
Conçu par Concept K, le dispositif scénique de Rock en Seine, soutenu par Dushow et B-Live, repose sur un réseau intelligent capable de basculer d’Art-Net à sACN. Je rencontre Nicolas Champion dans l’espace presse du festival avant de rejoindre la grande scène de Rock en Seine.
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SLU : Quels ont été les challenges cette année comparés aux années précédentes ?
Nicolas Champion : La vidéo prend de plus en plus de place et les artistes prennent la main sur la réalisation projetée dans les écrans latéraux pour y intégrer leurs médias. Selon le style de musique il y a aussi une forte demande pour un écran de fond de scène (Anima, Justice ou Fontaines D.C.). Et bien sûr, mis à part certains projecteurs, tout le kit est passé en LED, donc on consomme moins d’énergie. Le son a également évolué avec l’accroche des subs en hauteur pour protéger les premiers rangs dans la fosse.
SLU : Ces nouveaux éléments ont dû impacter la structure de la grande scène.
Nicolas Champion : Effectivement elle a été un peu modifiée. Depuis 2015 nos écrans sont en format portrait pour mieux s’intégrer dans l’esthétique de la scène et dégager de la place sur les arches pour les subs. Cette idée scénographique vient aussi d’une évolution dans les usages sur tablettes et téléphones. Ça a été un peu compliqué pour les cadreurs au départ car on diffuse à la fois pour le public et pour d’éventuelles retransmissions télévisuelles. Mais ils y arrivent très bien.

SLU : Les artistes arrivent-ils avec leur propre kit lumière ?
Nicolas Champion : La moitié des artistes accueillis viennent avec du matériel d’éclairage au sol que nous ne fournissons que sur les petites scènes où les artistes viennent avec moins de matériel. En accroche c’est différent, Queen of the Stone Age et Justice avaient prévu deux ponts lumière. On essaie de constituer un kit et un plan de feu qui conviennent à tout le monde ce qui permet aussi de réduire les camions sur la route, la manutention et les risques. Les éclairagistes reçoivent nos fichiers Wysiwyg un mois avant le festival pour anticiper les installations.
SLU : Par rapport à ton expérience de directeur technique, quel est le challenge de ce festival d’une manière générale ?
Nicolas Champion : Du fait de l’environnement, la grande scène n’est pas aussi grande que celle d’autres festivals. Avec un arbre à cours et une route à jardin, le plateau ne fait que 21 mètres d’ouverture quand on est généralement sur 25 à 26 mètres. Malgré cet espace réduit, on arrive plus ou moins à faire rentrer les shows au chausse-pied (rire).
SLU : Et quelles sont vos solutions ?
Nicolas Champion : Le nerf de la guerre, c’est une bonne gestion du matériel. Je fais des plans de positionnement pour anticiper les timings des changements de plateau et le stockage. Enfin, il y a les demandes de dernière minute à traiter.

SLU : Par rapport aux scènes, comment gérez-vous la compatibilité des demandes mais aussi la coordination entre les différents prestataires ?
Nicolas Champion : On fait des tests la veille du festival. Le parc est grand mais il n’y a pas multitude d’options de positionnement des scènes. Cette année on a rapproché la scène 3. Les prestataires lumière, son et rig sont respectivement Dushow, B-Live et Seven. Ils ont fait un vrai boulot pour rendre compatibles les différentes demandes.
Malgré des historiques de rachat, ce sont les mêmes qui accompagnent le festival depuis plus de 20 ans. Notre partenaire pour la captation télévisuelle et les Imag est Sombrero. On travaille ensemble pour répondre aux demandes des artistes comme, par exemple, ajouter une caméra pour un plan précis.
SLU : Et pour la structure des scènes ?
Nicolas Champion : La société On Stage fournit la grande scène depuis 3 ans et on fait un travail d’amélioration chaque année : ajouter un escalier, des extensions, des panières pour avoir plus de charges, des palonniers. Il y a aussi la société NTS qui construit la scène 2 depuis des années et la société FL structure qui travaille pour Rock en Seine pour la première fois. Nos prestataires aiment ce festival et nous accompagnent à l’année. C’est un vrai plus, et tout est facile finalement.
Nicolas Champion fait de la régie technique, de la régie générale et de la direction technique de festivals depuis 1992. Il commence sa carrière dans des festivals associatifs en banlieues parisiennes et pour de l’institutionnel.

