Cabrel, un mercredi soir aux Folies Bergere

Cela fait déjà un an et demi que ce foutu Covid perdure, en nous laissant loin de nos lieux de prédilection, les salles de spectacle. Engluée dans les embouteillages parisiens, je n’en reviens toujours pas, ce soir je vais assister à un concert et quel concert !
Celui du Trobador, nom que Francis Cabrel a choisi pour nommer sa dernière tournée. Après deux faux départs, nous espérons que celui-ci sera le bon.

J’ai rendez-vous avec deux hommes et non des moindres. Ce sont ceux qui dessinent, façonnent et restituent le son de Francis, à la scène comme au studio, depuis l’album Sarbacane pour l’un, et Un samedi soir sur la terre pour l’autre. J’ai nommé Ludovic Lanen et Sébastien Bramardi. D’ailleurs ce dernier m’attend devant la salle et j’ai déjà un quart d’heure de retard. Ah cette vie parisienne…

Comment vous présenter Sébastien…

Sébastien Bramardi aime pouvoir transmettre son savoir. il est formateur à l’ISPRA à Toulouse. La relève est bien là avec Zoé Pizette son assistante.

15 ans, non ce n’est pas son âge, c’est le ressenti de ses premiers émois, une passion dévorante presque amoureuse pour la musique. Comme tous, il y consacrera ses nuits, mixant en tant que DJ ou sonorisant des groupes de Punk. Le Bac presque en poche, direction Toulouse quartier Blagnac où il intègrera l’équipe du renommé studio Polygone.

Apres c’est une histoire classique, quelle que soit la fumée, quelle que soit la musique, le patron vient de le nommer assistant confirmé sur les séances du prochain album de Francis Cabrel où il sera le binôme d’un certain Ludovic Lanen ingénieur du son de son état. C’est le point de départ d’une carrière, la sienne.
Tout s’enchaîne, des coups de main sur la scène des Rencontres d’Astaffort, à technicien plateau en tournée, puis ce sera .. direction les monitors. Sa place il ne l’a pas volée, c’est l’artiste qui le lui a demandé. Souhaitant prolonger la collaboration avec son équipe presque du quotidien en qui il a totalement confiance, il lui a donné sa chance. C’est la force de Cabrel, faire confiance aux jeunes….

25 ans de partage, ce n’est pas rien…

Seb Bramardi concentré sur son nouveau jouet.

Cet artisan en mécanique musicale comme il aime se définir, m’emmène à sa régie pour me présenter sa nouvelle compagne, la dernière de la firme Midas, la console Heritage-D 96. Même si elle n’est pas encore officiellement sortie, cette nouvelle surface survitaminée l’a définitivement conquis.

« Je suis un utilisateur habitué de la marque depuis les consoles analogiques et les séries PRO 2 et 6. Celle-ci réunit le meilleur des deux mondes. » « Pourtant, l’analogique c’est mon truc, pas de petit lutin qui découpe les formes d’ondes à la hache mais là, j’ai l’impression que tout est plus défini, plus clair et plus précis » et ce n’est pas Ludovic Lanen qui le contredira en me faisant la même remarque un peu plus tard.

En y regardant de plus près, c’est-à-dire en lisant les caractéristiques techniques glanées grâce à Yann Matté de EVI Audio qui la distribue, je découvre que l’Heritage-D 96 embarque des FPGA et GPU de dernière génération qui assurent l’intégralité des traitements audio mais aussi la gestion du mixage et la restitution des nombreux moteurs d’effet.
On ne compte pas moins de 18 DSP SHARC ainsi qu’un double processeur NVIDIA K1 Quatre coeurs A-15, qui permettent une puissance de calcul en 64 bits. Ce qui nous donne un temps de traitement brut de 1,54 ms. Pour les puristes il faudra évidemment rajouter un temps supplémentaire résultant de la compensation due à l’alignement de tous les bus.

: L’Heritage-D 96 dévolue aux retours, ses 28 faders attendent patiemment l’entrée sur scène de l’artiste.

Ce qui frappe dans cette régie c’est sa nudité, aucun rack d’effet. Les moteurs de la M6000 ainsi que l’irremplaçable delay TC2290 ont été directement intégrés à la surface. Sébastien a même remplacé son cher Eventide H3000 par le pitch shifter découvert dans la console. Son choix de reverb pour les guitares et les voix s’est entendu sur la seule et unique VSS4.

Un coup d’oeil sur le rack d’effets embarqué.

