Les Producteurs au Théâtre de Paris : 2ème Partie

Si vous découvrez ce reportage, faites machine arrière toute en cliquant d’abord ici pour en découvrir la 1ère partie, sinon, en avant la musique pour la suite et fin partie de notre immersion dans la plus déjantée des comédies musicales mais aussi la plus sérieuse des mises en son qu’il soit, avec Orbital pour le matos, quelques anecdotes savoureuses de Xavier et Julius, un chapiteau faisant le tour du monde et nos impressions d’écoute.

SLU : La salle appartient à la Fimalac mais c’est en quelque sorte un accueil de Stage Entertainment qui -double- son potentiel de Mogador…

Xavier Marchand : En quelque sorte. Stage a surtout une grande expérience artistique et technique des comédies musicales ce qui a permis de monter Les Producteurs avec une très belle équipe pour accompagner son metteur en scène Alexis Michalik, dont Julius Tessarech qui assure le design sonore puisqu’il s’agit d’une adaptation française.


Situé sous le plateau et difficilement accessible, d’où des racks simples et pas des panières doubles ou triples, l’espace destiné à héberger les deux stages Yamaha, les amplis de la diffusion mais aussi en haut du rack central le Dante et ses switchs et le hub ME-U.

SLU : Vous formez donc un binôme avec Julius

Xavier Marchand : Exactement. Les choix techniques, l’implantation, le fournisseur spécialisé anglais, tout ceci est de son ressort. Je suis en soutien pour les repérages, les dessins, les listes de matériel, le travail de prédiction l’adaptation au théâtre et le mix.

Une vue en gros plan du Hub ME-U. Il brasse les 40 signaux Dante rentrant par la carte insérée tout à droite, et les renvoie avec une alimentation PoE depuis les 10 sorties à gauche vers autant de boitiers ME-1. Ce hub est aussi communicant via son adresse IP et permet de suivre sa synchro, les flux Dante présents ou le nombre de boitiers connectés. Il est même possible de changer de nom aux flux.

Il a fallu trouver les passages, tout mesurer, valider l’emploi de certains matériels existant sur site. Mon expérience de la tournée m’a facilité la tâche, notamment vis-à-vis du loueur anglais Orbital qui a l’habitude d’équiper les salles du West End sans Speakon au bout des câbles car, généralement, les comédies musicales londoniennes ont des moyens supérieurs et restent à l’affiche plus longtemps ! Nous on n’a eu qu’à dérouler, plugger et c’est parti.

SLU : C’est Orbital Sound qui a fourni aussi l’intercom et la vidéo ?

Xavier Marchand : Oui, ce sont d’absolus spécialistes de la comédie musicale. Ils ont *tout* ce qu’il faut pour transformer quatre murs et mille places assises en vrai théâtre de Broadway. La seule difficulté vient du fait qu’ils câblent tout aux normes anglaises, il faut donc prévoir des adaptateurs secteur pour les rares produits que vous pouvez avoir oubliés ou pour recharger vos iPhones.
Pour le reste nous avons des amplis et d’autres « gros » appareils en spare, Orbital en a aussi dans ses dépôts ou bien sait où trouver ce qui pourrait tomber en panne et agit vite. Enfin nous en avons fait de même en France. Nous savons où trouver au plus vite ce qui pourrait nous être utile.

La loge à étage des cuivres. Le troisième poste dévolu au trombone se trouve à l’étage d’où est prise cette photo. Remarquez la variété d’instruments et de micros. Chaque musicien dispose de trois modes de captation en fonction de l’instrument joué et du son recherché. L’écran noir et blanc affiche le Chef d’orchestre. Au sol contre le plexi, on distingue un boîtier de connexion Orbital comportant entrées/sorties audio, vidéo, réseau et secteur.

SLU : Avez-vous essayé de faire travailler une boîte française ?

Xavier Marchand : Oui bien sûr. S-Group a été consulté mais ils n’avaient pas toute la partie vidéo et surtout vidéo -à l’ancienne- avec des écrans monochromes sans latence et les caméras IR qu’ils auraient dû acheter, tout comme les ME Allen & Heath. Ça finit par faire beaucoup.
Le savoir-faire d’Orbital est aussi dans des détails comme des boîtes de patch sur Harting qui comportent 4 BNC, 6 XLR, du secteur et deux RJ45. On peut envoyer les écrans dans un sens, la caméra dans l’autre, ajouter un micro d’ambiance pour les ears et donner du jus à l’ensemble.