Il explique : « Je travaille pour des festivals de musique comme Rock en Seine, We love Green, Les Francofolies, Artrock, mais aussi pour des festivals de photo d’art, des expositions ou les Nuits Blanches pour la ville de Paris depuis plusieurs années. J’aime bien être pluridisciplinaire pour sortir du moule. »
Son expérience de l’entreprise Playtime, qu’il dirige avec ses associés, lui permet d’être en contact avec de nombreux prestataires son, lumière et vidéo. Il est ainsi à même d’assurer la direction technique de projets artistiques variés.
Il précise : « On a des marchés publics et des collectivités. Mon objectif est de travailler avec tous les prestataires pour avoir toujours des solutions si besoin. Par exemple pour le Backline, mon intérêt c’est de faire travailler toutes les boîtes de Backline car le jour où je cherche tel type de clavier, elles essayeront toutes de me dépanner. »
Concept K signe un kit lumière efficace fourni par Dushow
Le kit comporte 24 Robe MegaPointe et 34 Forte principalement accrochés sur quatre lignes de ponts installés dans la hauteur et dans la profondeur pour un rendu maximum sur scène.
50 Chauvet Color Strike M sont aussi présents et élargissent cette base sur les ailes où ils sont renforcés par 28 Strike Array 4 qui marquent le pourtour de la scène en blinders à leds puissants et contrôlables en couleur selon les designs.
6 ponts de chaque côté de la scène reçoivent des Martin Mac Aura PXL présents aussi sur les ponts de douche pour un superbe wash de la scène.

« On est sur du quantitatif de machines efficaces, répandues et premium qui puissent être utilisées par tout le monde » explique Stéphane Courtillot qui travaille pour la société Concept K depuis 2013 et a pris le relais de Frédéric « Aldo » Fayard sur le festival.
Stéphane Courtillot : Sur Rock En Seine nous avons fait la conception de toutes les scènes en lumière, avec Dushow comme prestataire technique. On bosse « mano à mano » sur l’installation, avec des équipes communes Concept K / Dushow.
SLU : Quelle a été ton approche pour spécifier le kit ?
Stéphane Courtillot : Nous avons fait une lecture dégrossie des riders des têtes d’affiche pour lister leurs besoins. L’installation est assez basique avec trois ponts de contre, un pont de face et des extensions. Sur les petites scènes nous prévoyons aussi parfois le design et le pupitre pour les groupes qui viennent sans éclairagiste. Sur les grosses scènes comme Cascades et la Main Stage, on assure aussi le pupitre pour les groupes de l’après-midi. Pour les autres artistes nous sommes en accueil des éclairagistes de tournées.
SLU : Les riders que vous récupérez spécifient-ils majoritairement des nouveautés, ou des projecteurs éprouvés ?
Stéphane Courtillot : Des projecteurs plutôt connus avec un certain nombre de spots, de wash, de machines hybrides, de beams et de blinders. On fait nos choix en fonction du parc matériel du prestataire. Nous sommes sur des kits standards, Robe, Chauvet, Martin, donc des appareils que l’on retrouve d’un festival à un autre mais en quantités conséquentes.

SLU : Si on rentre dans le détail des projecteurs, j’imagine qu’il y a du Robe MegaPointe ?
Stéphane Courtillot : Le Robe MegaPointe est toujours bien présent. C’est une machine mainstream facile à utiliser. Son caractère hybride est pratique sur les ponts de contre et sa polyvalence plaît à tout le monde. Pour les spots nous avons choisi du Forte, pour les washs du Mac Aura PXL car c’est une machine efficace, pratique et légère et le poids compte en festival. De plus elle est sûre et fiable. C’est vrai aussi pour les autres projecteurs d’ailleurs car on a dû changer à peine un PXL et un MegaPointe sur toute la durée du festival. Ce matériel fiable nous permet d’éviter de multiplier les descentes de ponts pour faire des réparations.

