Historiquement ancré dans le Médoc et proposant une programmation axée sur le reggae et le ska, le SunSka Festival a atteint une fréquentation de plus de 12 000 personnes par soir. Au fil des années, sa programmation s’est élargie pour accueillir des artistes de renommée internationale de la scène hip-hop, de l’électro et des musiques du monde.
Cette évolution, du jardin confidentiel pour amateurs de reggae au plus vaste espace public où se croisent des cultures musicales diverses, le prestataire technique Arcanes l’a accompagné depuis le tout début, il y a 25 ans. Lors des quatre dernières éditions, Arcanes a sonorisé les scènes principales avec son système Martin Audio Wavefront Precision.
Pour reprendre un peu de cette bonne chaleur estivale et sonore, nous retrouvons Stéphane « John » Torlois, son gérant, et Manu Borie, ingénieur système, qui vont tout nous expliquer.
SLU : Le Festival a une configuration scénique particulière ?
Stéphane Torlois : Le festival s’organise autour de deux scènes principales couplées sur un seul plateau pour permettre une alternance fluide des groupes. En plus de ces deux plateaux, le site comprend divers espaces thématiques ou sponsorisés, dédiés à la restauration et à des ambiances musicales spécifiques.

SLU : L’attribution des scènes principales coïncide avec l’acquisition de votre système Martin WPC ?
Stéphane Torlois : Exactement. Cela fait maintenant quatre éditions que nous avons pris la gestion des scènes principales du SunSka Festival en déployant notre système WPC (Wavefront Precision Compact). Nous l’avons choisi pour son homogénéité, ses caractéristiques sonores et son excellent rapport poids/puissance, qui sont totalement adaptés au cahier des charges du festival.
SLU : Peux-tu nous parler un peu d’Arcanes avant de rentrer dans les détails du festival ?
Stéphane Torlois : Notre entreprise Arcanes est spécialisée et reconnue pour la prestation audiovisuelle de concerts et pour l’installation. Si nous avons débuté il y a plus de vingt ans avec de l’Electro-Voice, et également exploité de l’Adamson, nous avons fait le choix il y a quelques années de nous tourner vers Martin Audio.
C’est un choix orienté par mes considérations en matière de diffusion. Je voulais un bon nombre de transducteurs dans la boite et que ce soit un système trois voies.
Dans le WPC, il y a 8 transducteurs. Une grande partie de nos prestations exploite des systèmes de sonorisation sur pied, ce qui impose également un système polyvalent, capable de tirer loin et permettant une parfaite modularité pour couvrir toutes les configurations. Pour nous ,le WPC est la meilleure solution à tous les niveaux.
SLU : Comment l’as-tu découvert ?
Stéphane Torlois : Lors d’une démo salon j’ai été étonné par la chaleur, l’homogénéité et le confort d’écoute ressenti à moins de 20 m. Cela m’avait déjà séduit, et correspondait à ce que je cherchais. Notre équipe technique est ensuite allée l’écouter dans une salle plus importante et en était revenue également convaincue.