Tout est en masses séparées, ça marche en AES/EBU avec de l’intercom à côté. Ça va vite et bien, y compris en cas de pépin. Si on leur demande par exemple un Mac pour QLab, ils en livrent deux dans un rack standard, avec deux écrans et les deux Dante switchs.
Pour eux un ordi ce sont deux ordinateurs et c’est au même prix. Orbital se partage avec Autograph et Sound System le marché anglais du musical. Ces boîtes ont été montées par des designers qui ne trouvaient pas leur bonheur auprès des loueurs. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même (sourires).

Un escalier ? Pas que, ouvert sur le côté le moins visible, il cache un Q-Sub. Et il y a deux escaliers !

SLU : Le son de cette comédie musicale doit avoir une couleur particulière ?

Xavier Marchand : Un peu années 60 pour certaines parties, avec des claquettes donc on n’a pas de gros besoin en extrême grave et en contour. L’octave 60-120 n’est pas très chargée. On a aussi dû tailler le 160 Hz à cause de la salle.

SLU : Vous avez eu une certaine liberté artistique pour adapter et monter Les Producteurs en français, comment avez-vous fait pour trouver le bon mix ?

Xavier Marchand : Il existe un CD de la version originale chanté par Patrick Brady et Nathan Lane. On l’a beaucoup écouté et Julius s’est documenté pour connaître les effets et la couleur. C’est pour ça que nous avons une microphonie ruban assez simple et distante, pas trop triturée pour rester dans le style original et un peu old school.

SLU : Pour le système vous avez complété ce qui existait déjà au Théâtre de Paris. Pourquoi Yamaha pour la console ?

Xavier Marchand : Julius avait déjà utilisé une paire de CL5 pour avoir plus de sorties sur Oliver Twist et on aurait dû avoir de la Rivage sur un autre musical qui ne s’est pas fait. On est donc allé voir l’engin avec Delphine (Hannotin NDR) qui est par ailleurs un très bon support et on a eu quelques visites de Yamaha pour analyser nos besoins et nos retours car ils commencent à accrocher le milieu du théâtre.

Ce choix est aussi dû au côté -all in the box- idéal si Les Producteurs part en tournée. Les réverbérations M7 (en fait Y7, M restant l’apanage de la version rack 19”) sont très, très bien et les compresseurs aussi. On avait une option aussi en Allen & Heath qui est une belle console mais un peu trop axée live, la programmation aurait été trop compliquée.

SLU : Quel est ton parcours Xavier…

Xavier Marchand : J’ai 33 ans. Bac S Cinéma et Audiovisuel au Lycée Kastler à Talence en 2006, deux ans d’alternance au CFPTS et en entreprise pour devenir régisseur son.
Une fois sorti, j’ai attaqué l’assistanat système puis j’ai bifurqué vers l’assistanat régisseur son pour des prods et des festivals en accompagnement très orienté système. Formation K1, K2 et Meyer puisque je collaborais pas mal avec Dushow Bordeaux et d’autres prestataires avec une évolution vers la fourniture de solutions de plus en plus complexes.

Un soir de 2014 j’ai vu Allegria du Cirque du Soleil à la Patinoire de Mériadeck et je me suis dit : « je veux faire ça. » C’était carré, très bon, et pourtant ils avaient dû dégrader pour tout faire tenir dans ce qui était à l’époque la seule ‘grande’ salle bordelaise.
J’ai candidaté en ligne pour rejoindre le Cirque du Soleil et j’ai enfin pu partir en 2016 sur un spectacle qui s’appelait Amaluna, sous chapiteau, qui passait par l’Europe. J’ai tourné un an et demi en Europe, un an et demi en Amérique du Sud et une dernière année en Amérique du Nord.

SLU : Tu avais envie de bouger et de te former ?

