Nous avons eu le plaisir de découvrir la tournée Origami d’Ahmed Sylla en début d’année avec un focus sur la lumière. Place désormais au son avec Thibault Bernard, Joric Berger, Hugues Labouré et Thibault Ginet aux commandes d’une console Yamaha et d’un système L2 L-Acoustics.

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SLU : Bonjour Samuel. Tu as beaucoup de casquettes sur cette tournée. Tu nous les rappelles ?
Sam Bovet : Je m’occupe de la partie RG, Prod et la lumière de la tournée d’Ahmed. La créa lumière a été faite par ma boîte Staff Backlight.
SLU : Donc en tant que Régisseur Général tu as choisi le ou les prestataires, les techniciens et le matériel y compris le son.
Sam Bovet : C’est exact, et je l’ai fait aussi en suivant les désidérata de l’artiste qui n’aime pas le son d’une marque en particulier, ou pour être plus précis, n’a pas eu un bon ressenti sur scène avec. On a donc orienté notre choix vers d&b, L-Acoustics et Adamson. Le groupe Novelty est en mesure de fournir n’importe laquelle de ces trois marques.

SLU : Et votre choix s’est arrêté sur L-Acoustics
Sam Bovet : Oui parce que je trouve qu’il y a un joli travail de finesse sur des fréquences qui m’intéressent dans le cadre d’un standup et l’artiste a aussi été emballé. On a aussi eu un ressenti très positif avec d&b, spécialement sur la partie musique, mais pour sa voix il a préféré le L-Acoustics et comme les ¾ du temps on joue de la voix, le choix a été simple.
SLU : Le catalogue de L-Acoustics offre au moins cinq solutions pour les Zénith. Comment en êtes-vous arrivé à prendre du L2 ?
Sam Bovet : Grâce à trois points importants pour nous. En premier sa technologie qui fait qu’on pense autrement le calage parce qu’on a plus de latitude de le faire. Ensuite son temps de montage qui est imbattable, et en dernier le gain de place dans les camions. A titre d’info, le son complet pour un Zénith avec les side et les front en plus du système principal et les subs, cela nous prenait un camion entier.
Avec L2 et les mêmes compléments, nous n’occupons plus que la moitié du camion. Comme nous ne voyageons qu’avec deux semies, c’est un gain très appréciable et nécessaire pour tenir dans le budget. N’oublions pas que nous avons aussi des side avec des subs pour Ahmed afin de lui donner un peu de pression à certains moments sur scène. Cela prend aussi de la place !

SLU : L2 est aussi assez compact et discret…
Sam Bovet : Absolument et cela m’est très utile parce que ma scénographie assez théâtrale et mon éclairage se veulent intimistes pour l’artiste comme le public avec une profondeur de 7,5 mètres et une assez grande ouverture.
La mise en son ne peut donc pas être celle d’un concert où des grosses lignes d’enceintes ont toute leur place de part et d’autre du plateau. Dans le show d’Ahmed, dans du One Man ou de la comédie musicale, cela pourrait être perturbant.
SLU : Du coup tu as fait compact et bien caché derrière un mur Led
Sam Bovet : C’est ça, j’ai voulu cacher le son le plus possible comme Indo l’a fait sur leur tournée Central Tour, avec le même type de murs LED semi-transparents d’Alabama.
Du coup on ne voit rien et le public peut se demander d’où vient le son. C’est pareil pour les X8 et Kiva en nez de scène cachées par une petite jardinière. Je trouve cela dit l’esthétique de L2 très réussie.