SLU : Dans la série Wavefront Precision qui propose plusieurs modèles, WPM (mini), WPS (small), WPC (compact) et WPL (large), le WPC est un choix cohérent pour votre format de prestataire ?
Stéphane Torlois : Le modèle WPC répond parfaitement au compromis poids / volume / puissance qui nous convient. Il est parfait pour délivrer 102 dB à 40 m et même si nous pourrions tirer plus loin, le but est de rester dans les bonnes limites. Nous exploitons uniquement des WPC avec 32 enceintes en parc. Nous le complétons avec 16 subwoofers SX 218, un double 18”, 2 x 1000 W.
Nous avons prévu d’acquérir cette année d’autres subwoofers, les SXH 218. Avec un volume beaucoup plus important et pavillonnés, ils percutent et descendent très bas. En combinant les deux, nous obtenons un impact beaucoup plus important et une extension dans l’ultra grave extrêmement propre et précise. Si nous devions gérer que des grosses prestas, nous aurions investi uniquement du SXH, mais parce que nous avons beaucoup de petits formats, ses 120 kg et 3000 W ne se justifient pas en premier lieu.
SLU : Le transport de votre système line array reste un point important ?
Stéphane Torlois : Oui et extrêmement variable. Pour SunSka, nous transportons 200 m² de matos. Et en même temps nous devons gérer par exemple une fête d’étudiants pour 300 personnes. Cela implique une large variété de formats de véhicules et de solutions.
SLU : L’amplification est également Martin Audio ?
Stéphane Torlois : Oui, des iKON iK 42. Nous utilisons exclusivement ce modèle pour des questions d’homogénéité de parc. Nous en avons intégré une quinzaine en rack à des formats variables. Nous n’utilisons pas les formats Martin Audio, mais pour une question de polyvalence, nous avons créé nos propres racks et plaques de connexion qui sont compatibles.
SLU : Ce système est encore peu exploité en France il me semble…
Stéphane Torlois : En France on a des grandMA, du Yamaha et du L-Acoustics. J’essaye de résister à l’uniformisation de notre métier. Même si certaines boîtes comme le K2 ou comme l’ancien ARCS sont pour moi excellentes, je trouve le WPC remarquable. Martin Audio est pourtant bien représenté en Europe et à l’international. En Angleterre, le festival de Glastonbury en est la meilleure expression et Solotech, l’énorme prestataire canadien vient d’acheter un parc entier de leurs systèmes. Nous avons un autre partenaire en Belgique qui possède 48 têtes de chaque modèle WP. Ceci nous permet de faire du complément si besoin, ce qui est le cas pour le SunSka où nous avons travaillé avec le prestataire SPPEC de Cholet et l’aide exceptionnelle du distributeur Algam.
SLU : Le WPC est idéal pour les petits formats ?
Stéphane Torlois : Au minimum on peut stacker trois têtes. Par exemple, pour des fêtes de la musique avec une trentaine de scènes par année, c’est l’idéal. Elles peuvent ainsi profiter des performances de ce système. Comme nous sommes marqués “concert”, les organisateurs nous font entièrement confiance. Nous l’utilisons de la même façon en actif avec deux enceintes par canal d’ampli. Nos racks comportant trois amplis nous permettent de gérer ce genre de configurations. Nous utilisons le shooter pour gérer même ses petites configurations.

SLU : Et pour les retours ?
Stéphane Torlois : Nous avons choisi des LE200. Une très jolie boite équipée d’un 15” coax qui encaisse énormément. Elle est extrêmement saine. Nous avons équipé trois des quatre SMAC de Bordeaux avec ce retour.
Nous drivons souvent le LE200, qui est censé opérer avec une puissance conseillée de 400 W, avec des amplis EV P3000 de notre parc, soit 850 W sous 8 ohms. Il ne bronche pas.
Tu sors facilement 106 dB sur scène, l’artiste se place devant avec un SM58 et ça ne part même pas, aucun Larsen.
SLU : La demande de retours de scène est toujours bien présente ?
Stéphane Torlois : Oui. Au SunSka, nous en fournissons 12 par scène. Bien sûr nous proposons des ears, mais dans des environnements de festival où la HF est souvent extrêmement encombrée, la présence permanente de retours est toujours une solution efficace et pertinente.

SLU : Comme tu évoques la HF…
Stéphane Torlois : Nous sommes en Shure : PSM1000 pour les IEM et Axient Digital en micros main et autres, on a même utilisé des pockets en SLXD4. Nous créons une configuration HF globale de 16 liaisons IEM et 16 liaisons micros.
Avec la programmation très “groupe” du festival, les retours tournaient tous les soirs. Nos IEMs étaient là pour répondre à toute demande.
SLU : Au SunSka, vous gérez maintenant l’intégralité de la prestation technique audiovisuelle ?
Stéphane Torlois : Cela fait 25 ans que nous travaillons avec eux. Au moment où le SunSka Festival s’est rapproché de Bordeaux et où la fréquentation était à son maximum, nous avons géré la quatrième scène. Comme nous nous connaissions depuis longtemps et que notre parc nous le permettait, avec l’arrivée du système Martin Audio WPC, nous avons pu il y a quatre ans assurer intégralement la prestation technique son et lumière des deux mains stages qui sont identiques. Nous fournissons des compléments en son et en lumière aux structures spécialisées qui gèrent les autres espaces dédiées de plus petits formats.
SLU : Les consoles Allen & Heath, un choix évident pour vous ?
Stéphane Torlois : Cette année nous avons choisi de tout gérer avec quatre dLive, deux S5000 à la face, une S5000 et une C3500 aux retours. Cette console est parfaitement maîtrisée par les ingés son et certains soirs, avec trois groupes programmés, nous pouvions nous retrouver avec cinq dLive en régie !