Xavier Marchand : Apprendre bien sûr et bouger beaucoup. J’ai eu la chance de passer par trois continents et dans des dizaines de villes différentes. 950 shows… J’ai un gout pour le voyage, la hauteur, le rig. Je suis cordiste CPQ2 et secouriste sur corde. Ça m’amène à aider, à créer du lien et par exemple à penser des kits qui sont plus faciles à accrocher (sourires)

SLU : Quel était ton statut au Cirque ?

Xavier Marchand : Tech au départ puis assistant ce qui donne déjà quelques responsabilités au niveau des achats ou de la documentation. Ils cherchaient quelqu’un de familier avec le système pour pouvoir apprendre à manipuler du son mais dans un cirque, avec les contraintes, la chronologie différente et la taille du show.
Le chapiteau faisait 2500 places, mais on tournait avec 89 semi-remorques ! Une logistique folle. Le montage prenait 5 jours. Comme on passait les frontières il fallait que les listes de matériel soient parfaitement à jour par département et par bahut.

SLU : Tu as pu toucher un peu le matériel ?

Xavier Marchand : Bien sûr, tout le monde va aux consoles façade et retour. Il y a 3 personnes au son qui s’alternent. Quand tu es embauché, tu as une moyenne de 3 mois de période d’essai à l’issue de laquelle tu dois avoir appris le show, à la face, aux retours et bien tenir le plateau.

Au-delà de ça tu dois former les nouveaux, aller en maintenance et apprendre à réparer ce qui peut l’être en effectuant les petites réparations du quotidien malgré le fait que tu partes avec 30% de spare. Le spectacle ne peut pas s’arrêter et ils veillent à ce que chaque technicien soit pleinement opérationnel de manière autonome à la signature du CDI.

Le cirque t’apporte un gros apprentissage au niveau de la gestion des priorités, la transmission des infos, la formation, le suivi administratif, la technique pure, la maintenance, bien sûr le mixage et par-dessus tout ça, une exigence de qualité. C’est très global comme apprentissage et cela te donne des ficelles pour chapeauter les projets de façon assez différente.

SLU : Ca s’est arrêté avec le Covid…

Xavier Marchand : Oui, avec le licenciement et le dépôt de bilan à l’américaine. C’est dommage car on aurait dû partir avec Amaluna en Asie et moi passer peut-être Chef Son.

SLU : Et c’est là que Le Producteurs reviennent au premier plan et que Julius entre dans la danse !

Xavier Marchand : On se connaît depuis 10 ans et quand il a su que j’étais rentré en France début 2020, il m’a proposé d’y participer. J’ai rencontré la prod et j’ai adoré. Michalik, la pièce elle-même, le lieu et le travail à faire qui, bien sûr, a été décalé d’un an pour cause de Covid.

Alexis Michalik durant les répétitions.

On avait déjà travaillé avec Julius aux Folies Bergère sur un autre musical et notre collaboration s’est établie très précisément avec un vrai partage des tâches.
Il m’apprend énormément de trucs et transmet beaucoup, tout en gardant la main sur l’exigence et la régularité dans le temps du rendu sonore au public.

Il a une sensibilité et une discrimination étonnante, et je parle de différences de 2 dB dans le mix. Il entend et est de bon conseil. Pendant que j’apprenais mon mix, il est passé de siège en siège avec son iPad pour matricer encore et encore et obtenir la meilleure moyenne possible.

SLU : C’est ta première comédie musicale ?

Xavier Marchand : Avec des musiciens en live, oui. Sur la précédente en 2015 avec Julius, nous jouions avec un orchestre enregistré. Là nous travaillons vraiment à l’anglaise avec moins de musiciens, mais des musiciens quand même ! Et il était prévu dès le départ que je tiendrais la console.

Nous sommes dans le foyer du Théâtre de Paris pour échanger tranquillement avec Xavier. Un rapide changement de batterie au dictaphone, et nous accueillons Julius Tessarech, le Sound designer des Producteurs qui nous y a rejoints.

Julius et Xavier.

SLU : Toujours sur la brèche ?

Julius Tessarech : Officiellement je suis retraité, dans les faits, je travaille, mais moins (rires) Tant qu’on voudra de moi…
Sérieusement c’est une super comédie musicale, équipe, metteur en scène et théâtre, et le public est au rendez-vous.