SLU : Votre configuration (qu’on va bientôt détailler) vous suffit en pression dans une salle aussi grande que l’Arkea Arena de Bordeaux ?
Sam Bovet : Tout à fait. On n’a rien ajouté. On va jouer ce soir pour 7 500 spectateurs avec simplement une petite perte dans l’aigu en haut du gradin liée à la présence des écrans qu’il faut traverser.
La nature même de la voix d’Ahmed qui est assez haute, nous aide à garder malgré tout une bonne intelligibilité sans tirer sur le système. La salle enfin est très saine.
SLU : Combien de personnes s’occupent du son ?
Sam Bovet : Trois. On a un régisseur en charge du mixage salle et retours, un ingé système et un assistant système. Notre mixeur fait un gros travail avec la voix d’Ahmed. Il a un studio d’enregistrement et a l’habitude de travailler le son des voix. Il a choisi de partir avec une CL5 Yamaha et il en exploite beaucoup de ressources ! Ne m’en demande pas plus sur l’audio, j’ai beau être musicien, mon domaine c’est plus l’éclairage !
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On laisse Sam pour aller faire un tour dans l’immense salle vide ce qui nous permet de faire monter notre cardio en crapahutant dans les gradins et d’écouter par la même occasion la configuration en double L2 plus un L2D par côté, épaulés par un total de 12 KS28.

Même si en jauge réduite à 7 500, l’Arkea Aréna reste une salle très large où les 110° horizontaux de L2 s’avèrent utiles, sans parler du comportement de L2D qui, dans sa partie basse, ouvre très large ce qui est idéal pour couvrir plus d’oreilles avec moins de pression.
Dès le second rang de chaises, on rentre dans L2 et le petit « trou » devant est comblé par des fills en Kiva et X8 tout en finesse. Les Kiva sont d’ailleurs arrivés pour combler une ouverture qui a l’Arkea a grimpé d’un bon mètre.
La portée au lointain est bonne si on excepte une perte assez sensible sur l’octave 8/16 kHz au niveau des 6 derniers rangs de sièges tout en haut de la salle, sans doute due à la présence d’éléments des écrans, montants ou alimentations, tombant dans l’axe des moteurs. N’oublions pas aussi qu’on parle de moteurs 3” avec des guides ouvrant à 110° et tirant à plus de 60 mètres…


SLU : Il paraît assez ouvert au son cet écran LED
Joric Berger (ingé système) : C’est le cas et tant mieux car on cache les enceintes de plus en plus et ce type d’écran est quand même plus « transparent » que les tulles publicitaires employés souvent dans les festivals qui ne marchent pas et rendent la vie au plateau et parfois aussi sur scène très pénibles par les retours d’aigus qu’ils provoquent. Notre rideau de LED en génère aussi mais en plus petite quantité.
SLU : Quel choix avez-vous fait pour la réjection arrière de L2, cardio ou super ?
Joric Berger : Supercardioïde. Nous préférons avoir un petit lobe à 180° mais une scène la plus propre possible car Ahmed est repiqué en DPA omni sur un émetteur Axient Digital. Il a aussi un micro main HF pas loin au cas où sa configuration tour d’oreille devait le lâcher.
SLU : Je vois que tu as 8° de site pour ta diff ?
Joric Berger : J’ai baissé la hauteur des arrays pour ne pas risquer de mettre du son sur scène et j’ai modifié l’angle à 6,3°, avec ça j’arrive très largement en haut des gradins, voire un peu dans le toit.

Comme j’ai deux L2 et un L2D, l’angle de la dernière boîte, disons les deux derniers moteurs de L2D sont à 80°, il faut donc faire attention où tu tapes. C’est un peu la limite d’avoir un système où les angles sont fixes, c’est simple, compact et rapide à mettre en œuvre mais cela n’a pas la flexibilité d’un vrai line array.
SLU : Mais on parle sans enclencher les filtres
Joric Berger : Oui bien sûr, on a après une grande latitude d’optimisation en termes de SPL sur la distance, de lissage du rendu et d’objectif de décroissance. Ici on a bien -6 dB à dmax à savoir la distance la plus grande avec le système.
La compensation atmosphérique marche aussi très bien. C’est moi qui valide, j’en ai la possibilité en écoutant l’avant/après, mais généralement ce qu’elle me propose est très cohérent. Les auto-filters font vraiment partie du kit de L2.

