe « L’écu » Ducouret : « On a amélioré le logiciel développé par Julien Bodart pour que le contrôle de fasse de manière toujours plus sûre. Les installations sont monitorées en permanence grâce à de multiples capteurs de transferts de charge et de mouvements de freins. Au début cela a pu être pénible et limitant car dès qu’il y avait une suspicion de problème, tout s’arrêtait. C’était compliqué pour l’éclairagiste.
Maintenant que l’on maîtrise les dangers possibles, on a la possibilité de tout arrêter mais si ça ne pose pas d’enjeu de sécurité, nous allons plutôt le gérer que bloquer complètement le motion. Ces décisions sont possibles grâce au concours d’Antoine Certain qui nous a rejoints il y a deux ans et a permis d’être moins binaire sur cette partie du logiciel. »

Rick Ducouret, déjà croisé sur la tournée Planète Terre de Louise Attaque est chef d’équipe et opérateur pour le Motion. Il nous explique comment sont alimentés les pods :
Rick Ducouret : « Nous avons conçu le système avec trois enrouleurs : un pour le courant, et deux pour les arrivées RJ45 dont un pour la lumière et un pour la vidéo. Les moteurs sont fixés avec des accroches courtes grâce à des braquettes spéciales, au lieu des habituels Steelflex, ce qui permet de gagner en hauteur. »
SLU : Pourquoi est-ce important d’optimiser ?
Rick Ducouret : Dans un kit festival, les scènes peuvent être basses, autour de 7-8 mètres. Chaque centimètre compte pour optimiser l’espace ou pour éviter d’avoir à démonter pendant les changements de scène. Si un mouvement doit passer de 10 mètres à 2 mètres de course, cela crée des incohérences. On va donc ajuster la vitesse pour garder une constance dans le timing des mouvements. Il y a une quinzaine de mouvements différents. On s’adapte en fonction des Zénith, car leur hauteur varie. Parfois, on est à 12 mètres, le lendemain à 10 mètres, et la hauteur peut aussi différer en Arena. Bercy, par exemple, est beaucoup plus haut que le Zénith de Paris.
Une équipe technique ultra-rodée pour une installation en Or

Manu Mouton est un des fidèles de la première heure de l’équipe de tournée du duo Justice et son expérience d’une optimisation aussi bien financière que logistique a bénéficié au projet à tous les niveaux. Un ange gardien auquel l’équipe fait souvent référence pour louer son talent de directeur technique.
Avec l’explosion des coûts de transport en fret aérien liée à la guerre en Ukraine, Manu Mouton et son équipe ont opté pour une solution plus efficace sur la partie américaine de la tournée mais sans compromis sur la qualité. La décision de construire deux kits identiques et d’en envoyer un aux USA par conteneur en bateau est prise. Manu Mouton explique : » C’était le début de la guerre en Ukraine. Les avions de transport étant majoritairement russes, ils avaient interdiction d’atterrir aux États-Unis ce qui a entraîné une explosion des prix, d’où notre décision de construire un deuxième kit et de le faire transiter par bateau ».
Le transport maritime prend environ un mois entre Paris et New York et divise les coûts de transport par dix. De plus, transporter un équipement déjà monté permet à la production d’être plus flexible sur les dates de la tournée et de répondre positivement à plus de demandes. « On a beaucoup travaillé sur l’ergonomie du montage. Les ponts qui composent le design ont été optimisés pour être dépourvu de flight case et peuvent rentrer dans trois semis de matériel. Ils devaient par ailleurs pouvoir être montés dans un temps record d’une heure et demie. »
Pour mettre de l’huile dans les rouages, Manu se rend sur les sites en avance pour préparer l’installation et anticiper les difficultés. En Amérique du Sud, cette préparation se complexifie car elle nécessite une veille constante sur la sécurité des trajets à l’aide de contacts locaux. « Parfois, on a eu des escortes armées. Ce sont des réalités avec lesquelles il faut composer. Quand tu travailles sur un projet de cette ampleur, il faut des gens en qui tu as une totale confiance sinon c’est ingérable. »
Aujourd’hui très impliqué dans la professionnalisation de la construction des décors et du matériel de tournée, il a récemment mis en place une remorque atelier mobile pour ajuster et finaliser les décors sur place, évitant ainsi des bricolages de dernière minute. « On peut maintenant faire des adaptations propres et efficaces sur place, sans être à quatre pattes à découper du bois n’importe comment. »
Justice Live 2024 représente pour lui un projet de maturité, fruit de nombreuses années d’expérience et d’optimisation technique. Il souhaite d’ailleurs désormais se consacrer à la création et au développement technique en amont pour mettre à profit son expérience de la logistique et de l’optimisation technique tout en conservant une qualité de production de haut niveau.
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SLU : Comment apportez-vous le courant vers les pods ?
Elie Druez : On a une montée de pont classique puis le courant est redistribué à des enrouleurs qui ont une course de 14 mètres maximum pour alimenter chaque pod. Il y a un enrouleur pour l’électricité, un enrouleur pour la vidéo et un enrouleur pour le data. Il fallait qu’on trouve un système compact où le câble soit fin pour qu’il se voie le moins possible.
Jérémy Dufeux : Dans chaque pod il y a un PRT intégré au-dessus. Il vient se poser sur le pod qui lui-même est sur roulette. Étant donné le design qui forme un losange, il fallait qu’on puisse faire une continuité du pont pour fixer les câbles pick (drisses ou moteurs pour rattraper le câble ndlr).
Lucas Devinaz : Comme ça ils ne tombent pas directement sur scène et c’est plus discret. Car le câblage redescend hors cadre.
SLU : En cas de casse d’un câble RJ, est-ce qu’une sécurité est prévue ?
Elie Druez : Au niveau du câblage, du spare est câblé pour le Art-Net car les nodes sont intégrés dans les ponts. Par contre pour la vidéo et le data, il n’y a pas de redondance. On aurait pu en prévoir une pour le data mais il aurait fallu rajouter des enrouleurs et ça ne rentrait plus dans le pont. On a changé un enrouleur qui avait été sectionné lors du montage démontage, mais sinon c’est très stable d’autant plus sur le kit Europe qui a bénéficié des retours du kit US, en plus d’un câblage très récent avec des câbles RJ live qui sont plus gros, plus costauds car mieux protégés par leur blindage. Ceux du kit US sont un mélange entre les catégories 6 et 5E mais ils fonctionnent quand même bien.
Lucas Devinaz : Quand on a besoin de rajouter des longueurs par contre ce choix peut se sentir car on est au maximum des possibilités pour la vidéo.
Elie Druez : En effet, on estime la distance à 110 mètres avec tous les raccords, donc on est loin de la valeur de sécurité qui est plutôt aux alentours de 80 mètres pour la vidéo. Les enrouleurs disposent d’un double enroulement pour éviter que les câbles ne se torsadent. Avec ce système on a une perte de longueur qui fait baisser cette distance de sécurité max.
Le MiToB, un projecteur custom
Le MiToB est un projecteur construit spécialement pour la tournée Justice par Vincent et l’équipe B-Live emmenée par Sébastien Sacco. Il a été récompensé par de multiples prix et SLU lui décerne un prix de l’Innovation.

