Suite et fin des festivités pour les 80 ans de Sennheiser avec quelques mots et images sur la visite des sites de Wedemark, la maison mère de la firme, et de Neumann à Berlin chez le fameux fabricant de micros statiques. Deux journées de passionnés à passionnés, menées tambour battant.
Visiter le siège social qui héberge la R&D et les lignes d’assemblage des plus beaux produits d’une marque comme Sennheiser et Neumann est une épreuve, à la fois pour les journalistes invités comme pour la société qui met les petits plats dans les grands pour les accueillir et leur servir le plus beau des festins.

Enfin… on en devine une partie, de loin, on en apprécie quelques effluves, on en imagine la bonté mais cela ne va guère au-delà. La compétition féroce entre les grands acteurs techniques mondiaux, rend ces visites strictement encadrées même si passionnantes, alors que peut-on retenir ?

Des impressions voire des certitudes quant au sérieux, au potentiel et à la qualité des produits qu’on nous montre, qu’on manipule et qu’on écoute, mais surtout la conviction que la vertu cardinale d’une entreprise, ce sont les femmes et les hommes qui l’animent et la passion qui les porte, que ce soit à Wedemark comme à Berlin.
L’exercice de l’équipe de Sennheiser que nos tenons à remercier pour sa gentillesse et son absolue disponibilité, a consisté à nous faire visiter le site de la maison mère du groupe en nous montrant les différents bâtiments, témoins de l’expansion de ce qui n’était au départ qu’une grande bâtisse dans un espace vert et qui existe toujours.

Ces édifices dont les fonctions ont changé avec le temps, gardent leur style d’époque. Certains sont devenus la R&D (verboten !), d’autres des lignes d’assemblages et les tout derniers hébergent la zone CMS avec ses torons de microcomposants, les lignes de machines implantant ces derniers et enfin les vagues et autres refusions. Inutile de préciser les rythmes de travail qui, succès de certains produits récents oblige, sont très élevés. On n’en dira pas plus.
L’automatisation est omniprésente même si de nombreuses ouvrières et ouvriers très spécialisés sont toujours nécessaires avec leurs microscopes binoculaires et leurs doigts de fée.
L’exemple le plus probant est donné par le « carré » Neumann dans les murs de Sennheiser, une boîte dans la boîte où des ouvrières ultra spécialisées et travaillant dans un air à la température et hygrométrie rigoureusement contrôlés, tendent des membranes et assemblent des capsules de micros électrostatiques de modèles qui ont fait l’histoire du son avec une maitrise qui force le respect même si cela peut paraître simple à un néophyte. Cela fait plus d’un demi-siècle que ce geste est transmis de génération en génération et aucun robot n’est capable de faire aussi bien, aussi vite et aussi précisément.

Nous avons évoqué le contrôle qualité. Il est omniprésent et chaque transducteur, capteur, circuit ou produit fini, passe par ses fourches caudines et ses gabarits informatiques garantissant un produit totalement fonctionnel et compatible avec un autre.
La microphonie, comme nous le verrons après, va encore plus loin avec des tolérances réduites, voire réduites à l’extrême pour constituer des paires et c’est un ordinateur qui s’en charge en comparant la réponse d’un batch de 100 et plus micros en trouvant une, parfois deux paires à moins de 0,3 dB d’écart entre les deux capteurs.

Mais que serait le plus beau des produits sans une formation et des experts produit prêts à venir en aide voire simplement à faire une démo d’enfer. On pense ici à Volker Schmitt, incollable, irrésistible et inarrêtable, Charly Fourcade d’une compétence et d’une gentillesse rares, tous deux des cadors du sans-fil chez Sennheiser et satellisés par le succès mérité de Spectera. Enfin que serait une marque comme Neumann sans des techniciens du calibre de Martin Schneider, rencontré dans son labo à Berlin où il a la charge du développement des micros de la marque depuis 33 ans.
Homme d’un immense savoir sur la microphonie et à la fois d’une simplicité et d’un abord très aisé, il déborde de passion pour son travail, pour des produits dont il connaît les moindres détails et pour Neumann la marque. L’inévitable visite de la chambre sourde de taille modeste de son labo, donne un aperçu du travail qui s’y déroule avec, alignées comme à la parade, les alimentations de toute la gamme de micros et un pied rotatif afin de tirer des polaires face auquel prend place une enceinte calibrée et équipée d’un double HP enmontage coaxial.
Plus intéressant encore, un tube d’une dizaine de centimètres de diamètre et d’évidence très lourd, trône devant le banc de mesure. Pour nous montrer son utilité, il y glisse un micro et l’enferme dedans, à la suite de quoi il applique progressivement du gain à la sortie de ce dernier et en mesure sous nos yeux le bruit propre. Le gain est tel que le moindre bruit dans le labo ou de pas sur son sol est répercuté par le voltmètre, sans parler du passage de véhicules lourds sur la Leipziger strasse sur laquelle donne l’immeuble abritant Neumann.