Pour permettre toute liberté de câblage et d’action dans les festivals où nous avons peu de temps pour les changement de sets, nous ne partageons pas leurs racks de scène, mais nous fournissons des splitters analogiques vers les consoles d’accueil.

Et pour le SunSka, nous avons intégré la nouvelle carte d’effets ULTRA FX. Avec un tel rapport qualité/prix, pourquoi chercher ailleurs ?
SLU : Du réseau bien sûr ?
Stéphane Torlois : Pour l’instant en RJ45. Nous tirons environ 15 liaisons par scène car nous avons beaucoup de demandes pour des liaisons en séparé. J’aimerais beaucoup imposer la fibre avec du Luminex, mais nous ressentons toujours quelques réticences techniques. L’année prochaine, je pense que nous passerons le cap avec une liaison fibrée et juste deux ou trois RJ45, afin de satisfaire les réfractaires.
SLU : Concentrons-nous maintenant sur le système de diffusion. Quelle est la configuration mise en place pour les scènes principales ?
Manu Borie : Le même kit est déployé sur les deux scènes, totalement en champ libre et sans aucune contrainte acoustique. Les régies sont placées à 30 m et nous sonorisons jusqu’ à 45 m. Le système de diffusion principale (main) exploite par côté une ligne de 12 têtes WPC.

Pour les outfills et les frontfills, nous utilisons des enceintes WPM équipées de deux 6,5” et trois moteurs, ici exploitées en passif. Les outfills couvrent une zone de 10 m de chaque côté de la double scène en extrême cour et jardin pour apporter de l’intelligibilité. Ils sont composés de 4 enceintes en accroche, désaxées du système principal. Les frontfills sont posés directement sur la scène suffisamment haut pour gérer les deux ou trois premiers rangs.

SLU : La WPC n’est pas une grosse boîte ?
Stéphane Torlois : En effet. Une ligne de douze enceintes de cette petite taille, cela peut faire un peu peur aux ingés son… Ils sont rapidement réconfortés à l’écoute de ses capacités. La WPC reprend la philosophie des W8LM, mais dans cet ancien modèle, l’aigu était actif et le grave/médium passif, ce qui était problématique et pouvait entraîner plus de casse. Le choix du grave actif et du médium/aigu passif est vraiment plus actuel. Sur les bumpers, on peut monter à seize boîtes, mais pour la profondeur d’audience demandée, douze suffisent à répondre au cahier des charges de 12 000 personnes par soir.
SLU : Avec la WPC nous ne sommes pas sur une construction coaxiale pour le médium et l’aigu…
Manu Borie :Non, les sections médium et aigu sont l’une à côté de l’autre, une construction courante chez Martin Audio. Cette enceinte est, pour moi, vraiment réussie, équilibrée, super dynamique, puissante et avec l’avantage d’être compacte.
Stéphane Torlois : La WPC utilise bien entendu une technologie de guides d’onde au niveau des enceintes, mais leur couplage en ligne source est assisté par du traitement DSP qui reste totalement transparent à l’écoute. Cette particularité permet d’être extrêmement précis dans son calage. Si nous lui demandons de s’arrêter à 40 m et de chuter alors de -6 dB, cela ne pose aucun problème. De même pour gérer une diffusion asymétrique, jardin cour.

SLU : La particularité de ces enceintes ne s’arrête pas à leur construction ?
Manu Borie : Loin de là. Elles font partie des produits que Martin Audio a commercialisés après les MLA. Elles reprennent leur technologie mais dans un format d’enceinte non amplifiée, dont le principe “Scalable Resolution” permet de choisir la résolution du système en choisissant le nombre d’enceintes drivées par les canaux d’amplifications qui intègrent le traitement.