Cette idée prend son origine bien plus tôt lors du développement d’un mur sur MediaSpinner avec une face Elidy et une face vidéo d’écrans Screentech de 30 x 17 cm. « Cela me permettait de passer facilement d’un mur vidéo à un mur d’Elidy S et d’obtenir un décor hybride. » explique Vincent.
En 2017, la tournée de Justice leur permet de repenser cette idée pour lui ajouter une face miroir. « Nous avons obtenu un projecteur en forme de Toblerone d’1,20 m avec trois faces. Il y en avait quatre par cadre pour un total de 13 cadres ». Lors du débrief, Vincent très content de cette nouvelle possibilité envisage déjà une évolution avec un mouvement en pan et des projecteurs plus petits pour remplir le volume scénique avec plus d’unités. 2022 sera l’occasion de concrétiser ce projet quand Justice décide de repartir en tournée.

Chez B-Live un stock de VL 2500 inutilisé sert de base à Sébastien Sacco pour la réalisation d’un prototype. Vincent explique : « Les MiToB sont en déport (en perroquet ndlr) ce qui apporte plus de poids de traction sur les moteurs. Il fallait donc de la puissance pour que quand la face Led, la plus lourde, est en bas, on puisse arriver à la retourner ».
Sébastien, fort de son expérience en mécanique, conçoit des pièces sur Vectorworks et donne vie au MiToB. Vincent précise : « Globalement, Justice en a l’exclusivité même s’ils n’en sont pas propriétaires. Par contre, ils seront ensuite disponibles à la location chez B-Live. »
Sébastien Sacco : « Aujourd’hui ce projecteur est très typé justice, mais il peut aussi être modifié si besoin et c’est pour cela que nous avons prévu des arrivées en Neutrik, de l’électricité en 4 points et du RJ45 pour se laisser une marge de manœuvre, ce qui a été une des bases dans notre réflexion chez B-Live. »
Le MiToB est assez spécifique car ses trois faces sont successivement un projecteur Elidy blanc chaud, une face vidéo classique et une face dibond miroir argent. « Je rêverais d’y installer de la LED multicolore avec la même puissance. » confie Vincent. « Il y a des projecteurs qui y ressemblent mais ils ne sont pas aussi polyvalents.
MiToB est peu coûteux du fait du recyclage des éléments qui le composent. Cela nous a permis de rentrer dans le budget prévu et je remercie Corida / Genesis et Manu Mouton pour leur adhésion et leur aide sur ce projet ».