SLU : Et du point de vue des blinders ?
Stéphane Courtillot : Nous avons choisi des Strike Array 4 à LED IP. La certification IP65 pour ce qui concerne les parties extérieures de la scène, c’est-à-dire les wings et le pont de face, est plus pratique à l’utilisation car elle nous évite d’installer des protections.
SLU : Est-ce qu’il y a eu un challenge particulier propre à ce festival ?
Stéphane Courtillot : On est un peu rodé sur les festivals, et la manière dont on prévoit l’installation, les kits et leur mise en œuvre, nous permet de ne pas avoir de réels challenges. C’est assez standardisé. Il faut simplement fournir un réseau, qui leur évite de tirer des snakes (liaisons entre la scène et la régie ndlr), pour se brancher et s’interfacer sur notre réseau pour accueillir les ajouts de matériel. C’est ça en réalité le gros challenge.
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Le son de Rock en Seine : quand la précision devient un enjeu de société

En plus d’être prestataire, B-Live a prévu l’implantation ainsi que la mise en place des systèmes de sonorisation. Le système de diffusion est principalement du d&b avec du L-Acoustics sur une des scènes.
Ce choix de diffusion, historiquement mis en place par l’ancien prestataire de Rock en Seine, On Off, aujourd’hui intégré à B-Live, a été maintenu. On retrouve la série SL avec le KSL, le GSL et le SL Sub, ainsi qu’une scène équipée en série V.
Fredéric Ciezki est chargé de projets et coordinateur technique chez B-Live depuis 4 ans et travaille depuis tout autant d’années sur le festival Rock en Seine.
Fredéric explique : « Je suis permanent chez B-Live et je gère ce dossier avec Christophe Menanteau, qui est le chargé d’affaires ». On essaie de faire évoluer les scènes avec l’équipe structure pour les optimiser avec différentes technologies et de nouveaux amplis. On a aussi revu les designs car depuis quelques années déjà, les subs sont en hauteur sur la Grande Seine ou sur « Bosquet » et on vient de faire évoluer l’implantation de la scène « Revolut » dans ce sens aussi.

SLU : On connaît l’intérêt de cette implantation pour protéger les oreilles des spectateurs situés derrière les crashs barrières. Est-ce que cela peut causer d’autres problèmes ?
Fredéric Ciezki : Optimiser les systèmes permet à la fois de gagner sur les niveaux sonores tout en respectant la législation dans le grave devant la scène mais ajoute des contraintes par rapport aux émergences. Cette année un bureau d’études acoustiques est venu faire des mesures sur les niveaux de pollution sonore aux alentours du site que nous ne pouvons pas respecter.
Des discussions sont en cours, et Éric Barthélémy, PDG de B-Live et président du Synpase s’est emparé du sujet auprès des intervenants pour essayer de revoir ce décret qui concerne tous les festivals finalement.
SLU : C’est un sujet d’inquiétude pour vous aujourd’hui ?
Fredéric Ciezki : Depuis quelques années c’est devenu un problème. Pour notre part, la règle numéro un est de respecter les niveaux sonores pour le public. La question de limiter l’émergence entre en contradiction avec la volonté de protéger le public et nous nous sentons dans l’impasse quant aux solutions pour répondre à une exigence qui nous semble impossible techniquement.
SLU : Quelle est cette exigence précisément ?
Fredéric Ciezki : La réglementation prévoit un niveau de pollution au-dessus du niveau sonore ambiant et en instantané de 5 dB dans la journée et 3 dB la nuit à partir de 22 heures Cela étant dit, de nombreux paramètres comme la météo ou la force du vent font varier ce niveau.
SLU : Vous êtes combien dans l’équipe son ?
Fredéric Ciezki : On est une vingtaine de personnes pour faire les accueils retour, les accueils façade et gérer les systèmes audio. Ce sont des équipes fidèles que j’ai récupérées Il y a 4 ans quand je suis arrivé et qui connaissent le dossier parfaitement.
Parmi ces personnes, Greg Maloche coordonne toute la partie HF, en relation avec les groupes. Certains ont leur propre système HF et équipements et on doit leur fournir des fréquences pour éviter de s’inter polluer.
SLU : Et en ce qui concerne les consoles ?
Fredéric Ciezki : Sur les 4 scènes, on doit répondre à près 80 fiches techniques pour tout autant d’artistes dont certains viennent avec leur matériel. Parfois on complète, parfois on leur met à disposition des multis ou la distribution. Certains groupes viennent sans rien et les retours et consoles leur sont mis à disposition quand d’autres groupes viennent avec tout leur kit. Pour ces cas on ne fournit que la distribution électrique, les multis et les fibres selon leur demande technique.