Questionné sur ce problème, Martin Schneider a précisé avoir parfois dû rentrer le lourd tube en ciment dans la chambre sourde pour valider certains chiffres. « Chaque mesure a ses limites. Écouter et mesurer -vraiment- le bruit propre d’un micro, celui généré par son électronique mais aussi par des molécules d’air venant toucher la membrane, nécessiterait le zéro absolu et le vide. Après la mesure, nous écoutons aussi le son du bruit propre de chaque micro fabriqué pour nous assurer qu’il l’est…propre, à savoir que c’est un très léger bruit thermique sans résidus fréquentiels audibles. »

Nous avons aussi parlé avec Martin de micros anciens, de leur remise en état, de la pêche aux tubes à vide qui les animent et de la difficulté de savoir comment sonnaient les premiers U47, U67 et d’autres modèles iconiques de la marque, et surtout comment parvenir à les recréer aujourd’hui avec des tubes et des composants différents.
La réponse a fusé : « nous disposons chez Neumann de tous les modèles originaux en parfait état de marche et avec peu d’heures au compteur. On est donc en mesure de proposer des répliques authentiques et délivrant un son très proche de ce qu’obtenait un acheteur par exemple d’un U67 au tout début des années 60. »
Il en va de même pour la remise en état d’un modèle en panne. Neumann s’engage à le restituer pleinement fonctionnel (le stock de pièces de rechanges est très important et comporte aussi des bagues, des grilles originales ou des corps vissables) et même si le son sera différent que celui qui était le sien avant de prendre de l’âge et de s’éteindre, il retrouvera ses caractéristiques, sa couleur et ses mesures d’origine.

La capsule et la membrane sont fabriquées et assemblées dans le plein respect de ce qui se faisait lorsqu’il est sorti d’usine. Comme nous l’a glissé Martin : « il existe encore des tubes anciens n’ayant jamais été utilisés et s’il y a quelqu’un qui peut en trouver des petites quantités, c’est bien nous »
J’aurais bien passé une semaine avec Martin pour en tirer un bouquin ! Je tiens d’ailleurs à m’excuser de l’avoir accaparé et retardé au point de bloquer le dernier groupe de journalistes derrière la porte du labo, mais ce n’est pas tous les jours qu’un homme transperce la membrane d’une capsule avec son crayon pour m’en démontrer la fragilité et me faire voir ce qui se cache derrière. Je pense n’avoir jamais autant écarquillé les yeux. Il a tout de même pris soin de me dire après coup qu’elle ne marchait pas !

D’un aveu, un autre. Entre deux vagues de journalistes, j’ai réussi à me faufiler dans le grand studio où nous avons été accueillis par Daniel Sennheiser pour y retrouver Volker Schmitt à qui j’ai grillé sans ménagement la pause pour pouvoir écouter tranquillement le micro émetteur qui va compléter l’offre Spectera.
A défaut de pouvoir vous le montrer, il s’agissait d’une maquette dont l’apparence n’était pas finalisée, j’ai reçu de ses mains un pack SEK avec un bon vieux casque HD25 et j’ai pu me balader à ma guise dans la salle vide en parlant, en sifflant, en criant, en m’isolant pour écouter le bruit de fond (je le cherche encore ndr), en produisant le plus possible de « ssssssss », de « ccccchhhhhh », de « pops » et j’ai fini par me rendre à l’évidence.
Ce que j’ai entendu va totalement au-delà d’une liaison classique à bande étroite et à -aucun moment- je n’ai pu entendre une quelconque dégradation du son, un écrêtage du haut, un tassement de l’ensemble. Rien. La liaison comprenant un émetteur et un récepteur numériques fonctionnant en tandem, a offert un résultat inédit où ni le micro, ni le pack de retour, ne s’est manifesté en aucune manière. Je ne commenterai pas le côté HF, la distance entre l’émetteur, le récepteur et la base n’ayant jamais dépassé les 25 mètres.
Ayant retrouvé Volker, j’ai basculé sur un programme musical stéréo pour écouter la qualité de restitution de l’audio fourni par l’émetteur / récepteur SEK. Une fois encore c’est un saut qualitatif avec l’abandon d’un rendu « radio FM avec compandeur, écrêteur etc. » et la mort annoncée des racks ou des licences de plugs de Vitalizer. Le son est normal. Simplement l’égal de la source.

A ma demande de confirmer que j’écoutais les meilleurs codecs audio à latence la plus faible et donc les plus gourmands en espace dans les 8 MHz, le sourire rayonnant de Volker a spoilé sa réponse : « Non, on est dans a configuration la plus normale coté micro comme coté pack SEK avec pour les deux le codec SeDAC. La latence totale est de 3,2 ms pour 8 liaisons micro et 8 liaisons stéréo pour les ears, simultanément et avec une seule Base Station.
Si besoin est, il est possible de passer les micros en Live Low Latency soit 1 ms de latence et pareil pour les packs bidirectionnels avec 1,1 ms. Cela réduit les liaisons à 4 micros et 4 packs simultanés. Ou bien en ultra low pour deux liaisons ears à 0,7 ms et toujours 4 micros.»
J’ai remis le casque sur la tête et j’ai écouté à nouveau la version ‘de base’ à 3,2 ms. La qualité, la dynamique et le silence sont tels que nombre d’artistes oublieront la latence, au demeurant inaudible sans se focaliser dessus ou sans s’appeler Julien Clerc ;0) On est vraiment très près du fil, sans le fil, et surtout la flexibilité et l’agilité de ce système rendent toutes les combinaisons possibles.

Qui dit siège social dit aussi armoires vitrées pleines d’objets tous plus vintage les uns que les autres et pour certains, le mot n’est pas galvaudé, iconiques, à la fois chez Sennheiser comme chez Neumann. On vous propose donc en quelques images, un tour de ce que l’Allemagne a produit de plus sonore et fidèle, révolutionnaire et indémodable.
Plus d’information sur le groupe Sennheiser et sur le site Neumann

Mais avant de lancer la machine à diapos, un dernier merci à Ann Vermont, Country Manager France et Maik Robbe, Manager Global Communications plus les équipes présentes à Wedemark et à Berlin. Comme le dit si bien le clown Terracotta : « ohhhh, you did a tremendous job ! »
Diaporama
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