SLU : Avez-vous rencontré des difficultés pour fabriquer le MiToB ?
Sébastien Sacco : « La phase de prototype s’est bien passée car on avait tout en stock chez B-Live. Le problème a été de fabriquer une série de 130 dans un délai d’un mois pour respecter le calendrier de la tournée. Il a donc fallu coordonner l’approvisionnement en matières premières, les coupes laser, l’assemblage envoyé en peinture époxy et les temps de transport. Nous avons aussi dû faire refabriquer des cartes de pilotage par un fabricant chinois à hauteur d’une quarantaine d’unités qui devaient être des copies afin de compléter nos stocks. Puis on a monté des équipes pour constituer des chaînes de montage chez B-Live qui s’est équipé d’outils pneumatiques.»

Sébastien Sacco commence tôt dans une société locale à Annecy tout en poursuivant un bac S et un BTS Informatique et Réseau pour l’Industrie et les Services (IRIS ndlr), complétés par une école d’infographie. Son père, tourneur fraiseur, lui transmet son savoir-faire pour réparer sa moto et préparer ses compétitions de Trial.
Ses expériences professionnelles l’amèneront à travailler avec Nicolas Savigny en serveur vidéo, puis avec Cyril Pratt. En 2012 il rejoint la tournée de Justice et retravaille avec Vincent Lérisson, rencontré sur un projet précédent. Leurs créations ne feront que prendre de l’ampleur, Sébastien étant un de ses fidèles complices de fabrication.
Kit sur scène
160 x Starway Baracca 360 se répartissent sur scène, sur le pont de douche et à cours et jardin pour les deux dates de l’Accor Hôtel Arena.
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SLU : Tu utilises les Starway Baracca 360 en successions de faisceaux colorés très rapides ce qui bizarrement renforce par contraste la dominante en noir et blanc du show.
Vincent Lérisson : C’est né d’une erreur de programmation. J’avais les Baracca de Starway en test et j’ai découvert cet effet de défilement de couleur ultra rapide. Xavier et Gaspard ont adoré, et on l’a intégré sur “One Night/All Night”. Le défilé de couleurs est tellement rapide qu’à l’œil nu, on perçoit du blanc ou du gris, mais c’est en clignant des yeux que les couleurs apparaissent. En vidéo, le rendu est moins bon, seule la vision humaine capte pleinement cet effet et c’est aussi ce qui nous a séduits.

SLU : Que penses-tu de ces nouvelles sources laser ?
Vincent Lérisson : Je suis hyper content du Baracca ! Je cherchais un projecteur compact, avec un bâton extrêmement pêchu et efficace sans les défauts des projecteurs dits « à effets » c’est-à-dire pas d’ouverture de faisceau et un point chaud très marqué donc pas joli et au final, pas réellement adapté pour éclairer des gens. Par ailleurs, je voulais me passer des lampes qui nécessitent plus d’entretien.
Le Baracca 360 répond parfaitement à ces critères avec son faisceau laser ultra-puissant et son faible encombrement. Son poids, 22 kg, dû à la certification IP65, le ralentit un peu, mais avec des moteurs plus puissants, il serait parfait. Il a aussi une rotation infinie et d’autres fonctions que je n’exploite pas, mais son potentiel est énorme, tout en restant sûr à l’utilisation.

Le Starway Baracca 360 WET est un projecteur Beam équipé d’une source laser de 260 W, offrant un angle d’ouverture de 1,7° grâce à une lentille de 145 mm de diamètre. Il est capable d’un éclairement de 190 000 lux à 20 mètres, produisant un faisceau extrêmement dense dans l’espace.
Intégrant un système de couleurs CMY, une roue de 17 couleurs, une roue de 19 gobos fixes, 2 prismes cumulables, et un frost, le Baracca 360 WET bénéficie d’une rotation pan/tilt infinie, soutenue par la technologie CK EFFECT.
Cette technologie brevetée par la marque simplifie la programmation des mouvements pan et tilt des projecteurs, qu’ils soient en rotation continue ou en mouvements conventionnels. Avec seulement deux paramètres pour le Pan et deux pour le Tilt, il est possible de définir la zone d’éclairement du projecteur, indépendamment de la vitesse des déplacements.

SLU : Tu es parmi les premiers à utiliser la technologie laser, dont le faisceau est bien plus défini que celui d’une source Led. Peux-tu nous en parler ?
Vincent Lérisson : Le laser donne l’impression d’un faisceau « en verre » qu’on pourrait attraper et casser, c’est une lumière visuellement très différente de celle émise par les Beams à lampe ou à leds. Je ne dirais pas que c’est mieux ou moins bien mais en Beam, je préfère le laser pour sa netteté et sa puissance sur la distance. Par contre, en éclairage, il n’est pas forcément supérieur au trad, qui a toujours eu ma préférence d’ailleurs. On en voit moins car la consommation d’électricité est devenue un vrai sujet. Il faudrait beaucoup plus de projecteurs pour un même design en trad, ce qui n’est pas possible. Le trad était superbe mais il faut changer de modèle.
Sur chaque pod on trouve 4 x MiToB, 2 x Rogue Outcast X2 Wash Chauvet Professional et 3 x Sceptron Martin.