SLU : Il y a un type de console que vous proposez par défaut ?
Fredéric Ciezki : En accueil on a choisi la Yamaha DM7 en 64. On la propose en façade et en retour. C’est une console couteau suisse que tout le monde connaît. Sur certains groupes, on renforce quand il y a besoin d’une DiGiCo. Ensuite c’est selon les demandes. Nous avons installé de la SSL sur une des scènes par exemple. On prend ces décisions en accord avec la production du festival et notre principal interlocuteur est Nicolas Champion qui nous donne le feu vert.
Art-Net et sACN : une bascule maîtrisée par le LumiCore en toute sécurité

Cette année, le réseau est un peu particulier car il peut basculer du protocole Art-net classique vers le sACN pour le groupe Anima qui gère l’intensité lumineuse des projecteurs de la scène par la vidéo. La bascule reste « assez simple à faire » comme l’explique Simon bourgeois, pupitreur lumière et technicien réseau, rattaché à l’équipe Concept K / Dushow.
« L’architecture réseau part d’une grandMA 3 soft 2 ou 3 mais l’équipe a la capacité d’accueillir d’autres marques de consoles comme ChamSys ou des médias serveurs en protocole Art-Net. Le signal part classiquement d’un switch manageable Luminex GigaCore 14R situé en régie jusqu’à un autre GigaCore 14R situé sous la scène et connecté à des nodes LumiNode 12 qui distribuent les datas aux projecteurs.
SLU : Comment est géré l’adressage pour accueillir les différents groupes ?
Simon Bourgeois : On utilise une interface un peu particulière. Quand nous sommes au pupitre, on part de l’univers 1 à 50 sur un Vlan spécifique nommé « Artnet Guest ». Nos nodes reliés aux projecteurs commencent en univers 225 sur un autre Vlan « Artnet Festival » et on utilise un LumiCore entre les deux Vlan qui convertit les univers ce qui permet d’être totalement isolé entre ce qui est envoyé par les consoles et notre système. C’est comme si on était sur deux réseaux séparés et ça protège notre système en évitant les conflits d’adresses IP et les problèmes inhérents au mélange des réseaux. On est entre guillemets blindés sur ce niveau.
Deux protocoles de référence existent pour transporter le DMX : l’Art-Net et le sACN. Le gros intérêt pour les festivals d’accueillir en Art-Net est d’avoir une plage d’adresse IP plus large qu’en sACN : 250 en sACN contre plusieurs milliers en Art-Net ce qui permet d’éviter les conflits.
Simon précise que ça permet également d’avoir des sessions MA-Net hors du réseau du festival car en soft 2 le sACN sort d’une grandMA, sur la même carte réseau que le MA-Net. Avec le protocole MA Lighting, on préfère éviter les connexions avec les NPU en les séparant complètement pour éviter les erreurs.
Simon ajoute « Par ailleurs, de nombreuses tournées apportent leur propre kit au sol qui est par convention le plus souvent en sACN pour éviter des conflits d’univers avec les festivals qui eux sont majoritairement en Art-Net. On essaie de toujours commencer les kits d’accueil de festivals à partir de 1 et les tournées elles, ont tendance à se mettre plus loin pour éviter les conflits d’univers ».
SLU : Anima est en sACN par contre. Pourquoi ce choix ?
Simon Bourgeois : Le groupe utilise un média serveur Resolume et un madmapper pour contrôler les projecteurs. Les informations rentrent dans la grandMA en Art-Net et donc leur demande était d’être accueillis en sACN afin de séparer les deux réseaux et éviter tout conflits.
L’avantage d’avoir des LumiCore Luminex c’est de pouvoir les configurer rapidement afin qu’ils transforment des univers sACN au lieu d’univers ArtNet et en quelques clics. Ça permet de ne pas toucher à la configuration des nodes mais uniquement à celle du LumiCore et d’obtenir un réseau hyper malléable et flexible car c’est juste un changement de profil dans le LumiCore. C’est pour résumer la base de l’accueil en festival et l’adaptabilité.

