Robert Juliat SpotMe, le suivi en 3D et en temps réel

La rentrée de Robert Juliat a été illuminée par le Plasa Award for Innovation décerné à Londres le 18 septembre dernier par un jury de spécialistes conquis par l’aspect transversal du SpotMe qui, loin de se cantonner au rôle de poursuite, permet d’explorer de nouveaux horizons, non seulement en lumière mais aussi en vidéo, audio et automatismes.

Ludwig Lepage, chef produit Robert Juliat, était ravi : «C’est une reconnaissance pour nous d’être toujours considérés comme le fer de lance de l’industrie de la poursuite depuis près de 100 ans, dans un métier où les demandes techniques augmentent chaque année.»

François Juliat, directeur général, renchérit : « Recevoir autant d’intérêt et le prix de l’innovation pour le SpotMe, dans cette période de grande concurrence, signifie beaucoup pour nous. Cela montre aussi à quel point Robert Juliat continue d’innover au mieux pour ses clients, et continuera dans le futur. »

La cérémonie des Plasa Awards où l’équipe Robert Juliat reçoit le prix de l’innovation. A gauche, Peter Heath (DG du Plasa), Bernard Garabedian (fondateur et ingénieur de Studio Novum), François Juliat (directeur Général de Robert Juliat), Claus Spreyer (directeur commercial de Robert Juliat), Sébastien Beslon, (fondateur et directeur du marketing de Studio Novum), Ludwig Lepage (chef produit Robert Juliat) et tout à droite, Adam Blaxill, président du Plasa.

SpotMe if you can

Mais, avant que de rentrer dans les méandres techniques de la simulation 3D asservie, des protocoles PosiStageNet, sACN et Telnet, ou encore des modes X,Y,Z en cible des consoles d’automatiques – tous passionnants mais relativement complexes – c’est par une longue et sympathique discussion que nous débuterons ce premier article de fond dédié au SpotMe.

SLU : Le SpotMe s’insère à la fois dans le courant actuel d’asservissement et de sophistication des poursuites traditionnelles, comme le font PRG, Robe, Claypaky et Follow-Me, mais en prenant un contre-pied radical. Comment vous est venue l’idée d’utiliser une poursuite comme poste de pilotage 3D des autres projecteurs automatiques ?

Robert Juliat : Piloter signifie que l’on est aux commandes d’un appareil. Pour être tout à fait précis, la poursuite n’est pas utilisée comme un poste de pilotage 3D, car elle ne contrôle en aucun cas les autres projecteurs automatiques.
La philosophie du SpotMe repose sur une idée différente : utiliser le travail et l’expérience du poursuiteur pour coordonner l’ensemble des projecteurs asservis et statiques avec le mouvement initié par la poursuite, et étendre ainsi les possibilités créatives du set lumière disponible.
Dès l’origine de ce projet, nous avons suivi le travail de la société Studio Novum. Nous nous sommes naturellement intéressés à leurs recherches et avons décidé de collaborer afin d’élaborer une solution innovante pour le marché, le SpotMe.
Chacune des deux parties a apporté ses connaissances techniques et pratiques, avec une précieuse expérience ‘terrain’. Si la poursuite reste un outil traditionnel, nous voulons apporter de la modernité à l’outil et maximiser l’apport des compétences humaines.

Journée de formation organisée par Robert Juliat dans le Studio de Dushow cet été. Une trentaine de distributeurs étaient réunis autour de du système SpotMe.

SLU : Aviez-vous déjà en tête le serveur avec les capteurs et l’utilisation du protocole d’information PosiStageNet ?

Robert Juliat : Le protocole d’information PosiStageNet a été développé par la société VYV avec MA Lighting. Lorsqu’il nous a été présenté par MA Lighting, nous avons réalisé que ce protocole ouvert simplifiait la mise en œuvre de notre nouveau concept.
Au lieu de contrôler directement les projecteurs, nous utilisons ce protocole pour transmettre les informations recueillies par la poursuite vers la console. C’est l’opérateur de la console qui décide ensuite comment il veut utiliser ces informations.

SLU : Comment s’est déroulé le protocole de test ? Des essais en « taille réelle » ont-ils déjà eu lieu ?

Robert Juliat : Quelques essais ont été menés sur des festivals en France. Nous avons testé le SpotMe en conditions réelles l’année dernière lors de la cérémonie d’ouverture des 17e Championnats du monde de sports aquatiques de la FINA à Budapest. Cette cérémonie en live nous a permis de tester tous les algorithmes de calcul du système.

SLU : Une gestion 3D avec une exactitude suffisante est une gageure. Beaucoup ont essayé, mais peu ont réellement réussi. Avez-vous externalisé cette partie-là ?

Robert Juliat : Oui, tout à fait, grâce au savoir-faire de Studio Novum qui a réalisé un long travail de recherches. Pour mettre au point un système multicapteurs qui paraît simple en apparence, Il a fallu développer des algorithmes très poussés.

SLU : Le système actuel comprend donc un trépied spécifique, un serveur contenant le cerveau du SpotME, et des capteurs des mouvements du poursuiteur. Je crois savoir qu’une cassette d’iris avec un retour d’information est aussi en route. D’autres extensions sont prévues dans l’avenir, comme un dimmer par exemple ?

