Nouveauté Prolight + Sound 2015

Amadeus Philharmonia, un sacré mille-feuille

On savait que chez Amadeus une surprise nous attendait. On a été servi. Réactifs, créatifs et talentueux, les gens d’Amadeus ont chouchouté la Philharmonie de Paris en leur créant le moniteur parfait avec la griffe de Jean Nouvel en prime : la Philharmonia.
Tout n’est pas finalisé question look, mais pour ce qui est du rendu, la réussite est totale. Regardez les poils de votre bras !

L’enceinte sur son pied telle que présentée au High End Society à Munich dans le stand d’Amadeus. Le grand avantage d’un fabricant d’enceintes et surtout d’une société sachant travailler aussi bien le bois, est de concevoir et usiner son propre décor…

L’enceinte sur son pied telle que présentée au High End Society à Munich dans le stand d’Amadeus. Le grand avantage d’un fabricant d’enceintes et surtout d’une société sachant travailler aussi bien le bois, est de concevoir et usiner son propre décor…

SLU : Comment est née la Philharmonia ?

Gaëtan Byk (directeur markéting Amadeus) : C’est un projet que nous avons proposé à la Philharmonie de Paris. Nous avons commencé à collaborer avec eux il y a près de 4 ans pour les différents lieux à équiper. Quand est venue la question des studios, les scénographes comptaient y installer des modèles Amadeus existants comme les ST200 numériques qui ont un âge certain. Comme on ne disposait pas d’autres systèmes de monitoring autour de haut-parleurs de 8 pouces mais plutôt des 15 pouces comme les 155 trop gros pour eux, on leur a proposé de développer un nouveau produit pour les deux régies de mixage et la troisième plus petite.

SLU : Comment sont ces régies ?

Gaëtan Byk : Il y a la régie Grande Salle et la Salle de Répétition qui sont toutes deux équipées en 5.1 et donc disposeront de 5 Philharmonia plus un caisson de grave, et la régie Christophe Rosenberg au pôle pédagogique qui disposera d’une paire stéréo et d’une petite console. Les deux autres sont équipées de grosses Lawo.

SLU : Ce sont donc des 8 pouces dans le grave.

Gaëtan Byk : Oui. Michel (Deluc, le génial concepteur maison NDR) a commencé par travailler des formes curves et des évents laminaires à basse pression en ayant en tête un modèle deux voix bi-amplifié avec un transducteur 8 pouces et un tweeter Esotar T330D, le vieux dôme de légende de Dynaudio, mais comme l’Esotar vaut 2000$ et ne se trouve que sur le marché des hifistes perchés, on a abandonné cette piste.

Une vue du tweeter à dôme souple tiré du catalogue de Morel mais modifié à la demande de Michel Deluc afin de bien se coupler avec l‘amorce de pavillon usinée dans la masse, une des spécialités d’Amadeus, dont la précision apporte spatialisation mais aussi rigueur dans la mise en phase, sans parler d’un peu de gain.

Une vue du tweeter à dôme souple tiré du catalogue de Morel mais modifié à la demande de Michel Deluc afin de bien se coupler avec l‘amorce de pavillon usinée dans la masse, une des spécialités d’Amadeus, dont la précision apporte spatialisation mais aussi rigueur dans la mise en phase, sans parler d’un peu de gain.

SLU : Cela paraît un peu cher pour un tweeter à dôme souple.

Gaëtan Byk : Absolument. Dynaudio ne les fabrique plus et on n’en trouve plus qu’en petit nombre à des prix décorrélés de la réalité.
Le prototype sur lequel nous avons travaillé en était pourtant équipé en montage flush. On l’a présenté à la Philharmonie qui a beaucoup aimé et validé le concept en passant commande de 12 exemplaires.

SLU : Exit pourtant l’Esotar dans l’aigu, vers quelle marque vous êtes-vous tournés ?

Gaëtan Byk : Michel a choisi un modèle de chez Morel et après avoir écouté le résultat, a demandé à ce que des modifications soient apportées afin de lui permettre de bien se comporter en montage flush. Ils ont optimisé des éléments de bobine et de flasque.

SLU : Et le woofer ?

Remarquez la qualité de l’ajustage entre le 8 pouces et la face avant de l’enceinte, un haut-parleur assez stupéfiant par la neutralité de son rendu malgré une élongation de 3,2 cm.

Remarquez la qualité de l’ajustage entre le 8 pouces et la face avant de l’enceinte, un haut-parleur assez stupéfiant par la neutralité de son rendu malgré une élongation de 3,2 cm.

Gaëtan Byk : C’est un produit qui nous vient de Suède, fait à la main par des passionnés. On va avoir du mal à en avoir beaucoup car ils les assemblent en toutes petites séries.
Les cônes sont à triple couche et les délais pour les avoir sont aussi à triple couche ! Ca tombe bien, l’idée n’est pas de vendre des tonnes d’enceintes.