Vincent Lérisson : J’ai ajouté les Martin Sceptron pour la sensation du plafond néon qu’on aime bien et ce dès le deuxième titre. On évoque un univers industriel souhaité par Xavier et Gaspard. Avec tous les écrans vidéo, on assume un câblage apparent mais discret.
Le Sceptron est léger, peut accueillir de la vidéo et on l’utilise ponctuellement pour rehausser les tableaux. On connaît bien ce projecteur : ses tailles de tubes, son poids très pratique, sa fiabilité et la possibilité de les piloter via média serveurs ou par le P3 de Martin en DMX.
Le Sceptron a été contrôlé uniquement par Média Serveurs pour éviter de surcharger le réseau du show. Jérémy Dufeux, l’assistant de Vincent Lérisson, explique : « Les Sceptron, pour une raison liée au réseau qui est conséquent sur ce show, ont été contrôlés par Smode et non pas par la grandMA pour ne pas alourdir le synopsis réseau ».
Le Martin VDO Sceptron 10 est un tube LED conçu pour s’intégrer dans des configurations variées, notamment les décors scéniques et architecturaux. Disponible en deux longueurs (1 000 mm et 320 mm) et d’une largeur de 27 mm, il offre un pas de pixel de 10 mm, permettant un affichage fluide et précis des contenus visuels.
Ses leds RGB assurent un mélange de couleurs variés. Grâce à sa compatibilité avec les protocoles P3 et DMX, il peut être intégré dans différentes configurations de contrôle. Son indice de protection IP65 garantit une utilisation en extérieur, et sa conception modulaire permet de lui associer différents diffuseurs pour divers effets visuels.
SLU : Et les Rogue Outcast 2X Wash de Chauvet Professional ?
Vincent Lérisson : Je les adore. J’avais besoin d’un wash léger pour rentrer dans la limite des 250 kg en accroche sur les pods et qui soit puissant, le mot d’ordre de la tournée Justice. Il y a 30 machines au-dessus des artistes et je voulais qu’elles fassent aussi un beau bâton de lumière. Le prestataire nous les a proposés et après les avoir testés j’ai constaté qu’ils dépassaient mes attentes. Je trouve que c’est un très bon projecteur.
Il est IP65, ce n’était pas nécessaire pour nous mais ça reste un plus car nous sommes beaucoup en festival et soumis à de la poussière. J’en suis tellement content que j’en ai mis sur la tournée de l’Impératrice où les artistes m’ont même demandé de les baisser un peu.

Le Chauvet Professional Rogue Outcast 2X Wash est un projecteur asservi multisource IP65. Il est équipé de 19 LED RGBW de 25 W chacune, offrant une large palette de couleurs et une intensité lumineuse significative. Le zoom motorisé permet une ouverture de faisceau variable de 8° à 66°. Sa température de couleur est ajustable entre 2 800 K et 10 000 K. Il est contrôlable selon 5 zones de LED pour des effets de pixel mapping créatifs. La gradation 16 bits assure des transitions lumineuses douces. Sa construction robuste en alliage d’aluminium et de magnésium assure durabilité et légèreté dans des dimensions compactes (303 x 218 x 361 mm) et un poids de 10,6 kg.
Mur de fond de scène
La vision de la technique est parfois complètement assumée et devient même un tableau quand le matériel est éclairé par les écrans du mur de fond de scène pour dévoiler le décor. Vincent précise : « Ça donne une sensation de rétroprojection, comme un positif négatif.


Vincent Lérisson : L’idée du mur vient d’une précédente tournée où une installation similaire m’avait ouvert de nouvelles possibilités. Pour Justice, je voulais un élément emblématique qui rattache visuellement n’importe quelle photo au groupe. Xavier et Gaspard adorent les miroirs, alors j’ai proposé un mur composé d’énormes projecteurs dont les volets seraient en miroir, pour un rendu cinématographique.