Ceci se programme facilement dans le logiciel de prédiction DISPLAY. En résolution 1, tu as deux canaux d’ampli pour une enceinte. En choisissant une résolution de 2, tu gères deux enceintes par canal d’ampli. Donc tu vas avoir deux graves et deux sections de médium/aigu par canal d’ampli. Et ainsi de suite jusqu’à 4.
SLU : Ainsi tu adaptes la puissance de traitement aux besoins de ta prestation ?
Manu Borie : C’est exactement ça. Cela permet de moduler la puissance de traitement et le nombre d’amplis pour une prestation. Plus la définition est haute, plus tu pourras lisser la réponse en fréquence. la réponse en phase, le SPL, etc…
Ce système permet vraiment d’adapter le nombre d’enceintes et surtout la nature du rendu en fonction nombre d’amplificateurs mis en œuvre.
SLU : Toi qui connais bien les systèmes Martin Audio, le WPC te semble plus abouti ?
Manu Borie : Cela fait 25 ans que je travaille avec du Martin Audio, du W8 au MLA et compagnie, que j’ai exploité en tant que prestataire. Je qualifierais la WPC d’enceinte moderne. Outre les avantages que nous avons décrits sur le plan électro-acoustique, elle propose aussi une véritable évolution sur le plan mécanique. Une seule came centrale permet de gérer son angulation. Elle est aussi facile à démonter s’il faut la dépanner.

SLU : Il y a des évents sur les parois latérales … mais, elle n’est pas cardioïde?
Manu Borie : Non, ce n’est pas une enceinte cardioïde, néanmoins, comme pour le système MLA, le traitement DSP permet de contrôler le rayonnement arrière de l’enceinte. Elle n’a pas de transducteur pour faire du cardio, mais en jouant sur certains paramètres comme la phase, il est possible de supprimer le rayonnement à l’arrière des stacks. Dans le logiciel de prédiction DISPLAY, tu as trois critères que tu choisis et que tu doses : le “hard avoid” influe sur l’évitement total de son aussi bien devant ou arrière sur une zone.
Par exemple, tu peux éviter de taper dans un balcon et ceci fonctionne très, très bien. Tu peux aussi donner une fin de couverture (Leakage), pour réduire de manière considérable la pression à partir d’une distance. Ici par exemple, nous l’avons fixé de 45 m. A 50 m, tu n’as plus d’aigus, c’est phénoménal. Ceci permet de contrôler efficacement l’émergence sonore. C’est aussi pour cela que c’est important de ne pas trop dégrader la résolution, sous peine de perdre du potentiel de traitement.
SLU : Pour un festival comme celui-là, une résolution de 1 n’est pas indispensable ?
Manu Borie : Le logiciel DISPLAY permet de simuler le résultat avec différentes résolutions. Ici, dans ce cas de figure et dans un espace acoustique peu perturbé, nous ne gagnons pas grand-chose à passer en résolution optimale qui multiplie les amplis par deux. Le gain sur la pression et la couverture que nous pouvions obtenir n’était pas justifié par la prestation pour imposer un coût supplémentaire sur les amplis, le câblage, etc…
SLU : En revanche, dans l’environnement acoustique plus complexe d’une salle, la résolution 1 est sûrement requise ?
Manu Borie : C’est certain. Peut-être moins de boîtes et avec plus d’amplis. De mon point de vue, Martin Audio a trouvé le bon compromis avec ce concept. Et même pour de la sonorisation fixe, les installateurs peuvent facilement déterminer la meilleure configuration entre le nombre d’enceintes et le nombre d’amplis.
SLU : Venons aux subs, j’ai l’impression qu’il y en a beaucoup ?
Manu Borie : La programmation le nécessitait. Aujourd’hui, les musiques actuelles dont le hip hop et l’électro sont exigeantes avec le grave. Les subwoofers Martin Audio permettent de bien s’adapter à cette demande.


SLU : Deux modèles de subwoofers sont déployés ici, les SX 218 et les SXH 218 ?
Manu Borie : Le SXH est un SX survitaminé. Il est pavillonné, délivre 3 dB de pression supplémentaire et descend plus bas. Si j’avais eu le nombre, j’aurais tout fait en SXH. L’idée ici était de rajouter des SXH pour gagner de l’infra sans forcer sur les 218. Les 218 sont coupés à 80 Hz pour le haut et descendent naturellement. Les SXH sont coupés à 63 Hz pour ne pas recouvrir entièrement les 218. En dessous les deux se complètent, le 218 meurt là où le SXH prend le relais. Ce couplage se fait assez naturellement et n’est pas difficile à optimiser pour un très bon résultat.