SLU : Au niveau de l’amplification et du filtrage?

Gaëtan Byk : C’est du fait maison. Deux fois 700 watt RMS en classe D, et un processing numérique travaillant en 96kHz et 64 bits.

SLU : Où se situe l’électronique ? Avec ses formes et son petit volume, ça ne doit pas être évident…

Gaëtan Byk : Tout est dans le piètement et il comportera l’arrivée secteur et les entrées analogiques et numériques.

Un mille-feuille de bouleau

Quelques lamelles ou plutôt de découpes de planches de multipli en phase d’assemblage sur le prototype. La complexité de cette opération n’a d’égal que la beauté du résultat fini, même tel quel. On voit aussi très bien la nature du montage interne et on aperçoit la forme de l’évent laminaire arrière.

Quelques lamelles ou plutôt de découpes de planches de multipli en phase d’assemblage sur le prototype. La complexité de cette opération n’a d’égal que la beauté du résultat fini, même tel quel. On voit aussi très bien la nature du montage interne et on aperçoit la forme de l’évent laminaire arrière.

SLU : Comment est conçue l’ébénisterie ?

Gaëtan Byk : C’est compliqué mais cela fait aussi le charme de la Philharmonia. Il s’agit de lamelles de bois de 18 millimètres indexées et montées les unes au-dessus des autres. De simples planches de multipli de bouleau de Finlande collées sous presse. Une fois que l’assemblage est terminé, il est placé devant une machine 5 axes qui défonce la face avant et crée l’amorce de pavillon qui charge le tweeter et optimise la directivité. Le pied au départ était constitué d’un mât de bateau avec une flasque au-dessus et au-dessous. L’ensemble était très aérien et c’est ainsi que le prototype a été présenté et validé.

La précision de l’usinage est digne de la marqueterie. N’oublions pas qu’il s’agit de simple multipli de bouleau, du bois certes cher mais rarement traité avec tant d’égards. La différence entre l’enceinte et le pied devrait disparaître sur les modèles de série qui auront la même finition.

La précision de l’usinage est digne de la marqueterie. N’oublions pas qu’il s’agit de simple multipli de bouleau, du bois certes cher mais rarement traité avec tant d’égards. La différence entre l’enceinte et le pied devrait disparaître sur les modèles de série qui auront la même finition.

C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de demander à Jean Nouvel qui est l’architecte à qui l’on doit entre autres la Philharmonie, de travailler sur l’esthétique, sur les ornementations, sur la finition de la Philharmonia.
Il a été séduit par l’idée et par la forme de l’enceinte elle-même et a tout de suite souhaité que le lamellé reste apparent et non pas peint comme nous l’avions initialement prévu.

SLU : Mais quand même verni…

Gaëtan Byk : Oui. Les deux modèles définitifs seront pour l’un teinté à l’encre de Chine en noir dans la masse, on verra les strates de bois mais plus sombres, et l’autre version sera claire avec un pigment blanc qui la blanchit et uniformise un peu les lamelles.
Le pied enfin reprendra le code et les matériaux de l’enceinte et la prolongera tout en contenant l’électronique et les connexions. Jean Nouvel a beaucoup apporté à ce modèle et l’esthétique va bénéficier à plein de son talent et de ses idées.

SLU : Ce fameux pied qui va venir sous l’enceinte à la demande de Jean Nouvel va juste être décoratif ou, en dehors de l’électronique, il sera exploité pour y caser un HP additionnel ?

Gaëtan Byk : En fait ça ne se présentera plus comme une enceinte sur un pied mais bien comme une enceinte assez haute et monobloc. Michel est en train de réfléchir pour, à terme, pour en faire un caisson.
Cela dit cette enceinte descend naturellement à des valeurs inédites pour son volume (42 Hz à -2 dB NDR) et l’élongation du 8 pouces est impressionnante : près de 3 centimètres.

Rien n’arrête le 8 pouces

Michel Deluc (directeur de la recherche et développement d’Amadeus) : L’idée d’ajouter un HP est séduisante, mais ce sont des essais qui nous diront si cela nous plaît ou pas.

Une vue complète de la Philharmonia. Les lignes épurées renferment un volume de charge assez respectable pour un 8 pouces et surtout un évent laminaire basse pression qui dans le silence le plus total offrent à ce haut-parleur une extension dans le grave et un rendement très importants.

Une vue complète de la Philharmonia. Les lignes épurées renferment un volume de charge assez respectable pour un 8 pouces et surtout un évent laminaire basse pression qui dans le silence le plus total offrent à ce haut-parleur une extension dans le grave et un rendement très importants.

SLU : Ca permettrait de soulager le 8’ et de gagner en niveau tout en baissant la distorsion par intermodulation non ?