Pour info, il est possible d’utiliser en simultané jusqu’à 96 effets repartis sur 24 moteurs dédiés qui permettent également l’émulation en plus des TC electronic déjà cités auparavant, d’une liste non exhaustive et évolutive de plugs comme : Mesa EQ, HD2a, HD670, KT1176, RComp3, Kt Compresseur Bus, M6 Compressor, XL4 EQ et j’en passe.

D’un point de vue scientifique, technique ou mathématique, aucun reproche de notre beta testeur Seb Bramardi, mais qu’en est-il de son ergonomie ? « C’est super, tout est configurable, personnalisable, l’écran est tactile, multi points. De plus une des fonctions que j’adore, se trouve justement à la droite de cet écran sur lequel je peux afficher en permanence jusqu’à 8 encodeurs tactiles assignés à n’importe quelle fonction.
C’est un réel gain de temps pour mes différents mix. Qui de plus est, nous sommes en wedges sur le plateau par choix de l’artiste et des musiciens, ce qui me demande une certaine rapidité d’exécution.»

Le plateau en wedges, on n’a plus forcément l’habitude, avec des 1AM de Clair Bro.

Regardons plus en détail, ces derniers de chez Clair Brothers, les 1AM. Un petit coup de fil à un ami s’impose. Monsieur Dominique Maurel, gérant de Audio Concept, le distributeur français officiel de la marque se montre enthousiaste quant aux caractéristiques techniques de ces monitors.

« C’est le premier modèle de chez eux qui utilise un montage coaxial. Les graves et le bas médium sont générés par un haut-parleur de 12” auquel est associé un moteur 3” à gorge 1,5” pour les aigus, le tout surmonté d’un pavillon rotatif et ouvrant à 40°H x 60°V.

En plus d’être plus cohérent en phase, ce montage permet une reproduction du spectre sonore quasi parfaite. Les composants ont été judicieusement choisis afin d’améliorer la tenue en puissance dans le but de fournir une pression en crête avoisinant les 135 db SPL.

Le filtrage sélectionnable par switch permet de le rendre actif ou passif, l’amplification se fait via des PLM 12K44 avec leur processing Lake. »
Aurions-nous trouvé le digne successeur du 12 AM ? Le design pour un wedge est agréable, léger et sa barre transversale permet de le déplacer au gré des scènes. Ici, elle sert de rack pour l’accordeur de Francis.

Mes yeux suivent un câble qui sort du dessous du tabouret du multi instrumentiste bassiste Nicolas Fiszman, cela mérite une petite explication. « Bien vu. Le bassiste, pour préserver son artiste des basses fréquences a préféré utiliser un système in-ears filaire à la place d’un ampli qui aurait été trop dérangeant. J’ai choisi d’utiliser l’ampli casque de chez Albatros simple, linéaire, et efficace accompagné de nos vieux moulages EM32 de chez EarSonics. »

La Grande dame dans le chevalet de laquelle est inséré et maintenu via des blocs de mousse, le statique à double membrane STC 3D de Prodipe, pour une captation autant sonore que solidienne.

A gauche l’ampli casque Albatros et à droite…encore 6 cordes tendues.


Et … les micros dans tout cela ?

C’est le fruit de 20 années de collaboration qui détermine le bon micro en fonction du bon instrument. Le son de la grosse caisse a été confié au nouveau D12VR de chez AKG.
Son originalité réside dans les trois pré-réglages embarqués dans son électronique que l’on peut activer en commutant l’alim fantôme de la tranche, ce qui est drôle pour un micro dynamique !
Une des références de Sébastien est le Lewitt MTP 550 qui sied à merveille au timbre de Francis. On retrouve la même marque sur l’ampli guitare avec le LCT 540S, un statique large diaphragme en couple avec un ruban stéréo RSL signé Ludovic Lanen…

L’AKG le D12VR. Un petit secret. Pour plus de précision, Ludovic a glissé dans la grosse caisse le micro-cravate de chez Prodipe.

Le couple gagnant avec à gauche le LCT 540S de chez Lewitt et à droite le ruban stéréo RSL de Prodipe.

Il est sans doute temps de rejoindre le designer sonore des guitares de Francis.

C’est sur les bancs du célèbre château d’Hérouville, au poste de technicien de maintenance que Monsieur Ludovic Lanen a commencé sa longue carrière. Sa collaboration avec Prodipe a commencé il y a quelques années, grâce à son ami batteur Claude Salmieri qui avait concocté pour eux une valise kit drum.

La paire de stage racks Midas DL 231 « partagée » entre Seb et Ludo, chacun ayant en réalité son préampli et son gain.