J’ai arrêté la console, je pourrais dépanner si nécessaire mais ça fait quelques années que j’ai passé la main. Il faut laisser la place aux jeunes générations de techniciens. Travailler sur Les Producteurs a été un bonheur car j’ai pu aider à monter ce show et après il vit sa vie.

SLU : Une question que je pose souvent. Et tes oreilles…

Julius Tessarech : (sourires) Elles vont comme celles d’un homme de mon âge. J’ai commencé un peu fort avec des groupes de rock mais rapidement j’ai eu la chance et la volonté de passer à autre chose. Parfois ça m’arrive d’avoir le dialogue « …mais lààaa, y’a assez de… Non je t’assure, c’est bon !» (rires)

Le travail de design de Julius sur une image avec au premier plan la V10P de jardin, à droite la E5 coaxiale de débouchage des sièges proches et sous corbeille, et au cadre de scène en haut de l’escalier, une E8 servant de infill

SLU : Et les jeunes alors !

Julius Tessarech : J’ai toujours ouvert la porte aux stagiaires et débutants, surtout à une époque où on n’avait pas les outils et les exigences actuelles, ça allait très vite.

SLU : Xavier ?

Julius Tessarech : Je l’ai rencontré à Bordeaux lors d’un festival et j’ai tout de suite été bluffé. Le cirque a encore renforcé cette qualité d’organisation qui est la sienne mais même à l’époque où il s’occupait du plateau, ça tournait parfaitement.

Xavier prêt à faire rouler le show. On n’en voit qu’une mais il y a deux pédales de next dont une en spare. Au cas où ! Deux Mac mini à la régie apportent pour l’un le QLab et le Tchat durant le spectacle et pour l’autre le Virtual. Dans la terminologie Orbital il s’agit d’un main et d’un backup. Le QLab sert aussi à tester automatiquement les 48 sorties, les enceintes une à une, les effets, à envoyer les messages d’évacuation, les quelques effets du show et quelques pistes additionnelles sur la chanson de fin. QLab est commandé par les scènes de la PM10 en -next-

Je l’ai ensuite fait venir à Paris s’occuper de HF et rapidement je l’ai formé et mis à la console pour lui donner les clés du mix en live où l’on accompagne tout le temps et à 100% les artistes sur scène et là encore, il m’a bluffé.
Je l’ai donc appelé après avoir lancé le travail sur cette comédie musicale et il a par exemple pris en main très vite la liste du matériel pour Orbital. Ils ont été scotchés par sa précision.

SLU : Et pour la partie mix?

Julius Tessarech : Pareil. Il trace en ayant ajouté un certain nombre de détails ou placements qui lui sont propres et c’est normal, c’est son mix. On a travaillé ensemble sur le timbre des voix et les niveaux et il fait vivre l’ensemble.
En phase de création il a notamment fait preuve d’une grande mémoire et attention. Sans prendre de notes je retrouvais le lendemain dans le mix les quelques observations faites la veille.
Travailler avec quelqu’un comme lui c’est très plaisant, sans oublier qu’il est en train de transmettre le mix à Pierre (Cottin NDR) et que ça se passe bien.

Pierre Cottin

Je tiens à préciser aussi que sur le plateau comme côté musiciens ça barde. Ils envoient et du bon ! C’est un joli show.

SLU : Une fois lancé le spectacle, ton travail consiste à en garantir dans le temps l’homogénéité ?

Julius Tessarech : En quelque sorte. J’essaie, avec les personnes qui s’occupent de la mise en scène et qui en font de même de leur côté, que la qualité de cette comédie musicale reste la même soir après soir, sans trop s’écarter en termes de timbres, niveaux ou effets.
Je suis exigeant car j’ai un regard et une oreille habitués et même quand je ne suis pas sur site, j’écoute des enregistrements des shows. J’ai aussi la chance de connaître les Chefs d’orchestre, musiciens et quasiment tous les artistes sur scène et ce n’est que du très bon. Ça aide !

SLU : Qu’est-ce qui a amélioré ton travail depuis tes débuts…

Julius Tessarech : Beaucoup d’appareils et de technologies, mais surtout les consoles. Ce que nous avons ce soir par exemple est assez merveilleux. Au-delà de la partie mélangeur, le nombre de machines qui tournent dedans en termes d’effets et leur qualité est prodigieux. Et on est loin d’avoir épuisé les ressources.