Michel Deluc : Il faut veiller à garder avant tout la cohérence actuelle qui est le point fort de cette enceinte. Ajouter des HP créé fatalement des interférences. Même comme ça en deux voies, on atteint un SPL max de 124 dB à un mètre.
Cela dit, je songe à un montage qui utiliserait un second 8 pouces identique au premier mais dans une charge légèrement différente et optimisée pour le volume plus grand et la nature du signal que je veux reproduire. Ce haut-parleur est étonnant et permet beaucoup de choses. Je ne me vois pas monter un autre HP d’autant que je suis limité par la taille et que je veux garder une cohérence esthétique.

SLU : Pourquoi ne pas partir sur un autre type de charge comme un passe bande pour avoir juste un apport d’énergie tout en bas et garder l’esthétique.

Michel Deluc : Je n’aime pas ça. Je n’ai jamais rien entendu de bon sortir de ce type de charge. Il faudra vraiment que rien ne me plaise pour que j’en arrive à ça (rires !)

SLU : Quelle est la cible de cette enceinte ? Sa remarquable qualité de rendu la destine à l’écoute studio et mastering, mais sa finition et ses formes lui ouvrent un marché beaucoup plus large…

Gaëtan Byk : Absolument. Elle devrait séduire le monde de la Hi-Fi haut de gamme et l’a présentée au High End Society à Munich en mai dernier. La combinaison de valeurs entre la Philharmonie de Paris, Jean Nouvel et les apports technologiques et acoustiques de Michel Deluc, en font un produit assez unique.

Conclusion

Après l’effort, le réconfort. On nous a proposé durant une bonne demi-heure et dans le vacarme du salon, une écoute tout à fait étonnante de cette enceinte installée sur un stand quasiment ouvert aux quatre vents et donc n’offrant aucun répit aux pauvres haut-parleurs presque tout le temps aux taquets pour passer au-dessus du bruit de fond. L’impression est très positive par nombre d’aspects.
Tout d’abord la cohérence, la fluidité et la neutralité du son sont proches du panneau électrostatique avec par rapport à ce dernier une phase absolument parfaite, presque gênante tant une bonne mono ressort centrée et se matérialise parfaitement. On a envie de toucher le micro qu’on devine devant la voix qui vous fait face ou bien on se prend à quereller un preneur de son incapable de bien centrer ses sources. Vous l’avez compris, on est à fond dans la précision, et toutes les micro informations, les sons percussifs les plus dynamiques, les effets comme les réverbérations courtes et très denses sont restituées avec une absolue fidélité.
Tout ce qui a été bricolé ou qui manque de naturel est immédiatement mis au coin par la Philharmonia qui ne pardonne rien. L’extrême aigu respire et grimpe sans fin. On ne peut qu’être admiratif du travail effectué entre le choix des hp, leur intégration, le processing et l’amplification dans la mesure où l’on oublie tout pour ne retenir que le bonheur d’une fluidité et d’une fidélité impressionnantes. Le bas du spectre est aussi superlatif et bon nombre de visiteurs, moi y compris, avons cherché du regard un sub capable de descendre à des fréquences qu’un 8 pouces même bien chargé ne peut reproduire à un tel niveau sans aucun bruit de vent ou de trainage. Rappelons que l’écoute a eu lieu presqu’en champ libre ! Une fois encore la dynamique et l’analyse sont remarquables.
L’ampli donne du jus en pagaille et le hp suit quasi sans fin, quasi car arrive le moment où l’on sent que malgré son élongation et sa capacité à accepter de la puissance, les lois de la physique reprennent le dessus et assez discrètement le médium commence à souffrir. Rappelons que le filtrage à 24dB/octave centré à 2170 Hz laisse pas mal de boulot à ce transducteur dans le haut. Le vrai risque avec la Philharmonia est de se laisser aller sur le volume pour savourer encore mieux ses immenses qualités en oubliant sa taille.

Comme je l’ai dit à Michel Deluc, on voudrait pouvoir garder cette précision, cette cohésion et cette capacité dynamique époustouflante avec quelques dB de plus, mais même comme ça, la Philharmonia est une splendide réussite qui mérite amplement le titre de moniteur et peut faire un carton. Gageons que le prix ne perde pas de vue la cible des professionnels dont les moyens ne sont pas infinis ou bien qu’une version studio au look un peu plus épuré et embarquant un hp de plus soit développée laissant aux riches hifistes les laques les plus belles. Mon cœur quoi qu’il en soit est resté à Francfort.
L’enceinte n’est pas encore totalement finalisée au niveau de son apparence mais fonctionne déjà remarquablement bien. Nous mettrons à jour cette publication avec des images des modèles du commerce dès leur mise à disposition.

Crédits - Ludovic Monchat

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