J’avais déjà utilisé les Prolights EclPanel, dont j’avais apprécié la finition et la possibilité de les contrôler en matriçage. Quand la marque m’a présenté leur modèle TWCXL, j’ai trouvé qu’il apporterait un look très moderne au show et B-Live, via sa branche cinéma Transpalux, m’a suivi sur ce projet.
Le Prolights EclPanel TWCXL est un projecteur soft light haute puissance (1 500 W) à leds RGB+blanc chaud, conçu pour les productions cinématographiques et télévisuelles. Il produit un flux lumineux de 130 725 lumens et une température de couleur ajustable de 1800 K à 20 000 K, avec un excellent rendu des couleurs (IRC > 93, TLCI > 93).
Son système optique large de 109° assure un éclairage homogène, avec des effets dynamiques préprogrammés et un contrôle en 16 bits. Il se contrôle en DMX, RDM, Art Net, sACN et CRMX (sans fil), avec un pilotage précis sur 48 sections. Physiquement, il est robuste (48,7 kg, aluminium moulé), dispose d’un refroidissement actif silencieux, et est optimisé pour une utilisation en studio avec une interface intuitive. Idéal pour les shows live et le cinéma.
Entre ces panels, des barres Led Robe Tetra2 montées sur Robe MediaSpinner ont été prévues par Vincent. Il ne tarit pas d’éloge sur cette machine : « J’aime beaucoup ces barres car elles sont puissantes et contrôlables Led à Led. Nous avons décidé de les merger dans le serveur pour créer des effets impossibles à faire uniquement à la console.
Il me manquait une rotation en pan et même si j’étais au courant de la sortie du Tetra X plus petit en taille, je voulais éviter un gros investissement supplémentaire. Avec Seb nous avons pensé au Robe MediaSpinner et cette association de même marque nous a paru faisable. Le test de notre proto a validé cette idée car en le bougeant dans tous les sens, on s’est rendu compte que ça marchait super. »
Les Robe MediaSpinner étant présents en quantité dans les stocks de B-Live grâce à la précédente tournée de Justice, cette idée leur a permis de capitaliser une fois de plus sur ces investissements.

Il ajoute « On en est hyper contents. C’est vrai que c’est un petit peu plus fragile car je les fais jouer en déport et donc travailler dans un axe qui n’est pas natif mais ça fonctionne et on n’a pas énormément de soucis. »
SLU : Ce sont elles qui produisent la croix emblématique de Justice ?
Vincent Lérisson : Effectivement, les Robe Tetra2 sont en forme de croix dans le setup de base mais elles évoluent tout au long du show même si Xav et Gaspard ne sont pas très friands des formes un peu « psychées ».
D’une manière générale ils aiment le côté droit et martial donc sur ce design, elles ne bougent pas beaucoup mais quand c’est le cas, le motif de lumière fait qu’on n’a plus la perception de l’objet pour éviter une sensation désorganisée. »

Le Robe Tetra2 est une barre linéaire équipée de 18 LED RGBW de 40 W chacune. Elle génère des faisceaux ultra-serrés de 4° qui peuvent s’élargir jusqu’à 45° grâce à son zoom motorisé. Cette fonctionnalité permet de passer sans transition d’une lame de faisceaux à un éclairage wash global. Le Tetra2 intègre également deux sources d’effets exclusifs brevetés par Robe, le Multi-Coloured Flower Effects (MCFE), qui crée des animations volumétriques multicolores spectaculaires.

En termes de connectivité, le Tetra2 est doté d’un switch Ethernet intégré et prend en charge divers protocoles tels que sACN, Art-Net et Kling-Net, facilitant ainsi son intégration dans des installations réseau complexes et son contrôle par Média Serveur ou console DMX.
Le Robe MediaSpinner 50 AT est un dispositif conçu pour entrainer en rotation d’écrans plasma, d’écrans LCD, de projecteurs ou de haut-parleurs jusqu’à une charge maximale de 50 kg. Il alimente et assure le transfert des données.
Il est entièrement contrôlable en DMX, offre une rotation bidirectionnelle à vitesse variable, y compris une rotation continue. Un système de fixation utilisant deux pinces Omega assure une installation sécurisée.
Kit en salle

À Bercy, des ajouts gérés par PRG ont renforcé le dispositif, notamment avec 92 x GLP JDC1 placés sur quatre énormes ponts traversant la salle pour des effets de profondeur.
Vincent explique, « Ils servent à faire l’éclairage public standard, l’entrée public, les blinders lors des appels publics et ils me servent aussi de strobes classiques ». Ces célèbres strobes matriçables avec crayon lumineux central sont aussi présents au sol sur scène dans le kit de la tournée pour assurer un contre puissant.
Vincent Lérisson se rappelle son coup de cœur pour ces machines quand il les découvre en 2017 lors d’un show de Justice pour Google aux États-Unis. Il apprécie leur puissance et leur polyvalence, « C’est cool d’avoir un projecteur sur tilt en strobe car dans la bonne position, tu peux faire des fonds de scène voire des cyclos avec des couleurs qui sont assez jolies.
Mais on peut aussi sortir du strobe en mode blinder public qui fait mal aux yeux et les utiliser en douches. D’une manière générale, son tilt démultiplie les possibilités ». Pour cette date de Bercy, ils étaient accompagnés par tout autant de Robe MegaPointe.
Technique de diffusion vidéo et réseau
Avec un gros melting-pot entre lumière et vidéo envoyé dans le mur de fond de scène, c’est-à-dire dans les EclPanel, les Tetra2, les MiToB, les Sceptron et les Elidy de la mini-scène sur laquelle se tiennent les artistes, le kit de Justice a bénéficié d’une équipe dédiée à sa bonne diffusion. Tous ces appareils ont été patchés dans le média serveur.
Mel et Seb s’occupent de la diffusion des médias vidéo. Mel qui a déjà travaillé sur plusieurs projets au sein de B-Live et qui connaît bien Sébastien a su adapter le travail des graphistes aux différentes scènes de la tournée, qui comprend de nombreuses dates en festival. Chaque type de diffusion étant spécifique, sa formation de graphiste et son expérience technique lui permettent de les intégrer correctement dans le serveur.