SLU : Ils sont montés en cardio ?
Manu Borie : J’ai optimisé les stacks de SXH et de SX avec une réjection maximale au centre du plateau et je les ai ensuite alignés entre eux. Le résultat est surprenant d’efficacité. Seul petit bémol, le câblage des HP sur la speakON 4 points n’est pas similaire entre les deux subwoofers (un HP par point pour le SX et deux HP en parallèle sur une et recopie sur l’autre pour le SXH) ce qui a dû entrainer un câblage et une documentation plus conséquente.
SLU : Les subs toujours au sol ?
Manu Borie : Avec notre système nous n’avons pas le choix, c’est au sol. Et pour le SunSka où le public vient aussi écouter et ressentir du son, c’est parfait. Évidemment les subs en l’air cela peut être bien pour l’esthétique et pour homogénéiser le grave en évitant l’absorption du public. Cependant, la configuration au sol a aussi l’avantage de laisser plus de liberté au public dans la manière de ressentir le grave, depuis la power alley pour ceux qui en veulent beaucoup, jusqu’à s’éloigner sur les latéraux pour les familles qui veulent être dans un mode plus confortable. Je respecte tout à fait le public qui a un moment donné n’a plus envie de ressentir physiquement les basses fréquences.

SLU : Et pour amplifier tout ce beau monde ?
Manu Borie : Ce sont les iK 42, fabriqués par Linea Research pour Martin, 4 entrées 4 sorties avec DSP intégré. Ces amplis intègrent une très belle offre de filtrage dont les filtres propriétaires Hardman et LIR. Une fois le shoot du système approuvé dans le logiciel DISPLAY, celui-ci génère le preset correspondant à tous les traitements nécessaires pour obtenir les différentes options retenues lors de la prédiction : pression, annulation arrière, évitement, etc…
Ce preset est ensuite chargé dans les amplis par le logiciel VU-NET. La prédiction fonctionne parfaitement. A la pose du premier micro de mesure in situ, tout est pratiquement prêt. Les presets chez Martin Audio sont totalement documentés. J’aime beaucoup cette transparence qui permet de reproduire un preset si jamais tu dois travailler avec d’autres processeurs et aussi de comprendre comment le fabricant opère en inspectant le détail des traitements. Ceci me permet parfois d’agir avec efficacité sur certaines parties du traitement dans des cas particuliers.



SLU : Comment attaquez-vous les amplis au SunSka ?
Manu Borie : Sur le festival à la face, nous avons ajouté entre la console et les amplis un processeur Martin Audio DX4 qui permet aux techniciens de façade de pouvoir contrôler le système comme ils le désirent et de le matricer sur deux entrées de console pour faire les accueils.
Les consoles de face pouvant sortir en AES ou en analogique, nous avons fait ce choix permanent pour accueillir les différents setups et consoles et timbrer le système à la convenance depuis la régie. Ce que d’ailleurs pratiquement personne n’a eu besoin de faire…

SLU : Le logiciel DISPLAY est un bon outil de prédiction ?
Manu Borie : Indispensable. Je fais entièrement confiance au logiciel. En plus avec ce système qui est totalement maîtrisé par le DSP, il ne serait pas raisonnable de ne pas suivre la prédiction. C’est un tout. Pour commencer, tu lui donnes le nombre d’enceintes et leur références ainsi que la couverture précise de la zone de diffusion et les zones d’exclusion.
Le logiciel va te proposer une configuration optimisée en fonction des différentes options choisies. Il calcule les angles entre les boîtes et les traitements DSP nécessaires. Si jamais un paramètre de la configuration doit être modifié, il suffit de refaire le calcul. Une fois la prédiction validée, DISPLAY génère un preset qui sera injecté dans les amplificateurs par le logiciel VU-NET.

SLU : Comment contrôler l’homogénéité de la diffusion principale ?
Manu Borie : DISPLAY permet de visualiser la réponse en fréquence du système ou d’un de ses éléments en fonction de la distance. Sur cette représentation, la zone de couverture souhaitée est affichée par des pointillés.
Le but est bien sûr d’obtenir une réponse et une pression homogène uniquement entre ses pointillés, qui se matérialise par une couleur jaune. Quand nous demandons au logiciel d’optimiser la diffusion, c’est ce qu’il cherche à obtenir.

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SLU : Comment optimiser le système de diffusion en fonction de ses propres choix ?
Manu Borie : Il est possible d’optimiser le système en donnant plus ou moins d’importances dans le traitement DSP aux trois paramètres que nous avons déjà vus. Sur la zone de diffusion (Target), tu optimises le niveau SPL sur l’audience.
Sur la zone de fuite (Leakage) et sur la zone d’évitement (Hard Avoid) tu optimises avec la réduction de pression désirée. Ainsi tu répartis les 100% de ta puissance de traitement sur ces trois domaines. C’est une manière très efficace pour trouver le bon compromis d’après tes propres options.