SLU : J’ai vu des renforts latéraux en Kara, deux petites lignes de 6 têtes. L2 ne suffit pas ?
Joric Berger : On a évoqué pour ce soir l’ouverture au public de gradins un peu excentrés. On a préféré accrocher de quoi bien couvrir ces zones. Comme cela ne paraît plus à l’ordre du jour, j’irai écouter ce que cela donne à salle pleine et on décidera. De toute façon c’est mieux sans, car moins on en met… mieux ça sonne !

SLU : Comment gères-tu les flux audio entre plateau et face et à quel format ?
Joric Berger : On travaille en AVB et en analogique. On récupère l’AES/EBU de la CL5 dans un P1. A la base, je voulais juste une redondance analogique complète mais quand je suis arrivé chez Dushow, j’ai appris qu’une redondance AVB avait été prévue et avec celle analogique, c’est ceinture et bretelles ! Du coup même si le P1, qui crée les flux AVB grille, on aura toujours du son envoyé par la console ! On descend avec un multi analogique et de la fibre vers cour et on remonte aussi le Dante vers la CL5.

SLU : A quelle pression vous jouez avec Ahmed ?
Joric Berger : Sur sa voix seule on est à 82/83 dBA et au plus on monte à 94 dBA quand il y a de la musique sous sa voix ou qu’il y a de gros effets ponctuels. De toute manière on est tenu par son capteur omni. S’il avait un micro main ce serait différent mais quoi qu’il en soit, c’est largement assez.
Dans la DM7 Yamaha il y a un émulateur de Portico 5045 et ça marche vraiment bien. C’est une sorte de gate inaudible qui permet de gagner quelques dB avant accrochage et même sans jouer cette carte, ça nettoie subtilement la prise en retirant un peu de bruit.
SLU : Comment gères-tu tes médias ?
Thibault Bernard (mixeur) : Avec QLab. J’ai un rack Sonnet avec deux Mac mini dont un sort en Dante et l’autre en DVS et c’est la lumière qui a la main en MIDI sur l’envoi des médias. On se cale sur le texte et les mimiques d’Ahmed et ça marche très bien.
SLU : Ta console a peu de sources mais beaucoup de départs
Thibault Bernard : Oui, je l’ai configurée pour avoir la main via des custom faders sur toutes les sorties, par exemple les retours. J’ai aussi un départ vers le blockeur, le poursuiteur ou la vidéo. Disons que j’ai trois zones dans la CL5, la voix, les médias et les départs.
SLU : Les traitements pour Ahmed sont faits pas la console et ses ressources DSP ?
Thibault Bernard : Oui, pour ce spectacle je n’ai pas besoin de plus. Les rares gros effets comme la voix de démon, peuvent être crées assez facilement avec ce qu’offre la CL5. Idem pour le traitement de la voix. J’aime rester simple tout en faisant attention au micro omnidirectionnel. Après l’égalisation de base, je me sers d’un égaliseur dynamique pour atténuer les sifflantes et au bout j’ai un compresseur et un limiteur qui interviennent très peu en dehors de certains cris ou de phrases très portées, surtout dans l’aigu.

SLU : Avoir la main sur les retours c’est essentiel avec lui ?
Thibault Bernard : Quand il est au milieu de la scène, non, mais dès qu’il se déplace vers les côtés où sont placés les X15 ou plus devant où il y a les deux side en A15, beaucoup plus. Ça lui est arrivé aussi de descendre dans le public en passant dans l’axe du système… Typiquement quand j’arrive dans une salle, j’écoute mon système et le lieu avec quelques titres que je connais bien.
J’ai essayé d’écouter un enregistrement d’Ahmed en guise de Virtual mais c’est trompeur car il manque le micro omni et ce que cela implique en termes d’interactions avec le système et avec les retours où je mets sa voix aussi. Je préfère caler mes niveaux lors de la balance.
SLU : Au fait, pourquoi une CL5 ?
Thibault Bernard : Je la connais bien et je l’adore, mais si j’avais pu, je serais parti avec une DM7 d’autant que j’ai déjà travaillé avec. Ce qui m’a freiné c’est le besoin d’avoir l’esprit tranquille pour une grosse tourné comme Origami. La DM7 est trop récente et je ne veux pas prendre de risques même si Yamaha est une marque fiable.