Elle ne s’appelle pas M mais Y7 la réverbération développée par Bricasti pour la série Rivage, pour le reste, c’est du tout bon !

Si je prends la Bricasti par exemple, c’est impossible de savoir à l’oreille que ce n’est pas une vraie. Le Dante est très pratique et fiable, les HF ont aussi fait d’énormes progrès en termes de qualité et de densité dans un spectre pourtant très contraint, enfin les enceintes qui dans une taille très réduite offrent le SPL, la couverture et le rendu.

SLU : La console donne donc satisfaction.

Julius Tessarech : Oui et son mode Théâtre aussi. Les trois écrans et la flexibilité d’emploi des bacs est très utile car on a pu travailler à deux avec Xavier et il en va de même pour l’apprentissage car un peut travailler à 4 mains. Sauf à être ultra capricieux et vouloir avoir une 480, avec ce qu’elle embarque, on a largement de quoi faire. Même l’émulation de H3000 Eventide sonne, et quand il faut travailler certains groupes, les Portico sont très intéressants et efficaces.

Xavier Marchand : Les algorithmes ont bien changé entre CL et Rivage. Quand tu baisses de 3 dB sur l’EQ de la tranche, c’est net, en revanche on est resté sur des Rio et pas des RPio, c’est trop cher et Orbital n’en fournit pas. Je regrette juste le temps de passage d’une scène à une autre qui est moins rapide que sur d’autres consoles mais on s’est adapté.

SLU : Comment est-tu capable d’intégrer un calage et un matriçage aussi complexe que celui d’une comédie musicale ?

Julius Tessarech : Ça vient avec les années. On dispose en plus aujourd’hui des outils informatiques de prédiction et de mesure qui permettent de dégrossir le travail avant de le finaliser petit à petit pour obtenir un son qui satisfasse chaque spectateur. Pour reprendre ton exemple de l’accordage d’un piano, c’est l’association des trois cordes qui fait la note.

Le cluster central qui fait partie de l’installation fixe du Théâtre de Paris.

J’ai beaucoup appris au contact de Denis Pinchedez. La première fois que j’ai prémixé pour lui les cordes d’un grand symphonique dans un Algéco, il est passé me voir à la fin des balances pour me dire : « tes violons sont un peu rikiki »
Je les avais pris un par un et je leur avais fait le meilleur son possible, mais la somme du tout donnait effectivement un petit son (rires) Il fallait juste les laisser respirer avec un coupe-bas !

Le calage revient au même. Il faut affiner quitte à sortir d’un réglage trop académique des 20 points de la diffusion ici, puis travailler sur les matrices pour faire en sorte d’avoir le meilleur équilibre entre orchestre et voix partout.
Par exemple il faut rattraper le niveau du cluster central qui ne diffuse que des voix dès qu’on sort de sa zone de couverture.

La PM5, qu’on devrait appeler surface CS-R5, est accompagnée ici par le moteur DSP-R10, pas le plus puissant comme le dit Xavier, mais largement suffisant pour travailler sur 144 signaux et les restituer via 72 Mix, 36 Matrices et deux Stéréo !

SLU : Ce jeu de matriçage, d’effets et de bus assez complexe, se paie en termes de latence?

La latence compensée automatiquement par le système Rivage.

Xavier Marchand : Oui, on a fait le choix de compenser automatiquement sur la console. Entre Rio et sortie on a 10 millisecondes, mais on joue en profitant de ce que la scène apporte en termes de son direct des artistes et de la taille de la salle.
Lorsqu’il y a des passages parlés, on retient la diffusion pour bénéficier des voix naturelles, en revanche lorsque l’orchestre joue, on monte le niveau des voix chantées pour rééquilibrer l’ensemble.

Julius Tessarech : On a même été gagner les quelques dB qui nous manquaient sur une voix à la toute fin d’une chanson en la matriçant dans les ambiances arrière, en en mettant un poil dans la réverbération. Et ça marche ! (rires)

En mode théâtre la PM10 propose 4 banques possibles pour les EQ et les deux dynamiques différents et une banque de réglages dit Actor’s Library qui stocke des réglages faits par exemple avec les remplaçants de certains rôles. Cela facilite les changements de repiquage à la volée (chapeaux, accessoires ou instruments différents) au sein d’un même show ou même lors des changements de musiciens ou d’artiste sur scène d’une date sur l’autre.