Sébastien Sacco : Le principe était d’avoir un mur composé de plusieurs éléments en vidéo pour obtenir une continuité avec la lumière. Par exemple, quand on envoie un ciel étoilé dans les écrans LED au fond, les Tetra2 projettent aussi des petits éclats en vidéo.
SLU : Quand les Robe Tetra2 matérialisent la croix de Justice, quel média leur envoyez-vous ?
Sébastien Sacco : On envoie du blanc et une figure de croix. On a fait un étalonnage dans le Smode car le blanc des Tetra2 ne rendait pas comme celui d’un écran LED qui fonctionne en RGB alors que le Tetra2 possède un canal dédié pour le blanc qu’on est obligé d’utiliser sinon on obtient un blanc qui tire sur le rose. Pour avoir une image blanche, il fallait que le serveur puisse gérer ce quatrième canal de blanc.
Marie-Lénaic Bui Armagnac : On a fait une sorte de merge avec des courbes colorimétriques pour que ce soit acceptable en injectant une content map RGB dans une content map white par un processus de Smode.
Sébastien Sacco : Comme ils sont en simultané, cela permet d’avoir ce canal en plus. Tu récupères la luminance du RGB qui est mise sur le calque white ce qui signifie qu’on utilise le RGB comme si c’était un white comme pour faire du blanc sur un écran standard. Sauf que ça peut faire du rouge, du vert et du bleu. Ça permet d’obtenir une correspondance à peu près et surtout d’éviter que le blanc soit fait en trichromie et donc tire sur le rose au profit d’un blanc LED.
SLU : Quelles sont les couleurs qui reviennent souvent en vidéo ?
Sébastien Sacco : Justice au départ, c’était très blanc avec un titre qui est historiquement rouge : « Stress ». Il y avait parfois un peu de CTO mais très léger. Je trouve que sur cette tournée beaucoup de couleurs ont été ajoutées même si on a toujours l’impression que c’est noir et blanc. Ce ne sont pas des couleurs flashy mais il y a des teintes chaudes et froides. C’est aussi dû aux projecteurs qui ont été choisis comme le Elidy qui est chaud avec le Baracca 360 qui est une source laser froide. Le studio C14 qui a créé les médias sous la direction d’Armand Beraud et de Vincent Lérisson est parti dans cette direction.
Marie-Lénaic Bui Armagnac : On voit aussi beaucoup de blancs irisés.
SLU : Est-ce que vous avez la main sur tous les projecteurs ?
Sébastien Sacco : La console et le Smode peuvent contrôler les Elidy, les Tetra2 ou les panels du mur de fond de scène. Dans un même tableau, on peut avoir de la lumière ou de la vidéo fusionnées.
Marie-Lénaic Bui Armagnac : Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de mapper les commandes du projecteur, mais juste les couleurs et un dimmer ou un strobe si nécessaire.
SLU : Et qui prend le dessus entre la console et le Smode ?
Sébastien Sacco : C’est un merge en http dont la règle est que c’est la valeur la plus haute sur le rouge, le vert, le bleu ou le dimmer qui prend la main. La manière dont ça a été encodé fait que ça fonctionne sans problème. On reçoit toutes les infos en réseau, et après dans le node, on lui dit que cet univers-là, qui vient de la console par exemple doit être mergé avec cet univers-là qui vient du Smode. Et à la fin le projecteur reçoit le merge des deux.