SLU : Le sACN passe à travers la couche 2 et ce n’est pas sur les mêmes adresses IP (le sACN étant en 192.168.x.x et l’Art-Net en 2.x.x.x ou en 10.x.x.x) alors pourquoi avoir fait ce choix réseau ?
Simon Bourgeois : Les univers passent mais en réalité ce n’est pas très « propre ». On utilise 4 nodes Luminex LumiNode 12 et sans cet appareil, on aurait été obligé de changer leur configuration et leurs adresses IP même si le sACN passe. Du coup on fait simplement passer le LumiCore en 192 et lui va automatiquement faire passer les univers en Art-Net Festival donc l’Art-Net qui est cloisonné pour nos nodes et lui, les envoie dans une adresse IP qui est en 10.
L’avantage du LumiCore c’est qu’Il a plusieurs cartes réseau et peut faire le pont entre plusieurs vlan et réseaux. Ça crée une cloison qui nous permet de nous « blinder ». Et même s’il y a un conflit et qu’une tournée démarre en 1 comme nous, il n’y a aucun problème, il suffit de sortir dans notre LumiCore et de commencer en 101 au lieu de 1. Et lui enverra les univers 101 dans les univers qui démarrent à partir de 225.
Cliquez sur l’image ci-dessous pour accéder au synoptique réseau :
SLU : Vous êtes combien dans l’équipe réseau / pupitre ?
Simon Bourgeois : Nous sommes trois avec Tanguy Kopczynski et Marco Sabi. On travaille pour Concept K et on se répartit selon les besoins. Sur la Main Stage c’est particulier car il y a des accueils de nuit et donc on fait les 3×8. Un le matin, un le soir et un la nuit.
Suite à un BTS audiovisuel option image, Simon Bourgeois valide un stage chez Phase 4. Il explique « J’étais passionné par la lumière et j’ai tout découvert en travaillant sur des concerts, pour des émissions de télé et de l’événementiel via cette société de prestation ». Suite à cette expérience, il entre chez Dushow au Pôle Réseau et pendant deux ans développe ses compétences en travaillant à la console et à l’administration de réseau scénique. Il est désormais intermittent et travaille l’été sur des festivals comme Solidays, les Eurockéennes et Rock en Seine par le biais de Concept K et Dushow. Il travaille également en tant qu’opérateur à la télévision et notamment pour le directeur photo Frédéric Dorieux.
Seven assure le rigging sur la Grande Scène

Jean-Christophe Fage est headrigger et gère l’accroche de l’ensemble du matériel technique, vidéo, son, lumière et décor pour la société Seven spécialisée en rig. Elle propose également des activités de levage classique et de motion.
Jean-Christophe démarre par des travaux acrobatiques destinés aux accès difficiles sur des buildings ou en montagne. Il se spécialise ensuite en rigging et plus précisément en levage et se forme aux calculs de charges sur AutoCAD et sur des logiciels de DAO (Dessins Assisté par Ordinateur) pour estimer les calculs d’efforts et de charges.
SLU : Comment sont quantifiés les ajouts des artistes en matériel ?
Jean-Christophe Fage : En limitation de charge sur l’ensemble de la structure. De notre côté on s’adapte pour que ça reste raisonnable lors des temps de changement de kits car les fenêtres entre deux concerts vont de 35 minutes à 1 h 30. Il faut aussi s’organiser pendant la nuit pour anticiper les plus gros changements et s’adapter à la programmation du lendemain. A ce moment on teste les presets pour vérifier la configuration réseau puis tout est stocké en backstage et on fait tourner les kits au fur et à mesure des artistes.
SLU : Comment trouvez-vous de la place pour caler toutes ces configurations ?
Jean-Christophe Fage : C’est un peu la guerre, mais ça fait partie du job. Certaines parties sont au plafond, d’autres sont stockées à l’arrière-scène voire même en extérieur, quand le backstage scène est plein. On utilise plusieurs niveaux de rideaux pour cacher le matériel et le décor.