Comme me le fait remarquer Ludovic, « ..le plus important dans un micro c’est la cellule. » Pour ce constructeur qualifié de -hum, hum- par certains puristes de l’audio, le pari était de pouvoir proposer une gamme de qualité professionnelle accessible à tous et durable dans le temps.
Alors les cellules, je les ai choisies, assemblées puis testées avec tous les musiciens de studio que je connaissais pour pouvoir restituer leur son le plus fidèlement possible. Le ruban que tu vois a plus de 120 dates derrière lui et sa réponse en fréquence a bougé à peine. »

Dans ma recherche de qualité, le son Midas s’est imposé de lui-même. Avec Sébastien, nous partageons les mêmes stage racks les DL 231. Ils ont la spécificité de proposer deux pré-amplis micro par entrée. Je ne comprends pas que les autres constructeurs n’aient pas retenu l’idée. Cela évite, toutes discussions autour du headroom. »

A la question, quelle est ta fonction préférée, la réponse est sans appel. Le fait de pouvoir figer sur la couche principale un ou plusieurs fader de type entrée, envoi ou sortie, ce qui permet lors d’un changement de layer de toujours les garder sous la main.

Ludovic Lanen ayant jeté son dévolu sur le bac de droite sous les codeurs et en ayant fait sa couche principale de travail.

Entendre ce que l’on voit

Entendre ce que l’on voit est le ressenti de Ludovic Lanen, sur l’installation permanente des Folies Bergère. Elle est la première salle française a être équipée en fixe d’un kit L-Isa L-Acoustics. Le constructeur garantit une amélioration de la localisation des sources pour 80% de la jauge. Le positionnement des musiciens en arc de cercle s’y prête bien. Effectivement pour reprendre la phrase de Ludo « on entend ce que l’on voit ».

Le kit L-ISA de la salle à base de A15 et de KS21.

Le son est précis, cohérent suis-je suffisamment objective, c’est mon premier concert depuis un an et demi et qui plus est, je suis assez fan de l’artiste, alors demandons plutôt à notre mixeur ce qu’il en pense.

Le placement des stems dans l’espace et dans la profondeur. L’aspect visuel des musiciens sur scène a été parfaitement respecté par les objects sonores.

« J’ai accepté de travailler sur ce mode spatialisé parce j’ai été rassuré et accompagné par Jean-Charles Schmid ingénieur d’application chez L Acoustics.
J’ai commencé mon travail de mix à la maison en utilisant l’application L-Isa Studio qui m’a permis d’appréhender, via une écoute en binaural le possible rendu de la salle.
J’ai donné 16 stems à Jean-Charles qui les a repositionnés dans l’espace en les répartissant sur les 5 array du système.

Les Folies Bergère et les 5 clusters L-ISA modélisés dans Soundvision avec toutes ses zones d’ombre en noir même si les obstacles manquent par volonté de clarté. Le vert correspond aux sièges où la superposition et donc l’effet est total, le jaune où elle est partielle.

Je pense que ce qui est important dans ce genre d’installation c’est l’accompagnement par une personne qui maitrise le sujet. Un des avantages, c’est que j’ai pu mixer sur le côté de la salle alors qu’avec un gauche / droite, j’aurais souhaité être placé dans l’axe, en évitant la place sous la casquette.

Il n’est jamais loin des produits dont il assure le suivi. Yann Matté, le manager produits de Midas pour EVI en compagnie de Ludo Lanen.

A mettre en œuvre un tel système sur toutes les dates de la tournée me parait encore compliqué, on est sur des jauges plus importantes, alors je repars avec la série C de chez Clair ». Sur ces bonnes paroles, je prends congé en lui promettant de revenir pour disséquer ces boites noires made in the USA.

La lumière envahit à nouveau la salle, le concert est terminé. Je rejoins vite Sébastien sur le plateau pour un dernier bisou avant le démontage car oui, c’est la dernière date des Folies.
Je remarque qu’il plie seul sa console. Et ça, mon côté pragmatique adore ! EVI Audio est devenu le distributeur des flight cases ZCASE touring qui permettent une intégration parfaite de la surface ainsi que de son déploiement. Seul.


A tous ceux qui ont du temps, je vous invite à essayer cette nouvelle console. Merci à toute l’équipe pour votre temps, votre accueil et votre humilité.

Et pour en savoir plus sur :

– La Midas Heritage-D 96
– L’équipement son des Folies Bergère et le système L-ISA qui l’équipe, notre reportage ici
– Les micros Prodipe
– Les wedges et systèmes Clair Brothers
– Les produits de Albatros Audio

 

Crédits -

Texte et Photos : Emmanuelle Husson

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