Du point de vue du matériel réseau, les nodes sont du Obsidian EN12 ports standards. Ces appareils sont facilement paramétrables via des pages web. Les Switches quant à eux sont en Netgear de la série AV avec deux références différentes car les cœurs de réseau entre la régie et la scène sont des switches avec 16 cages SFP en 10 Giga. Puis la redistribution se fait sur des switches plus petits.
SLU : Quel protocole avez-vous utilisé ?
Sébastien Sacco : On est en sACN entre la console et le serveur car suite à des essais, ça s’est avéré plus performant pour le Média Serveur que s’ils étaient reliés en Art-Net. Sinon on sort de la console et du Média Serveur en Art-Net par le réseau puis dans un node pour être transmis au kit en DMX. Au total, il y a environ 300 univers entre la console et le Média Serveur dont 100 pour la vidéo uniquement.
SLU : Quels processeurs sont utilisés pour la diffusion du signal dans chaque écran LED?
Sébastien Sacco : Les processeurs transforment le signal vidéo en signal informatique propriétaire pour chaque écran. Sur ce projet, on a de nombreuses marques parmi lesquelles Nova Star pour les petits projecteurs, du Linz pour les flight case sur scène, du Color Light pour la couche vidéo superposée devant les panels du mur de fond de scène, du Megapixel pour l’écran de fond et du KTL pour les bandeaux devant la mini-scène.
Racks de diffusion vidéo


Les racks réseau du kit France et du kit US sont exactement identiques, sachant que tous les autres nodes sont directement intégrés aux ponts, avec uniquement un RJ pour les connecter au réseau.
Des caméras PTZ Sony FR7 situées en Zénithal et en face sont équipées d’optiques interchangeables et d’un grand capteur cinéma, ce qui leur permet de bien capturer l’image même dans des zones sombres, sans générer trop de bruit. Sébastien explique « Les artistes n’aiment pas particulièrement être filmés et préfèrent un plan large. Nous utilisions donc les IMAG mais le résultat était souvent décevant, car les festivals avaient déjà des plans larges sur les côtés de la scène. Sur cette tournée, étant donné que les artistes bougent peu, nous leur avons proposé une approche différente avec une captation balayée d’un léger flash conçu par Vincent, qui évite de les afficher en continu ce qu’ils ont apprécié. »
L’IMAG est une abréviation de « Image Magnification », utilisée dans l’industrie audiovisuelle. Elle désigne la projection vidéo à grande échelle lors de spectacles ou concerts afin de permettre au public, assis à une grande distance de la scène, de voir en gros plan les artistes sur scène.
SLU : Vous pouvez faire des réglages à la volée depuis votre poste ?
Sébastien Sacco : Oui, nous ajustons le cadrage, l’étalonnage, etc. Pour les concerts à Bercy, c’est un peu différent, car notre captation est récupérée par un car régie en log pour la retransmission en direct. Tout est donc étalonné dans les cars.
La tournée Américaine
Aux États-Unis qui réglementent drastiquement l’utilisation de faisceaux laser sur scène, et pour éviter de nombreuses formalités administratives, le kit US de Justice utilise des Robe MegaPointe pour remplacer les Baracca. Vincent Lérisson explique : « Cette autre source Beam homologuée à lampe s’est largement imposée auprès de nombreux prestataires à travers le monde. Ces projecteurs sont facilement disponibles en Amérique du Nord et du Sud, un critère essentiel en cas de problème technique. Si une panne survient à Bogotá, je dois pouvoir trouver une solution rapidement, car j’ai une obligation de résultat vis-à-vis du producteur et des artistes, qui exigent que le show soit identique partout. J’ai donc misé sur la sécurité. »

SLU : Aux USA, vous avez obligation de recourir à des techniciens américains et qui plus est syndiqués. Est-ce que leurs pratiques correspondaient à votre manière de travailler ?
Elie Druez : C’était un peu différent car il y a des équipes vidéo et lumière dédiées. Sur ce kit qui est mixte, ça a pu parfois donner lieu à quelques discussions pour se coordonner et la barrière de la langue n’a pas aidé. Mais globalement ça s’est très bien passé.
Lucas Devinaz : À la première date pour Coachella, on a appris comment ils travaillaient. Par exemple, toutes les deux heures il y a un quart d’heure de pause obligatoire d’un point de vue contractuel. De notre côté on a l’habitude que ça aille vite, on tire les câbles, mais pour eux c’était important que l’on reste dans notre rôle de donneur d’ordre et que ce soient les équipes américaines qui manipulent le matériel.
SLU : Parmi tous les lieux où vous vous êtes produits, est-ce qu’il y a des anecdotes qui vous ont marqués ?
Elie Druez : Coachella était assez sport parce qu’on a passé trois semaines à monter le système pour le corriger et l’améliorer. Quand nous sommes arrivés après une pause dans la tournée, il a fallu remonter ce système dans un temps record et dans des conditions compliquées, c’est-à-dire avec un vent très fort, ce qui n’est pas idéal avec des éléments suspendus. Au final, nous avons réduit la hauteur du kit pour avoir moins de balancements et l’installation s’est terminée avec 12 minutes de retard seulement ce qui est une bonne performance.
SLU : Vous êtes passés dans un lieu mythique, le Hollywood Bowl. Comment avez-vous géré les câbles sur cette scène hors du commun ?
Lucas Devinaz : Pour ne pas gâcher la scénographie, les câbles sont prévus pour passer le long des gouttières qui suivent l’arrondi du bowl. Ça permet de les cacher au maximum.
Elie Druez : C’était un des lieux les plus complexes pour l’installation et Manu nous a bien aidés par son travail de prépa pour que l’on puisse prendre nos marques facilement en arrivant.
Jérémy Dufeux : Ça a été une belle date et sans soucis mais j’ai eu le kit très tard et seulement une heure pour encoder.
SLU : Ça te prend combien de temps normalement ?
Jérémy Dufeux : C’est difficile à évaluer car ça dépend de l’avancement de chaque pôle. Je suis dépendant de l’équipe motion, des asservis et de l’installation du kit au sol. En festival reprendre le kit me prend une demi-heure à une heure. Mais il y a aussi toutes les positions du kit à réencoder.
SLU : Tu pupitres en grandMA3 ?
Jérémy Dufeux : Oui, mais on a démarré le projet quand la nouvelle version du Soft 3 n’était pas encore sortie et était encore un peu fébrile. J’ai préféré partir avec un système que je connaissais, le show est donc en soft 2.