Xavier Marchand : On a aussi fait en sorte de ne pas trop altérer la dynamique et l’égalisation des voix. On insère des traitements pour bien passer en salle sur les groupes hommes, femmes, musique et All, mais on laisse le caractère, le naturel et la personnalité de chaque interprète pour qu’un le reconnaisse immédiatement.

Autre avantage de la version théâtre du soft, on bénéficie de 4 blocs de traitements différents par voie ce qui est utile pour corriger l’effet d’un chapeau qui n’est pas toujours sur la tête du personnage.

Noir salle

Dès le pré-show le charme opère et quand résonnent les premières notes du Roi de Broadway, le titre qui ouvre ce musical, tout le travail de Julius et Xavier prend corps.
Le son est précis, bien en phase, le ratio musique voix est juste et la balance tonale agréable avec une assise pied / contrebasse réussie et le rendu de seulement 7 musiciens, très plausible. Une balade dans le théâtre prouve le bien fondé du temps passé par Julius à chercher le meilleur compromis.

Il y a des sièges meilleurs que d’autres, mais les différences restent acceptables et la présence d’une paire de subs au balcon ramène un vrai bas du spectre tout là-haut sans dégrader orchestre et corbeille. Chapeau Julius. Les voix sont très bien repiquées ce qui permet de ne rater aucune des blagues de Mel Brooks et parfois d’Alexis Michalik.
L’adaptation est réussie tout comme le jeu des acteurs et leur polyvalence. Tout y passe. Jeu, chant danse, claquettes, ces dernières bien reprises par le triptyque micro sol, micro cheville et micro voix. Bien aussi les rares effets sonores en surround et disposant de la pression nécessaire.

« Sécurité ? Vous pouvez venir embarquer le journaliste de SoundLightUp ? On n’en peut plus ! »

On regrette un peu les émergences en salle des deux loges naturellement les plus bruyantes et pourtant équipées de feuilles de Plexiglass, celles des cuivres et de la batterie, placées toutes deux à cour. Peut-être faudrait-il demander aux musiciens de retenir un peu leur jeu sur les rares fortissimi car ce n’est pas évident de mixer sous la casquette où le son arrive très -pacifié- par les velours, tout en tenant compte de cet apport ponctuel d’énergie, variable qui plus est de soir en soir.

On rêve enfin de pouvoir disposer au point de mix d’une paire de délais avec assez de membrane et un bon moteur pour créer un cocon sonore. Cela aurait un coût et prendrait du temps pour bien matricer ce qui manque en couleur, dynamique et SPL par rapport à la salle, mais offrirait un vrai confort aux mixeurs qui pourraient encore mieux tenir compte et corriger les écarts normaux dans ce genre de show.

On ne peut pas terminer sans remercier ceux grâce à qui cette somme d’infos a pu être recueillie et condensée dans ce reportage à épisodes, avec une mention particulière à Xavier Marchand dont l’exhaustivité n’a d’égal que la compétence mais aussi à Julius Tessarech dont les bonnes idées, les choix techniques et la justesse trahissent des années de terrain.

Xavier Marchand remercie quant à lui : « Laurent Bentata, Eric Lousteau, Djamil Benali, François Soutenet, Jean-François Leclercq, Bruno Dabard, Delphine Hannotin, Dan Bailey et les équipes de Orbital Sound, le personnel du Théâtre de Paris, les équipes de création, les artistes, les musiciens et techniciens qui nous ont permis à chaque étape de mettre en oeuvre et en onde le chouette design de Julius au service de la non moins chouette mise en scène d’Alexis Michalik ».

Nominé quatre fois aux Molières 2022 pour la création visuelle et sonore, le spectacle musical, la révélation masculine et le comédien dans un second rôle, Les Producteurs est une réussite qui risque de durer et qui sait, partir peut-être en tournée; ne le ratez pas !

Bande annonce de Les Producteurs :


Et d’autres information sur le site Theatre de Paris

 

Crédits - Texte : Ludovic Monchat - Photos : Ludovic Monchat, Xavier Marchand, Alessandro Pinna, François Fonty

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