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La grande scène, un assemblage d’acier et d’expérience
« Cinq jours ont été nécessaires pour monter la scène, suivis de 3 jours de réglage avec l’équipe vidéo, son, lumière et rigging pour quelques ajustements sur cette scène de 22 mètres d’envergure » explique Jean-Julien Svoboda qui cumule la casquette de technicien structure et parfois celle de chef d’équipe pour On Stage du fait de son expérience du rig.

Il précise : « Sur un festival type Rock en Seine, les grosses scènes ont un design unique à la différence des plus petites scènes. Il peut y avoir des modifications au niveau des régies qui sont plus ou moins larges mais la structure dans l’ensemble reste la même mis à part des évolutions comme les extensions sur les ailes, des bouts de ponts supplémentaires ou des modifications de la toiture…
On a aussi ajouté des structures pour faciliter la vie de ceux qui installent des palans électriques. Cela ne présente pas de difficultés particulières mais ça s’anticipe. »
SLU : Quelle est la capacité de charge de la structure ?
Jean-Julien Svoboda : Elle reprend 12 tonnes par arche hors coefficient de résistance. La scène a dix mâts, sans compter les extensions. Entre chaque mat, il y a une arche en pont qui est un peu différente de ponts classiques car très grosse et lourde. Elle a cette résistance grâce à sa voûte. A la différence d’un pont droit qui va flécher rapidement, sa voûte haubanée lui donne une très bonne résistance.
SLU : Quelles sont les marques de structure utilisées et pouvez-vous les mélanger ?
Jean-Julien Svoboda : Cette scène a été conçue il y a une trentaine d’années avec de nombreuses évolutions. Il ne reste plus beaucoup de pièces d’origine. Par ailleurs on ne peut pas parler de marque en soi car c’est un travail de serrurerie sur mesure. En revanche, les ponts intégrés dans la structure, peuvent être du Prolyte, de l’ASD, du Stacco, etc. Cela étant dit on ne connectera pas deux marques différentes pour des raisons de responsabilité face aux assurances.
SLU : Ce travail pour faire évoluer la scène répond à quelles demandes ?
Jean-Julien Svoboda : On va toujours essayer de faire plus costaud et plus simple car notre ennemi c’est le temps. Quand les équipes montent à 20 – 25 personnes / jour, le retard fait une grosse différence dans le budget, sans compter la logistique des camions de transport qui entraîne des coûts. Pour rester compétitif il faut jouer sur la rapidité de montage.

SLU : Compte tenu de votre expérience, c’est quoi pour vous une bonne structure ?
Jean-Julien Svoboda : Ça dépend de l’utilisation. Entre l’acier et l’aluminium, les enjeux sont différents. Le poids de l’acier est son propre ennemi et à un moment, l’aluminium a un meilleur rapport poids / résistance. Mais sur des scènes comme celles-là, on ne peut pas utiliser de l’aluminium pour la structure porteuse pour des raisons de solidité. En revanche les ponts en rajout sont en aluminium.
C’est un sujet pour les techniciens qui manipulent le matériel et les camions qui transportent les tonnages sur la route. Ensuite il y a des spécificités en termes d’épaisseur et de qualité de l’aluminium qui peut gagner en résistance et viser la meilleure performance possible.
Jean-Julien Svoboda évolue dans l’événementiel depuis 30 ans. Longtemps il travaille pour le Parc des Expositions avec une activité de travaux en hauteur en parallèle « j’étais cordiste mais dans l’événementiel » précise-t-il. Il ajoute « Je suis arrivé dans ce milieu par les travaux en hauteur et parce que j’ai un esprit logique et technique. Je trouve facilement des solutions aussi parce que j’exerce ce métier depuis longtemps ».
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Sous la scène, Seven, On Stage, Dushow, B-Live et Concept K orchestrent une véritable chorégraphie technique. Au cœur du dispositif, le Luminex LumiCore assure la flexibilité du réseau, passant d’Art-Net à sACN sans rupture. Un gros bravo à toutes les fées de la technique qui se sont penchées sur le berceau de ce beau festival.
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