La tournée Justice Live 2024 illustre parfaitement l’équilibre entre une vision artistique forte et une maîtrise des outils techniques. Du design lumière entraînant de Vincent Lérisson à la conception des médias d’Armand Beraud, en passant par l’ingénierie scénique et l’optimisation logistique de Manu Mouton et de l’équipe technique, chaque élément du spectacle a été minutieusement pensé pour servir les compositions du duo.
Loin d’une simple démonstration technique, ce show repose avant tout sur une expérience immersive, où la lumière devient un langage. Le noir et le blanc, omniprésents, contrastent avec des éclats de couleurs soigneusement distillés, renforçant l’impact émotionnel du concert et plongeant le spectateur dans un véritable vortex visuel et sonore.
La conception et la fabrication des Pods par MECAoctet permettent un montage / démontage en un temps record. De son côté, Sébastien Sacco et le prestataire de la tournée, B-Live, ont conçu et fabriqué le MiToB, un projecteur ultra-polyvalent qui constitue une des clés de l’impact visuel du show.
Le Starway Baracca 360, avec son faisceau laser ultra puissant et ultra bâton structure les moments clés du show avec un effet inédit de passage de couleurs rapides. Les Prolights ECLPanel TWCXL envoient leur plus belle ambiance pour brûler la rétine du public qui est automatiquement envoyé dans un autre univers.
Les Chauvet Rogue Outcast 2X Wash, choisis eux aussi pour leur puissance, assurent une immersion lumineuse enveloppante sur scène tout en étant capable d’envoyer du Beam grâce à leur plage de zoom large.
Les Martin Sceptron, renforcent l’univers graphique du duo, tandis que les Robe Tetra2, intégrés au mur de fond de scène et sur MediaSpinner assurent le logo emblématique du groupe tout en étant capables de jouer les caméléons quand il le faut.
Ce projet d’envergure ne serait pas possible sans le travail d’une équipe hautement qualifiée, où la fidélité et l’expérience ont permis d’assurer la livraison du show le plus cool de l’année et sans surprise nous attribuons un prix de l’innovation SLU à MECAoctet pour l’ingénierie des pods. Un prix de l’innovation SLU pour l’économie circulaire du MiToB et bien sûr, un prix de l’innovation SLU pour le design bluffant de Lewis en symbiose avec l’identité des artistes 😉
Justice prouve une fois de plus son génie du live, transformant la musique en une expérience sensorielle inédite. Un gros bravo à toutes les personnes qui nous ont offert ce show total !
Équipe
Production : CORIDA / Genesis
Fabrication et asservissement : MECAoctet
Prestataire : B-Live
Dir-prod tournée : Manu Mouton
Tourman : Pierre Alexandre Marie
Stageman : Mathieux Faver
Production design : Vincent Lérisson
Ingénieur fabrication / chef réseau / chef vidéo : Sébastien Sacco
Assistant lumière / opérateur : Jérémy Dufeux
Chef Electro : Elie Druez
Technicien lumière : Lucas Devinas
Technicien lumière : Théo Ritleng
Technicien Mécanique / vidéo / assistant Sacco : Geoffrey Giot
Media serveur : Marie-Lénaïc Bui Armagnac
Assistant stage / chef déco : Rémi Kuperas
Chef Moteur asservis : Rick Ducouret
Opérateur asservis : Adrien Bertrand
Technicien asservis : Aurelien Rugery
Technicien asservis : Quentin Le Jeune
Son FOH : Seb Robelin
Assistant FOH : Lucas Guérin
Responsable Ableton : Nicolas Fradet
Son Retours : Kaj Oppenheim




