SLU : Dans DISPLAY, l’affichage est complètement dynamique ?
Manu Borie : Oui, il suffit de te déplacer avec la souris dans les zones désirées et tu obtiens immédiatement la réponse en fréquence et le SPL prédit à cet endroit. Très utile pour visualiser l’efficacité des zones d’évitement.
SLU : Une fois que le shoot est validé, le preset est chargé dans VU-NET ?
Manu Borie : Oui. Dans VU-NET, il y a deux couches. Une couche qui est invisible et qui correspond aux traitements propres du line array. Une autre qui correspond au filtrage standard, égalisation et alignement des systèmes dans laquelle l’ingénieur système a toute la liberté d’intervenir.

On y trouve les réglages de volume, les mutes, les délais d’entrée et de sortie. Je préfère gérer manuellement les lignes de subwoofers parce que je trouve que l’environnement est trop influent sur le grave pour les traiter avec des presets. Cela ne me prend que quelques minutes.
SLU : VU-NET permet aussi de gérer des égalisations globales ?
Manu Borie : Tu disposes de traitements d’égalisation sur les entrées pour faire un traitement général. Comme dans tous les autres logiciels de contrôle, tu peux aussi faire des groupes pour contrôler les différentes parties du système de diffusion, et ensuite les corriger comme tu le souhaites. Pour le SunSka, nous faisons la correction générale dans le processeur DX4, plus facile à gérer avec la diversité des setups accueillis.

SLU : Ceci permet d’adapter le contour des graves en fonction de la programmation ?
Manu Borie : Oui sans aucun problème. Le système WPC offre une très bonne réserve de dynamique dans le grave, qui en plus ne limite pas son médium-aigu. Nous pouvons contrôler tout ceci pendant les show avec une surveillance permanente des niveaux, de la limitation, de la puissance de sortie, de la température et de la consommation des amplificateurs.
SLU : En somme, cette diffusion Martin Audio est très bien acceptée par les productions ?
Manu Borie : Je pense que ce système n’a absolument rien à se reprocher face aux autres produits. On est vraiment sur le même standard et la même facilité d’exploitation. Et même si Martin Audio n’apparaît pas systématiquement sur les fiches techniques, ce système n’est jamais refusé et toujours apprécié à posteriori.
SLU : Les différences de conception se ressentent dans le médium-aigu ?
Manu Borie : Le WPC exploite un grand nombre de petits transducteurs. L’enceinte monte très haut, avec finesse. Je dirais que c’est hyper joli et absolument pas agressif, ce qui n’est pas souvent le cas avec des transducteurs HF équipés de dômes de grande taille. Aux premières écoutes, c’est même surprenant parce que tu perçois des choses que tu n’as pas l’habitude d’entendre. C’est très libérateur pour l’ingénieur du son. Quand il ouvre un micro, toutes les informations sont là. Et je préfère en avoir plus que l’inverse, c’est plus facile à gérer.
SLU : Cet aigu est-il maintenu sur la portée ?
Manu Borie : Le SunSka en est un très bon exemple. Les groupes et le public sont extrêmement exigeants sur la qualité et la puissance sonore de la diffusion. Ici, avec notre limite à 45 m, nous sommes cohérents sur toute la zone d’audience et sur toute la bande. Pour ce type de musique, je ne dépasserai pas ce format. Dans des situations moins exigeantes, nous pourrions surement porter un peu plus loin, mais à mon avis, nous exploitons ici pleinement ses capacités, avec une réserve indispensable au bon déroulement de la prestation.
Eh oui, il y a des systèmes de diffusion qui s’expriment parfaitement mais dont la confidentialité nationale empêche souvent d’en connaître tous les atouts. Le Wavefront Precision en fait partie, et cela fait quatre ans qu’il sévit au SunSka pour l’entière satisfaction de la production, des artistes et du public.
Heureusement, des prestataires comme Arcanes, motivés par l’envie d’avoir une identité sonore propre et distinctive, imposent leur choix, convaincus et rassurés de la qualité des produits qu’ils mettent en œuvre, et encore plus au moment où la flexibilité, la polyvalence et la taille raisonnable deviennent essentiels pour accompagner des festivals ballottés par des temps incertains. Bonne chance au Plan B du SunSka pour cet été et vivement 2027, non, pas pour les présidentielles mais pour retrouver le « gros » SunSka !


