SLU : Raconte-nous d’où tu viens et comment tu t’es retrouvé à la face d’Ahmed
Thibault Bernard : Tu vas rigoler. Je viens du metal extrême, Mithridatic, un groupe stéphanois. La première fois où j’ai fait leur son, ils sont rentrés sur scène et pour marquer les 4 coups de charley, le chanteur a sorti un pistolet factice et tiré 4 coups à blanc en l’air. Inutile de te dire que depuis le Bataclan, ce n’est plus trop d’actualité. Romain l’un des guitaristes du groupe qui était aussi technicien son, m’a branché avec Samuel.
Un jour ce dernier m’appelle pour me proposer de mixer dans une école de musique. Je demande la fiche technique et je me rends compte que ça va être sportif. J’ai une LS9 et 32 voies pour des « batteries », « basses », « guitares », « claviers »…tout au pluriel. En fin de compte j’ai eu 80 musiciens sur scène.
Je me suis débrouillé pour manager tout ce petit monde avec par exemple 4 chanteurs par SM58 et plus aucun micro d’ambiance, et ils ont été ravis du résultat. Pour la première fois les gens comprenaient le son. Après ce gala, Sam m’a proposé de partir avec un humoriste.
La suite est simple, je suis arrivé vers 2015 après qu’Ahmed ait cartonné au Marrakech du rire et j’ai trouvé une pointure qui remplissait chaque soir en faisant mourir de rire les gens, et un mec adorable. Du coup, depuis dix ans je n’ai pas raté une seule date !
SLU : Et quand tu n’es pas avec Ahmed ?
Thibault Bernard : J’enregistre, reampe car j’ai du super matos, mixe et masterise dans mon studio à la maison du metal, et je suis en train de finaliser la construction de ma pièce pour la prise de la batterie. Et j’ai tourné beaucoup avec Celeste en France et à l’international. Je mixe aussi sur scène souvent les groupes que je travaille en studio.

Noir salle
L’artiste a de l’humour, de la vie, de la dynamique dans sa voix et des aigus qui montent jusqu’aux étoiles. Sans en avoir l’air et surtout sans en faire une galette crépitante d’harmoniques, Thibault maitrise son « patron » et lui permet de jouer avec son public et ses personnage en toute sérénité.
Libre et neutre, sa voix sonne avec simplicité et une forme de naturel, aidée par une captation en omni qui gomme toutes les colorations et donne de l’air y compris quand il envoie le bois.

Bravo aussi à Joric Berger et Thibault Ginet d’offrir au mixeur un système cohérent et précis, idéal sur les voix qu’il reproduit très bien. Il a juste manqué un tout petit peu d’énergie sur la dernière octave sans que cela ne soit perceptible par le public, et très certainement dû au jeu du chamboule-tout pour le front d’ondes au milieu d’une infinité de LED.
Si vous voulez découvrir et écouter L2, un système ultra cohérent et carré, la tournée reprend la route dès le 17 octobre au Zénith de Rouen et les dates ne vont pas manquer !
Extrait vidéo du spectacle
Equipe de tournée 2025
Tour Manager : Mamadou Doucanssy
Metteur en Scène & Co-Auteur : Moussa Sylla
Directeur Artistique – Régisseur Général & Production : Samuel Bovet
Assistante de Production : Emilie Mauss
Stage Manager : Maxime Buccino
Régisseur Son : Thibault Bernard
Caleurs Système PA : Joric Berger ou Hugues Labouré
Assistant son et système : Thibault Ginet
Régisseur Lumière : Sébastien Huan
Blockeur : Dimitri Carret
Poursuiteur : Maxime Andrieux
Régisseur Vidéo : Maxence Paour
Cadreuse FOH : Mélissa Nohra
Chef Rig : Pierre-Emmanuel Brouard
Assistant Rig : Lou Brunier
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