Robert Juliat : Non, pas pour l’instant. En fait, nos poursuites peuvent être équipées de dimmer piloté en local ou en DMX depuis de nombreuses années. Notre philosophie est claire, c’est l’opérateur console qui prend le pas sur la poursuite et non l’inverse. Peu d’éclairagistes accepteraient que le poursuiteur prenne la main sur les asservis.

Le système SpotMe est constitué d’un pied complet et d’une lyre qui s’adapte sur n’importe quel type de poursuite, ici une Flo.

SLU : Toutes les poursuites de la gamme Robert-Juliat sont compatibles avec ce pied spécial équipé de capteurs de positionnement ?

Robert Juliat : Toutes nos poursuites peuvent être équipées avec ce pied SpotMe, à l’exception des trois modèles de notre gamme d’entrée Ultra-compacte (Roxie, Buxie et Cricket).

SLU : En cas de défaillance de la partie électrique ou électronique, comment le système est-il sécurisé ?

Robert Juliat : Effectivement, nous avons pensé à apporter le maximum de sécurité au système. C’est pour cela que nous avons conçu le serveur avec backup intégré. Le serveur comporte deux blocs d’alimentation et deux processeurs reliés à deux sorties data indépendantes. Cette conception permet d’obtenir une redondance totale des informations disponibles.

SLU : Le taux de précision atteint aujourd’hui est remarquable. J’imagine que le secret est dans la calibration. Cette opération est-elle compliquée ? Combien de temps cela demande sur site ?

Robert Juliat : La calibration est effectivement un paramètre important du système. Avec SpotMe, cette étape est rapide et facile à mettre en œuvre. Pour calibrer le système, il suffit de tracer un carré au sol sur scène, ou en avant-scène, avec précision et d’y installer un repère à chaque coin. Nous avons prévu une valisette kit permettant d’aider à la calibration du système. Pour vous donner une idée du taux de précision, nous avons une précision de 10 cm à 60 mètres de la cible.

SLU : En plus du suivi automatique des asservis sur la cible visée par la poursuite, le système nous permet-il de délimiter une zone, au cas où le poursuiteur déborde de la scène?

Robert Juliat : Oui, on peut effectivement définir des zones pour différentes utilisations/objectifs. Par exemple, on peut déterminer une zone pour éviter que les asservis ne viennent éclairer le public au cas où le poursuiteur ‘taperait’ en dehors de la scène par mégarde. Pour créer des effets artistiques, on peut également prévoir des changements de couleurs par zone lorsqu’un artiste passe d’une zone à une autre, gérer des projecteurs statiques comme des bains de pieds, et pas uniquement des asservis.

La face arrière regroupe toute la connectique, dont les liaisons vers les différents capteurs de Pan, Tilt et Iris.

SLU : Est-ce que le SpotMe ne fonctionne qu’avec une console de la gamme GrandMA ?

Robert Juliat : Le SpotMe fonctionne avec le protocole PSN et par conséquent sur toutes les consoles utilisant celui-ci. A l’heure actuelle, c’est le cas des consoles MA2 uniquement.
En revanche, nous travaillons depuis quelque temps avec d’autres fabricants de consoles afin d’élargir les possibilités d’utilisation. En outre, ce protocole est assez répandu pour les média serveurs.
NdlA : une liste non exhaustive de partenaires inclut Green Hypo, Coolux, D3 et Smode pour la vidéo, Chamsys et ETC pour les pupitres.

SLU : Comment ont réagi les éclairagistes ou prestataires consultés pendant l’élaboration du SpotME ? Et maintenant, suite aux premières démos ?

Robert Juliat : Le SpotMe est plutôt bien accueilli. Il n’existe pas vraiment des systèmes similaires actuellement, qui placent la poursuite au cœur de l’action. Le SpotMe propose un outil complémentaire qui apporte une réelle valeur ajoutée au travail de la poursuite. Les premières impressions recueillies confirment son potentiel quant à la création et aux usages particuliers des éléments scéniques rendus possibles grâce au SpotMe.
Il est particulièrement bien accueilli par les éclairagistes qui ne veulent pas confier toute leur création artistique à des systèmes automatiques. Disposer de poursuites manuelles pour éclairer l’artiste, pouvoir compter sur le facteur humain, est rassurant pour beaucoup.

SLU : Qu’est-ce que cela change pour les poursuiteurs et les opérateurs ? Une formation spécifique est-elle nécessaire, ou peuvent-ils appréhender le système à l’occasion d’une préparation à leurs dépôts ?

Robert Juliat : Le SpotMe ne change en rien le travail du poursuiteur. Son outil de travail reste la poursuite avant toute chose et son savoir-faire permet de suivre les artistes et d’anticiper le jeu scénique et les mouvements sur scène. En revanche, SpotMe impacte réellement le travail du concepteur lumière et le niveau d’expertise du pupitreur.
Ce n’est pas uniquement une question de formation à ce nouvel outil mais aussi une question d’habitude de travail. Le fait de commander des projecteurs en X, Y, Z n’est pas nouveau. Cette fonction est disponible sur les MA2, mais peu de personnes l’utilisent vraiment, et utilisent plutôt le pan et le tilt pour contrôler les projecteurs.

SLU : Les premiers modèles sont bientôt disponibles me semble-t-il ? Avez-vous déjà des précommandes pour des projets particuliers ? Je pense aux défilés de mode ou aux comédies musicales par exemple.

Robert Juliat : Les premiers modèles sont disponibles courant octobre. Nous avons des projets en cours dont vous entendrez parler prochainement.

 

Crédits -

Texte : Tristan Szylobryt

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